Les chroniques de Simon Popp

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No. 001 à 010

(Du 6 septembre 2010 au 10 janvier 2011)

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010 - 2011-01-10 - Sequitur, actus ipse ponam igni.

    (Chronique rédigé le lundi 27 décembre 2010)

Je n'en reviens tout simplement pas.

C'était mon anniversaire récemment et l'on m'a rappelé que j'étais née sous le signe du sagittaire.

Sous le signe du Sagittaire !

Non mais vous vous rendez compte : six, sept mille ans de civilisation et il y en a encore qui ne jure que par des regroupements d'étoiles qui n'ont rien en commun et à qui des gens supposés intelligents ont donné, il y a deux mille ans, des noms basés sur une religion qui a été, depuis, remplacée par une autre, la vraie et qui, si je me fie à ce que je lis dans les journaux, est sur le point de se faire remplacer par une troisième, la plus vraie que l'autre.

C'est l'histoire de la dame qui trouvait horrible le fait que certaines tribus africaines forçaient leurs femmes à se percer le nez alors que, dans son pays, beaucoup plus évolué, c'était aux oreilles qu'on accrochait des anneaux.

Il ne faut pas remonter bien loin dans le temps pour comprendre qu'on brûlait des sorcières, torturait des infidèles, lançait des fauves sur des hommes, femmes et enfants... parce qu'ils pratiquaient une religion qui n'était pas la bonne ou qu'on ouvrait de pauvres oiseaux sans défense pour prévoir l'imprévisible..

Jeune, je me souviens qu'on m'ait raconter l'histoire d'un grand bonhomme descendu d'une montagne avec des tablettes contenant des commandements, d'un autre, encore plus grand, qu'on a cruficié pour nos péchés et, ces temps-ci, l'on voudrait que je crois en l'existence d'un troisième, plus grand que les deux autres, qui, de berger-commerçant qu'il était a reçu d'un ange la preuve de l'existence d'un Dieu, le vrai des vrais celui-là, d'un Dieu Tout miséricorde et Miséricordieux.

Comme disait l'humoriste américain, George Carlin,  dans le domaine des mensonges, de la fourberie et des fausses promesses, y'a pas un homme d'affaires, aussi véreux soit-il, qui peut se considérer sur le même pied qu'un pasteur, un prêtre, un ayatollah ou n'importe quel ecclésiastique parce que dans le domaine de la tromperie, des exagérations et de la mystification, les gens qui enseignent ou qui sont issus de la vraie religion sont dans une classe vraiment à part. - Pas de besoin d'une course à la chefferie, d'un sondage ou d'une enquête approfondie : vous n'avez qu'à vous demander ce qu'un dieu, qui doit gérer deux cent milliards de galaxies, chacune contenant deux cent milliards d'étoiles, peut bien faire pour s'intéresser à une obscure planète où s'entretuent depuis des siècles des bêtes à deux pattes qui ont inventé les romans télévisés, les sandwichs qu'on vend dans les aéroports et la bombe atomique.

IL serait, d'après les frères C. et A. Skonmadit, tout puissant et donc capable de tout gérer (quoiqu'il semble toujours avoir, si je me fie aux quêtes que l'on fait constamment en son nom, des problèmes financiers mais cela est une autre histoire). Tout puissant ? Ben, j'ai bien hâte de le rencontrer parce qu'il y a des questions que je voudrais lui poser :

  •  Pourquoi faut-il vieillir, voir ses facultés diminuer, disparaître au point où l'on ne se souvient plus de rien ? Même quand on a suivi ses directives à la lettre...
  • C'est quoi l'idée de faire naître des enfants difformes, sidéens, drogués quand c'est à leurs parents qu'il faudrait s'en prendre ?
  • Cet enfer où l'on brûle, souffre, mange des claques sur la gueule jusqu'à la fin de temps, c'est parce qu'Il nous aime?
  • La guerre, les épidémies, les tsunamis, les erruptions volcaniques, les tremblements de terre, les ouragans, les cataclysmes en tous genres, le rap, ça faisait partie de son grand dessein ? Lequel ?
  • Etc., etc.

