Les chroniques de Simon Popp

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No. 011 à 020

(Du 24 janvier au 30 mai 2011)

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020 - 2011-05-30 - Godfrey Daniels !

Je regardais l'autre jour un film qui devait être réalisé par Sacha Guitry et qui, finalement, a été réalisé par celui qui devait en être (et qui en fut) sa vedette : Fernandel. Le film s'intitulait, s'intitule toujours d'ailleurs : « Adhémar ou le jouet de la fatalité ». - Pas un très grand film sauf, peut-être la scène au cimetière (peu de films de Fernandel ont passé la rampe) : quelques autres scènes, ici et là., genre « beaux passages », « belles situations », « mots d'esprit », le tout, à la Sacha. - Ça m'a fait penser à ce qui resterait de cet « esprit français » dans cent ans ; vous savez ce que je veux dire : l'esprit de ceux qui sont convaincus que leurs subtilités linguistiques, leurs intelligentes élucubrations font ou feront la joie d'admirateurs jusqu'à la fin des temps. Les rayons des librairies, bon an, mal an, en sont pleins. - J'y contribue largement. - Comment les [nous] comparer à des idiots comme Laurel et Hardy qui, 90 ans après, font toujours rire ?

Mais pourquoi je vous parle, ce matin, d'« Adhémar ou le jouet de la fatalité » ? À cause du mot « fatalité », à cause du «fatum » (latin), du « θανάτων » (grec), cette loi de la nature qui veut que quoiqu'on fasse...

Des exemples :

  • On aura beau consulter tous les sites WEB, éplucher tous les catalogues, comparer tous les modèles, l'ordinateur que l'on choisera sera toujours inférieur à celui qu'on aurait dû acheter. - Demandez à ceux qui possèdent un iPhone I, II et III et qui attendent avec impatience le IV.

  • Quelle que soit la période de l'année où l'on prendra ses vacances, il aura toujours fait plus beau l'année précédente ou au cours du mois qui suivra.

  • Le soir où l'on aura regardé l'émission à ne pas manquer sur la deuxième chaîne, ça aura été plus intéressant sur la troisième.

  • Quel que soit le prix que vous aurez payé une chose, le lendemain, quelqu'un vous dira que vous auriez dû lui en parler avant parce qu'il vous aurait pu vous l'avoir à meilleur prix.

Et :

  • Les personnes qui entreprennent des procédures de divorce pour se remarier ont 99% des chances de se retrouver avec une copie du (ou de la même) conjoint(e).

Question de sort, de fatalité, de fatum.

Je vous dis tout ça aujourd'hui parce que, ayant récemment décidé d'abandonner - et quand je parle d'abandonner, je veux dire tout laisser derrière soi et entrer comme dans un monastère -, parce que, donc, ayant décidé d'abandonner, disons, une certaine « habitude » (celle de ne plus parler à des raseurrs), voilà que je me suis retrouvé, hier, avec le même genre de demeurés que je voulais éviter en quittant, justement, l'« habitude », disons l'endroit... précédent.

De deux choses, l'une :

  • ou ces demeurés me suivent

  • ou je les attire.

Vous allez me dire que ce n'est pas comme ça que ça fonctionne : que, lorsqu'on veut faire table rase, il faut changer de ville, repartir à zéro, etc. mais vous avez dû connaître, comme moi, un type à qui s'est arrivé.

J'en revoyais un, justement, l'autre jour, et je me suis demandé s'il n'avait pas épousé, à son troisième mariage, une femme dans le genre des deux précédentes.

Devinez quoi.

Pour ce qui est de Fernandel... quand, la dernière fois, avez-vous regarder un de ses films ?

Finalement, en classant mes 33t l'autre jour, je me suis demandé qui écoutait encore les Beatles...

Simon
    

P.-S. : En passant, vous vous souvenez de ce bar dont je vous disais qu'il n'avait aucun égard quant au respect des oreilles de sa clientèle? (Voir Le Castor du 7 mars) Hé ben : je n'y vais plus. - On aurait été cinquante à faire de même que les propriétaire aurait pu, peut-être, s'en apercevoir mais d'après ce que j'ai pu comprendre, là tout comme ailleurs, il semblerait que la surdité soit une chose que la population, en général, recherche de plus en plus. Remarquez qu'avec ce que j'entends à la radio, à la télé et des autos que je côtoie dans les emboutieillages, je comprends très bien. - Betôt, faudra installer des amplis sur les instruments des quatuors à cordes. et qui sait ? peut-être même sur les organes, dans les églises.

