Les billets de Madame George Gauvin

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No. 051 à 060

(Du 7 août 2017 à aqujourd'hui)

Série précédente

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056-2018-03-05

Invasions nuisibles

Doit exister, quelque part dans un très éloigné village du fin fond d'ailleurs, une dizaine de centimètres en dehors de la dernière des cartes routières connues, une femme, de mon âge, qui ressemble à toutes les femmes du monde ordinaire, qui n'a jamais pris le métro, n'a jamais été dans une discothèque, ne s'est jamais retrouvée seule avec un homme dans une auto et qui n'a jamais été invitée à un party de bureau. Celle-là, l'unique, ne s'est jamais fait pincer les fesses, embrasser brusquement contre sa volonté, prendre un sein ou s'être fait tasser dans un coin par un bonhomme dont les intentions et parfois une certaine partie de son anatomie étaient très visibles. - Je n'irai pas jusqu'à affirmer qu'on ne lui a jamais dit des paroles offensantes ou que l'on ne l'a jamais sifflée dans la rue ou que tous les coups de klaxons qu'elle a entendus depuis qu'elle est au monde étaient destinés uniquement à la circulation. - Non. - Mais plus plus j'en apprend de la bouche même de mes amies, de mes collègues de travail, de mes cousines, de mes tantes, jusqu'à celle de ma mère - et je n'ai pas osé demander à ma grand-mère -, plus je suis convaincue qu'à un moment donné toutes les femmes, y compris les plus grosses, les plus laides et les plus mal faites, ont été victimes d'un - appelons la chose par son nom - abus sexuel.

Ce que l'on entend à propos de certains politiciens, comédiens, chanteurs, directeurs de production, réalisateurs américains depuis quelque temps ne me surprend pas du tout. Si encore ça s'arrêtait là, je ne dis pas que je me tairais, mais localement, nous avons nos prédateurs à nous et,  d'après ce que j'ai lu récemment, de jeunes hommes ont été les victimes de l'équivalent, mais en tant que mâles.

N'ayant pas été une victime disons «régulière» de ce genre de situation, les histoires que j'entends autour de moi me font dresser les cheveux sur la tête. C'est viol par çi, viol par là, parfois à treize et même douze ans, des promesses non tenues, un harcèlement continu au travail, des contraites d'exécuter - sous peine de chantage ou de blessures - des choses contre-nature et même d'incestes. Un véritable abécédaire d'abus sexuels en tout genre.

Paul me disait, en souriant l'autre jour que, jeune, il a passé plus de six ans en compagnie de curés, prêtres, soeurs et frères et que jamais on ne lui avait fait une proposition quelconque. «Pourtant, disait-il, quand je regarde des photos qu'on a prises de moi quand j'avais cet âge-là, je n'étais pas laid.» - «Oui, mais après ?» - «Oh... après, oui, je me suis retrouvé quelques fois dans des situations embarrassantes, mais je m'en suis régulièrement sorti.» - «Régulièrement ou habituellement ?» - «Faut pas demander.» m'a-t-il répondu. - Avec sa permission, je le mentionne ici pour signaler une chose :

Que nous nous considérons comme des gens civilisés, mais il nous reste encore beaucoup de chemin à faire.

En attendant, je me prépare une paire de claques pour le prochain qui osera...

Georges

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055-2018-02-05

Pas froid : frette

«Ma foi du bon Dieu», comme disait le père d'une de mes amies récemment. Généralement  un de ceux qui ont dépassé la soixantaine et même la soixante-dizaine. "Je suis peut-être atteint de l'Alzheimer, précisait-il, mais je ne me souviens pas avoir eu froid comme aujourd'hui, ni même avoir été avisé de ne pas sortir aussi souvent dans une seule journée." - Y'avait de quoi se plaindre, le bonhomme. On répétait à la radio qu'avec le "facteur éolien" ("Une affaire pour nous accroire que l'avenir est aux autos électriques" ai-je entendu il y a une semaine), nous atteindrions cette journée-là moins trente-cinq-quelque-chose. Autant déménager à Chibougamau ou, comme dit Paul, à Barraute, en Abitibi.

Moi ? Je suis sortie, comme il le fallait bien, pour me rendre au travail, avec mon tailleur, ma chemise blanche et mes collants, avec, par dessus, le *** que mon chum m'a acheté pour mon anniversaire l'automne dernier. "Testé dans le Grand Nord. - Moins cinquante.", c'était écrit sur l'étiquette...

 

Y'a-t-il des filles dans l«Grand Nord» qui vont travailler en tailleur, les fesses protégées par un milimètre de pseudo-nylo et les pieds dans des bottes en imitation de simili-cuirette (synthétique) qui sont moins épaissses qu'une paire de bas et qui coûtent les yeux de la tête ? - De quoi se demander si nos mentruations vont, oui ou non, geler sur place.

