Volume XXIX, n° 2

Le seul hebdomadaire de la région publié une fois par mois
Deuxième édition

Le lundi 2 octobre 2017
     

L'automne, enfin !

...Mais qui se souviendra de la canicule du mois dernier ?

Les grands titres de ce numéro : «Quoi ? - Moi, guide de voyage ? - Lire et les générations - The Decline and Fall of the Clark Institute - 2 + 2 = 5 - De la langue française et autres sujets de discussion - Tivision, Internet et téléphonie - Steepletop - Sainte Thérèse de Lisieux, priez pour nous - Le guides des égarés et À la recherche du Temps perdu - The Theologian's Nightmare (Le cauchemar d'un théologien)» et le courrier.

Mais ne vous fiez pas aux titres : ils ont été écrits par nos chroniqueurs avant la rédaction de leurs chroniques.

Ainsi, dans ce numéros, vous allez entendre parler (entre autres) de : catastrophes naturelles, de lieux qui sont disparus, de lecture et de l'après-vie, d'escaliers et d'architecture, de tivision, d'internet et de téléphones, d'amour, de Scriabin et d'extase... mais pour pourrez également lire un mini-conte de Bertrand Russell (en anglais, mais également en traduction). - Bonne lecture !

BLANC

 

Les chroniques précédentes de nos correspondants peuvent être consultées en cliquant sur ce lien .
 
      Simon Popp

 Quoi ?

 

Question :

Si je décidais, demain, de me faire construire une maison dans un marécage, ou à un mètre au-dessus d'une rivière qui sort régulièrement de son lit, ou sur les côtes d'un volcan, ou dans une région où les ouragans sont annuels...

Et que je demandais à chaque fois que ma maison s'enfonce d'un mètre ou plus dans le sol, ou que mon sous-sol ou mon rez-de-chaussé - et à l'occasion, mon étage - est inondé, ou qu'une coulée de lave passe au beau milieu de ma chambre à coucher, ou que mes fenêtres, mon toit, mes meubles de jardin sont emportés par le vent,

Je serais raisonnable de demander à mes concitoyens installés sur la terre ferme de rembourser presque annuellement mes dommages ?

Réponse :

J'aimerais vivre encore quelques années, tout au plus cinq ou six décennies pour dire

Si vous possédiez des terres en Floride, vous possédiez des terres en Floride.

Et aux gens qui habitent sur le Plateau Mont-Royal :

Vous savez, ces fissures dans vos fondations sont tout à fait naturelles
et comptez-vous chanceux de demeurer encore sur la même rue.

Commentaires :

Considérez-moi comme bouché à l'éméri, mais si j'arrive à comprendre que les premiers habitants qui s'installent sur un terrain où il n'y a aucune évidence d'un danger quelconque ne savent pas que la nature peut leur tomber dessus, j'ai beaucoup de difficultés à comprendre ceux qui, après un sinistre quelconque, s'installent au même endroit ou pire encore s'y réinstallent parfois plusieurs fois par la suite.

Faut dire qu'après l'invention du paratonnerre, l'Église (vous savez de laquelle je parle), dans sa sagesse, a longtemps refusé de les installer sur leurs immeubles étant convaincu que Dieu les protégerait ou, dans le cas inverse, les détruirait parce que les fidèles qui les habitaient ou les fréquentaient n'étaient pas aussi religieux qu'ils le laissaient croire.

Et que penser du séisme suivi d'un tsunami qui détruisit à peu toute la ville de Lisbonne le premier novembre 1755 faisant entre 50 000 et 70 000 victimes ? -  Lisbonne ! La capitale d'un pays profondément, à l'époque, catholique, le jour d'une des fêtes essentielles où la plupart des victimes se trouvaient à l'église à 9h40 du matin.

Cf. : Voltaire dans Candide (chapitre 5 et 6) et son Poème sur le désastre de Lisbonne.

***

Moi quide de voyage ?

Vous voulez rire ? - Oh, ce n'est pas que je n'ai pas voyagé. J'ai même trop voyagé, mais je suis toujours allé aux mêmes endroits et si je connais le centre et même certaines banlieues d'une douzaine de villes par coeur, plus le temps passe, plus les endroits où j'avais mes habitudes ont tendance à disparaître.

Tenez, il y a deux semaines, à New York, j'ai voulu  aller déjeuner au Carnegie Deli sur la septième avenue, au sud de la cinquante-cinquième rue, près du Carnegie Hall. Surprise :  il n'y a plus de Carnegie Deli. Il a fermé ses portes il y a quelques mois, pour diverses raisons, après 80 ans d'existence.

Idem à Paris où un restaurant italien près de la Seine servait un Vitello Tonnato du tonnerre. Il a été remplacé par un bistrot français quelconque.

À Toronto, tout le personnel à l'endroit où j'avais l'habitude de descendre n'est plus là. Et le restaurant qui s'y trouvait est devenu un buffet chinois.

À Londres le charmant Wheeler's sur la rue Duke of York a été démoli.

On me dit que le restaurant Bici à Chicago existe toujours, mais je ne suis pas allé à Chicago depuis des lunes.

À San Francisco, le Norta Beach est devenu un quartier pizza-T-shirt.

À Washington la rue principale du quartier Georgetown est devenu un immense centre commercial.

Et le seul restaurant italien qui avait un peu d'allure à Kingston (en Ontario) n'a pas eu le temps de faire réparer sa machine à espresso au cours des dix dernières années.

Les huîtres de Zélande n'existent plus du moins naturellement - mais on les cultive - pendant ce temps, les smoked meat sandwiches de chez Schwartz sont devenus quelconques. Et Ben's a été démoli pour faire place à un hôtel.

