Volume XXIX, n° 4

Le seul hebdomadaire de la région publié une fois par mois
Deuxième édition 
(L'édition corrigée, destinée au marché américain, paraît le jeudi.)

Le lundi 4 décembre 2017
     

Demain l'hiver...

Brassens, Ishiguru, Racine, Hitler, le futur, les Fêtes...

Également dans ce numéro :

Jeff attire notre attention sur un petit point bleu pâle dans l'immensité de l'univers... avec des dés à jouer.

De son côté, Madame Malhasti nous a surpris en nous faisant parvenir pour sa «pièce choisie» les paroles d'un célèbre enregistrement de Georges Brassens dont elle dit, à propos de ses chansons, qu'elles étaient souvent de véritables petits bijoux. «Georges Brassens, insista-t-elle dans le mot qu'elle nous a écrit, fut un véritable orfèvre de la chanson rimée.»

L'extrait, ce mois-ci, à la suggestion de Simon Popp, provient de Gens de Dublin (The Dubliners) de James Joyce - en anglais et en français. Il s'agit de la fin de la dernière nouvelle de ce recueil de nouvelles : The Dead (Les morts), la nouvelle considérée dans la littérature anglaise comme étant la meilleure de tous les temps.

Paul, quant à lui, Paul qui signe toujours son nom «paul», avec un «p» minuscule - «Par orgueil, dit-il, quand on lui demande...»  - nous revient avec un de ses chanteurs favoris, Fred Gouin, dans un enregistrement d'un classique : «Si vous l'aviez compris», d'un poète anglais sur une musique italienne.

Et finalement, Copernique Marshall et Paul Dubé ont réorganisé et révisé complètement les pages concernant leurs discussions sur Marcel Proust dans un format plus flexible tout en ajoutant une nouvelle page sur la traduction en anglais d'À la recherche du Temps perdu. - Voir à Marcel Proust.

Et puis quoi ?

Ah oui : Joyeux Noël.

Nous vous reviendrons vous souhaiter la Bonne Année le mardi 2 janvier.

Bonne lecture !

BLANC

 

Les chroniques précédentes de nos correspondants peuvent être consultées en cliquant sur ce lien .
 
      Simon Popp

 Et le futur ?

J'étais en compagnie d'ex-collègues de travail il y a deux semaines (ou serait-ce trois, déjà ?), et puis une semaine plus tard chez une amie dont j'eusse bien aimé être le parrain de son fils, mais à cause de mon âge... et puis, dimanche dernier, dans un café près de chez moi, un café où je me tape régulièrement un expresso avant de rentrer de mon hebdomadaire perquisition chez mon libraire. Aux trois endroits j'ai pratiqué volontairement et consciemment une activité cérébrale  interdite par la religion dans laquelle j'ai été élevé : j'ai pensé. Pensé à mon avenir ou ce qu'il m'en reste, mais également à ceux de mes ex-collègues, au fils de mon amie et à l'étudiante-serveuse qui m'a servi mon café et qui veut faire carrière en écologie. Quatre générations ou presque (en comptant la mienne).

J'ai pensé à ma grand-mère, celle qui est née le même jour, le même mois, la même année qu'Adolf Hitler. - Je ne vous ai jamais parlé d'elle, mais à l'exclusion du fait qu'ils avaient tous les deux une moustache et qu'ils ont voulu contrôler le monde, leurs vies ont été complètement différentes même s'ils les ont vécues à des époques identiques : tournant du siècle, deux guerres entrecoupées d'une crise et inventions diverses (automobile, téléphone, radio, cinéma, avion...). - Hitler n'a pas eu d'enfants, ma grand-mère en a élevés dix-huit. - Hitler a vécu en Allemagne. - Ma grand-mère au Québec. - Hitler est mort à cinquante-six ans, ma grand-mère à quatre-vingt-quatorze ans. - Et ainsi de suite. - Hitler, autre exemple, n'est cependant pas décédé, comme ma grand-mère : d'une indigestion ayant pour cause un demi-poulet BBQ livré à son domicile, à onze heures du soir.