Les gars, eux, arrivent en chars, préchauffés dans le garage de leurs appartements, genre chauffrettes-à-faire-fonde-du-beurre. Et ces chars, ils les garent dans l'immeuble du bureau.

Égalité salariale ? - On a beaucoup plus de chemin à faire.

Georges

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054-2018-01-02

2018

Non, mais y'a-t-y kek'chose de plus bête que trois, quatre gars, accotés dans un bar, qui boivent de la bière et qui nous regardent, nous autres, trois, quatre filles assises ensemble avec nos cocktails en train de célébrer la fête de l'une d'entre-nous, que ce soit deux semaines avant ou deux semaines après Noël ? - S'imaginent que, parce qu'ils portent un complet (parfois un chandail qui ne leur va pas du tout) qu'à force de nous regarder, y'en au moins une qui va aller baiser avec l'un d'entre eux. Le soir même.

Y'a pire : la moins jeune dans la table d'à côté, qui, avec sa p'tite jupe courte et ses seins qui débordent de son chemisier convaincue qu'il y en un d'entre eux qui, éventuellement, l'amènera en croisière autour du monde et lui offrira tout ce qu'elle a toujours désiré, y compris une villa et un avenir assuré.

Est-ce que les rituels de la séduction se sont toujours passés comme ça ?

De grands séducteurs, oui, j'en ai connus. J'en aime encore un. Et je l'ai pas trouvé accoté dans un bar avec ses chums. - Il fut plutôt discret, poli, gentil et, bout de bon dieu, qu'il avait de belles mains !  - Je me souviens lui avoir raconté ma vie, mon enfance, mon premier amour et puis, au beau milieu d'une phrase, je me suis étouffé. Une bouffée de honte m'était remontée dans la gorge. - Il m'aurait pris dans ses bras, m'aurait amené dans le pire taudis de la ville, je l'aurais suivi. - Étais-il beau ? Non. Grand ? Non. Avait-il de belles dents ? Non plus. - Mais il avait, en plus de ses mains magnifiques, un de ces regards...

Il n'avait qu'à lever les yeux et j'étais perdue.

Il était marié et ça s'est passé en trois minutes il y a mille ans.

Georges

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055-2017-12-04

J'ai pas le temps, ni l'argent !

À mes amies, ma soeur, ma mère, mes cousines, mon chum, mes ex-chums, mes collègues de travail et la petite-qui-couche-avec-le-réalisateur-de «Vie des Arts» :

ARRÊTEZ de me suggérer d'aller voir tel ou tel film, de ne pas manquer telle ou telle exposition, de passer mes vacances à Puerto Distante plutôt qu'à San Asistido : JE N'AI PAS LE TEMPS.

Ni le temps, ni les moyens, ni l'énergie pour tout voir, tout visiter, tout connaître.

Avec mon salaire, ma p'tite jobine, mes p'tites fesses et mes pieds pour lesquels on n'a pas encore trouvé une paire de bottes qui durent plus que deux mois, j'essaie de vivre selon mes moyens et je n'ai pas ceux qui pourraient me permettre d'aller au concert à les soirs, même pas d'aller prendre à tous les jours l'apéro avec les copines après le travail.

Georges

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054-2017-11-06

De vraies folles

C'est M***, ma chum de tennis, qui a commencé. Nous étions, elle, nos deux adversaires et moi, assises au café, sur la mezzanine de notre club (au-dessus des quatre courts) quand j'ai demandé qui était le beau blond musclé qui jouait sur le numéro un. Elle m'a répondu : «Perds pas ton temps : il a déjà un chum.» 

Les autres ont continué : 

- «Et celui en vert, sur le numéro trois, a de petites mains.» 

- «Tu le connais, toi aussi ? Une demi-heure de taponnage suivi de deux minutes.» 

- «J'ai connu pire : deux minutes de taponnage et une heure.» 

- «Et celui avec des lunettes, au fond ?» 

- «Monsieur parle, parle, jase, jase.» 

- «J' connais : beau parleur, p'tit faiseux.» 

- «Y'a pire : sport, p'tite vite, sport, p'tite vite et nouvelles à onze heures.» 

- «Moi, mon pire, ça a été un professeur à l'U***. Savait tout mais connaissait rien. Même pas capable de planter un clou ou d'ouvrir une bouteille de vin.» 

- «Moi, j'suis déjà sorti avec un connaisseur en vins. M' a fait honte dans tous les restaurants.» 

- «Au moins, il buvait. Y'a rien de pire qu'un gars qui fume pas, boit pas, sort pas. Et végétarien.»