Reste la rue des Bouchers à Bruxelles, le vieux Québec (en patrie), la rue Church à Burlington (Vermont), les revendeurs de livres usagers à Montpelier (idem), Saratoga Spring (New York), le Bird Sanctuary à Westmount, mais on peut de plus en plus dire adieu aux gentils petits villages du Québec et qui ose, quand il n'y réside pas s'aventurer dans le labyrinthe qu'est devenu le Plateau Mont-Royal ou encore dans le no-man's-land de Montréal-Nord.

Je serais quand même curieux de savoir ce qu'on a fait de Bath, Stonehenge, Amiens, Chartres, Étretat, Brugges, Bologne, Sonoma, Crinan, Prague et du vieux quartier de la Nouvelle-Orléans.

Simon

P.-S. : Je viens d'apprendre que Stonehenge ne peut être vu que derrière une cloture et que l'endroit est infesté de revendeurs de souvenirs...

 

      Herméningilde Pérec
Lire et les générations

Un ami me rappelait l'autre jour qu'il ne trouvait plus rien à lire ; que tout ce qu'il lisait, notamment dans les journaux et les revues, lui paraissait depuis quelque temps sans forme, sans couleur, sans caractère. - Un peu plus et il ajoutait sans âme. - Une conséquence d'avoir trop lu, je me suis dit, ou de n'avoir lu que des livres publiés à une certaine époque, écrits que par certains auteurs et dans un certain style devenu, depuis qu'il a commencé à lire, démodé, dépassé parce que de moins en moins près de la réalité sociale dans lequel nous vivons. - On avance dans divers milieux que c'est parce qu'on en est aux messages de 140 caractères et moins et non plus aux thèses de huit cent pages. - Je ne suis pas d'accord avec cette simplisete explication. - Que l'on n'écrive pas comme on devrait ou que l'on n'écrive plus comme le faisait, oui, mais qu'on ne sache plus écrire, j'en doute. - Que l'on ne prenne plus le temps de lire, peut-être...

Pour en revenir cependant au style sans forme, sans couleur et sans caractère, il s'agit là d'une chose que j'ai notée déjà il y a plusieurs années quand je me suis mis à lire les journalistes et les chroniqueurs des années trente et quarante qui se plaignaient déjà à ce moment-là du peu d'ardeur et de fougue qui animaient les écrits de leurs prédécesseurs. - C'était avant que l'on découvre Louis-Ferdinand Céline (et d'autres) quand les Mauriac, les Maurois, les Roger Martin du Gard et même les Malraux prenaient toute la place, place qu'ils ont gardée, au Québec, jusqu'au milieu des années cinquante alors qu'il fallait passer outre aux avis de son confesseur pour oser lire André Gide, Julien Green et autres révolutionnaires comme Sartre, Camus, Butor, Nathalie Sarraute et Sagan !

Je parle d'un temps presque figé car, au-delà de ces, aujourd'ui, surannés classiques, même si, personnellement, je me suis intéressé, à partir des années cinquante et soixante, à des écrits comme ceux du nouveau roman, au théâtre de l'absurde (Ionesco) et aux expériences de l'Oulipo, je n'ai vraiment pas suivi les le Clézio, les Pennac et presque tous les auteurs de Best-Sellers quoi ont fait leur apparition à partir des années soixante tant français, américains ou québécois. - Je serais bien embêté, par exemple, de trouver plus de dix, vingt livres dans toute ma bibliothèque qui furent publiés après 1960 sauf de trois ou quatre auteurs qui m'ont, pour ainsi dire, amené dans une autre direction, mais que partiellement. - Ce qui est loin de me rajeunir.

Je me demandais justement, après avoir écrit ce qui précède, ce que je lisais depuis quelque temps - et par «quelque temps», il m'a fallu admettre que ce que je voulais dire c'était : «depuis plusieurs années» - et je me suis retrouvé surpris de constater que je ne lisais plus ; que mes lectures étaient devenues des relectures ; des relectures de ce que je lisais dans ma vingtième et trentième année et que je m'étais surtout remis à relire les auteurs anciens, grecs et latins. Et de plus en plus en traductions, sans le texte originel à proximité, car ce dont je me souviens de mon grec et de mon latin...

J'en suis venu il y a quelque temps (mais moins longtemps) à la conclusion que, quelle que soit l'époque où l'on a vécu sa jeunesse et une partie de sa maturité, on y reste accroché et qu'on devient vite ridicule en voulant passer à une autre, ce qui, en soi, n'est pas très rassurant car il m'arrive souvent de penser à ce qu'un de mes professeurs en classe de Rhétorique (sixième année du cours dit «classique») répétait continuellent : qu'après la mort, nous conservions nos facultés intellectuelles et qu'il fallait donc les développer pour, je suppose ne pas nous ennuyer de l'autre côté. -  Disons que je m'inquiète beaucoup d'avoir à passer l'éternité dans les années cinquante.

Une autre idée m'est venue à propos de ma génération - c'est-à-dire à propos de mon âge - quand, la semaine dernière, un collègue de la génération qui me suit m'a annoncé qu'il était quelques jours auparavant devenu grand-père. - Félicitations et tout... sauf qu'il m'a fait penser que j'avais un arrière-petit-fils de trois ans et que je ne saurai jamais, avant de mourir, ce qu'il lui adviendra.

Ces pensées me fatiguent et m'agacent et comme je n'ai plus la force de marcher pendant des heures pour les oublier, je les trouve de plus en plus attristantes.

Herméningilde Pérec

 

       Copernique Marshall

The Decline and Fall of The Clark Institute
(Williamstown,Ma, USA)

A friend of mine, now retired, used to be a «museologist» ; the sort of fellow, you know, who knows - knew, really - how to plan, organize and manage exhibits in museums, that is : he knew, given the size and the notoriety of what was to be displayed, how many guards and clerks would be required, where and how and at what hours visitors would show up, what general paths they would follow, how many minutes they would stay in this or that area, what was going to be the key-pieces people would want to see and how to specifically control the number of people that would gather around them. In other words, he knew, notwithstanding what art critics thought, said or wrote or what the museum directors wanted their «clients» to see, exactly how people would behave given the size of the rooms, the nature of the objects being exhibited - paintings, sculptures or whatever - the lenght of time that should be allowed and generally speaking how to manage the entire show.