J'ai pensé, comme vous avez pu vous en douter à la lecture du paragraphe précédent, ce qui allait arriver, à moi d'abord, au cours des prochains dix ans (si jamais je me rends jusque là) et puis tour à tour à ce qui allait arriver à mes ex-collègues, mon amie et celle qui me sert régulièrement mon expresso au cours des prochains 25, 40, 50 ans ou jusqu'à ce qu'ils atteignent l'âge vénérable que j'aurai dans dix, quinze ans.

J'ai pensé surtout à l'avenir du petit dont j'aurais bien aimé être le parrain (vous me suivez toujours ?).

Les réponses qui me sont venues ont été cauchemardesques :

Intelligence artificielle - Robotique - Guerre atomique - Immigration - L'Islam - Faillite des banques et des gouvernements - Des Trump à la pelletée - Crise économique - Assassinats - Renversement de gouvernements - Réchauffement de la planète - Invasion - Épidémies - Éruptions volcaniques - Tsunamis - Séismes - Endettement - Vieillesse - Suicide collectif et apocalypse.

Vouas ai-je déjà dit que j'étais optimiste ?

Garçon ! une double-vodka s'il-vous plaît.

Au grand séminaire

J'aime bien le grand séminaire de Montréal, son architecture, sa toiture en ardoise, son imposante façade en pierre, sa chapelle et son majestueux escalier comparable, quoique fort différent, à celui du grand séminaire de la ville de Québec.

Pour ce qui s'y passe, cependant...

Je ne sais pas qui m'a fait parvenir un article paru dans La Presse du lundi 20 novembre dernier, mais on y apprenait que, le vendredi précédent, s'y était tenue une conférence sur les religions et qu'on y avait invité un imam, deux évêques et des représentants des communautés juive et autochtones, et qu'on y avait discuté de voile, conversion et blasphème.

Bizarre, je croyais que seule l'Église de Rome se sentait attaquée de toutes parts par la raison, la science et par le souvenir de ses actes passés.

Au fait : vous savez combien il y a de juifs dans le monde ? Environ quinze millions.

Et... c'est comme ça qu'ça passe dans l'temps des Fêtes

C'est en regardant les agendas chez Dollorama, l'aut' jour que j'ai réalisé qu'à la publication du présent numéro du Castor™, nous en serions à trois semaines de Noël et à quatre du Jour de l'An. «Tiens, que je me suis dit, quelles sont les résolutions que je vais prendre pour le nouvel an ?» Pas que j'ai pensé que j'allais les tenir ; je n'en ai jamais tenu une seule. Même pas celle de disparaître de deux à trois semaines à partir du 18 ou du 19 décembre et revenir, non pas bronzé (je me lève la nuit pour haïr le Sud), mais de bonne humeur plutôt qu'en beau maudit pour être allé à une soirée quelconque.

À une de ces soirées où se trouvent invariablement des hommes et  des femmes en phase déclinantes, de très belles jeunes filles qui ne s'intéressent pas à des types comme moi, des hommes de ma génération ou, pire encore : trois beaux-frères qui se croient obligés de chanter Minuit chrétien sur le coup de zéro heure, zéro minute, le 25 décembre. - Pas le «Minuit, virgule. Chrétiens», mais le «Minuit chrétien» Avec des voix en phase également déclinantes.

Vous savez pourquoi il n'y a pas de Dolorama en Europe ? Parce que "Soixante-quinze-centi-rama ", ça fait pas sérieux.

***

Ce qui suit devrait être inséré dans la section «Book Review /Lectures» de cette revue ?, mais je n'ai vraiment pas eu le temps de préparer ne serait-ce que quelques remarques sur l'auteur des vers suivants :

«Tout m'afflige, et me nuit et conspire à me nuire.»

«Rivage malheureux / Fallait-il approcher de tes bords dangereux ?»

«Il n'est point mort puisqu'il respire en vous.»

«Osez me suivre, osez accompagner ma fuite.»

«Quand je suis tout de feu d'où vient cette glace ?»