Je lisais dans Loui Ott (*), l'autre jour, le premier des grands principes de la théologie (chrétienne) :

«Dieu, notre Créateur et notre Maître, peut être connu avec certitude au moyen des choses créées, par la lumière naturelle de la raison

J'sais pas pour vous autres mais dans le lot, je crois qu'IL m'a oublié parce que j'ai beau me fendre la tête en quatre, je n'arrive pas à trouver des réponses aux questions ci-dessus et, vous ferez comme vous le voulez, comptez pas sur moi pour revenir au bonhomme avec des tablettes, me mettre à genoux devant deux bouts de bois avec, dessus, un bonhomme crucifié ou m'acheter un tapis pour me tourner vers une obscure ville au Moyen-Orient sept fois par jour.

Il y a longtemps, soit dit en passant, que j'en suis arrivé à cela mais me faire dire, à une semaine de Noël (etc.), que je suis né sous le signe du sagittaire, c'est pas loin de la provocation, ça.

Et si vous pensez qu'il y a deux jours je me suis endimanché pour assister à la messe de minuit, vous vous trompez : je suis resté chez moi à attendre le Père Noël. - Il est venu, d'ailleurs, à peu près au milieu d'une bouteille de Scotch et d'un sac de pretzels.

Simon

(*) Précise de théologie dogmatique - Édition Salvator, Mulhouse, 1954 - Traduction de Grundriss der Dogmatik (Note de l'édit.)

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009 - 2010-12-27 - Fêtons dans la joie

Note de la direction :

La chronique soumise par Monsieur Popp pour l'édition d'aujourd'hui a fait l'objet d'un refus (temporaire) de la part du comité de lecture du Castor™. - Avec quelques corrections, elle devrait être publiée lors de notre prochaine édition mais réservée uniquement à nos lecteurs de plus de 18 ans. - À suivre. - En attendant, voici la chronique qui devait être publiée le dix janvier prochain.

«Bordel de m... de bordel de m..., comme disait le regretté cardinal de Richelieu, ce que je peux en avoir marre de ces fêtes qui dureront jusqu'au début du nouvel an...»

Heureusement, je vieillis et, depuis un bon bout de temps, je n'ai plus à me faire embrasser par des matantes à moustaches et me faire serrer la main (pour ne pas dire autre chose) par des mononcles qui puent l'alcool. - Reste mes nièces, mes neveux et, depuis quelque temps, mes petites nièces et mes petits neveux mais ceux-là n'ont rien à craindre de moi : j'ai appris quand même à me tenir. Sauf qu'après deux ou trois vodka, il se peut que j'en insulte un ou deux au passage. En particulier l'un deux qui tient absolument à me parler du dernier film de XYZ qui, selon lui, est un chef-d'oeuvre du genre que nos descendants admireront jusqu'à la fin des temps. Il doit s'y connaître parce qu'il a vu au moins cent films depuis qu'il va au cinéma. Pas Citizen Kane, il va sans dire, ni The General, ni Greed : «C'était du temps où l'on tournait de vieux films» comme disait un autre neveu ; lui, il est passé tout de suite à Depardieu, Tom Cruise et Brad Pit.

Entre deux séances de torture, quand même, j'ai pu m'évader un peu et été voir les copains au bar*** (qui n'est pas celui du Dragon Basané, je tiens à le préciser) mais là, encore, quand je m'y pointe, dans ce fameux temps des fêtes, comme à chaque année, il arrive plus souvent qu'autrement qu'on me traite de vieux bougonneux («grognard», pour nos amis français).

Ce n'est pas que je sois contre, c'est juste une question de principe : pensez ce que vous voulez mais ne comptez pas sur moi pour croire ni même écouter tout ce que vous dites à propos des pauvres, de la charité et de la joie des petits enfants.