- «Végétarien et fréquentateur de gyms.»

- «Oh parlez-moi pas des gyms. Je suis déjà sorti avec un gars qui était abonné à deux et qui y allait  juste pour voir des filles en collant.» 

- «Du genre de ceux qui flirtent avec n'importe quoi, y compris les poignées de porte.»

- «T'as dû sortir avec mon ex !»

- «Non : ceux-là on les reconnaît assez vite. Ce sont les mêmes qui n'arrêtent pas de se regarder.»

- «T'as ben raison : un homme qu'on n'est pas capable de séduire de temps en temps, c'est bien ennuyant.»

Ça a continué comme ça un bon bon bout de temps, mais l'heure est arrivée et il a fallu retourner à nos chums.

Le mien m'a raconté quelque chose de semblable. M'a parlé d'un cahier que lui et ses chums avaient laissé dans un bar et dans lequel chacun écrivait au jour le jour ce que tout homme en couple avait entendu au moins une fois dans sa vie :

- «T'es pas pour sortir habillé comme ça.»

- «On sait ben : c'est ma mère.»

- «C'est son dernier : on s'en va.»

- «Qu'est-ce que t'as fait ? Y'est six heures.»

- «Tu trouves pas que je suis grosse dans cette jupe-là ? »

- «On va être les derniers arrivés.»

- «Vas-tu finir par la jeter, cette vieille chemise-là !»

... et ainsi de suite.

Mon chum ? Il n'arrête pas de parler de son ex qu'il appelle «Madame Tara». - «Madame Tara»  parce qu'elle n'arrêtait jamais de dire : «Tara dû tourner à droite.» - «Tara dû faire des réservations.» - «Tara pu t'renseigner.»...

Jara dû faire une religieuse.

Georges

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053-2017-10-02

Tivision, Internet et téléphonie

Budget, budget, budget...

De petis problèmes de plomberie féminine m'ont tenu réveillée il y a quelques jours et lassée de lire des nouvelles sur les stars du moment, j'ai ouvert la télé et fait comme mon chum : je n'ai pas essayé de savoir ce qu'il y avait à la télé, mais de savoir ce qu'il y avait d'autre. - Tout ce que j'ai vu, ce sont des pubs essayant de me vendre des batteries de cuisine, des bijoux, des aspirateurs, des équipements pour retrouver «ma ligne», des livres de recettes, des magazines de mode et... des pneus d'hiver, - Des pneus d'hiver ! Alors qu'il faisait, avec le taux d'humidité, plus de 35 degrés.

J'ai vu également quelques preachers et je-ne-sais-plus-combien d'émissions qu'on disait d'«information» où l'on ne parlait que de Trump, de Trump et de Trump.

C'est à ce moment-là que j'ai commencé à me demander qu'est-ce qu'on faisait à payer près de cent cinquante dollars par mois pour un appareil qu'on n'ouvrait presque jamais, un service d'Internet à haute vitesse pour lire des textos et envoyer des messages pour lesquels nous nous servions presque exclusivement de nos téléphones plus une ligne téléphonique dont nous avons peine à nous souvenir du numéro.

Le lendemain, ne m'étant pas rendue au travail, j'ai passé l'avant-midi à réviser les contrats que nous avions signés, nos fatures pour tous ces services et, au bas mot, je me suis aperçue qu'on pouvait facilement économiser de 80 à 90 dollars par mois en réduisant notre consommation de ces produits indispensables à uniquement nos téléphones portables.

J'en ai parlé à mon chum, preuves en main, le soir même qui m'a dit qu'avec mes cosmétiques... Je lui ai mentionné que ses équipeents sportifs... Il est revenu à la charge avec le prix de mes vêtements... J'ai rétorqué avec les coûts de ses soirées dans les bars de sport...

Résultat : 

La tivision est toujours là. L'internet haute vitesse est toujours là. Et notre ligne téléphonique - dont nous avons peine à nous souvenir du numéro (j'insiste) - est toujours là.

L'infidélité serait-elle une cause plus importante de divorce que l'argent ?

Georges

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052-2017-09-05

En beau maudit la semaine dernière.
Contre mon chum.
Et là je ne sais plus quoi lui dire.

Tout ça à cause de la mort de la mère de ma grande amie. - Il la connaissait, pourtant. - Sauf qu'il a refusé de se rendre à ses funérailles. - Oh, l'engueulade qu'on a eu ! - Puis le lendemain ou le surlendemain, je ne m'en souviens plus, je me suis enfermée dans la salle de bain pour pleurer comme une folle.