«L'hymen n'est pas toujours entouré de flambeaux.»

«Le flot qui l'emporte recule épouvanté.»

«Je consens que mes yeux soient toujours abusés.»

«Las de se faire aimer, il veut se faire craindre.»

«Cherche-t-il seulement le plaisir de leur nuire ?»

«Semer ici la plainte et non l'épouvante.»

«Vous vous troublez madame et changer de visage
   Lisez-vous dans mes yeux quelque triste présage ?
»

«Ces trésors dont le ciel voulut vous embellir
  Les avez-vous reçu pour les ensevelir ?
»

«Et ton nom paraîtra dans la race future
  Aux plus cruels tyrans une cruelle injure.
»

«Plut au ciel que ce fut le dernier de ses crimes.»

Vous avez reconnu ? C'était de Phèdre et de Britannicus de Racine dont je suis à relire le théâtre. Alors si vous continuez à vous demander ce que je fais durant le temps des Fêtes...

Simon

 

      Herméningilde Pérec


Jeunesse oisive...

Je ne sais pas qui déteint sur qui en ce moment, mais j'ai l'impression d'écrire de plus en plus comme Simon, de m'intéresser de plus en plus aux questions soulevées par Jeff, de lire et de relire la poésie ou les pièces choisies de Madame Malhasti et de penser comme Copernique. Et ce, c'est sans compter que je ne manque jamais d'écouter - plusieurs fois même - les enregistrements que nous soumet Paul.

Pas tous de la première jeunesse, ces chroniqueurs, mais à mon âge, rajeunir de quelques années est non seulement une source de joie, mais un exploit.

Le mois dernier ? - J'ai lu plus de Proust que de La vie de Jésus de Renan et j'ai remplacé ma Bible par divers documentaires trouvés sur YouTube.

Heureusement, les Fêtes s'en viennent avec sa messe de minuit, l'Oratorio de Noël de Bach et la délicieuse musique de Charpentier.

Bonne nativité !

Herméningilde Pérec

 

       Copernique Marshall

Paragraphe

Qu'est-ce qu'un paragraphe ? 

J'ai sans doute mal compris quand on m'a expliqué ce qu'était un paragraphe quand j'étais à l'école : un petit groupe de phrases traitant d'un seul et même sujet ou d'une seule et même idée, ce sujet ou cette idée pouvant être une description, un événement, l'expression d'une opinion, la définition d'un mot, etc. Ce paragraphe, par exemple, qui traite uniquement de la signification du mot «paragraphe» est un paragraphe et il est composé de deux phrases.

Ayant, avec Paul, récemment lu 27 introductions, préfaces ou explications sur la façon dont certaines parties d'À la recherche du Temps perdu ont été assemblées (pour la série de discussions que nous avons sur Proust), j'ai été surpris de la longueur de certains paragraphes que de nombreux rédacteurs de ces introductions, préfaces ou explications ont utilisée pour s'exprimer. Certains de leurs paragraphes s'étiraient sur deux et même trois pages traitant - oui, peut-être - d'un sujet en particulier, mais entre le début et la fin, j'ai pensé qu'il me serait loisible de me demander, en les lisant à voix haute, quand et où je devais faire une pause pour respirer.

J'en ai un sous les yeux en ce moment : 739 mots, 4,248 caractères, 68 lignes. Il contient 16 phrases sans compter celles contenues dans les citations extraites de cinq lettres écrites par Proust à quatre correspondants différents (une de ces citations en contient cinq). - Et à tout cela, il faut au lecteur ajouter deux notes en bas de page et la mention d'un article de Paul Bourget paru dans le Figaro : «Charles de Spoelberch de Lovenjoul» (sic). - Le thème de ce paragraphe : «Sur quoi d'abord, il faut se pencher pour comprendre quand Proust a débuté la rédaction d'À la recherche.» - Imaginez-vous le reste.

Deux explications :

1 - Ceux qui écrivent sur Proust tendent à l'imiter n'ayant pas compris que Proust s'est servi énormément de courtes phrases courtes pour écrire À la recherche, que la plus célèbre de ses phrases ne contient que huit mots : «Longtemps, je me suis couché de bonne heure.» et que ces longues phrases ont un but très précis.