Je connais hélas trop de gens qui, s'entendant rire, se croient heureux.

Et puis, la charité, si jamais ça vous passe dans la tête, ça se pratique 365 jours par année, pas juste un peu avant et pas du tout après les Fêtes, si donner quelques sous à un type qui se promène rue Sainte-Catherine avec une tasse à la main peut être considéré du domaine de la charité.

Heureusement qu'on peut boire pendant ce temps-là.

Et ne m'écrivez pas pour me donner votre recette contre les maux reliés à la gueule de bois : je les ai toutes essayées et aucune ne fonctionne.

Simon

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008 - 2010-12-13 - Montréal, how pretentious can you be ?

Quand j'arrive de Chicago, New York, Londres, Paris (et j'en suis maintenant à Toronto), à chaque fois que je descends de l'avion et que je me retrouve dans la ville du maire Tremblay (et de ses prédécesseurs), j'ai l'impression de me retrouver dans une ville de banlieue ou plutôt dans une ville de banlieues.

Un système routier digne du troisième monde, pas de voie de contournement, pas de navette entre l'aéroport et le «centre-ville», des indications approximatives et des détours menant nulle part les soirs ou les week-ends où l'on décide de fermer l'échangeur Turcot ou une autre artère. D'ailleurs, il est où ce «centre-ville» ? - Il me semble qu'il y en a dix, vingt, trente : la rue Mont-Royal sur le «Plateau», les rues Sainte-Catherine et Ontario dans le «Village», la rue Wellington à Verdun, la rue Sherbrooke à Westmount mais également sur diverses rues, boulevards, avenues, à : Côte-des-Neiges, Snowdon, Cartierville ; jusqu'à une intersection incirculable à Ville Mont-Royal... (et je passe par dessus le West-Island, Ville-Émard, Montréal-Nord, Montréal-Est, Pointe-aux-Trembles et trois [quatre, en fait] quartiers universitaires.)

Vous allez me dire qu'il n'y a pas de centre-ville réel à Paris avec ses quartiers et ses monuments mais Paris - je parle du Paris intra-muros - c'est le quart du tiers de la demie de l'île de Montréal où un touriste se perd dans ses nombreuses municipalités et arrondissements. - Je regrette mais il y a un centre-ville à New York : il s'appelle Manhattan. Même chose à Chicago avec son Golden Mile. Oui, peut-être deux ou trois à Londres mais Londres, c'est grand et si jamais vous vous retrouvez Trafalgar Square ou sur les rues Oxford ou Regent, vous verrez que tout cela se rejoint facilement, et à pieds de surcroît.

À Montréal, tout est éloigné. Y'a un métro qui dessert en partie certains quartiers et même la ville adjacente, Laval, où la population est égale à celle à l'ouest du boulevard Décarie où il est presque impossible de se servir d'un service de transport en commun qui dispesre plutôt qu'il ne réunit.

Y'a un quartier des spectacles où l'on voudrait bien attirer la population mais, venant de l'ouest, on s'arrête généralement à Bleury. D'ailleurs, ce quartier est en construction depuis des années et il est entouré (surtout à l'est) de rues et de boutiques peu fréquentables. Vers le nord - ou plutôt du nord -, les rues à sens unique rendent toute circulation impossible. Vers le sud, un grand boulevard difficile à traverser.

Quant à la culture...

On a de tout à Montréal : un opéra, deux (ou serait-ce trois ?) ensembles ou orchestres symphoniques, de nombreuses troupes de théâtre, des chorales, des danseurs, des dessinateurs de mode, des interprètes et auteurs-compositeurs en tous genres et... des festivals. Au moins cinquante festivals, par saison. - Il ne se passe pas deux semaines quand, de mon appartement, je ne puisse apercevoir des bouts de feux d'artifice pour marquer le début ou la fin de quelque chose. Et des floralies, des fêtes des neiges, des ventes de trottoir et... un défilé du père Noël.

