Les chroniques de Jeff Bollinger

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Du 26 mars au 2 juillet 2012

Pour l'édition courante, voir le Castor™.

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10 - 2012-07-02 - Sexuellement parlant...

J'ai bien ri l'autre jour en lisant la chronique de Monsieur Popp (édition du 4 juin dernier - No. 43) dans laquelle il racontait avoir rencontré la petite fille d'une de ses premières amies avec qui, compte tenu de l'époque (fin des années cinquante), il avait eu une liaison tout ce qu'il y a eu de plus «chaste».

Comme je le connais, il est sans doute au courant que, comme disent les membres de la génération qui me suit (eh oui ! j'en suis là !) : «Ce n'est plus précisément ce qui se passe aujourd'hui.». Loin, en effet, sommes-nous du temps où l'on employait le mot «embrasser» pour rester dans la limite des strictes convenances.

Il suffit d'avoir assisté, il n'y a pas trop longtemps, aux manifestations des étudiants en plein centre-ville de Montréal pour s'en rendre compte. Certains n'étaient vêtus que de petits carrés rouges. - Et puis pas besoin de passer par là : suffit d'aller voir comment s'habillent les étudiants et étudiantes des CEGEP (lycées) ; de quoi se demander ce que porte, aujourd'hui, les dames de petite vertu.

Et j'en passe :

À 20, 22 ans, il n'est pas rare de nos jours qu'une jeune fille en soit à son 5e, 6e ou 7e amant. - Et j'en connais qui pourrait faire chavirer cette statistique.

J'entendais l'autre jour que la dernière mode était, dans les soirées «entre amis» de faire l'amour à quatre mais sans que les couples se mélangent : un couple d'un coté du lit et l'autre de l'autre coté. Histoire de se donner des «idées» en se regardant mutuellement...

Heureusement que les gens du troisième et même du deuxième âge ne se tiennent pas dans les endroits où l'on entend ce genre de choses, ces gens qui ont connus des épisodes comme celle de la «scandaleuse» Lily St-Cyr ou encore le «tollé» soulevé par le clergé lors la première visite des Ballets Africains à Montréal.

Toujours aussi drôle à raconter aujourd'hui

Lily St-Cyr ? - Elle fut une effeuilleuse des années quarante et cinquante qui, pour contourner une loi de l'époque interdisant aux danseuses de se déshabiller en public, avait trouvé un truc : elle paraissait sur scène complètement nue, dans un bain, et elle se mettait alors à enfiler des vêtements...

Quant aux danseurs des Ballets Africains, on en était à la débauche la plus complète : imaginer des danseuses aux seins nus ! - Se rapportant à la loi citée dans le paragraphe précédent, le clergé porta plainte à la police qui, devant l'infraction visible à l'oeil nu (passez-moi l'expression), se devait d'arrêter non seulement toute la troupe mais le directeur de l'établissement où elles se produisaient, y compris tous les spectateurs. Il fallut l'intervention du Ministre de la Justice puis du Ministre des Affaires Culturelles (*) pour faire comprendre à ces maléfiques Africains qu'ils ne pouvaient pas contourner la loi, etc. Le tout fut réglé à l'amiable : le lendemain soir, les danseuses avaient revêtu des soutiens-gorge. - Et ça s'est passé, ça, en 1967 !

Bah, on a vu pire.

Ô temps, ô moeurs, comme disait Cicéron.

À+

Jeff

(*) Questionné par une meute de journalistes qui lui disaient que des nus, il y en avait dans tous les musées de la Province, le ministre en question avait répliqué : "Oui mais ils ne bougent pas. Si ça bouge, c'est pas de l'art."

P.-S. : Monsieur Popp, soit dit en passant, m'a fait remarquer qu'il n'était pas nécessaire de connaître les mathématiques relatives à la radioactivité pour décider de l'emplacement d'une centrale électrique nucléaire...

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09 - 2012-07-16 - Gagner sa vie...

Et votre salaire ? me demandait un de mes amis il n'y pas longtemps. Quel salaire ? - Mais le salaire que vous paie l'Université de Napierville pour que vous écriviez dans leur Castor™.

Quoi ? Il faudrait, avec l'honneur qu'on m'y fait de publier mes divagations, il faudrait qu'on me paie, en plus ?

Que répondre à cette question ? Il semblerait que, de nos jours, rien ne se crée, rien ne se donne, nul travail puisse exister, sans qu'il y ait, au bout, une certaine rémunération ou un avantage quelconque.