P.-P.-S. : Je parle souvent des morons et des crétins dans mes chroniques mais je me demandais cette semaine dans quel pays autre que notre cher Canada un maire comme Gérald Tremblay, d'une incompétence notoire, pourrait rester en poste sans se faire descendre à vue ou se faire couvrir de goudron et de plumes avant d'être banni à vie. - Y'a pas longtemps, encore, avec l'état déplorable des rues de Montréal (attention aussi aux bouts de béton qui peuvent vous tomber dessus dans les tunnels), il a trouvé le moyen de «prêter»  plus de 100 millions de dollars à 2% d'intérêt à une firme « indépendante » qui exploite un service de bicyclettes et qui était sur le point de déposer son bilan. Quelques jours, en plus, avant la publication d'une étude sur son administration. - Va pour dépanner mais quand, dans la même semaines, il ajoute que SA ville n'a pas d'argent pour financer un centre pour les démunis de la société ni un endroit où l'on pourrait traiter humainement les animaux... - Récidiviste, il en est maintenant à une plage...

***

019 - 2011-05-16 - Rien, ce matin, sauf des agaceries

Pourquoi les fruits que j'achète ne sont-ils pas murs ? - Et pourquoi deviennent-ils murs tous en même temps ?

C'est quoi l'idée de vendre les saucisses en paquet de huit ? Pourquoi pas neuf, ou six ? - Trois me semble idéal : on en prendrait un pour chaque convive.

Pourquoi les soldes qui ne durent qu'une journée ?

Dans un ascenseur, lorsqu'il y a une dame, si on enlève son chapeau, on passe pour un échappé d'une autre époque et, si on ne l'enlève pas, on est impoli.

Dans le métro, à la sortie, si l'on tient la porte pour celui qui nous suit, pourquoi reçoit-on en pleine face celle de celui qui nous précédé ?

Que signifie l'expression «appartement en copropriété de luxe ?» - On n'en construit plus des «ordinaires»?

Qui crée ces couleurs de voiture aux noms exotiques ?

Pourquoi, au restaurant, les serveurs se sentent vexés quand on se lève et que l'on quitte après dix minutes d'attente quand... même pas un menu nous a été offert ?

Et au chauffard qui conduit un taxi comme si c'était une Ferrari ou, pire encore, un véhicule qui ne peut dépasser 10 kilomètres à l'heure, pourquoi a-t-on l'air d'être un grippe-sou quand on refuse de lui donner un pourboire ?

Au supermarché, pourquoi la dame qui est devant nous attend-t-elle que tous ses achats soient comptabilisés avant de sortir son porte-monnaie de son sac qui se trouve dans son réticule au fond d'un fourre-tout ?

Quelle est l'idée de demander sa note, uniquement pour la vérifier, à huit heures, le matin, à l'hôtel, quand les gens derrière soi sont sur leur départ ?

Au restaurant, toujours, qui sont les poètes qui inventent ces descriptions incompréhensibles pour une sauce au tomates ou un spaghetti à la bolognaise et quelle est l'idée d'exiger que chaque garçon, chaque maître-d'hô énumère et décrive tous les plats ?

Est-ce trop demander que de se faire servir, à l'endroit où l'on vend du lait jusqu'à onze heures le soir, dans une langue compréhensible ?

Pourquoi les employés des petites épiceries sont-ils toujours au téléphone ?

Pourquoi cette surcharge pour les appareils téléphoniques digitaux alors que les appareils à composition mécanique ne fonctionnent plus ?

Une limite de 20 kilomètres à l'heure dans une rue où il y a qu'un édifice : une école... Le dimanche ?

Pourquoi l'article que nous désirons est toujours au sixième étage et que les rez-de-chaussée sont toujours consacrés aux parfums et eaux de toilette ?

Trois affiches pour interdire (ou non) le stationnement entre telle heure et telle heure, le jeudi, le vendredi, le dimanche et les jours de fête impairs entre le six décembre et le huit mai ?

Une traverse pour piétons côté sud alors que la sortie du métro est du côté nord ?