Ne manque plus qu'un tramway.

Simon

P.-S. : - Avec la venue des décorations de Noël à la mi-novembre, j'ai réalisé que, cette année, j'allais détester la saison des fêtes pendant presque deux mois... Décidément, il y en a qui en veulent à ma peau...

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007 - 2010-11-29 - L'ennui, le profond ennui

On dira ce qu'on voudra de la langue anglaise mais quand il s'agit de résumer en un mot ou une expression quelque chose dont la définition en prend deux cents et que tout le monde comprend du premier coup, elle dépasse de très loin la langue française. - Je pense, par exemple, au mot «smalltalk» ; il s'agit de la somme des échanges inutiles qui font partie du quotidien et dont on pourrait facilement se dispenser : «Ça va ?», «Fait beau, n'est-ce pas ?», «Pris dans la circulation, toi aussi ?», «On se revoit bientôt, hein ? »... - Vous voyez ce que je veux dire. - Ce type de création est si ancré chez nos amis anglophones qu'ils ont même réussi à transformer des expressions qui, en français, n'ont pas de racourcis, en des monosyllabes qui en eux-même n'ont aucun sens mais qui disent tout. Ainsi, ils peuvent dire : «Hi !» au lieu de «How are you ?» qui, au demeurant, n'exigeait aucune réponse. - Genre : «Il est déjà assez pénible de te saluer, s'il fallait, en plus, que je t'écoute...»

Je vous parle de cela aujourd'hui parce que, je le sens - pas besoin d'un calendrier pour m'en rendre compte - : nous sommes à quelques jours de la période des Fêtes et je sais que ce sera souffrant. Le «smalltalk» va prendre le dessus et c'en sera fini des conversations qui, une fois sur dix (ce qui est déjà pas mal) offrent la possibilité d'être intéressantes. Au lieu d'elles, ce sera, pendant des jours et d'interminables semaines, des «Joyeux Noël», des «Bonne année» et comme mon anniversaire tombe dans cette fichue de période, j'ai bien peur que j'en serai quitte, par dessus le marché, à entendre des "Bonne fête" (lire : «Bon anniversaire.») dont je me dispenserais volontiers.

Comment, en effet, un Noël peut-il être joyeux quand il nous coûte les yeux de la tête et qu'on est obligé de fréquenter des gens avec qui on n'a rien en commun parce que leur arrière-grand-père a couché avec une de nos grandes tantes ? - Une bonne année par les temps qui courent ? - Quant aux anniversaires, quel intérêt peut-on avoir à se faire dire qu'on vieillit ?

Simon

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006 - 2010-11-15 - En marge du salon du livre

Quand on me demande, comme on le fait à chaque année, si je vais au Salon du Livre de Montréal, je ne réponds pas.

À ma connaissance, il n'y a jamais eu des salons du livre pour Pline le Jeune, Dante ou Goethe et je me dis qu'il faut être un peu crétin pour croire que les bons livres ont besoin de ces foires-fourre-tout. - J'ai toujours eu de la difficulté à m'imaginer, entre autres, Shakespeare, Proust ou Cervantes en train de signer leurs "oeuvres" dans l'enceinte d'un Palais des Congrès quelconque.

Pour le Livre de recette de Ma tante Louise ou le Comment dealer avec son stress du dernier charlatan, je ne dis pas non mais pourquoi ne les dépose-t-on pas tout simplement près des caisses dans les supermarchés ? - Les bons livres finiront toujours par trouver leurs lecteurs.

Des livres en général ? - S'en publient de dix à vingt par jour, juste en français... - Deux ou trois, par décennies, tiendront la route. - Que de temps perdu !

Mais y'a des amateurs. Ceux qui fermeraient l'internet pour rouvrir des bibliothèques. - Qui disent que rien ne vaut le papier ; les mêmes qui étaient convaincus que le cheval, avec son odeur de crottin, allaient perdurer comme le plus efficace moyen de transport... jusqu'à la fin des temps.

