Les billets de Madame George Gauvin

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No. 011 to 020

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020 - 2014-12-01 -

Que l'on soit né(e), riche, pauvre, infirme ou en santé, il nous arrive invariablement de rencontrer des gens ou riches ou célèbres.; ceux dont on dit qu'ils ont nés le c*** bordé de nouilles, qui sont comtes, ducs ou barons, ceux qui possèdent une île près de Tahiti ou qui n'ont jamais voyagé autrement que dans un jet privé. Ainsi, il m'est arrivé, à moi, la moins célèbre des célébrités, de me faire présenter au prince Charles, d'être en présence du chanteur de U2 (dont je ne me souviens jamais du nom), de Sophia Loren et même de l'ex-premier ministre de la Province de Québec (dont je préfère avoir oublié le nom). J'ai, d'ailleurs oublié pas mal de noms. Celui de mon deuxième amoureux, par exemple, mais je me souviens, hélas, encore du troisième. Pas que j'en ai eu des dizaines. Honnêtement, je pourrais les compter sur les doigts d'une seule main y compris celui de mon ex sauf que je ne compte pas parmi ceux-là celui de mon chum des dernières années, celui à qui je devrais dédier cette chronique car, de toutes les non-célébrités du monde entier, c'est à lui que je me donne corps et âme chaque jour et que je continuerai de faire jusqu'à la fin des temps.

Il y en a, comme ça, je disais justement à ma chum de fille l'autre jour, des perles rares qu'on trouve par accident, qui n'ont l'air de rien, mais qui ont tout.

Et, comme on est nerveuse, inquiète, méfiante, on ne les voit pas tout de suite.

Lui - c'était le soir même où l'on a voulu me présenter à une célébrité du moment (dont je tairai le nom par charité) -, ce fut celui qui me demanda de lui tourner le dos pour remettre à sa place l'étiquette de ma robe et qui m'a ensuite gauchement offert un verre.

Si seulement il pouvait me faire une petite soeur à Éric.

C'est pas parce que nous n'y essayons pas.

George

***

019 - 2014-10-06 - Automne

Ma saison favorite.

Évidemment, y'a la pluie, le vent, le froid, mais ce que la nature peut être belle lorsqu'elle est en feu.

L'automne, pour moi, c'est la saison où je peux pratiquer mon sport favori : la marche.  Oubliez le cyclisme, le tennis, la natation, rien ne vaut de longues randonnées pédestres au soleil qui, enfin, nous réchauffe sans nous brûler. Où ? Étonnament, sur l'ile de Montréal, des dizaines et des dizaines de sentiers sont disponibles. Plus que dans beaucoup de villes qu'on dit "vertes". Et dans tous les genres : en forêt, dans d'immenses parcs, y compris un délicieux jardin botanique. Mon favrori est celui sur la montagne dite "De Westmount", mieux connu sous le nom de "Bird Sanctuary", mais je n'oublie pas le Canal Lachine, l'île Charron, les rivesdu fleuve à Verdun... et j'en oublie plusieurs.

Mais pourquoi j'aime tant l'automne ? Parce qu'on passe des vêtements d'été à une garde-robe beaucoup plus appropriée pour couvrir ces innombrables défauts qui viennent avec l'âge. Et attention hein : je ne parle pas d'un âge très avancé !

Bonne randonnée !

George

P.-S. : Photo en provenance du site http://www.trendycovers.com/

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018 - 2014-09-01 - Souvenirs

J'ai des collègues au travail dont je connais les noms, les prénoms, les endroits où elles demeurent, combien d'amants elles ont eus, quand et où. Je sais ce qu'elles boivent, ce qu'elles mangent, où elles ont passé leurs dernières vacances et avec qui. Un peu plus, je connaîtrai leurs poids et mensurations (peu difficile à deviner) et la marque de leurs sous-vêtements.

Mais aucune d'entre-elles sait où je vis et avec qui.

Ne m'ont jamais demandé.

Je me souviens leur avoir dit, mais aucune ne l'a retenu.

Culture du moi, du je et du me, moi et ma.

J'écoute plus que je ne parle et Dieu sait à quel point on me reproche de trop parler.

Mais l'été achève et je veux en profiter.

George

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017 - 2014-08-04 - Souvenirs

Plusieurs messages depuis quelque temps :

"Je ne pense pas comme ça."

"Je ne suis pas d'accord avec votre [ta] vision des t-shirts et des jeans."

"Je ne suis pas jalouse. (Parce que j'avais osé répondre.) Je dis la même chose que d’habitude : ce ne sont pas les propos d’une femme de ma génération, la mienne."

"Nous ne sommes pas toutes des victimes... ni des dévergondées... ni seules."

(Cette dernière remarque étant, je crois, plus destinée à Simon Popp, mais...)

Je vais vous dire quelque chose :

Je travaille dans un édifice où il y a 30 femmes pour chaque homme - peut-être 20, je n'ai pas compté. Je ne sais pas pourquoi, mais il semblerait que les "jobs de bureau" n'attirent plus les hommes depuis quelques années. - Tant pis : ça nous donnera plus de possibilités de carrière à nous autres, les filles.

Certaines sont très belles, d'autres moins. Certaines sont grosses, d'autres maigres. Certaines savent mettre en valeur leurs "appâts", d'autres pas du tout. Certaines ont vu Paris et sa tour Eiffel, d'autres, uniquement les plages du Nouveau Brunswick. Certaines ont un chum, d'autres pas. Certaines connaissent les bars "à la Thursday's", d'autres "Chez Ti-Paul", en route vers Burlington (Vermont). Certaines ont une virginité à faire peur, d'autres qui sont "prêtes à tout".

Pas une qui se "contente" d'un chum comme le mien...

- Faudrait qu'un jour je vous raconte l'histoire - les histoires - de certaines d'entre-elles.

Je ne suis pas Simone de Beauvoir. C'est ce que m'ont dit le Professeur et Monsieur Pérec quand ils m'ont demandé de rédiger une chronique dans leur, déjà très lu, Castor™.

M'ont dit de me laisser aller.

C'est ce que je fais.