He wasn't, of course, very popular, amongst the art elite whose members thought they knew everything about these things and, particularly, how uneducated masses ought to be taught how to appreciate what they considered real art.

And he wasn't an architect nor a designer nor a Johnny-knows-it all ; he was simply somebody who had watched how people behaved in normal day-to-day activities including visits in museums ; very unlike the fellow who designed the staircase in the south building of the Montréal Fine Arts Museum where, in order to climb or go down a single step, one either has to be a midget or 3 meters tall because the length or each tread (the part of a stairway that is stepped on) is one and half time or multiple thereof of what has been considered usual (read : normal) for centuries. - What this implies is that unless one takes half-steps every other step, one winds up using using the same leg to raise or lower riser (the vertical portion between each tread).

BTW :

You can read all about staircases and how to calculate the rise and run of a set of stairs at the following addresses :

https://en.wikipedia.org/wiki/Stairs#The_railing_system

http://www.mycarpentry.com/stair-calculator.html

Nothing dramatic, mind you, just a bit annoying but downright frustrating for people who have the slightest problem climbing ordinary stairs.

I understand that the genius who designed the above staircase wanted people to notice how an ordinary set of steps could be changed into something beautiful and worth paying attention to.

Bull, I say and bull as well to I-don't-how-how-many landscapers and architects who take for granted that people will go around corners using points A, B and C to go from A to C and find out after a while that people no longer use the sidewalks then had so thoughtfully designed but walk directly across their beautiful lawn to go from A to C.

An aparté on architects

My idea of an architect is someone capable of designing functional houses, office building, places of worship, arenas or whatever. The key word, her, is functional the definition of which is : practical and useful, not first and foremost attractive or beautiful to look at, - An opera house is not functional if some of the people sitting therein can't hear anything ; an arena is not fuctional if some of the spectators cannot see the entire rink or field ; and so it goes with staircases : if anybody using it cannot go up or down without taking unusual steps is not practical nor useful however attractive and beutiful it might be. Unless, it leads nowhere. Then, we're talking about a work of art, not a staircase. - The same applies to sidewalks who forces anyone to take a longer patgh to go anywhere.

A caveat, of couse ; if it's practical nothing should stop an architect to decorate or embellish it.

(My pet peave on  this is the numbers of models created in the past few years to «embellish»  plumbing fixtures. Nice looking some of them but one pratically needs a 10 page volume to understand how some of them work. - And when was the last time you try to adjust a digital clock ? - How about intelligent phones ?)

And back to the Clarkson :

Anyway, looks like the trustees of the Clarkson Museum did not call a «museologist» to redesign their intallations but either relied on their concept of what a museum should look like or called the genius what created the aforementioned staircase or his counterpart.

Gone is the main entrance which was very well designed. Gone is the parking at the rear where you only had to walk a few feet to get into the building. Gone is the nicely designed rear garden area which now has been replaced by a huge parking from which one has to follow long walls behind which are the new building which one can barely see from the parking !

The museum shop which used to sell an enormous quantity of toys, photos, art kits has been replaced by a collection of artefacts, books and extremely expensive scarfs or other wearing apparels. - Well these walls have to be paid...

I hadn't been there in some years and, being in the area, I decided to go back to see a couple of paintings I really liked but after having walked close to a kilometer in order to reach the exhibit area, I simply turned around.

My opinion ? It has tunred into an architectural disaster. Nice looking thought, if you like straight lines and bricks,

Too bad because the area is beautiful and the nearby village (let's call it a town) is charming. Great book store and a nice pub (owned by an expatriated French restaurateur, by the way) which serves good food.

*

P.-S. : Speaking of bad staircase design - I haven't been there in months -, there was a shop on Laurier street (in Montreal) - who might no longer extist - whose staircase leading to the second floor was entirely made of meshed or opened design metal. - Very nice in the summer, with girls walking up in their miniskirts but you should have seen the disaster in the winter with people walking up with their wet boots dripping all the way down to those on the ground floor.

***

2 + 2 = 5

I was talking about statistics, not too long ago, in a the bar of the hotel in which I was staying a few days and mentioned that half of the people one meets in a day are statistically less intelligent than the other half or that half of the drivers on a turnpike drive better than the other half.

The context - highbrow stuff (remember this was a bar) - was wether it was better to say that a glass was half full than half empty. - I won't explain any more.

«Well it depends where you were.» replied one of the regulars.

«Yeah, added another. Depends if you were in the jungle or at a rocket scientists' reunion.»

I went on stating that 2 + 2 might equal 5... if the 2's are large enough.

«Now that makes sense» said the waitress. 

Guess where I was. - No, not at that pub mentioned above.

I'll give you a hint : I was in a country whose north border is the longest in the world.

Copernique

 

       Jeff Bollinger


De la française langue et autres sujet de discussion

Quand j'étais jeune, il y avait deux choses dont il ne fallait jamais parler à table : de politique et de religion. Aujourd'hui, la religion, presque disparue de nos moeurs, ne semble plus être un sujet tabou, mais il est plausible de penser qu'on pourrait facilement lui substituer la langue française ou, comme le dit souvent Monsieur Pérec, la française langue. J'y reviens dans un instant.

De quoi parlait-on alors ? - Je ne peux parler que de ma famille où la plupart des mes grands oncles savaient à peine lire et écrire. On parlait de sport et puis, vers la fin, alors que la classe moyenne pouvait, enfin, penser à s'acheter un auto, mes oncles parlaient et de sport, et de chars.