Et puis y'a les prix. - Ces prix pour lesquels Léautaud se seraient senti déshonoré d'en avoir mérité un.

Vous avez vu la liste de ceux qu'on distribue lors du Salon de Montréal ?

  • Le Prix du Grand Public Salon du Livre de Montréal / La Presse
  • Le Prix Marcel-Couture
  • Le Prix Fleury-Mesplet
  • Le Prix de la Bande à Moebius
  • Le Prix Cécile-Gagnon
  • Le Prix Alvine-Bélisle
  • Le Prix Québec/Wallonie-Bruxelles
  • Le Prix des libraires
  • Le Prix international Saint-Denys-Garneau
  • Le Prix des Ecrivains Francophones d’Amérique

Non mais... y'a-t-il keklun, un jour, qui va finir par comprendre que ces prix, tous les prix, qu'ils soient pour des livres, des sculptures, des toiles, des bouts de bois transformés en fauteuil roulant, n'ont jamais servi à quoi que ce soit ?

M'enfin. - À tous les visiteurs, bonne chasse.

Simon

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005 - 2010-11-01 - Mon numéro sur les numéros

M'ont dit : « Simon, fais-nous un papier sur les nombres. »

Que vous voulez-vous que je vous dise ?

Que le budget de la France est de 271 milliards d'Euros, mille fois plus que celui du Vatican ?- Que la dette américaine était, samedi dernier, de 54 696 232 950 000 dollars ? (54 trillions, 696 milliards 232 millions et quelques centaines de milliers de dollars) ?- Que la moyenne des dépassements de coûts dans les contrats gouvernementaux, au Québec, est de 56% ?

Tous ces chiffres ne veulent rien dire. Surtout pour un type comme moi qui hésite, pendant des semaines, à s'acheter un gadget qui coûte 50 $ et qui ne dit rien quand, pris au piège, il doit ramasser, au restaurant, une addition de quatre fois plus.

Mais allons-y tout de même :

Vous savez ce qu'est un méga-octet ?

Un méga-octet, c'est un million d'octets. Dans un million d'octets, l'on peut, sans problèmes enregistrer une page d'écriture écrite à la main (pas une photo de la page mais le texte qui y est rédigé). Dans un giga-octet (mille méga-octets ou un milliard d'octets), on peut penser à mille pages. Dans un tera-octet (mille giga-octets - vous me suivez ?), on parle de mille fois mille pages ou un million de pages. - Retenez ce chiffre : un million.

Mettons que vous soyez un écrivain maladif, qu'il vous faille écrire au moins une page à toutes les heures, seize heures par jour, sept jours par semaine, cinquante-deux semaines par année. Vous savez combien il vous faudra de temps pour remplir un disque d'un tera-octet ? - CENT SOIXANTE ET ONZE ANS.

La semaine dernière, ayant de besoin d'un disque externe, je m'en suis procuré un de deux tera-octet, 99 dollars - 66 euros. De quoi écrire pendant TROIS CENT QUARANTE DEUX ANS. - Quatre mille volumes de 500 pages : entre 100 et 200 mètres de rayon. En en lisant un par semaine, de quoi lire pendant 75 ans. Tout Shakespeare, tout Proust, toute la littérature latine et grecque (connue), la correspondance de Voltaire, tous les romans Arlequin publiés jusqu'à présent : faites votre choix.

Mais y'a pire :

Gérald Tremblay n'en est qu'à la première année de son mandat.

Simon

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004 - 2010-10-18 - J'ai hâte...