(À noter qu'à Grasset, son premier éditeur, qui trouvait trop longue la première partie d'À la recherche (Du côté de chez Swann), Proust proposa, pour que cette partie soit imprimée en moins de cinq cents pages, de réduire les marges, de supprimer les blancs dans tous les dialogues - ce qui ferait entrer davantage les propos dans la continuité du texte -, ainsi que les «alinéas excessifs»...)

2 - Tout comme les éditeurs, les rédacteurs d'introductions,  préfaces ou descriptions concernant Proust sont des écologistes convaincus et, pour sauvegarder nos forêts, insèrent le mois possible d'alinéas dans leurs textes et insistent pour les faire imprimer en caractères de sept points ou moins.

On est loin de la définition classique d'un paragraphe :

Partie d'un texte contenant au moins une phrase, débutant sur une nouvelle ligne et traitant généralement d'un seul événement, d'une seul idée, etc. 

Copernique

 

       Jeff Bollinger


Que dire à ses enfants ?


Un petit point bleu pâle
(La terre vue de 6 milliards de kilomètres)

Jeune, on me m'a jamais parlé d'astronomie, de la grandeur de l'univers (connu, même à l'époque) et de la petitesse de la terre.

On préféra m'enseigner - et, d'après ce que j'ai pu comprendre, je fus l'un de ceux de la dernière de ces générations à qui on a fait le coup - la religion. Mais j'ai un fils. Il a quatorze ans et c'est lui qui m'a apporté le mois dernier la photo ci-dessus en me demandant ; «C'est combien grand 6 milliards de kilomètres ?»

Deux, trois quatre objets - disons de la grosseur d'un pois -, n'importe qui peut savoir au premier coup d'oeil combien il y en a sur une table ou dans la main de quelqu'un sans avoir à les compter. À cinq, six, sept et même dix, s'ils sont disposés par groupes ou d'une manière reconnaissable (en groupe de deux, trois ou quatre), une personne normale peut deviner facilement le nombre de ces mêmes objets, mais il est aisé de constater qu'avec des groupes de onze, dix-neuf ou - j'exagère à peine - vingt-neuf et quarante-trois, la plupart des gens - sauf certains savants (autistiques) - plus personne ne peut dire avec précision le nombre précis d'objets qu'on leur présente.

On peut dire la même chose de six kilomètres, cent kilomètres et, si on fait le trajet continuel entre, mettons Québec et Montréal, deux cent cinquante est quelque chose qu'on peut facilement se représenter. - Paul [Dubé] qui se tapait régulièrement Montréal-Toronto, Montréal-New-York et même Montréal-Pittsburgh a une très bonne idée ce qu'est cinq cents ou mille kilomètres. Mais, durant toute la période où il a effectuer ses voyages - et il vous l'avouera lui-même -, vous lui auriez demandé ce que deux mille trois kilomètres représentaient, il n'aurait pas su vous le dire.

Alors, si vous pensez... six milliards de kilomètres...

Qu'à cela ne tienne, Thomas et moi avons essayé et voici ce que nous avons trouvé :

Si l'on couvrait le Square Dominion (aussi connu sous le nom de Square Dorchester) de Montréal, celui à l'ouest de l'édifice Sun Life, de dés à jouer, c'est-dire tout l'intérieur du carré contenu entre les rues René-Lévesque-Peel-Metcalfe jusqu'à la rue au nord (qui porte le nom de «rue du Square Dominion» - une trouvaille !) ; non pas une fois, deux fois, trois fois, mais suffisamment de fois pour atteindre la hauteur de la Place Ville-Marie, le nombre de dés nécessaires à ce faire seraient d'environ six milliards.

N'oubliez pas, hein : un dé à jouer mesure à peu près un centimètre par un centimètre, par un centimètre : un centimètre cube.