Je veux bien que l'on doive gagner sa vie (encore que j'ai entendu, un jour, qu'on n'avait pas à la gagner parce qu'on l'avait, au départ) mais au-delà de ses besoins et de ceux de sa famille, pourquoi ne pas consacrer ses temps libres à autre chose que faire de l'argent et encore plus d'argent ?

Paraît que ce n'est pas pour les gros sous en tant que tels mais le frisson ("thrill") qu'ils nous donnent lorsqu'on devient millionnaire (en dollars ou en euros, qu'importe !) - Ma question est :Est-ce qu'on a deux fois le même frisson quand on a accumulé deux millions ?

Décidément, il me reste beaucoup de choses à apprendre de la vie.

À +

Jeff

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08 - 2012-07-02 - Traduction...

Ayant souvent, dans mon métier, à traduire des textes de l'anglais au français ou vice versa, je me sers souvent, pour sauver du temps, de traducteurs automatiques (celui de Google n'est pas mauvais) mais il faut faire très attention sinon, on finit par se ramasser avec des phrases comme celles contenues dans les livrets que l'on retrouve dans les boîtes de produits en provenance du Japon. Ainsi la célèbre phrase "Longtemps, je me suis couché de bonne heure", traduite dans un sens puis dans l'autre (du français à l'anglais et puis de l'anglais au français, par exemple) donne de curieux résultats. Ainsi, on obtient :

En passant par l'anglais : Longtemps, je suis allé me coucher tôt.

Par le latin : Pendant longtemps, j'ai dû résider dans la matinée.

Le néerlandais : Longtemps je me suis couché tôt.

Le swahili : À long terme, je vais me coucher tôt.

La palme revient quand même au finnois :

Une longue, je suis le loup hors du lit au début.

À+

Jeff

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07 - 2012-06-18 - Espace sonore

Entre mon travail de directeur, une commande urgente pour une commode modèle "pré-conquête" (sic) , l'édition de ce Castor™ (je vous raconterai un de ces jours), comment ai-je pu trouver les temps pour rendre visite à mon ami Charles V., un semi-retraité qui habite le centre-ville de Montréal, je ne sais pas, mais c'est chose faite. C'est du haut de sa terrasse que j'ai donc pu assister à une de ces manifestations qui, depuis un mois, un mois et demi, se déroulent tous les soirs dans la rue qu'il habite car, mon ami, demeure tout près du Quartier Latin, à deux pas de la place Émilie-Gamelin. Qu'est-ce que je peux ajouter de plus ?

Mais pourquoi avoir choisi ce quartier ? demanderez-vous. - C'est que, contrairement à l'idée qu'on se fait d'une ville, c'est un endroit qui a toujours été relativement calme. L'été dernier, par exemple, en plein Festival de la Francophonie, assis sur sa terrasse, j'ai été étonné de constater que, du septième étage où cette terrasse est située, l'on entendait pratiquement rien. Une rumeur de ville en sourdine et rien d'autres sauf que, cette fois-ci, j'en ai pris pour mon rhume.

Au conclave des frappeurs de casseroles, aux slogans hurlés via des mégaphones, au bruit infernal des sirènes d'autos-patrouille... qui déjà rendait notre conversation difficile, que pouvait-on ajouter de plus ? - Je vais vous le dire : le flip-flop d'hélicoptères qu'on aurait cru à trente mètres au dessus de nos têtes.

- Et ça dure depuis combien de temps ?" lui ai-je demandé

- Une centaine de jours, fut sa réponse.

- Cent jours ?

- Oui mais, le soir, comme ça, une cinquantaine seulement."

 - Et vous continuerez de voter Libéral ?

- Oh, vous savez, m'a-t-il répondu, Charest à dû être mal conseillé.

Paraît que, certains soir, les manifestants sont nus. Voilà qui explique peut-être la paire de jumelle sur la table d'appoint de ce cher Victor et le peu d'intérêt qu'il manifeste à vouloir déménager du coin.

À+

Jeff

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06 - 2012-06-04 - Puisque'on ne veut pas en parler...

J'ai reçu la semaine dernière la photo de l'affiche suivante, affiche qui vaut mille mots :

Eh oui, la solution libérale, dans le temps (en 1960) se lisait :

Vous avez bien lu :

    1. Considérer l'instruction à tous les degrés, comme problème familial et responsabilité provinciale.
    2. Gratuité scolaire totale - de la petite école à l'université gratuitement - pourvu que l'étudiant ait le talent et la volonté requis.
    3. Gratuité des manuels scolaires dans toutes les écoles publiques.
    4. Allocation de soutien couvrant logement, pension et vêtement - selon les besoins de l'étudiant.

Les temps ont bien changé.