...

Simon

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018 - 2011-05-01 - Etc.

«Ça a débuté comme ça...» comme disait Céline. J'étais assis tranquille, j'disais pas un mot, les deux yeux rivés sur mon Journal des débats quand un de mes chums, en grande conversation avec une paire de jambes assise à ses côtés, me demanda : «C'est qui le bonhomme dans Inglorious Bastards ?» - «Christoph Waltz» que je lui ai répondu. - «Pas lui, l'autre» qu'il m'a dit. - «Brad Pitt.» - Ça n'a pas été long : la paire de jambes s'est tout de suite imiscée dans la conversation pour ajouter que c'était (le Brad en question) un des «grands comédiens américains», malheureusement peu connu car sa prestation (m'enfin : c'est pas le mot qu'elle a utilisé mais ce n'est pas grave), sa prestation donc, dans Seven Years in Tibet avait été géniale. - À mon air (paraît que j'ai un de ces airs...), elle a bien vu que je n'étais pas d'accord et, en attendant que mon autre chum arrive, celui avec qui je devais aller luncher en face, tout a failli r'virer en chicane.

La petite ? - Une journaliste aux fesses visiblement intelligentes, deux yeux brillants (le soleil à travers la tête) et un décolleté qui à Noël aurait pu faire entrevoir le Jour de l'An. «Critique de cinéma, qu'elle a dit. Je suis critique de cinéma.», sans qu'on lui demande, bien sûr. - Et la v'là partie.

Par curiosité, j'ai voulu savoir combien de films elle avait visionnés [depuis qu'elle s'intéressait au cinéma]. «Ah ! Mon Dieu ! Des centaines» «- Quels genres ? - Tous les genres...» - «Emil Jannings, ça vous dit quelque chose ? - Non. - Marlon Brando ? - Le vieux dans le Parrain ? - Et Anthony Hopkins ? - Oh, lui, je n'ai pas vu la fin. Les films d'horreur, ça m'énerve et c'est trop spécialisé...»

Ça a pas duré longtemps. Mon autre chum, est arrivé et  nous sommes partis. - «C'est qui ?» qu'il m'a demandé. - «Aucune idée et je ne veux pas le savoir.»

Toujours le même problème, n'est-ce pas ? Ceux qui ne savent rien parlent, parlent, ceux qui savent tout se ferment la gueule. Dans tous les domaine mais particulièrement dans celui du cinéma ; de l'art aussi - de l'art pictural. - Pardon : j'ai dit «dans l'art pictural », ce que je voulais dire, c'était «dans le milieu des galeries d'art» parce que c'est là qu'on rencontre le plus souvent ceux qui n'ont jamais lu, jamais voyagé, jamais été au théâtre et qui ont toujours eu un penchant pour Mireille Mathieu. - Je me souviens y avoir entendu : «C'est pas comme les chanteuses d'opéra : avec elle (Mireille), on comprend tout ce qu'elle dit...» Le principe est simple : quand on n'a jamais fait l'effort de lire, d'écouter ou de regarder avec attention, on peut s'improviser critique d'art, connaisseur et esthète sans savoir quoi que ce soit.

Vous savez pourquoi j'ai mentionné Emil Jannings, Marlon Brando et Anthony Hopkins ? Parce que ce sont trois comédiens qui ont été magnifiques... de dos. - Ça a commencé avec Jannings dans Der letze Mann où, portier mis à la retraite, il entre chez lui totalement abattu et son désespoir, on s'en apercevait juste à la façon de marcher de dos. Brando, lui, fit la même chose dans La Parrain mais pour simuler la vieillesse : il avait, à l'époque 48 ans mais on lui en aurait donné facilement 80. Quant à Hopkins, celui qui a manqué The Remains of the Day, s'est privé de grands moments :

Le film se déroule sur deux périodes : avant et après la guerre (la seconde). Il est majordome dans une grand maison anglaise qui, avant la guerre, appartenait à un Lord et puis, après, à un richissime Américain. Vingt ans séparent les deux époques et le film passe de l'une à l'autre plusieurs fois et c'est là qu'on voit le talent d'Hopkins qui, à quelques reprises, nous rappelle dans la scène qui va suivre à laquelle elle appartient. Et il fait ça de dos lui aussi.