Il avait sept, peut-être huit ans, quand une amie de sa mère appris que son frère était décédé et qu'elle devait, de Québec, se rendre à l'hôpital St-Luc, à Montréal, pour l'«identifier». Train, gare, tramway - c'était l'été - lui, sa mère et son amie se pointent rue St-Denis, angle De Montigny où ils furent dirigés au sous-sol de l'immeuble dans une salle où il y avait une douzaine de portes avec de drôle de poignés le long d'un mur. Et voilà que le préposé en ouvre une, fait glisser un tiroir ou se trouve une forme recouvert d'un drap. Il en soulève un bout et dévoile le visage de celui qu'il avait si souvent vu à la maison. «Nous avons voulu lui donner une sorte de sourire...» furent les dernières paroles qu'il entendit.

Plus tard, il avait quinze ou seize ans, il était à l'étage de l'établissement où il travaillait les week-ends, En train de luncher lorsqu'il entendit le bruit d'une personne qui courrait dans l'escalier. Puis le bruit d'une chute. Il se leva pour aller voir ce qui se passait et vit un des employés de la boucherie appuyé sur un mur se tenant le bas du ventre où jaillissait du sang comme d'une fontaine. C'était un jeune à peine plus âgé que lui qui, en coupant une pièce de viande, s'était accidentellement perforé l'estomac. Il le regarda et en l'espace de quelque secondes, il constata que ce pauvre apprenti-boucher venait de rendre l'âme. Des gens arrivèrent en trombe. Puis l'ambulance, la police, l'enquête.... Finalement, on lui dit de rentrer chez lui car il n'avait pas l'air bien.

Des années plus tard, lorsque son père mourut, il refusa de s'approcher de son tombeau, mais se rendit quand même au salon funéraire où, au fumoir (ça existait à l'époque), il entendit les gens parler de la partie de hockey de la veille, de politique... certains riaient, même.

N'est jamais allé à des funérailles depuis ce moment-là.

Puis à des réunions «en l'honneur de»... 

Il finit par ne plus aller voir des mourants, ni des malades dans des hôpitaux.

Et puis ce fut le tour des églises.

Depuis qu'il m'a raconté tout ça, je ne sais plus quoi lui dire.

Et encore, vous auriez dû voir l'air qu'il avait quand il m'en a parlé

Georges

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051-2017-08-07

Pavlov ? Qui a dit Pavlov ?

Savez-vous qui j'envie ces temps-ci ? Les gens à la retraite. Comme Simon.

J'étais chez lui, il y a deux semaines. - Oh commencez pas ! - J'étais là en compagnie de Madame Malhasti, Paul, Copernique, Jeff et même Monsieur Pérec qui continue à nous demander de l'appeler Hermy. - C'était à l'occasion de rien. - «Venez prendre un verre» qu'il nous avait dit deux, trois semaines auparavant et comme il habite pas loin du quartier des spectacles, dans un des centres de Montréal, pas loin du métro, pas loin du terminus des bus qui déservent la banlieue, nous nous sommes dit pourquoi pas.

Jamais vu autant de livres, de disques, de bibelots et d'horloges (sic) dans un seul appartement, mais ce qui m'a frappée, ce fut l'ordre dans lequel ces choses étaient classées,  entassées... sauf que, comme il nous l'a expliqué, c'était un ordre apparent car ses livres, par exemple, sont classés par grandeur et non auteurs, par éditeur plutôt que par titre. «C'est la raison, qu'il nous a dit, pour laquelle je ne m'y retrouve jamais !» - Mais ce n'est pas ça que j'ai retenu.

Ce que j'ai retenu, c'est qu'il n'a pas d'horaire, pas d'agenda ; il mange quand il a faim, il dort quand il est fatigué et peut passer des heures à ne rien faire. - Rien faire ! Facile à dire. Ne rien faire, pour lui, consiste à écouter de la musique, lire, regarder des documentaires sur YouTube pendant des heures.

Mon rêve !

Je ne sais pas s'il a été comme ça toute sa vie, mais il est tout le contraire de ce que je suis. Continuellement stressée, toujours en retard, invariablement impatiente, avec une liste de choses à faire longue comme le bras.

Paraît que ça ne s'apprend pas, que ça ne se prépare pas, qu'on est comme ça ou qu'on ne l'est pas et qu'on arrive, à la retraite comme on est parti au début de sa carrière.

Correction : je n'envie pas les gens à la retraite. J'envie les gens qui sont, comme il le dit lui-même : «Pas intelligent et désorganisé.» - Bien sûr.

C'est l'histoire de Pavlov, assis dans un bar, et qui entend tout à coup le ding de la caisse enregistreuse. "Oops, dit-il. J'ai oublié de nourir les chiens !» (1)

Georges

(1) Merci, Éric, un ami de Simon qui était là ce soir-là et qui nous a raconté cette blague.

 

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