Et, à chaque fois que je tape sur mon clavier la chronique "qui s'en vient", je me dis une chose :

Je n'essairai pas de tenir "les propos d’une femme de ma génération" (je cite un des messages ci-dessus), mais bien ceux de ce que je suis.

Et puis ma génération, qu'est-ce que c'est ?

Je sursaute, comme le fait encore ma mère, ma voisine, mes collègues au travail et comme le faisait ma grand-mère, quand j'entends les hommes dirent que "les femmes sont comme ceci ou cela" ou "qu'elles pensent toutes de la même façon.". Qu'est-ce que je voulez qu'on vous réponde ? - Oui, nous sommes toutes semblables. Humeurs changeantes, toujours inquiètes, toujours sur le bord de pleurer (attention quand même : autant de joie que de peine). Vieillir nous désespère. Nous ne comprenons rien aux hommes et ne les voyons que regarder les jeunes aux corps admirables et quand, le lendemain, nous voyons un ride apparaître sur notre visage, nous nous demandons ce qui va nous arriver.

Ma génération ? On nous a enseigné à ne pas nous en faire, à foncer, à vous traiter, vous les hommes, d'égal à égal, mais vous savez ce que c'est, vous, que d'accepter de monter dans une auto avec quelqu'un qu'on connaît à peine et qui nous amènera... là "où ce sera une surprise" ? (Quand vous avez connu deux, trois, cinq, dix filles qui ont eu de très mauvaises expériences avec ces "surprises"...)

Et vous voudriez que nous soyons gentilles tout en étant séduisantes en même temps ?

Je ne connais pas toutes les filles de ma génération, mais je peux vous dire que j'ai eu peur souvent ; que, dans l'édifice où j'habite, il m'arrive parfois d'être contente de me retrouver, saine et sauve, dans mon appartement après avoir pris l'acenseur avec un voisin que je ne connais pas.

George

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016 - 2014-07-07 - Catharsis

Me semble avoir lu ce mot dans le Castor™ il n'y a très longtemps. J'ai regardé dans le dictionnaire et voici ce que j'ai trouvé :

Catharsis :

  • Toute méthode thérapeutique qui vise à obtenir une situation de crise émotionnelle telle que cette manifestation critique provoque une solution du problème que la crise met en scène.

  • Thérapie utilisant l’extériorisation des traumatismes vécus.

  • Purgation.

En fouillant un peu plus, j'ai compris qu'il s'agissait de quelque chose comparable à la menstruation, cette période du mois où chaque femme est, enfin, elle-même. Malheureusement, ces périodes disparaissent avec l'âge ça se font remplacer par une chose qu'on appelle la ménopause, mais, heureusement, un peu avant et pendant cette "autre" période, nous sommes tout aussi gentilles et prévenantes, chaleurs en plus.

Ma catharsis ces temps-ci ?

Une vielle paire de jeans, trop grands pour moi, un vieux t-shirt de mon chum sur lequel on peut lire "Red Sox", des running shoes (pas des chaussures de course : des running shoes !) tachés de peinture et une bêche. De quoi planter des tomates et des petits pois dans le jardin. Et la sueur, très importante la sueur, presque autant que de la terre sous mes ongles. Et puis un bain. Mais avant le bain, faire l'amour.

Je sors de ces-moments-là avec plus de bonheur que si George Clooney m'avait amenée déjeuner au Ritz et m'avait payé une robe de chez Givenchy, un chapeau à la Audrey Hepburn et un sac de chez Hermès.

Y'a la farniente que j'aime beaucoup et puis appuyer ma tête sur l'épaule de quelqu'un qui, je sais, ne me veut aucun mal.

Et puis la bicyclette, mais les pistes cyclables, avec les maniaques et leurs Miele Andiamo me font scier ; tout autant que les matantes et les mononcles qui bloquent la circulation. Alors là, il faut se rendre au Vermont et trouver la petite route sans circulation. Une presque corvée. Cet automne, peut-être.

En attendant, vive le jardinage, la chaleur (mais pas trop) et le soleil (mais sous un parasol !).

Et puis y'a les vacances qui s'en viennent. Cet été, mon chum et moi, avons décidé de les passer dans une auberge face à la mer. Sauf que les prix sont inabordables et puis.... il me faudra convaincre mon ex de me laisser Éric pour deux semaines.

Nous nous débrouillerons !

Si vous en êtes là, ben.... bonnes vacances !

George

P.-S. : Si vous avez eu un chum qui n'a pas eu la délicatesse de vous laisser un vieux t-shirt, oubliez-le.

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015 - 2014-06-02 - Souvenirs

   "Mauvais souvenirs, soyez pourtant les bienvenus... vous êtes ma jeunesse lointaine..."
    (Courteline)

   (Oui, oui, Courteline et non Koestler. - Merci Paul !)

   et puis ceci :

   "He's alive. Now this means he's doing something. [...]  I wish he was dead. He would be safe from all of you."

    ("Il est vivant ? Cela veut dire qu'il fait quelque chose [...] Il serait mieux mort, protégé de vous tous..."

    (Anna Schmidt (Alida Vali) - The Third Man - un film de Carol Reed - 1949 - Scenario de Graham Greene)

Je n'avais aucune idée, avant de commencer à rédiger mes fantasmes et souvenirs dans cet hebdomadaire qui paraît une fois pas mois, du nombre de lecteurs qui lisaient Le Castor™ jusqu'à ce que je commence à recevoir cinq, puis dix, puis, le mois dernier, plus de trente courriels de personnes dont je n'avais jamais entendu parler, mais également de vieilles connaissances dont j'avais oublié jusqu'au souvenir. "Quoi, m'écrivait l'une d'entre elles, tu penses encore à ton bossu ?" J'ai sursauté d'abord à cause de cette amie d'enfance dont je n'avais pas entendu parler depuis au moins dix ans :

"Et s'il était encore vivant..., me suis-je dit, s'il fallait, par hasard, qu'il m'ait lu, qu'est-ce qu'il a bien pu penser de moi ?"

Je me suis souvenu tout de suite après de la réplique d'Anna Schmidt, citée en exergue, lorsqu'elle apprend que son cher Harry Lime (Orson Welles) n'est pas mort. J'ai aussi pensé à mon premier petit chum à qui j'ai fait allusion en mars dernier (*). Et si lui, également, allait me lire ?