Pour ce qui est de la religion, je ne sais plus où l'on en est rendu. Je ne connais qu'une [très] petite poignée de catholiques pratiquants et quand nous, Élyanne et moi, pensons à nos enfants, nous nous demandons si nous devons leur rappeler ce que l'une de leur arrière-grand-mère leur a promis qu'ils pourraient, s'ils étaient désobéissants, aller rejoindre une de leur tante qui brûlait en enfer jusqu'à la fin des temps pour avoir mangé de la viande un vendredi alors que c'était interdit...

J'en aurais long à dire sur tout ça, mais revenons à la française langue. J'y reviens parce que, de toutes évidences, il s'agit là d'un sujet dont il ne faut pas parler. Dès que je mentionne, je ne sais pas, moi... de son fol orthographe, de son incompréhensible grammaire ou, pire encore, de son éventuelle disparition, je me fais presque physiquement attaquer. Sauf que ce n'est pas uniquemnent de la fançaise langue dont je parle mais de toutes les langues, y compris l'anglaise.

Tenez, écoutez ceci. Ça dure à peine une minute et demi :

Cliquez sur la note : Second

Vous avez reconnu ? C'est le début du fameux solliloque dans Hamlet («To be or not to be...», mais en anglais de la fin du XVIe et du début du XIIIe siècle, un anglais reconstitué à partir de documents de l'époque par un spécialiste en linguistique à partir de critiques datant de cette period-là, de grammaires, de dictionnaires, d'écrits sur la langue, etc.

Son nom : David Crystal dont vous trouverez tous les renseignements sur la page que Wikipedia lui a consacrée : https://fr.wikipedia.org/wiki/David_Crystal

Et on nous reproche, à nous, de ne plus parler non pas la langue de Molière, mais la langue de nos grands-parents.

Faut dire que ça fait très longtemps que je n'ai pas entendu une des cousines éloignées de mon grand-père dire : «J'eusse aimé que vous vinssiez plus tôt car la saison des couleurs est presque terminée."

Jeff

 

Tivision, Internet et téléphonie

Budget, budget, budget...

De petis problèmes de plomberie féminine m'ont tenu réveillée il y a quelques jours et lassée de lire des nouvelles sur les stars du moment, j'ai ouvert la télé et fait comme mon chum : je n'ai pas essayé de savoir ce qu'il y avait à la télé, mais de savoir ce qu'il y avait d'autre. - Tout ce que j'ai vu, ce sont des pubs essayant de me vendre des batteries de cuisine, des bijoux, des aspirateurs, des équipements pour retrouver «ma ligne», des livres de recettes, des magazines de mode et... des pneus d'hiver, - Des pneus d'hiver ! Alors qu'il faisait, avec le taux d'humidité, plus de 35 degrés.

J'ai vu également quelques preachers et je-ne-sais-plus-combien d'émissions qu'on disait d'«information» où l'on ne parlait que de Trump, de Trump et de Trump.

C'est à ce moment-là que j'ai commencé à me demander qu'est-ce qu'on faisait à payer près de cent cinquante dollars par mois pour un appareil qu'on n'ouvrait presque jamais, un service d'Internet à haute vitesse pour lire des textos et envoyer des messages pour lesquels nous nous servions presque exclusivement de nos téléphones plus une ligne téléphonique dont nous avons peine à nous souvenir du numéro.

Le lendemain, ne m'étant pas rendue au travail, j'ai passé l'avant-midi à réviser les contrats que nous avions signés, nos fatures pour tous ces services et, au bas mot, je me suis aperçue qu'on pouvait facilement économiser de 80 à 90 dollars par mois en réduisant notre consommation de ces produits indispensables à uniquement nos téléphones portables.

J'en ai parlé à mon chum, preuves en main, le soir même qui m'a dit qu'avec mes cosmétiques... Je lui ai mentionné que ses équipeents sportifs... Il est revenu à la charge avec le prix de mes vêtements... J'ai rétorqué avec les coûts de ses soirées dans les bars de sport...

Résultat : 

La tivision est toujours là. L'internet haute vitesse est toujours là. Et notre ligne téléphonique - dont nous avons peine à nous souvenir du numéro (j'insiste) - est toujours là.

L'infidélité serait-elle une cause plus importante de divorce que l'argent ?

Georges

 

        Fawzi Malhasti


Steepletop

Love is not all : it is not meat nor drink
Nor slumber nor a roof against the rain; 
Nor yet a floating spar to men that sink 
And rise and sink and rise and sink again; 

Love can not fill the thickened lung with breath, 
Nor clean the blood, nor set the fractured bone; 
Yet many a man is making friends with death 
Even as I speak, for lack of love alone. 

It well may be that in a difficult hour, 
Pinned down by pain and moaning for release, 
Or nagged by want past resolution’s power, 

I might be driven to sell your love for peace, 
Or trade the memory of this night for food. 
It well may be. I do not think I would.

Edna St-Vincent Millay

***

L'amour n'est pas tout
Ce n'est ni nourriture, ni quelque chose que l'on peut boire
L'amour ne rend pas notre sommeil plus agréable
Ni ne nous protègedes intempéries
Ce n'est pas une bouée qu'on pourrait lancer à une homme qui se noie

L'amour ne remplit pas nos poumons d'air frais
Ni rend notre sang plus vif
Et ne réparerait pas un os brisé
Et pourtant combien d'hommes et de femmes
Voudraient mourir par manque d'amour

Il se peut que, dans un moment difficile,
Écrasée par la douleur et souhaitant m'en débarrasser
Malgré toutes les décisions que j'ai prises à cet égard

Il se peut que je pense échanger votre amour pour un peu de paix
Ou que je veuille oublier cette nuit pour un peu de pain
Mais n'y comptez pas trop

Fawzi

 

         De notre disc jockey - Paul Dubé


Sainte Thérèse de Lisieux, priez pour nous

Comme l'écrivait en janvier l'an dernier Geoffrey Norris, un des critiques de la revue Gramophone, lorsque Scriabin mourut en 1915, personne ne fut plus surpris que lui-même. La mort ne faisait pas partie de ses projets. Dans la décennie précédente, il avait envisagé pour son ultime voyage quelque chose de bien plus apocalyptique : une sorte de voyage au cours duquel l'humanité tout entière, ivre de sa musique et hypnotisée par son magnétisme et son omnipotence, se joindrait à lui dans une sorte de «Mysterium», c'est-à-dire un acte de transcendance extatique vers un monde supérieur.