Considérez maintenant que chacun de ces dés équivaut à un kilomètre et que pour les retirer un à un, en en supprimant, à six, un à toutes les secondes, il vous faudra, avec vos cinq amis, 32 ans...

(Si vous n'avez pas 32 ans, vous n'avez pas encore vécu un milliard de secondes.)

Brillant, non ? - Malheureusement, ce qui est inquiétant dans cette affaire, c'est qu'un jour mon fils va me demander ce que nous, les chanceux à qui Dieu - enfin son fils - nous a rendu visite il y aura cette année 2017 ans... faisons dans cet univers.

Jeff

 

J'ai pas le temps, ni l'argent !

À mes amies, ma soeur, ma mère, mes cousines, mon chum, mes ex-chums, mes collègues de travail et la petite-qui-couche-avec-le-réalisateur-de «Vie des Arts» :

ARRÊTEZ de me suggérer d'aller voir tel ou tel film, de ne pas manquer telle ou telle exposition, de passer mes vacances à Puerto Distante plutôt qu'à San Asistido : JE N'AI PAS LE TEMPS.

Ni le temps, ni les moyens, ni l'énergie pour tout voir, tout visiter, tout connaître.

Avec mon salaire, ma p'tite jobine, mes p'tites fesses et mes pieds pour lesquels on n'a pas encore trouvé une paire de bottes qui durent plus que deux mois, j'essaie de vivre selon mes moyens et je n'ai pas ceux qui pourraient me permettre d'aller au concert à les soirs, même pas d'aller prendre à tous les jours l'apéro avec les copines après le travail.

Georges

 

        Fawzi Malhasti


Morceau choisi

Supplique pour être enterré sur la plage de Sète

La Camarde qui ne m'a jamais pardonné
D´avoir semé des fleurs dans les trous de son nez
Me poursuit d'un zèle imbécile
Alors cerné de près par les enterrements
J´ai cru bon de remettre à jour mon testament
De me payer un codicille

Trempe dans l'encre bleue du Golfe du Lion
Trempe, trempe ta plume, mon vieux tabellion
Et de ta plus belle écriture
Note ce qu'il faudra qu'il advint de mon corps
Lorsque mon âme et lui ne seront plus d'accord
Que sur un seul point, la rupture

Quand mon âme aura pris son vol à l'horizon
Vers celle de Gavroche et de Mimi Pinson
Celles des titis, des grisettes
Que vers le sol natal mon corps soit ramené
Dans un sleeping du Paris-Méditerranée
Terminus en gare de Sète

Mon caveau de famille, hélas ! n'est pas tout neuf
Vulgairement parlant, il est plein comme un œuf
Et d'ici que quelqu'un n'en sorte
Il risque de se faire tard et je ne peux
Dire à ces braves gens, poussez-vous donc un peu
Place aux jeunes en quelque sorte

Juste au bord de la mer à deux pas des flots bleus
Creusez si c'est possible un petit trou moelleux
Une bonne petite niche
Auprès de mes amis d'enfance, les dauphins
Le long de cette grève où le sable est si fin
Sur la plage de la corniche

 

C'est une plage où même à ses moments furieux
Neptune ne se prend jamais trop au sérieux
Où quand un bateau fait naufrage
Le capitaine crie "Je suis le maître à bord !
Sauve qui peut, le vin et le pastis d'abord
Chacun sa bonbonne et courage
"

Oh, et c'est là que jadis à quinze ans révolus
A l'âge où s'amuser tout seul ne suffit plus
Je connu la prime amourette
Auprès d'une sirène, une femme-poisson
J'ai reçu de l'amour la première leçon
Avalé la première arête

Déférence gardée envers Paul Valéry
Moi l'humble troubadour sur lui je renchéris
Le bon maître me le pardonne
Et qu'au moins si ses vers valent mieux que les miens
Mon cimetière soit plus marin que le sien
N'en déplaise aux autochtones

Cette tombe en sandwich entre le ciel et l'eau
Ne donnera pas une ombre triste au tableau
Mais un charme indéfinissable
Les baigneuses s'en serviront de paravent
Pour changer de tenue et les petits enfants
Diront, chouette, un château de sable!