(*) Souvenirs - Chroniques no. 12. - 3 mars 2014 (Note de l'éditeur).

"Qu'est-ce que je suis allé faire là ?" me suis-je dit.

Deux jours que ça m'a pris pour m'en remettre. Deux jours. Et puis, il ne faut pas que j'y repense. Et si mon chum apprenait par un de ses chums que je l'ai même mentionné !

Je n'ai depuis ce temps-là qu'une idée en tête : "Tant pis." - C'est Copernique qui m'a trouvé le nom pour ce genre de confessions : la catharsis.

Oui, nous blessons ceux qui nous ont fait du mal quand nous leur rappelons leur passé ou que nous leur racontons le nôtre, mais ne vaut-il pas être honnête envers eux et envers nous-mêmes ? C'est ce que maman m'a toujours dit sauf qu'aujourd'hui, l'histoire de mon "bossu", je préférerais qu'elle n'en entende pas parler.

Dire que je me croyais à l'abri avec mon pseudonyme et cette photo qui ne me ressemble guère...

Heureusement que l'équipe est là. Jeff, surtout, qui semble nager dans un bonheur inégalable, mais qu'il sait fragile.

Voilà, je vous l'ai dit. Maintenant passons à autre chose.

...

J'ai entendu une nouvelle et vielle expression au bureau récemment : "Il m'étouffe !" - Je dis "nouvelle" parce que ça faisait longtemps que je l'avais entendue et "vieille" parce que non seulement je la connaissais, mais je crois, peut-être, l'avoir dite moi-même il y a quelques années. Elle m'a été répétée par une jeune de 25-26 ans qui s'est trouvé un chum admirable, mais qui ne cesse de lui envoyer des textos à longueur de journée et des messages à n'en plus finir pour lui dire qu'il l'aime, qu'il la trouve admirable, charmante, belle et Dieu sait quoi d'autre. "Ça me gêne, m'a-t-elle dit. Je ne sais pas quoi lui répondre. - Oui, je pense à lui, oui, il est beau et gentil, mais j'ai besoin d'espace, tu comprends ?."

Bien sûr que je comprends. J'ai déjà eu un chum comme ça. Six mois que ça m'a pris pour m'en débarrasser. Beau, gentil, généreux et tout, mais *$%*/@¼²2! qu'il me tombait sur les nerfs.

Qu'on nous comprenne bien : nous aimons bien être aimées, mais pas être adorées. Nous avons des défauts. Nous nous trouvons laides, parfois. Nous avons des sautes d'humeur et nous ne voulons pas qu'on en fasse un plat. Nous voulons juste que l'on oublie nos mauvais côtés, ce que nous disons, ce qui nous passe par la tête et qu'on nous aime pour ce que nous sommes. Rien d'autre.

George

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014 - 2014-05-05 - Convergences, rencontres fortuites et âmes soeurs

Oh, que ça va être compliqué !

Simon [Popp] à qui j'avais demandé conseil pour cette chronique m'a fait parvenir le brouillon de celle qu'il a écrite pour le présent numéro du Castor™ où j'ai constaté qu'il avait abordé différents sujets en plaçant trois petits points entre chacun alors que je voulais n'en aborder qu'un seul, mais en parlant de six choses à la fois. Je ne sais pas si j'ai réussi. Tout ce que je souhaite, c'est que vous me suiviez jusqu'à la fin.

Dites-vous au départ, que, suite aux discussions que nous avons eues lors de mes dernières élucubrations, notamment sur la litérature "féminine", ce qui suit m'a pris des heures, à commencer par :

"Attachez vos tuques, les filles, car je risque de dévoiler plusieurs de nos secrets aux hommes qui nous lisent et qui - vous verrez - pourraient s'en servir ou qui s'en ont déjà servi."

Et je débuterai par une petite histoire qui surprendra sans doute quelques uns de mes proches car elle est demeurée enfouie en moi depuis des années  :

Un de mes premiers chums - et je vais vous avouez tout de suite que ce fut sans doute le premier que j'ai vraiment aimé - n'était pas un Apollon ; même pas de la deuxième ou de la troisième génération.

De huit ans mon aîné, il était petit, presque chauve, avait une dentition affreuse, une déformation physique assez visible (il était quelque peu bossu) et, de plus, il souffrait d'un léger strabisme. De quoi me demander ce que je faisais avec un homme semblable. En guise de réponse, je vous dirai une chose : il me faisait rire, rire à un moment où j'en avais beaucoup besoin, sortant à peine de ma malheureuse adolescence sur laquelle je reviendrai peut-être tout à l'heure.

Comment me faisait-il rire ?

Un jour, alors que nous étions ensemble dans un tout petit parc, à Outremont, il me raconta que s'étant rasé ce matin-là, il avait levé les yeux vers le ciel et dit à son créateur : "Je crois, Seigneur, que les lunettes, j'aurais pu m'en passer..." (Car, en plus, il portait des lunettes.)

Pas drôle aujourd'hui, mais à l'époque, c'était enchanteur et des anecdotes comme celles-là, je pourrais vous en raconter des dizaines de son cru.

Il était charmant, attentif, toujours de bonne humeur. - L'homme idéal, quoi (j'y reviens...) - Sauf pour le physique naturellement, comme tous me le soulignaient : "Mais regarde-toi, me disait-on : tu es belle comme un coeur (je l'étais, apparamment). Tu mérites mieux , etc., etc." - Je ne me voyais pas : je ne voyais que lui.

Ce qui est arrivé ? - On me l'a volé. - Une dévergondée, flairant l'affaire (il était avocat et ses parents étaient immensément riches), le séduisit, un soir, et ce fut la fin de mon rêve.

Si j'ai pleuré ? Devinez.

Pourquoi je vous parle de lui aujourd'hui ? Parce que, de tous les chums que j'avais connus avant lui et de tous ceux qui l'ont suivi, il fut le seul - et j'insiste : le seul - qui n'a jamais cherché à me "pogner" les seins ou les fesses et ça, ça me revient continuellement en tête.