When Alexander Scriabin died in 1915, nobody could have been more surprised than he was. Mere death was not part of his life plan. During his last decade he had been envisaging something far more apocalyptic, whereby the whole of humanity, intoxicated by his music and mesmerised by his God-like magnetism and omnipotence, would join him in the Mysterium, an act of ecstatic transcendence to a higher plane of existence.»)

C'est, comme ont dit tous ceux qui l'ont connu, qu'il fallait le rencontrer pour comprendre qui, vraiment, il était : un être totalement consumé par la musique qui demeurait, pour lui, la seule façon de rejoindre les extases du mysticisme, extases qu'il interprétait selon lui par son jeu et ses compositions.


Sainte-Thérèse de Lisieux

Extases ou non, il n'en demeure pas moins un compositeur fascinant et c'est en classant un de mes nombreux fichiers «temporaires» que j'ai retrouvé la pièce qui suit, jouée par un autre individu tout aussi atypique, Glenn Gould.

Je n'en dirai pas plus sauf que (je crois, soit dit en passant, avoir trouvé cette pièce sur Youtube),c'est probablement la chose la plus difficile qu'il m'a été donné d'écouter, à l'exclusion peut-être de la première partie (surtout) des «Éléments » de Jean-Féry Rebel (1666-1747) à côté de quoi «Le sacre du printemps» demeure, comme disent les Anglais «a piece of cake».

Attention : c'est quand même assez long (près de 25 minutes) et il est conseillé de ne pas écouter ça tout seul, surtout en pleine nuit.

Voici donc, pour votre extase, la Sonate no. 3 de Scriabin, interprété par Glenn Gould.

Cliquez sur la note : Second

Notes : 

1) pour nos suggestions et enregistrements précédents, cliquez ICI.

2) pour nos émissions de radio, cliquez ICI.

paul

Book Review - Lectures


Guide des égarés
Jean D'Ormesson - NRF-Gallimard, 2016

En mars dernier, j'ai laissé sous-entendre que l'avant-dernier livre de Jean D'Ormesson, Dieu, les affaires et nous (Robert Laffont, 2015) m'avait laissé plutôt indifférent. Pour tout dire, j'ai mentionné implicitement que j'avais bien pris note de ne pas, suite à sa lecture, de ne pas... lorsque j'allais atteindre son âge, «vider mes tiroirs», ce qui en disait suffisamment sur son contenu. Et voilà qu'un an après sa publication, D'Ormesson - je ne dirai pas «récidive» mais... - «nous entraîne» avec ce nouveau livre - dont le titre est emprunté à celui de Maïmonide - dans une suite plus ou moins décousue de réflexions sur : l'étonnement, la disparition, l'angoisse, le secret, l'énigme, les nombres, la science, l'espace, la matière [...] la beauté, la vérité, l'amour et Dieu. (Ce sont certains titres de ces 29 réflexions.)

Rien de nouveau sous le soleil pour qui connaît ne serait-ce que superficiellement l'auteur de La gloire de l'empire. - On pense à Gide cependant qui, à 81 ans, peu de temps avant de mourir (D'Ormesson en a 92), écrivait :

«Que de fois j'ai pu souhaiter écrire un livre qui ne tienne aucun compte de mon passé, que l'on pût chercher vainement rattacher à ce qu'on appelle pompeusement : mon oeuvre. Rien à faire : je retombe dans des thèmes déjà ressassés, dont il ne me paraît pas que je puisse encore tirer parti.»
(Ainsi soit-il ou Les jeux sont faits - Journal 1939-1949 et souvenirs - La Pléiade, 1954, page 1173.)

Heureusement, par rapport aux six cents pages de Dieu, les affaires et nous (28 cm X 18 cm), les cent vingt pages (22 cm X 14 cm), de ce Guide des égarés se lisent rapidement et les banalités, les lieux communs, les truismes mêmes qu'il contient n'ont pas tout à fait le temps de développer l'ennui ressenti à la lecture du premier.

Un reproche, mais important celui-là : 14 Euros (22,95$ Can), pour quelque chose qui se lit en une heure...

Décidément, Monsieur D'Ormesson...

Quelques lignes tirés de guide 

Je suis là. Vous êtes là. Nous sommes là. Nous existons. Ne chipotons pas. C'est un étonnement. C'est une stupeur. Mais, c'est comme ça....

À la question : «Qu'y a-t-il après notre mort ?»comme à la question : «Qu'y avait-il avant le début de l'univers et qu'y aura-t-il après sa fin ?» plusieurs réponses s'opposent et aucune ne s'impose.

L'air, l'eau, la lumière, le plaisir, le bonheur, la beauté sont les dons gratuits du monde et de la vie.

Et ceci :

Dieu, absent et présent, est notre unique espérance. Et, en vérité, dans la beauté, dans la joie, dans la justice, dans l'amour, la seule réalité.