Est-ce trop demander, sur mon petit lopin
Planter, je vous en prie une espèce de pin
Pin parasol de préférence
Qui saura prémunir contre l´insolation
Les bons amis venus faire sur ma concession
D'affectueuses révérences

Tantôt venant d'Espagne, tantôt d'Italie
Tous chargés de parfums, de musiques jolies
Le Mistral, la Tramontane
Sur mon dernier sommeil verseront les échos
De villanelle, un jour, un jour de fandango
De tarentelle, de sardane

Et quand prenant ma butte en guise d'oreiller
Une ondine viendra gentiment sommeiller
Avec moins que rien de costume
J'en demande pardon par avance à Jésus
Si l'ombre de sa croix s'y couche un peu dessus
Pour un petit bonheur posthume

Pauvres rois pharaons, pauvre Napoléon
Pauvres grands disparus gisant au Panthéon
Pauvres cendres de conséquence
Vous envierez un peu l'éternel estivant
Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant
Qui passe sa mort en vacances

Georges Brassens

Fawzi

 

         De notre disc jockey - Paul Dubé


Si vous l'aviez compris

Le compositeur de la chanson qui suit s'appelle Luigi Denza. Il est né dans la province de Naples, en Italie, en 1846 et est surtout connu pour la musique qu'il a écrite lors de l'ouverture, en 1880, du premier funiculaire de Naples, Funiculi funiculà qu'ont enregistré des dizaines de chanteur de Caruso à Pavarotti. Mais il a composé beaucoup d'autres choses telles que des romances ou des airs basés sur des poèmes comme celui qui fait l'objet de notre choix aujourd'hui, un poème écrit par un certain Clifton Bingham qu'un dénommé Stéphan (sans e final) Bordès a adapté en français vers 1916.

Son titre, tel que mentionné ci-dessus, est «Si vous l'aviez compris».

Il s'agit pourtant d'un classique dont on peut retrouver facilement plusieurs versions par Giuseppe di Stefano, Raoul Jobin, Tino Rossi (qu'est-ce qu'on pourrait trouver qui n'a pas été au moins une fois chanté par Tino Rossi ?)...

Mon interprétation préférée est celle de Fred Gouin et elle date de 1930.

Ses paroles en sont les suivantes :

Rien qu'au revoir murmuré tout bas
En me serrant la main
Et mon coeur brisé suivit vos pas
Au loin sur le chemin
Car vous n'avez jamais connu
L'amour dont je souffrais
Jamais vous n'êtes revenue
Ô vous que j'adorais.

Pourquoi n'avez-vous pas surpris
Mon secret dans mes yeux
Hélas ! si vous l'aviez compris
Nos coeurs unis seraient heureux.

Rien qu'au revoir murmuré tout bas
En me serrant la main
Et c'est là, c'est là ce qui me reste hélas
D'un doux rêve lointain
Depuis, je vis dans le passé
Revoyant ce moment
Que rien n'a jamais effacé
Je vis en vous aimant.

J'ai vu, il y a longtemps, de jeunes dames qui pourraient avoir aujourd'hui 90 et même 100 ans pleurer dans des soirées où cela était chanté par le ténor de la famille.

Cliquez sur la note : Second

Notes : 

1) pour nos suggestions et enregistrements précédents, cliquez ICI.

2) pour nos émissions de radio, cliquez ICI.

paul

Book Review - Lectures


Kazuo Ishiguro

Ne vous en faites pas : je n'ai rien à dire contre lui, même pas le fait qu'il ait gagné le prix Nobel de la littérature cette année.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, il est né au Japon (en 1954), mais lui et sa famille sont déménagés en Grande-Bretagne en 1960. Il n'avait pas encore six ans. Il a été éduqué in Proper English, of course, dans, d'abord, le Surrey, puis dans le Kent et l'East-Anglia. - Je n'oserai même pas mentionner qu'il me fait penser au personnage de Toby Esterhaze dans le Karla Trilogy de John le Carré qui lui fait dire dans Smiley's People : 

«Look at me, George :  I have spent fifteen years at the Circus trying to be an English Gentleman. - You know what I am ?  A cheap Austrio-Hungarian in expensive clothes. I've come home.»