Un détail (parmi tant d'autres), sauf que j'en viens au coeur de ce que j'essaie de vous écrire : l'attirance.

Retour sur le passé avec quelques sauts dans le présent, à commencer par le présent (je vous ai avertis que ça allait être compliqué) :

J'ai un ami ET une amie qui, en ce moment, se plaignent tous les deux de la même façon :

Lui :

"Les femmes ne songent qu'à elles et à ce qu'elles peuvent retirer de nous, les hommes. Elles nous attirent sexuellement puis se désintéressent de la chose après un certain temps. Et elles veulent des garanties, savoir, par exemple, si nous avons un emploi sûr, si nous n'avons pas de dettes, ni un passé ténébreux et ainsi de suite... "

Elle :

"Les hommes sont vains. Ne pensent qu'à une chose : le sexe. Ne veulent pas s'engager. Sont tous mariés ou en couple et n'ont aucun avenir fiable. - Disent qu'ils vont vous rappeler. Ne nous rappellent jamais. Pas de sexe ? Ils sont dans les bras d'une autre deux jours après."

Les deux sont plus jeunes que moi. Les deux trouvent que je suis chanceuse d'avoir un "living chum" présentable et un fils.

Et c'est ainsi que j'en viens à mon secret. Mes secrets plutôt. Et je vous préviens : c'est difficile à suivre :

J'ai été convaincue pendant longtemps, il y a des années de ça, que l'homme idéal existait, que j'allais le dénicher et que je deviendrais sa femme.  - Idéale, il va sans dire.

J'ai appris, après multiples déboires, qu'il existait, qu'il existe toujours, mais que ma personnalité profonde, mon éducation, ma mentalité, mon idiosyncrasie m'ont toujours empêchée de le voir. Et après en avoir parlé avec les deux amis que j'ai mentionnés ci-dessus, je suis de plus en plus convaincue que, personnellement, et qu'eux non plus, nous ne les verrons jamais ces êtres "idéaux".,,, quoique je crois avoir trouvé le mien.

Je ne sais pas si vous êtes tous passés par là, les filles, comme les gars, mais tout ce que j'ai entendu, à la maison quand j'étais jeune, c'était de me méfier des prédateurs, des profiteurs, des contrôleurs, des séducteurs et (je résume) ce n'est malheureusement que ceux-là que j'ai vus toute ma vie. Je les ai "spottés" pour utiliser un canadianisme qui dit bien ce qu'il veut dire. Je les regardais et, se voyant regardés, qu'est-ce que vous pensez qu'ils faisaient ? Ils venaient vers moi avec leurs propositions, toujours les mêmes. - Tous les autres, les bons gars, les gentils, je ne les voyais pas et, forcément, je ne les attirais pas.

C'est un de mes vieux copains qui m'a dit, un jour, plus ou moins la même chose, que, dans son cas, toutes les femmes qui semblaient s'intéresser à lui prenaient des calmants ou des - c'est le nouveau mot - des "stabilisateurs d'émotions". M'a avoué qu'il ne voyait pas les femmes normales qui ne cherchaient pas à  mettre le grapin sur lui.

Psychologues, psychiatres : voulez-vous enseigner cela à vos patients : que nous ne voyons qu'une partie très limitée des gens qui sont dans notre entourage, que le reste nous reste caché car :

Contrairement à elle ou lui (cités ci-dessus), il existe des hommes biens, gentils et tout (mon avocat du début) et des femmes vertueuses et fidèles. Je sais : j'en connais. Et ils me disent tous avoir des problèmes à trouver l'âme soeur.

Dites-leur également que ces "âmes-soeurs" ne se trouvent pas dans les endroits que l'on fréquente parce que nous ne fréquentons que les endroits où nous savons reconnaître et éviter les prédateurs, les profiteurs, les contrôleurs, les séducteurs...

C'est du moins ce qui m'est arrivé.

À mon bureau, je regardais l'autre jour ceux qui me sourient constamment, qui sont toujours prêts à me rendre service et n'ai trouvé que des maris qui trompent leurs femmes, des  coureurs de jupon, des éternels adolescents ; et puis j'ai regardé les autres. Pas tous des Adonis, pas tous des esprits brillants ni des charmeurs, mais combien d'hommes bons, fiables, qui ne flirtent jamais avec  les dactylos et pour qui la téléphoniste (très jolie, mais ça fait onze ans qu'elle est seule) est une téléphoniste et non une proie.

Et tout cela m'a ramené à mon chum du moment :

(Note : ne vous en faites pas si je parle de lui : il ne le saura jamais. Avant qu'il lise le Castor™, le Canada aura gagné la coupe du monde de football et si jamais ça lui arrive, il va me dire que je suis folle. Ce qui est un peu vrai... en ce qui le concerne.)

C'est un de ces bons gars qu'il m'a fallu du temps à trouver. Il prend soin de moi comme tous les bons gars le font : gauchement, mais avec respect. - S'il me trompe ? - Une hantise chez moi. - Je ne sais pas, mais s'il le fait, faudra l'inscrire dans les livres de Records Guiness. - Ses intérêts ? Le hockey, le baseball, le football, le basketball, le golf... Passe ses soirées devant le téléviseur pour finir par me dire que tel ou tel club va passer "en finale" avant de me prendre dans ses bras et de me souhaitez bonne nuit.

Vous savez quoi ? La chaleur humaine, ne serait-ce qu'elle, a du bon.

N'hésitez pas si vous en trouvez un semblable : l'amour, c'est plus que de la passion. C'est beaucoup mieux.

Où je l'ai rencontré ? Dans un endroit où je ne vais presque jamais : un magazin de sport !

Vous voyez ce que je veux dire ?

But enough about lui :

Mon fils :

Il aura douze ans bientôt et je m'inquiète sérieusement pour son avenir. S'il imite son père, il deviendra un de ceux que je viens de montrer du doigt et ça je veux l'éviter à tout prix.

Et ma triste adolescence ?

Ce sera pour une autre fois.