J'ai hâte qu'on se décide enfin à créer la Journée de la majorité. Le genre de journée où le défilé serait composé de non-chômeurs, de non-handicapés, de non-sans-abris, de non-retraités, de non-étudiants, de non-sous-le-seuil-de-la-pauvreté, de non-rien. Une marée humaine qui envahirait les rues de Montréal pour protester contre les groupes de pression, les comités de citoyens, les organisateurs de salons, les protestataires, les grévistes, les défenseurs de la veuve et de l'orphelin, les en-faveur et les non-en-faveurs du niqab et généralement tous ceux qui, pour un prétexte ou pour un autre, brandissent des pancartes et descendent dans la rue.

J'ai hâte à la journée où les politiciens, les âmes compatissantes, les aides à la société, les bénévoles et les sociétés pour un Québec meilleur cesseront de s'occuper des sans-abris, des mendiants, des squegees et des psychopathes qui hantent les rues de Montréal, pour se pencher sur l'honnête citoyen qui se fait harceler six fois par jour par ces sans-abris, ces mendiants, ces squegees et ces psychopathes.

J'ai hâte à la journée où les incompétents qui planifient les travaux de réfection de la chaussée, des conduites d'eau, de gaz, d'électricité et des égouts pensent à une chose qui s'appelle la coordination et cessent d'ouvrir huit chantiers à la fois pour n'y envoyer, chaque jour, qu'une poignée ouvriers et que sur un seul à la fois (*).

J'ai hâte qu'aux nouvelles télévisées, on cesse d'inviter des spécialistes pour expliquer en deux minutes, vingt-sept secondes, un aspect mineur d'un fait divers qu'on regarde à la loupe parce que "tout le monde en parle" ou que c'est "ce qui préoccupe la population" un certain temps.

J'ai hâte que mon médecin cesse de me dire qu'il faut que j'arrête de fumer, que je consomme moins d'alcool, que je perde du poids ou que je fasse plus d'exercice. - Vingt-deux ans d'études pour n'avoir que ça à me dire ? - Et quel rapport ça pourrait bien avoir avec le fait que je me sois blessé accidentellement à un genou il y a des années ?

J'ai hâte que dans les super-marchés on cesse de me demander si j'ai la carte-qui-rapporte-des-points ou, au téléphone, à six heures du soir, mon opinion sur les mineurs afghans. J'ai hâte qu'on cesse de me vendre des extracteurs de jus, des appareils pour développer mes muscles abdominaux ou des films (en couleur) de la guerre 39-45... à quatre heures du matin.

Et puis c'est qui le con qui a cru que demander aux voyageurs en avion s'ils avaient préparé eux-même leurs bagages servirait à quelque chose ?

Bref : j'ai hâte que ce ne soit plus demain la veille.

Simon

(*) Sur un chantier de 20 kilomètres, l'autre jour, j'ai compté dix-sept ouvriers, deux excavatrices et trois camions.

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003 - 2010-10-04 - Où vont les nouvelles ?

Vous êtes-vous déjà demandé ce qui arrivait à ces nouvelles qu'on diffuse tous les matins à la une des journaux et qui, trois jours plus tard, sont reléguées en page 3, puis 8, puis dans un numéro qui ne paraît jamais ?

J'essaye, depuis quelques jours, de savoir ce qui s'est passé avec tout cet argent qu'on a recueuilli pour le tsunami de 2004 dans l'océan Indien ; je ne trouve rien. - C'était quand même 200 000 morts. - Pas autant qu'en Haïti lors du séisme du 12 janvier dernier mais tout de même... - Au fait, qu'est-t-il arrivé et qu'arrive-t-il en Haïti ? - Un entrefilet m'a appris l'autre jour que pas plus qu'un pourcent des débris avait été enlevé au centre-ville de Port-au-Prince... - Après bientôt neuf mois ? - L'argent ramassé pour ce désastre est passé où ? - Quant au Pakistan... - Et je ne vous parle que des catastrophes ; imaginez-vous ce que ce serait si je vous parlais des petites nouvelles, des faits divers qui font également la une les jours où l'on se sait pas quoi dire...