Ce à quoi on se doit préfèrer lire :

« ...si ma voix disparaît avant que je le fasse, je pourrai toujours continuer à écrire des polémiques contre les illusions religieuses, du moins jusqu'à ce que mon cerveau s'éteigne. Mais puisque j'y pense, pourquoi ne pas m'avoir donné, justement, un cancer du cerveau ? En imbécile terrifié et à demi conscient, j'aurais peut-être même crié, avec un tel cancer, pour qu'un prêtre vienne à mon chevet. Laissez-moi terminer en déclarant que, pour le moment, je suis encore lucide et que l'entité que je pourrai devenir avant de mourir dans un tel état ne sera pas «moi». Cela, pour démentir à l'avance toute rumeur ou mensonge qu'on pourra dire après ma mort.»

(Christopher Hitchens - Mortality - cité ici, en août dernier.)

Simon

À la recherche du Temps perdu
Marcel proust

Nous rappelons à nos lecteurs que Paul Dubé et Copernique Marshall poursuivent leurs séries d'échanges sur ce roman semi-autobiographique.

Le lien vers le deuxième volet de ces échanges se trouve  ICI.

L'éditeur

L'extrait du mois


The Theologian's Nightmare
Bertrand Russell
Fact and Fiction, 1961

(Suivi d'une tradaptation de Madame Malhasti)

The eminent theologian Dr. Thaddeus dreamt that he died and pursued his course toward heaven. His studies had prepared him and he had no difficulty in finding the way. He knocked at the door of heaven, and was met with a closer scrutiny than he expected. "I ask admission," he said, "because I was a good man and devoted my life to the glory of God." "Man ?" said the janitor, "What is that? And how could such a funny creature as you do anything to promote the glory of God ?" Dr. Thaddeus was astonished. "You surely cannot be ignorant of man. You must be aware that man is the supreme work of the Creator." "As to that," said the janitor, "I am sorry to hurt your feelings, but what you're saying is news to me. I doubt if anybody up here has ever heard of this thing you call 'man.' However, since you seem distressed, you shall have a chance of consulting our librarian."

The librarian, a globular being with a thousand eyes and one mouth, bent some of his eyes upon Dr. Thaddeus. "What is this ?" he asked the janitor. "This," replied the janitor, "says that it is a member of a species called 'man,' which lives in a place called 'Earth.' It has some odd notion that the Creator takes a special interest in this place and this species. I thought perhaps you could enlighten it." "Well," said the librarian kindly to the theologian, "perhaps you can tall me where this place is that you call 'Earth.'" "Oh," said the theologian, "it's part of the Solar System." "And what is the Solar System ?" asked the librarian. "Oh," said the theologian, somewhat disconcerted, "my province was Sacred Knowledge, but the question that you are asking belongs to profane knowledge. However, I have learnt enough from my astronomical friends to be able to tell you that the Solar System is part of the Milky Way." "And what is the Milky Way ?" asked the librarian. "Oh, the Milky Way is one of the Galaxies, of which, I am told, there are some hundred million." "Well, well," said the librarian, "you could hardly expect me to remember one out of so many. But I do remember to have heard the word galaxy' before. In fact, I believe that one of our sub-librarians specializes in galaxies. Let us send for him and see whether he can help."

After no very long time, the galactic sub-librarian made his appearance. In shape, he was a dodecahedron. It was clear that at one time his surface had been bright, but the dust of the shelves had rendered him dim and opaque. The librarian explained to him that Dr. Thaddeus, in endeavoring to account for his origin, had mentioned galaxies, and it was hoped that information could be obtained from the galactic section of the library. "Well," said the sub-librarian, "I suppose it might become possible in time, but as there are a hundred million galaxies, and each has a volume to itself, it takes some time to find any particular volume. Which is it that this odd molecule desires ?" "It is the one called 'The Milky Way,'" Dr. Thaddeus falteringly replied. "All right," said the sub- librarian, "I will find it if I can."

Some three weeks later, he returned, explaining that the extraordinarily efficient card index in the galactic section of the library had enabled him to locate the galaxy as number QX 321,762. "We have employed," he said, "all the five thousand clerks in the galactic section on this search. Perhaps you would like to see the clerk who is specially concerned with the galaxy in question?" The clerk was sent for and turned out to be an octahedron with an eye in each face and a mouth in one of them. He was surprised and dazed to find himself in such a glittering region, away from the shadowy limbo of his shelves. Pulling himself together, he asked, rather shyly, "What is it you wish to know about my galaxy ?" Dr. Thaddeus spoke up: "What I want is to know about the Solar System, a collection of heavenly bodies revolving about one of the stars in your galaxy. The star about which they revolve is called 'the Sun.'" "Humph," said the librarian of the Milky Way, "it was hard enough to hit upon the right galaxy, but to hit upon the right star in the galaxy is far more difficult. I know that there are about three hundred billion stars in the galaxy, but I have no knowledge, myself, that would distinguish one of them from another. I believe, however, that at one time a list of the whole three hundred billion was demanded by the Administration and that it is still stored in the basement. If you think it worth while, I will engage special labor from the Other Place to search for this particular star."

It was agreed that, since the question had arisen and since Dr. Thaddeus was evidently suffering some distress, this might be the wisest course.

Several years later, a very weary and dispirited tetrahedron presented himself before the galactic sub-librarian. "I have," he said, "at last discovered the particular star concerning which inquiries have been made, but I am quite at a loss to imagine why it has aroused any special interest. It closely resembles a great many other stars in the same galaxy. It is of average size and temperature, and is surrounded by very much smaller bodies called 'planets.' After minute investigation, I discovered that some, at least, of these planets have parasites, and I think that this thing which has been making inquiries must be one of them."

At this point, Dr. Thaddeus burst out in a passionate and indignant lament: "Why, oh why, did the Creator conceal from us poor inhabitants of Earth that it was not we who prompted Him to create the Heavens? Throughout my long life, I have served Him diligently, believing that He would notice my service and reward me with Eternal Bliss. And now, it seems that He was not even aware that I existed. You tell me that I am an infinitesimal animalcule on a tiny body revolving round an insignificant member of a collection of three hundred billion stars, which is only one of many millions of such collections. I cannot bear it, and can no longer adore my Creator." "Very well," said the janitor, "then you can go to the Other Place."