Et qu'est-ce qui a déclenché, provoqué, tout ce qui précède ? Deux bouts de conversation que j'ai entendus il y a trois semaines au bar où j'étais allé avec une amie, après le travail :

1) Elles avaient, je crois, tous les deux, entre trente-cinq et quarante-cinq ans. - Aujourd'hui, comment le savoir ? - L'une dit à l'autre : "Ouais, quarante ans... Pas d'chum, pas d'enfant..."

2) Lui avait peut-être cinquante-huit, cinquante-neuf ans, mais il aurait pu en avoir soixante-cinq et même plus. - Aujourd'hui, comment le savoir ? - L'autre était plus jeune. Dans la cinquantaine, mais au tout début. - Le premier lui dit : "Je ne sais pas, mais on dirait que je rencontre de moins en moins de gens heureux. - Révolution tranquille ? Libération sexuelle ? Les hommes et les femmes qui se sont assumés, libérés ? J'ai l'impression de regarder que des erreurs de parcours..."

Les deux m'ont mise dans un état terrible. J'ai téléphoné à ma mère, 65 ans, pour lui demander comment elle allait.

Puis le reste de la soirée, j'ai essayé de ne pas penser.

Ce soir-là, quand je me suis étendue à côté de mon chum, je pense que j'ai pleuré un peu.

George

***

013 - 2014-04-07 - Paysages... ?

J'ai voté en faveur. Forcément puisque le vote a été unanime. Ce n'est qu'une fois rendue chez moi que je me suis aperçue que, les paysages n'étaient pas quelque chose qui me touchait réellement. Si j'en ai connus ? Bien sûr. Des dizaines et même plusieurs dizaines, sinon ventaines, mais aucun, je crois, qui ne m'ait pas été imposé. Directement ou indirectement. Par mes parents, amis, amies ou collègues. Combien de fois ai-je entendu : "Je te connais, George, tu aimerais ça : les plages sont superbes, les gens sont d'une grande gentillesse, la nourriture excellente..." - J'ai eu beau dire et redire que je n'ai jamais aimé les plages, rien à faire.  Être obligée de m'y présenter en maillot et voir, de surcroit, des corps dont ma vue se dispenserait... Disons que je préfère les pentes de ski et les pistes cyclables. Les bords de mer, oui, mais rocailleux et seulement à l'automne. Quand tous les ceusses qui ne devraient se déshabiller que dans le noir, et derrière des rideaux, sont repartis vers leurs pavillons de banlieue, avec leur mômes.

Quant aux voyages organisés...

Mais tandis que j'y pense, avant qu'on me le redise, pour la vingtième fois :

On me reproche régulièrement d'écrire "comme un homme et non avec l'esprit et la délicatesse d'une femme". - "Une femme ne s'exprimerait pas comme tu le fais et ne traiterait des sujets dont tu traites" me répète-t-on.  - Bien d'accord :

Il y a plusieurs raisons à cela, mais avant de vous parler de mon cas, j'aimerais souligner que la quantité d'hommes qui écrivent ou ont écrit comparativement à celle des femmes qui écrivent, ou qui ont écrit (depuis que l'écriture existe) est stupéfiante.

J'ai reçu dernièrement un exemplaire de l'Anthologie de la poésie française d'André Gide (La Pléiade, 1949 - en réimpression constante) et je n'ai pas pu faire autrement que de constater que, sur les 78 poètes cités par Gide, il n'y avait que cinq femmes :

  • Pennette du Guillet (1520-1545)
  • Louise Labbé (1526-1566)
  • Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859)
  • Louis Victorine Choquet (dite : Madame Ackerman) (1813-1890)

et

  • Catherine Pozzi (1882-1934)

Quant au nombre de poèmes cités, c'en est presque gênant.

Bon, nous connaissons tous l'orientation pro-masculine de Gide (1861-1951), mais vous trouverez à peu près l'équivalent chez Seghers, Pompidou ou autres antholologistes. Le  site "Florilège", autre exemple, avec ses 245 "poètes", ne cite que 22 "poétesses".

On me dit que c'est moins spectaculaire en anglais sauf que je lisais il n'y pas longtemps qu'en Grande Bretagne, durant toute la période élisabéthaine (1553-1604), si tous les ecclésiastiques, barons, ducs, marquis, earls et princes de l'époque ont écrit au moins un poème, on ne retrouve que très peu de femmes qui, en dehors d'adaptations ou de traductions, ont rédigé un livre quelconque entre 1500 et 1640...

Je laisse à Copernique le soin de nous pondre un essai plus percutant sur la présence féminine en littérature mais je n'ai jamais entendu parler d'une femme qui ait écrit plus qu'une ligne, des Grecs anciens jusqu'à la fin du Moyen-âge ; plus qu'une ligne citée régulièrement dans tous les manuels scolaires, s'entend. - Pour ceux qui pourraient être choqués par cette déclaration, sachez quand même que la fille du roi Sargon d'Akkad, une certaine  Enheduanna, a écrit des hymnes vers 2.250 avant Jésus-Christ et que ces hymnes doivent - je n'ai pas vérifié - faire partie de ce qu'on enseigne encore, aujourd'hui, en Irak, enfin : de ce qui reste de la Mésopotamie.

Une chose m'apparaît quand même certaine : depuis que les femmes écrivent, aucune ne semble avoir atteint la notoriété, ni l'importance d'un Dante Alighieri (1265-1321), d'un Cervantès (1547-1616), d'un Goethe (1749-1832), d'un Shakespeare (1564-1616), d'un Dostoïevsky (1820-1881), d'un Pessoa (1888-1935) ou d'un Proust (1871-1922). Ce qui me fait dire qu'il ne faut quand même pas se conter de grosses menteries : les femmes les plus célèbres, depuis que le monde existe, ne le sont pas devenues grâce à l'écriture... Mais alors elles le sont devenues grâce à quoi ? Je vous laisse deviner. Un tuyau ? Lire Guitry (1885-1957). - Je tiens quand même à vous souligner que je vous ai nommé sept écrivains de sept cultures différentes. Ajoutez Herman Melville (1819-1881), Ibsen (1828-1906), Kafka (1883-1924), Jorge Luis Borges (1899-1986) ou Gabriel García Márquez (1927- ), si le coeur vous en dit.