Ce matin, j'ouvre la télé. J'apprends qu'il y a eu deux fusillades dans deux quartiers de ma ville. Un mort, quelques blessés. Un engin incendiaire également, dans un bar quelque part, dans un de ces quartiers que personne ne connaît. - Qu'est-ce que ce sera si jamais, dans deux semaines, je veux en apprendre plus ?

C'est ce qui me fait dire que s'intéresser aux nouvelles, y compris les grands titres, découle d'un besoin non seulement incompréhensible mais maladif, à moins que l'éphémère soit une façon qu'ont découvert les news junkies pour ne pas penser.

Simon

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002 - 2010-09-20 - La française langue

Je le savais !

Suffit de mentionner quelques idioties du genre omniprésent dans la française langue pour se retrouver avec des pourfendeurs à la tonne qui fustigent tous ceux qui osent s'attaquer au plus beau langage créé depuis la fondation du monde. (Voir une de mes chroniques précédentes) - À se demander si le fils de Dieu n'a pas commis une erreur en venant au monde là où l'on parlait l'araméen. - Et que dire des évangélistes qui écrivirent en grec ou des scientifiques du XVIIe qui rédigeaint leurs thérories en latin ?

Le français ?

"La langue la plus naturelle du monde car elle est l'expression qui colle (sic) le plus près à la pensée humaine..."

"Une langue qui a atteint la perfection au début du siècle dernier..." (Avec l'ennuyeux Anatole France, je suppose.)

"Une langue qui a ramassé les plus beaux éléments de toutes les langues précédentes..."

Et j'en passe et des meilleures comme celle de la langue "qui sera toujours parlée par les vrais intellectuels" (ce qui me laisse supposer qu'il y en a des faux.)

Le plus surprenant dans tout ça, c'est que ces commentaires que j'ai entendus cent fois et même mille proviennent de gens sensés, qui peuvent vous expliquer - de façon presque cohérante - ce qui se passe au Moyen-Orient ou qui savent faire la part des choses entre le catholicisme et l'islamisme. Dans le lot, peut-être, un ou deux qui peuvent probablement faire des multiplications en chiffres romains, qui sait ?

Faut laisser aller parce qu'on n'en finira plus. - Kek'part, dans mille ans,il y aura kek'l'un en train d'enseigner à un p't'it crisse qui ne veut rien savoir la conjugaison au plus-que-parfait du verbe divaguer, j'en suis certain. Tout comme, il y a un demi-siècle, kek'lun essayait de me faire apprendre par coeur un discours de Ciceron («Quousque tandem, Catilina, abutere patienta nostra ?» - Je m'en suis souvenu par dérision.) - Et puis l'on dira que le français est une langue morte ; morte de sa belle mort parce que on a tenu à ce qu'elle n'évolue plus, qu'il n'y ait absolument plus d'adéquation entre la langue parlée et la langue écrite, une des raisons pour lesquelles elle a existé d'ailleurs (cf. Rabelais).

Faudrait que j'ai dans mon sac un exemplaire dans le français du temps du «Cid» de Corneille et que je le fasse lire à tous ces casse-pieds (mot invariable) qui insistent pour que je dise «ascenseur» et non «élévateur» (*) ou mieux encore «ordinateur», un mot inventé de toutes pièces à partir d'un vieux mot français («ordonnateur»), plutôt que «computer» le nom sous lequel un ordinateur est connu dans 99% des régions du monde entier. - Vous avez lu récemment (je parle du «Cid») ? - Ne vous y aventurez pas sans une traduction : c'est illisible.

Cela étant dit, je m'en retourne là où l'on ajourne sans date et qu'on écrit "sine die".

Simon

(*) Pourquoi inventer un nouveau mot lorsqu'il en existe déjà un? - Voir le mot "hôte" dans ma chronique précédente. - N'empêche que je cherche depuis plusieurs années une traduction du mot "commuter"...

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001 - 2010-09-06 - La rentrée ...