Here the theologian awoke. "The power of Satan over our sleeping imagination is terrifying," he muttered.

Le cauchemare du théologien
Bertrand Russell
Fact and Fiction, 1961

(Tradaptation de Madame Fawzi Mlahasti)

L'éminent théologien que fut le docteur Thaddeus, rêva un jour qu'il était mort et qu'il était en route vers le paradis. Ses études l'ayant préparé, il n'eut aucune difficulté à trouver où ce paradis se trouvait et, rendu à sa porte, il frappa doucement. «Je demande à être admis, dit-il, car j'ai été un honnête homme toute ma vie et ai consacré tout mon temps à la gloire de Dieu». La réponse de celui qui venait de lui ouvrir la porte le surprit quelque peu : «"Homme", vous avez dit ? Qu'est-ce que c'est qu'un "homme"? Et puis, excusez-moi, mais comment la curieuse créature que vous êtes a-t-elle pu promouvoir la gloire de Dieu ?» Étonné, le docteur Thaddeus répondit «Vous ne pouvez certainement pas ignorer ce qu'est un homme : c'est l'oeuvre suprême du Créateur». - «Vous avez peut-être raison, lui répondit l'autre, mais, je suis désolé, ce que vous dites est tout à fait nouveau pour moi et je doute que quelqu'un ici ait déjà entendu parler de ce que vous appelez un "homme". Compte tenu cependant que vous semblez en difficulté, je vais vous permettre de consulter notre bibliothécaire. "

Le bibliothécaire, un être globulaire avec mille yeux et une bouche, cligna certains de ses yeux en regardant le docteur Thaddeus et demanda au concierge : «Qu'est-ce que c'est ?» -«Ceci, lui répondit-il. Cette créature dit qu'il est membre d'une espèce appelée "homme" et qu'il vient d'un endroit appelé "terre". Le plus curieux est que le Créateur s'intéresserait particulièrement à cet endroit et à cette espèce. Je pensais que vous pourriez peut-être l'éclairer.» - «Eh bien, dit le bibliothécaire, s'adressant avec une certaine bonté au théologien. Peut-être que vous pouvez m'indiquer où est cet endroit que vous appelez "terre"...» - «Facile, dit le docteur. C'est un astre qui fait partie du système solaire.» - «Du système quoi ? » demanda le bibliothécaire.» - «Pas tout à fait, mon domaine, répondit le docteur, mais j'ai cru comprendre qu'il s'agissait d'une étoile faisant partie d'une galaxie qui s'appellerait "La voie lactée".» - «Voie lactée, galaxie. je regrette, mais je n'ai aucune idée de ce dont vous parlez, mais je crois que, parmi nos sous-bibliothécaires il y en a une qui s'occupe de ce genre de choses. Je vais vous le présenter. Peut-être qu'il pourra vous aider...»

Peu de temps après, le sous-bibliothécaire galactique fit son apparition. C'était un dodécaèdre. Il était évident que sa surface avait jadis été brillante, mais la poussière des étagères l'avait rendu sombre et opaque. Le bibliothécaire lui expliqua que le Dr Thaddeus, tout en essayant de lui faire comprendre son origine, lui avait mentionné qu'il provenait d'une galaxie et qu'il était sans doute possible de retracer la sienne dans la section de la bibliothèque qui s'occupait justement de ce genre de problème... «Ouais, lui répondit le sous-bibliothécaire, Je suppose qu'on pourra y arriver, mais comme il y a cent millions de ces galaxies, et que chacune a un volume qui lui est consacré, il faudra du temps pour en trouver un en particulier. Quelle est celle sur laquelle cette étrange molécule désire se renseigner ?» - «C'est celle qu'on appelle  "La voie lactée'"» lui dit le docteur Thaddeus. «Très bien, dit le sous-bibliothécaire, je vais voir ce que je peux faire.»

Trois semaines plus tard, il revint expliquant que l'indice des cartes, extraordinairement précis dans la section galactique de la bibliothèque, lui avait permis de localiser la galaxie comme étant celle désignée sous le numéro QX 321,762. «Nous avons utilisé, dit-il, tous les cinq mille commis dans la section galactique pour cette recherche. Peut-être souhaitez-vous voir le greffier spécialement concerné par la galaxie en question?» Le greffier fut convoqué et s'est avéré être un octaèdre avec un oeil dans chaque visage et une bouche dans l'un d'entre eux. Surpris et quelque peu étourdi de se retrouver dans un endroit plutôt éclairé par rapport aux limbes sombres de ses étagères. il retrouva ses esprits assez rapidement et demanda timidement: «Qu'est-ce que vous voulez savoir de ma galaxie?» Le Dr Thaddeus répondit: «Ce que je veux, c'est connaître le système solaire, une collection de corps célestes tournant autour d'une des étoiles de votre galaxie. L'étoile sur laquelle ils tournent s'appelle "le Soleil"» - « Humph, ajouta le bibliothécaire de la "Voie lactée", il fut assez difficile de trouver cette galaxie, mais de là à identifier une étoile en particulier... Ce que je sais c'est qu'il y a environ trois cents milliards d'étoiles dans votre "Voie lacté", mais je n'ai aucune connaissance, moi-même, qui distinguerait l'un d'entre elles par rapport aux autres. Cependant... je crois cependant qu'il existe une liste de ces trois cent milliards et que cette liste se trouve dans une de nos sous-sections. Si vous croyez que ça en vaut la peine, je vais demander à ce qu'on fasse des recherches et embauceherai quelqu'un pour effectuer des recherches pour retrouver votre étoile."

Il fut convenu que, puisque la question avait été posée et que le Dr Thaddeus souffrait évidemment d'une certaine détresse, que cela serait fait.