Vous pouvez toujours me citer des noms : Marie de Sévigné (1626-1696), Madame de la Fayette (1634-1693), Jane Austen (1775-1817), Mary Shelly (1797-1851), Georges Sand (1804-1876), George Eliot (1819-1880), les soeurs Brontë (Charlotte [1816-1855] et Emily [1818-1848]), Christina Rossetti (1830-1894... et plus près de nous : Virginia Woolf (1882-1941), Agatha Christie1890-1976), Nathalie Sarraute 1900-1999), Marguerite Duras (1914-1996) et même Françoise Sagan (1935-2004)... mais, je ne sais pas, est-ce qu'on peut vraiment comparer Françoise Sagan à Flaubert (1821-1880) ou même à celui qu'on encensait au début du siècle dernier, Anatole France (1844-1924) ?

On me parlait récemment de la Grande Sartreuse (Simone de Beauvoir [1908-1986]). Vous avez lue ? D'un ennui pas possible. Et puis on m'a beaucoup vanté le style de Marguerite Yourcenar (1903-1987) qui - j'ai eu beau me pencher sur ses écrits - m'a parue n'avoir été ni-femme, ni-homme quoique j'ai apprécié ses "Mémoires d'Hadrien".

Beaucoup d'autres également (je ne lis pas tant que ça) ont probablement écrit de grands romans ou essais, s'exprimant autrement qu'un homme, mais j'ai eu beau m'intéresser à la littérature "féminine" des derniers, disons trente ans, j'ai fini par me dire que, sauf exceptions :

Les femmes n'écrivent pas parce que ce n'est pas dans leur nature.

Et voici, à mon avis, pourquoi (mon cas, mais que je crois qu'il est plutôt commun à toutes les femmes) :

L'autre jour, mon chum m'a dit : "Ce que tu peux avoir les fesses fermes !" - Je lui ai répondu : "Je sais. Tous les gars m'ont dit ça !" et j'ai failli mourir. Comme si cent huit amants m'avaient passé sur le corps. - Pourquoi cette réponse-là, spontanée, m'est-elle venue, je ne sais pas. C'est le genre de réflexions qui nous passent par la tête, à nous les femmes, sans qu'on les suscite et qui, malheureusement, nous échappent.

Je connais peu d'hommes qui passent par là. Je me dis qu'il s'agit là d'une expérience typiquement féminine et qu'en conséquence, c'est le genre de choses qui devraient faire partie fondamentalement de notre écriture, à nous les femmes. Malheureusement....

Personnellement, j'ai eu beau me pencher sur ce quoi je pourrais écrire et ce sont toujours de ses pensées qui me reviennent en tête et qui, je crois, me définissent - et qui, j'ajouterai - semblent définir toutes mes amies.

Je vous donne quelques exemples :

  • Parmi elles, il y en une dont le plus douloureux souvenir fut d'avoir retrouvé son mari en voyage d'affaires, dans sa chambre d'hôtel, où son lit était encore chaud de sa dernière conquête. Elle en parle rarement.

  • J'en connais une également, qui a perdu la tête, un soir, avec un homme qui était beaucoup plus âgé qu'elle et qui n'en ait pas encore revenue.

  • Une troisième s'est retrouvée, par accident, quelques secondes, totalement nue devant le meilleur ami de son mari et qui y pense encore, seule, chez elle, la porte verrouillée, dans sa salle de bain.

  • Et puis, quatrième exemple, je me souviens qu'on ait pris une photo d'une copine, à Noël, dont le décolleté, lorsqu'elle se penchait, permettait de voir jusqu'au... Jour de l'An (expression masculine). - Résultat : elle ne fréquente plus une seule personne qui était là ce soir-là. Sauf moi et nous n'en parlons jamais. Quant à sa photo, je crois qu'elle a circulé, à son grand dam, sur le WEB un certain temps.

Dois-je continuer ?

J'en serai bientôt à la demi d'une certaine décennie et, sans en avoir eu mille de ces souvenirs, j'en ai eus suffisamment pour me troubler. Et pourtant, s'il y a des sujets dont je et nous devrions, nous les femmes, traiter...

J'appelle ces moments ou réminiscences "des bouffées de honte". Pourquoi "honte" ? Je ne sais pas. Mais dès qu'elles surgissent, la première chose qui me vient à l'esprit, c'est de me cacher et non pas prendre la plume pour en rédiger les détails. Une amie-psy les appelle des "moments non résolus". - J'en ai régulièrement, toutes mes amies en ont et nous ne cesserons jamais d'en avoir. - Je connais peu d'hommes qui m'ont avoué en avoir eus, je crois sincèrement qu'il s'agit là d'un sort qui nous est réservé, à nous, les femmes. - Ce sont, mes amies vous le confirmeront, des moments d'intenses émotions sauf que... comment en parler et comment les écrire pour qu'on nous comprenne ? Et l'on voudrait que nous en fassions des romans, des essais, des pièces de théâtre ?

Pour tout vous dire, je n'ai jamais eu de grands desseins littéraires et je serais incapable d'écrire comme Benoîte Groulx (1920- ) dont on a dit que son "Les vaisseaux du coeur" était presque pornographique. - Pour l'avoir lu et comparé à "Quiet Days in Clichy" de Henry Miller (1891-1980), je me suis dit, après une centaine de pages, que c'était un conte de fées.

Dans ces conditions, compte tenu du thème de ce numéro, il me faut ajouter que :

Je n'ai pas de "paysages" favoris.

Des moments, oui. Des bouts de nuages, un bord de mer, une journée pluvieuse mais pas plus.

Je vis, comme je l'ai noté chez la plupart de mes copines, au jour le jour ; ce qui explique, sans doute l'état lamentable de mes finances et de tout le reste. Sans compter que, pour écrire, il faut être constant. Vous en connaissez, vous, des femmes constantes, 28, 30 et 31 jours par mois ?

Excusez-moi, Mesdames, mais Mozart avait raison : "La dona è mobile". C'est ce qui fait notre charme (combien d'hommes me l'ont dit !) et qui permet - des études scientifiques l'ont démontré - notre longévité car nous nous adaptons aux situations et nous n'essayons pas de les modifier ni de les cerner par nos écrits.