Lu également un article dans un journal de Denver (Colorado) où les étudiants de l'université locale disaient que si les frais scolaires au Québec étaient les plus bas en Amérique du Nord, c'est que les étudiants réclamaient ce qui leur était dû.

Je ne sais pas dans quelle société vous vivez mais une société qui base ses subventions aux universités selon le nombre de leurs élèves, quelle que soit leur âge ou leur provenance, dont les recteurs se paient des voyages en première classe au Brésil pour recruter des étudiants et qui lance ses diplômés dans le monde avec des dettes dépassant souvent leur première année de salaire...

J'aime bien les sociétés qui forcent leurs employés à étudier et qui remboursent leurs frais d'études... s'il réussissent.

J'aime bien les universités qui font payer les étudiants étrangers, ceux qui ont les moyens et qui décernent des bourses non remboursables à ceux qui le méritent.

J'aimerais qu'on fixe une âge limite pour limiter les étudiants qui font, des études, une profession.

Et non, je n'aime pas les bruits de casseroles ni ceux des hélicoptères, mais bravo aux professeurs, professionnels et avocats qui se joignent aux étudiants pour dénoncer l'attitude d'un Gouvernement arrogant, dépensier, subventionné - on en a des preuves à tous les jours - par ceux à qui ils donnent des contrats ou qui reçoivent à déjeuner des membres de la pègre.

À+

Jeff

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05 - 2012-05-21 - Éternelle jeunesse

"Dis donc, me disait un de mes amis l'autre jour. Y'a que des vieux dans votre Université !" - Et de là, il me cita les noms du Professeur (bientôt 79 ans), Herméningilde Pérec (idem), le Révérend Chasuble qui, selon lui, n'est pas né de la dernière pluie, Olaf de Huygens-Tremblay... "Jusqu'au père Popp, ajouta-t-il, qui doit être sur le bord de la retraite..." - Un peu plus il allait mentionner une certaine poétesse de renom...

Vieux, ces gens-là ? - Faites-moi rire.

Bien sûr, il ne faudrait pas demander au doyen de l'UdeNap d'escalader le Kilimanjaro un bras attaché dans le dos (ce qu'il a déjà fait) ni participer encore une fois au concours de cyclo-bowling du Grand-Lac-des-Esclaves mais dans une réunion de gens de Troisième Âge, il ne risquerait pas de passer inaperçu avec ses idées révolutionnaires concernant, ne serait-ce que l'éducation.

Monsieur Pérec ? C'est par centaines de pages qu'il rédige chaque jour les minutes des assemblées, révise des textes, mets en ordre les annales de l'UdeNap en plus de s'occuper du Castor, approuvant les spectacles, les défilés, lisant les nouvelles...

Quant à Monsieur Popp, oui, il devrait, comme tout homme ayant consacré une vie à un métier, songer à se reposer quelque peu mais avec sa fougue, prière de laisser votre couvre-chef à l'entrée.

Mais en plus, tous ces infatigables personnages ne peuvent pas supporter les gens de leur âge qui - Monsieur Popp vous le dira lui-même - ne parlent que de revenus, de rentes ou de taxes, ne portent que des pantalons (avec bretelles) dont la taille leur arrive aux aisselles, ne songent qu'à passer l'hiver en Floride où ils porteront des casquettes et joueront au golf avec des dames aux cheveux mauves, vêtues de couleur pastel.

À+

Jeff

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04 - 2012-05-07 - De l'amour

Je ne vous parlerai pas, ce matin, de mon plus grand amour (facile à debviner) mais du plus grand d'une de mes amies, d'accord ?

Son ami de coeur, la personne avec laquelle elle était convaincue qu'elle allait vivre jusqu'à la fin des temps, l'a quittée. - Elle a mal partout. Retient ses larmes. Ne mange pas. Passe des heures à regarder dans le vide.

N'avons-nous pas tous passé par là ? - Et qu'est-ce qu'on nous disait ? - Rien ou plutôt que "ça allait passer", sauf que "ça ne passait pas", vous vous en souvenez ? - Bref : nous n'écoutions pas car nous n'avions pas encore compris que ce n'était pas le départ de l'autre qui nous affectait mais le départ, la fin, la mort, d'un morceau de soi, celui où nous avions enfermé les moments magiques, les sensations, les frissons, les projets, les rêves sans fin que l'autre nous avaient donnés.

Pas facile de mourir un peu.

C'est même triste, mais pas désespérant.

La preuve est que cet après-midi, je vais l'amener au cinéma-maison d'un de mes autres amis. Il a une de ces collections de films de Laurel et Hardy qui, s'il ne rit pas, lui changera au moins les idées.

À+

Jeff

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03 - 2012-04-23 - Q.I.