Je n'ai jamais rencontré Kazuo Ishiguru. Je n'ai jamais écouté un seul interview qu'il ait pu donner, avant ou après le Nobel. ni lu une seule ligne qu'il ait écrite.

La raison pour laquelle j'en parle aujourd'hui est qu'on m'a donné une copie d'un de ses romans avant hier (au moment où j'écris ceci) : «Never let Me Go», une chose qu'il a publié en 2005 qui, la même année, a été nommée «le meilleur roman de l'année» par le magazine Times et qui a été immédiatement incluse dans leur liste des 100 meilleurs romans des années 1923 à 2005. - Pourquoi 1923 ? je n'ai pas cherché à savoir.

(Les «meilleurs de» me font invariablement penser à ces listes qui incluent, parmi les vingt meilleurs films de tous les temps «JurrasicPark», «Back to the Future», «Gladiator», «Apollo 13»  et, en première position, «The Shawshank Redemption».)

Bizarre, hein, quand même : avec les au moins quatre à cinq mille films que j'ai pu visionner au cours de ma vie, les mandats de sept papes et ceux d'une douzaines de premiers ministres que j'ai vécus et les innombrables livres que j'ai pu lire, je trouve assez curieux qu'on ne m'ait jamais demandé mon opinion sur quoique ce soit, dans la rue, par la poste ou le téléphone. Mais, comme je dis souvent : cela est une autre histoire. - Je soupçonne quand même que les grandes maisons de sondage doivent oeuvrer quelque part dans certaines régions éloignées du Bangladesh et des États-Unis..

Où en étais-je ? - Ah oui : à Kazuo Ishiguru.

De son «Never let Me Go», j'ai lu la première page. - Sorry, chap : not my cup of tea. Je vais te dire une chose quand même :

Je ne sais pas dans quelle mesure tu as participé au scénario de «The Remains of the Day» de James Ivory tiré de ton roman du même nom, scénarisé par Ruth Browe Jhabvala, chose certaine : «You are probably  a real Englishman in a good looking suit».

Mais je vais, comme je l'ai fait pour Remains of the Day, attendre le film.

Simon

L'extrait du mois


James Joyce

«Generous tears filled Gabriel's eyes. He had never felt like that himself towards any woman, but he knew that such a feeling must be love. The tears gathered more thickly in his eyes and in the partial darkness he imagined he saw the form of a young man standing under a dripping tree. Other forms were near. His soul had approached that region where dwell the vast hosts of the dead. He was conscious of, but could not apprehend, their wayward and flickering existence. His own identity was fading out into a grey impalpable world: the solid world itself, which these dead had one time reared and lived in, was dissolving and dwindling.

«A few light taps upon the pane made him turn to the window. It had begun to snow again. He watched sleepily the flakes, silver and dark, falling obliquely against the lamplight. The time had come for him to set out on his journey westward. Yes, the newspapers were right: snow was general all over Ireland. It was falling on every part of the dark central plain, on the treeless hills, falling softly upon the Bog of Allen and, farther westward, softly falling into the dark mutinous Shannon waves. It was falling, too, upon every part of the lonely churchyard on the hill where Michael Furey lay buried. It lay thickly drifted on the crooked crosses and headstones, on the spears of the little gate, on the barren thorns. His soul swooned slowly as he heard the snow falling faintly through the universe and faintly falling, like the descent of their last end, upon all the living and the dead.»

(The Dead - The Dubliners)


Donal McCann et Agelica Huston
Photo tirée du film «The Dead»
de John Huston (1987)

***

Traduction (http://www.ebooksgratuits.com/)

«Des larmes coulèrent de ses yeux, et dans la pénombre il crut voir la forme d’un jeune homme debout sous un arbre, lourd de pluie. D’autres formes l’environnaient. L’âme de Gabriel était proche des régions où séjourne l’immense multitude des morts. Il avait conscience, sans arriver à les comprendre, de leur existence falote, tremblotante. Sa propre identité allait s’effaçant en un monde gris, impalpable : le monde solide que ces morts eux-mêmes avaient jadis érigé, où ils avaient vécu, se dissolvait, se réduisait à néant. 