(S.V.P. : ne pas me contredire là-dessus : j'aurai, au moment où je recevrai vos messages, changé d'idée... !)

À l'approche de ma mi-décennie, je ne sais pas si je vais mourir avec des souvenirs comme ceux qui précèdent et qui forment une grande partie de ce que je suis, mais, pour en revenir aux paysages, je songe, à travers eux, à des - comment dirais-je ? - "situations temporelles" ayant pour cadres, certains lieux, plutôt que des bouts de montagnes, de vallées, de rivières, de ravins ou de forêts.

À ces situations, j'en ai une qui m'est venue en tête au moment où je m'apprêtais à rédiger ces lignes et que je vous ai gardée pour la fin :

Rockport Massachussets. Un certain matin. Très tôt. Mais pas avec le père de mon fils.

Mon paysage :

Vue du Yankee Clipper Inn.
À Rockport, Massachussetts
Vers six heures du matin.
Un certain été.

Content ?

George

***

P.-S. 1 : Voici quelques notes que Copernique a bien voulu m'écrire après que je lui ai fait parvenir une copie de ce qui précède de peur de m'être fourvoyée dans mes références  :

"Chère George,

[...]

"J'ai lu non sans intérêt vos commentaires sur la littérature féminine et je dois vous avouer qu'il m'est très difficile de mettre en doute leur bien-fondé, sauf que ce que vous dites en rapport avec la "nature des femmes" (qui est sans doute d'une grande justesse) m'est très difficile à, je ne dirai pas "accepter", mais comprendre...

[...]

Vous avez probablement raison quant au fond. Je m'en tiens, pour le moment, à la forme :

Un : Dans la littérature féminine, j'ai souvent noté le "je", mais un "je" très personnel contrairement à celui, par exemple, de Proust qui demeure impersonnel du début à la fin de son "À la recherche du Temps perdu" car que connait-on du narrateur à la fin de ce roman largement autobiographique ? Presque rien. Il est plutôt un observateur que le propre héros de son oeuvre. De la duchesse de Guermantes, du baron de Charlus et d'une foule d'autres personnages, nous avons tout appris, mais de lui ? Presque rien. - Il en est de même de tous les romans de Stendhal (1783-1842), des contes de Maupassant *1850-1893) et des romans de Balzac (1799-1850) ou de Zola (1840-1902) qui, sans nécessairement utiliser le "je" ou le "moi", restent à une certaine distance de leurs lecteurs alors qu'on ne peut s'empêcher de connaître Charlotte Brontë à la fin de son "Jane Eyre". Idem, quoique à un degré moindre, chez Jane Austen qui, à mon avis, est une grande écrivaine, mais pas une écrivaine qu'on pourrait qualifier d'observatrice impartiale. Son regard est ironique ; elle juge en fonction de ce qu'elle pense et non en fonction de ce qu'elle voit. Vous comprenez ?

Deux : Vous manque en ce sens - je pense aux femmes qui écrivent - une tradition car, pour décrire ce qu'elles sont, il leur faudrait une phraséologie différente des hommes, une manière d'écrire qui, dans leur cas, s'est développée au cours de plusieurs siècles et qui a débouché sur différentes formes permettant des styles d'écriture qui n'ont cessé de se multiplier. Pensez à : Homère (8e s. a. J-C.), Sophocle (5e s. a. J.-C.), à peu près tous les écrivains latin, Maïmonide (1138-1204), Chaucer (1343-1400), Rabelais(1494-1553), Racine 1639-1699), Voltaire (1694-1778), Hugo (1802-1885) jusqu'à Verlaine (1844-1896), Rimbaud (1854-1891), Gide (1869-1951) et Céline (1894-1961), sans oublier celui qui a tout bouleversé, James Joyce (1882-1941) et même Hemingway (1899-1961). - Rien de semblable chez la femme, ne serait-ce, qu'une approche découlant vers la création de formes pour exprimer et décrire ce qu'elles sont. Or, plus j'y pense, plus il me semble que les femmes ont, de tout temps, essayé de se décrire comme les hommes les décrivent. - Et en écrivant cela, je pense à Faulkner (1897-1962) qui a su se servir de l'imagination de ses lecteurs pour décrire les personnages de ses romans...

Trois : Et puis, finalement, y'a le féminisme. Grave erreur en ce qui me concerne : écrire pour se défendre contre l'influence des hommes équivaudrait aux hommes de se défendre contre l'influence de leurs mères ou de toutes les femmes qui sont passées dans leurs vies. - Je ne veux pas que vous me disiez sans cesse que les femmes sont égales, supérieures ou inférieures aux hommes, mais bien qu'elles sont différentes ; ce que j'espère, je n'aurai pas à démontrer. Je ne veux pas savoir pourquoi non plus. Cela est du domaine de la biologie, de la psychologie, de l'histoire naturelle et autres sciences ou philosophies. - C'est Antonin Artaud (1896-1948) qui disait que "'homme vrai n'a pas de sexe" ; ce que ce serait agréable de lire, hommes ou femmes, sans savoir qui est qui....

"Tout cela, ces styles, ce manque de tradition, l'insistance sur son sexe, découle forcément de l'histoire, de l'économie et du statut de la femme dans la société depuis des siècles et des siècles, j'en conviens. Ainsi, les soeurs Brontë, par exemple, ont été publiées, à l'origine, sous des pseudonymes masculins et, si ma mémoire est exacte, Jane Austen également. - Chose certaine : Jane Austen devait, les anecdotes à ce propos sont nombreuses, littéralement se cacher pour écrire.

"Vous êtes, George, quand même très sévère envers la "nature" des femmes. Vous les dites émotives, changeantes et irrégulières. Permettez que je sois en désaccord avec vous : je n'ai jamais vu un homme, un seul, qui, pendant des années, a donné naissance à [lire : a été le père de] six, dix, douze enfants et qui en a pris soin, les a nourris, logés, consolés, sans jamais se plaindre tout en préparant leurs repas, repassant leurs chemises, nettoyant leurs appartements, etc. n'a jamais cessé de les aimer et de leur venir en aide. Si ce n'est pas là de la "régularité" ou de la "stabilité", je me demande ce que ça peut être. Je vous avouerai en outre que je suis, à long terme, un admirateur de la fidélité des femmes. Permettez que je passe sous silence leur résilience qui est, pour moi, une de leurs grandes qualités.