Plusieurs années plus tard, un tétraèdre très fatigué et désemparé se présenta devant le sous-bibliothécaire galactique. "J'ai, dit-il, enfin découvert l'étoile particulière à propos de laquelle des enquêtes ont été faites, mais je ne suis guère disposée à imaginer pourquoi elle a suscité un intérêt particulier. Elle ressemble à beaucoup d'autres étoiles dans la même galaxie. Elle a une taille et une température plutôt moyennes et est entourée de corps beaucoup plus petits appelés "planètes" et, suite à des recherches plus poussées j'ai cru comprendre qu'une de ces "planètes" était infestée de parasites, et que cette chose qui a cogné à votre porte en ferait partie.»

Le docteur Thaddeus éclata immédiatement en colère tout passionné et indigné qu'il était. «Pourquoi, oh, pourquoi le Créateur nous a-t-il caché à nous les pauvres habitants de la Terre que ce n'est pas nous qui l'avons poussé à créer les Cieux ? Tout au long de ma longue vie, Je l'ai servi avec diligence, croyant qu'il remarquerait ma fidélité et me récompenserait avec le bien-être éternel. Et maintenant, il semble qu'il ne savait même pas que j'existais. Vous me dites que je suis un animalcule infinitésimal sur un petit rien du tout en rotation autour d'un astre insignifiant qui fait partie d'une collection de trois cents milliards d'étoiles et qu'il a des millions de ces collections ? C'est insuportable comme idée et d'or et déjà, je cesse d'adorer ce Créateur. - «Si c'est comme ça, lui répondit le concierge, vous pouvez toujours aller cogne ailleurs."

Et c'est à ce moment-là que le théologien se réveilla. «La puissance de Satan sur notre imagination endormie est terrifiante» marmonna-t-il.

 

Le courrier


M. Géo Walter - Sillytown, NY

L'enseigne sur le mur estérieur du Woody Creek Café and Bakery, à Woody Creek, Colorado se lit comme suit :

«On this site in 1897,
   Nothing happened.»

M. Armand Lafosse - St-Hyacinthe, Québec

D'après Lawrence Krauss, philosophiquement, il n'y a aucune différence entre être en faveur d'un créateur éternel et être en faveur d'un monde physique éternel. - Les deux ne peuvent être démontrés.

Ms. Noëlla Marchand - Les Côteaux, Québec

Selon les plus récentes recherches effectuées par l'Association des Laïques Éclairés du Québec, les croyances les plus en vogue au début des années cinquante chez les catholiques québécois étaient, dans l'ordre :

  1. Qu'il suffisait de communier le premier vendredi du mois neuf mois de suite pour garantir sa place au paradis.

  2. Que se trouver dans une pièce où le pape a été présent moins d'une heure auparavant équivalait à une confession.

  3. Que le troisième secret de fatima se lisait : «Pauvre Québec !»

  4. Qu'il manquait un bras à la dépouille de François de Montmorency-Laval ou Monseigneur de Laval qui fut, comme vous le savez déclaré saint par le pape François le 3 avril 2014 qui a utilisé pour ce faire la canonisation équipollente.

  5. Qu'un tunnel existait entre l'église Notre-Dame et la Rive-Sud pour évacuer les Saintes Espèces en cas d'une attaque communiste.

  6. Qu'un vrai morceau de la vraie croix faisait partie du toit de l'église de la paroisse de Ste-Élisabeth-du-Portugal avant l'incendie qui la détruisit. 

Colonel Jean-Marie Dubureau - Paris 9e, France

Vous pouvez toujours remplacer le message de votre répondeur téléphonique par un l'entregistrement d'un signal occupé.

 

Cette édition du Castor est dédiée à :




Richard Dawkins
(1941-2017) 

c

 

« He was not a cheap Judas. I do not think he would have sold the Savior for thirty shillings. But for the successorship to Pontius Pilate he would have betrayed Christ and the Apostles and the whole Christian Church.»

(« Ce n'était pas un petit Judas de pacotille. Il n'aurait pas, à mon avis, vendu notre Sauveur pour trente pièces d'or. Mais, pour succéder à Ponce Pilate, il aurait trahi le Christ, les Apôtres et toute la Chrétienté.»)

[General] Winfield Scott à propos de Thomas Jefferson.                                        

(The Civil War: A Narrative: Volume 1: Fort Sumter to Perryville - Shelby Foote)

 


Webmestre : France L'Heureux


Webmestre : Éric Lortie


Webmestres : Paul Dubé et Jacques Marchioro

 


Fondé en 1900 par le Grand Marshall, le CASTOR DE NAPIERVILLE fut, à l'origine, un hebdomadaire et vespéral organe créé pour la défense des intérêts de l'Université de Napierville et de son quartier. - Il est , depuis le 30 septembre 2002, publié sous le présent électronique format afin de tenir la fine et intelligente masse de ses internautes lecteurs au courant des dernières nouvelles concernant cette communauté d'esprit et de fait qu'est devenu au fil des années le site de l'UdeNap, le seul, unique et officiel site de l'Université de Napierville.De cet hebdomadaire publié sur les électroniques presses de la Vatfair-Fair Broadcasting Corporation grâce à une subvention du Ministère des Arts et de la Culture du Caraguay, il est tiré, le premier lundi de chaque mois, sept exemplaires numérotés de I à VII, sur papier alfa cellunaf et sur offset ivoire des papeteries de la Gazette de Saint-Romuald-d'Etchemin et trois exemplaires, numéroté de 1 à 3, sur offset de luxe des papeteries Bontemps constituant l'édition originale, plus trois exemplaires de luxe (quadrichromes) réservés au Professeur Marshall, à Madame France DesRoches et à Madame Jean-Claude Briallis, les deux du Mensuel Varois Illustré.Nous rappelons à notre aimable clientèle que :

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