«Quelques légers coups frappés contre la vitre le firent se tourner vers la fenêtre. Il s’était mis à neiger. Il regarda dans un demi-sommeil les flocons argentés ou sombres tomber obliquement contre les réverbères. L’heure était venue de se mettre en voyage pour l’Occident. Oui, les journaux avaient raison, la neige était générale en toute l’Irlande. Elle tombait sur la plaine centrale et sombre, sur les collines sans arbres, tombait mollement sur la tourbière d’Allen et plus loin, à l’occident, mollement tombait sur les vagues rebelles et sombres du Shannon. Elle tombait aussi dans tous les coins du cimetière isolé, sur la colline où Michel Furey gisait enseveli. Elle s’était amassée sur les croix tordues et les pierres tombales, sur les fers de lance de la petite grille, sur les broussailles dépouillées. Son âme s’évanouissait peu à peu comme il entendait la neige s’épandre faiblement sur tout l’univers comme à la venue de la dernière heure sur tous les vivants et les morts.»

(Les morts - Gens de Dublin)

 

 

Le courrier


M. Gaston St-Hubert - Trois-Rivières, Qc.

The Whizin Center for Continuing Education of American Jewish University.

Mlle Manon de la Roche (4 ans) - Burlington, Vermont

Impossible de savoir si le Père Noël vous rendra visite cette année. - Il faudra vous renseigner auprès de vos parents - L'an dernier, pour le réveillon, notre cuisinière nous avait servi, sans qu'on le sache, de la viande de renne et nous nous demandons depuis ce temps-là comment il est rentré chez lui.

Mme Onésima Robitaille - Chicoutimi, Qc.

Organiser, nous, un débat sur le réchauffement de la planète ? Oui. À une condition qu'un d'un côté soient présents 98 hommes ou femmes de science (en météorologie de préférence) et 2 représentants de l'industrie pétrolière. - Un vrai équilibre, quoi.

M. Charles Maurel

L'heure ? - Il est minuit vingt-six. - Enfin : ici.

 

Cette édition du Castor est dédiée à :


Jackson Pollock
(1912-1956) 

c

 

« Y'a pas seulement cent ans, on mourait plus jeune de vieillesse. »

François Caradec                          

 


Webmestre : France L'Heureux


Webmestre : Éric Lortie


Webmestres : Paul Dubé et Jacques Marchioro

 


Fondé en 1900 par le Grand Marshall, le CASTOR DE NAPIERVILLE fut, à l'origine, un hebdomadaire et vespéral organe créé pour la défense des intérêts de l'Université de Napierville et de son quartier. - Il est , depuis le 30 septembre 2002, publié sous le présent électronique format afin de tenir la fine et intelligente masse de ses internautes lecteurs au courant des dernières nouvelles concernant cette communauté d'esprit et de fait qu'est devenu au fil des années le site de l'UdeNap, le seul, unique et officiel site de l'Université de Napierville.De cet hebdomadaire publié sur les électroniques presses de la Vatfair-Fair Broadcasting Corporation grâce à une subvention du Ministère des Arts et de la Culture du Caraguay, il est tiré, le premier lundi de chaque mois, sept exemplaires numérotés de I à VII, sur papier alfa cellunaf et sur offset ivoire des papeteries de la Gazette de Saint-Romuald-d'Etchemin et trois exemplaires, numéroté de 1 à 3, sur offset de luxe des papeteries Bontemps constituant l'édition originale, plus trois exemplaires de luxe (quadrichromes) réservés au Professeur Marshall, à Madame France DesRoches et à Madame Jean-Claude Briallis, les deux du Mensuel Varois Illustré.Nous rappelons à notre aimable clientèle que :

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Le mardi 2 janvier 2018

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