"À tout cela, il y a eu, il y a et il y aura toujours des exceptions, exceptions sur lesquelles les hommes ont toujours insisté.

[...]

"En dernier lieu, si je peux me permettre, trouvez-vous un exemplaire de "A Room of One's Own" de Virginia Woolf (*), un essai "à la Grande Sartreuse", - trop long à mon avis, avec toutes ses descriptions de paysages (c'est Virginia !) - , elle vous présente la soeur de Shakespeare, tout aussi géniale que lui, mais qui finit par se suicider parce qu'elle n'a pas le loisir de son frère de... posséder une pièce tranquille où elle puisse écrire. - L'image est inoubliable.

"Autre texte - quasi satyrique, celui-là : de Jane Austen : " Plan of a Novel, according to Hints from Various Quarters." (Une trentaine de pages.)

[...]

"En bref :

"L'âme féminine, avec sa diversité, n'attend qu'une langue.

Remarquez que je n'ai pas parlé de la poésie féminine qui, depuis le début du siècle dernier, est d'un grande richesse.

"Amitié,

Copernique.

(*) Disponible à cette adresse : http://www.goodreads.com/ebooks/download/18521.A_Room_of_One_s_Own?doc=34754

P.S. 2 : Comme disait Jennifer Shreve : "Bloguer est facile, écrire est difficile." ("Not Quite What I  Was Planning - Six Word Memoirs by Writers Famous and Obscure" - Larry Smith and Rachel Fershleiser - Harpin-Collins Publishers - 2008.)

***

012 - 2014-03-03 - Souvenirs

J'ai repensé au livre que Copernique m'a prêté il y a quelque temps en me disant :  "Vous n'êtes pas obligé de tout lire mais lisez, au moins, le dernier chapitre" . Ce dernier chapitre, c'était quelque chose qui s'intitulait "Les morts" ("The Dead") , dans un livre de James Joyce, "Gens de Dublin" ("The Dubliners").

L'histoire se passe dans une soirée donnée par deux soeurs, durant le temps de Noël, et au cours de laquelle se passent une foule de choses à première vue banales, mais qui recréent une atmosphère de grande beauté. À la fin, cependant, lorsque tous les invités s'en vont, l'on entend, du portique, quelqu'un qui s'est attardé à l'étage, chanter une vielle ballade irlandaise, "The Lass of Aughrim", de laquelle est tiré le couplet suivant :

O, the rain falls on my heavy locks
And the dew wets my skin,
My babe lies cold...

C'est d'une grande tristesse. Plus tard, à l'hôtel où est rentréle couple sur lequel s'est attardé beaucoup Joyce (Gretta et Gabriel), l'on apprend que, toute jeune fille, Gretta a entendu cette ballade chantée, un soir de pluie, par un garçon de son âge, dans le jardin de la maison de sa grand-mère qu'elle devait quitter le lendemain ; par un garçon décédé une semaine plus tard, du froid qu'il avait atrappé ce soir-là.

Et ça m'a fait penser à mon premier amour.

Nous étions voisins. Il était beau comme un coeur. C'est de lui que j'ai reçu mon premier baiser. Je m'en souviens comme si c'était hier.

Nous ne nous sommes pas fréquentés longtemps car ses parents ont déménagés en Ontario quelques semaines après nos premières étreintes (tout ce qu'il y a de plus chaste, croyez-moi !) et je ne l'ai jamais revu. Sauf que, il ne s'est pas passé une semaine, depuis, sans que je pense à lui.

Qu'est-il devenu ? Est-il marié ? A-t-il des enfants ? Qu'a-t-il fait de sa vie ? Est-il toujours aussi beau ? Est-il... toujours... vivant ?

M'enfin...

Le livre de Joyce ? Fortement recommandé.

George

***

011 - 2014-02-03 - ABC

Sommes-nous si mal bâties qu'il nous faille, à nous les filles, essayer trente paires de jeans avant d'en trouver une qui nous convienne ?

Je rageais l'autre jour, quand j'ai vu mon chum rentrer chez Costco et s'acheter trois paires de jeans sans en essayer une seule. "Ben quoi ? qu'il m'a dit. C'est tant pour la taille et tant pour la longueur."

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j'en vois tellement si mal attriquées que ça me fait peur. Personnellement, morte, à la morgue, avec des vêtements comme ceux que je vois, de temps en temps, chez les autres, j'aurais honte.

Je ne veux pas concurrencer les top-modèles qui font la richesse des homo-designers, mais, quand même, je ne veux pas passer pour une droguée du bar d'en face ni une fille qui s'est habillée selon les critères de la vitrine du Si-vous-ne-vous-vous-habillez-pas-chez-nous-vous-êtes-une-nulle du quartier huppé de Pointe-Saint-Charles ou du 16e.

Je veux juste être ne pas avoir l'air d'une n'importe quoi et surtout - messieurs, écoutez ! - me faire dire que je suis belle, avec mes cheveux grisonnants (à mon âge).

Qu'on ne compare surtout pas aux jeunes demoiselles du collège où je travaille avec qui, parfois, je me dis que je serais mieux qu'avec les mecs que j'ai connus.

Faut quand même se rendre à l'évidence, mesdames : nous avons des corps qui, même en conservant ce que nous avons de mieux, deviennent, avec l'âge, de plus en plus difficiles à revêtir.

Chez l'une de mes amies, ce sont les seins qui rapetissent, chez une autre, ce sont les hanches qui semblent vouloir se répandre au-delà d'un fauteuil Voltaire : chez moi, j'ai l'impression que tout s'en va dans toutes les directions.

Je me suis sentie insultée, il n'y a pas très longtemps : on m'a pogné une fesse dans un soirée..

Le lendemain, vous savez quoi ? - J'ai été contente qu'on s'intéresse encore à moi.

Mais n'allez pas répéter ça partout.

George

***

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