J'ai toujours aimé les rentrées. Elles m'ont donné plusieurs fois l'occasion de m'engueuler avec des connaisseurs de la langue française pour qui les mots "entrée" et "rentrée" sont interchangeables ; tout comme les mots "ouvrir" et "rouvrir" qui, à eux deux, ont contribué à la création du néologisme "ré-ouverture".

J'en connais un de ces spécialistes qui traîne en bandouillère une grammaire Grevisse et un Petit Robert, toujours prêt à dire que le mot "théâtre" a un "h" parce qu'il vient du mot grec "theatros" mais qui s'esquive dès qu'on lui rappelle que le mot "trône" n'en a pas quoiqu'il provienne lui aussi du grec où il en a un ("thronos"). - Quant à Grevisse, autant dire qu'il s'agit là d'un compendium (latin "compendium", c'est-à-dire "abrégé" - abrégé ? Grevisse ? Faites-moi rire !) un compendium donc, qui, selon lui, contient des règles à observer, chacune contenant toujours une bonne douzaine d'exceptions. - Il la cite, de mémoire (la grammaire, non le compendium. ni l'auteur), sachant par coeur les lois gouvernant l'accord des verbes pronominaux réfléchis, réciproques. subjectifs et passifs et les accords subtils sur la concordance des temps dans les relatives qui commencent par "dont", sujet d'une récente thèse de doctorat).

S'il lit ceci, qu'il sache que Grevisse a toujours dit qu'il n'énonçait aucune règle, qu'il ne faisait que décrire comment les gens parlaient ou écrivaient, ce qui revient à dire "tels qu'ils parlaient ou ils écrivaient à un moment donné " compte tenu qu'une langue, même figée artificiellement comme le français, évolue au jour le jour.

On ne dit plus depuis belle lurette, par exemple, "Demain, j'irai à Rome" (sauf si on veut dire qu'on a pris il y a quelques minutes la décision d'aller à Rome le lendemain (et encore, en faisant une liaison qui n'existe pas : "Demain, j'irai-z-à Rome" : on dit tout simplement : "Demain, je vais à Rome", le présent, avec l'ajout d'un "demain" étant devenu, depuis un bon bout de temps, un futur. Rien de plus simple. - Et qui va se poser la question à savoir pourquoi le verbe "aller" devient "vais", "vas", "va", "allons", "allez" "vont" ou "irai", "iras" "ira", "irons", "irez" et "iront" selon les personnes qui "vont" et le temps ?

Des stupidités particularités (d'aucuns diraient "idiosyncrasies" - allez : vérifier dans le dico)... des particularités comme celles-là, dis-je, il en existe des milliers en français. L'accent grave sur le "u", autre exemple, accent qui n'existe que dans un seul mot "". Pour marquer la différence entre la conjonction "ou" et l'adverbe "", vous allez me dire ; bon d'accord mais que faites-vous du mot "hôte" qui veut dire à la fois celui qui reçoit et celui qui est reçu ? (Mais attention, hein : pas de ce problème au féminin où le mot "hôtesse" signifie "celle qui nous reçoit" sauf qu'il est invariable quand elle est reçue.)

"C'est ce qui fait le charme du français" que me dit le bonhomme à la Grevisse et au petit Robert sauf qu'il est le premier à chiâler contre l'anglais et ces mots en "burg" qui se prononce "borough", ses diphtongues, ss combinaison des lettres "th" et son orthographe assez particulière...

J'eusse voulu (!), pour ce numéro qu'on mette "Entrée" et non "Rentrée" (ou les deux) ne serait-ce que pour indiquer aux nouveaux étudiants qu'ils entraient pour la première fois à l'Université de Napierville et non qu'il entraient à nouveaux, mais on n'a pas voulu.

Qu'on me permette de citer George Bernard Shaw :

"Plus je vieillis, plus je m'aperçois que j'ai toujours eu raison et que les longues et fréquentes recherches que j'ai effectuées pour le démontrer m'ont fait perdre bien du temps."

Simon

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