On m'a demandé récemment si j'étais intelligent. - Dans quelles circonstances ? Et ben voici :

Je ne dirai pas "contre toute attente" car ce ne serait pas vrai - ça semble être la mode en ce moment - mais la boîte dans laquelle je travaille depuis quelques années a décidé de "restructurer ses ressources humaines" et, pour ce faire, a embauché une firme de spécialistes en "gestion du personnel". - C'est ce qui m'a amené à déjeuner en compagnie d'un de leurs "responsables de mission", très gentil d'ailleurs, qui m'expliquait comment il procédait dans ses analyses et que, parmi les questions qu'il posait à ceux qu'il interviewait, il y avait cette question ("Êtes-vous intelligent ?") à laquelle, naturellement, il n'y a pas de réponse, mais que la réaction de celui à qui il la pose le renseignait énormément sur la personnalité de son "sujet".

De retour au bureau, j'ai regardé la définition du mot "intelligence" dans le dictionnaire et n'est rien trouvé qui pourrait passer pour "intelligent".

J'ai lu des mots comme [facultés] de "conception", de "compréhension", d'"adaptation" et des expressions genre "[capacité] à relier ensemble des éléments séparés" ou "à traiter des informations pour atteindre des objectifs". Dans de vagues pages sur Internet, j'ai même compris qu'il fallait avoir pour être intelligent, certaines connaissances et même de la culture.

J'en ai conclu, étant donné que je n'avais pas tous ces attributs, que je n'étais pas ce qu'on pouvait qualifier de "très... intelligent".

Sauf que je me suis rappelé que ce n'est pas moi qui avais payé l'addition.

À+

Jeff

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02 - 2012-04-09 - Comment devenir un paria

Je crois que c'est Monsieur Popp qui a suggéré il n'y a pas très longtemps une manifestation en faveur des exclus de la société. Pour y participer, il fallait être : d'aucune religion, non-syndiqué, non-étudiant, non-professeur, non-artiste, non-infirme, non-dépendant de tous les palliers de Gouvernement, non-utilisateur des transports en commun, non-automobiliste, etc., etc. - être paria, quoi.

Mon père, grand ami du Professeur Marshall, m'a enseigné plusieurs choses dont deux ont marqué ma vie :

La première est de ne jamais me fier aux gouvernements, tous les gouvernements. - Me disait-il, parce que sa mère était amérindienne : "Regarde ce qu'ils ont fait aux autochtonnes."

La deuxième m'a encore plus frappé . Elle se résumait à ceci : "Gagne ta vie et puis après, fais ce que tu veux." - Cette phrase avait beaucoup de variantes : "Si tu veux devenir écrivain, gagne ta vie et puis après, devient écrivain." - "Tu te sens l'âme d'un grand comédien ? Gagne ta vie et puis lance-toi dans la comédie." - "Tu veux devenir un travailleur autonome ? Gagne suffisamment d'argent pour fonder ton entreprise et deviens travailleur autonome."

Et c'est ainsi que je suis passé par le commerce (étalagiste, commis, vendeur, directeur de rayon, directeur d'étage et, finalement d'une succursale) pour devenir... ébéniste. Vous savez ce que ça gagne un ébéniste ? Presque rien. Surtout quand on est ébéniste-créateur parce qu'après avoir créé et construit un nouveau meuble, une fois qu'on a payé les matériaux, les distributeurs, transporteurs et revendeurs vous bouffent le reste.

Mes études ? Je les ai faites en histoire de l'art tout en travaillant chez un détaillant de la région. - J'ai aussi obtenu divers certificats en psychologie, en ventes au détail et... en mécanique.

Si je suis un paria ? - À vous de juger. - Mais même si j'en étais un, je ne participerais pas à la manifestation mentionnée au début de cette chronique : ça m'aurait l'air trop bien organisée pour être utile.

À+

Jeff

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01 - 2012-03-26 - La grève

Si les étudiants de l'Université de Napierville ont voté pour la grève ? Non. Ont-ils voté contre la grève ? Non plus. En fait, ils n'ont pas voté du tout. Ils ont décidé de rester en place et de suivre les enseignements du fondateur de leur institution. Bref : ils ont choisi entre ce qui était raisonnable et ce qui ne l'était pas. Ils ont décidé que leur éducation passait avant tout et que s'ils n'étaient pas satisfaits de l'instruction autant magistrale qu'exemplaire que leur donnaient leurs professeurs, ils n'avaient qu'à rester chez eux et, dans un élan sans doute de solidarité, le taux d'absentéisme s'est tout à fait volatilisé au cours des dernières semaines.

À+

Jeff

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