Oui, je sais, c'est loin de Brad Pitt, de la peinture, de la critique et des longues jambes du début mais en ce jour d'élection, vous voulez vraiment que je vous parle de morons ?

Simon

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017 - 2011-04-18 - Quand je pense que...

J'étais assis, vendredi dernier, au bar de l'hôtel Hilton à Québec (province de Québec) quand, tout à coup, je me suis mis à penser à mon arrière-arrière-arrière-grand-père, Wladimir Popp, né en 1807, qui, en 1850, à Leipzig (c'est en Allemagne), a assisté à plusieurs conférences de Gustav Theodor Fechner créateur de la psychophysique (fête le 20 octobre) à partir de laquelle - une chose que vous rêvez de savoir depuis toujours - la loi de la «plus petite différence notable» (*) à été promulguée et, de laquelle, mon arrière-arrière-grand-père, le fils du premier, celui qu'on prénomma Uldéric, a élaboré le corolaire selon lequel les êtres humains, particulièrement en société, sont d'un prodigieux désagrément.

Je revenais - obligation sociale no. 1- d'un édifice dont John Ruskin, en son temps, n'eut pas hésité à exiger la démolition (**) et où s'est déroulé, au cours du dernier weekend, le Salon du Livre [de la Ville de Québec], le genre d'endroit que je ne fréquente que - obligation sociale no. 2 - pour saluer, au passage, un ami. Finalement, je me suis retrouvé en compagnie de trois écrivailleurs, deux starlettes, une trentaine de snobs et je-ne-sais-combien de curieux qui tenaient à voir en chair et en os ceux qui publient, d'années en années, de mauvais livres et dont le but ultime de la visite est de repartir avec leurs signatures sur une copie de leurs dernièrs chefs-d'oeuvre. «Tu te rends compte, Marguerite : il y a touché, il l'a tenu dans ses mains; je l'ai vu comme je te vois....»

Derrière moi (au bar), des membres de l'équipe «Service avant tout» d'une chaîne de quincailleries. Pour eux, c'était «lunch de midi à treize heures trente suivi du mot du Président». - Passionnant.. - En face, un revendeur du même colloque fort ennuyé par le décorateur aux précieuses manières qui monopolisait l'attention d'une représentante qui, elle, cherchait, dans la foule, celui qui ne l'avait pas encore remarquée. - Derrière le bar, un employé syndiqué dont la préoccupation majeure était de ne pas oublier d'entrer dans son «touch-screen» les deux verres qu'il venait de servir. - Et puis y'avait mon Amazon Kindle.

C'est à cause de lui que j'ai pensé à mon arrière-arrière-arrière-grand-père et à mon arrière-arrière- grand-père. - Pas prévu, eux, qu'on pourrait éventuellement amener, à un Salon du Livre, un anti-livre et c'est là que les chose se sont gâtées.

À mes côtés mais de biais (faut voir le bar pour comprendre), deux imprimeurs qui se sont mis à parler de leur métier, de presses, de nouvelles techniques, de laser, de POD (***), insistant bruyamment sur le fait que ce que je tenais dans les mains était un gadget sans avenir. - L'ennui m'a poussé à demander mon addition et c'est là que je me suis rendu compte pourquoi on me traitait continuellement de grognon :

Je ne suis pas un grognon : je veux juste qu'on cesse d'essayer de me convaincre de quoi que ce soit et ce faisant, j'ose demander des explications à ceux qui s'essayent. Ainsi, si le coeur m'en avait dit, voici des questions que j'aurai posées à ces deux imprimeurs :

  • En 1890, auriez-vous penché plus vers l'éclairage au gaz ou vers la lampe incandescante ?

  • En 1910, auriez-vous investi votre argent dans les calèches ou dans l'automobile ?

  • En 1914-18, seriez vous restés dans la cavalerie ou auriez-vous songé à être du côté de l'aviation ?

  • En 1925,  auriez-vous ouvert une salle de danse ou une station de radio ?

  • En 1938, vous auriez cru, comme tout le monde, aux intentions pacifiques de l'Allemagne ?

  • En 1945, vous n'auriez pas mis en doute la notion que deux ou trois ordinateurs seraient suffisant pour une nation comme les États-Unis ?

  • Dans les années cinquante, avez-vous cru que le Rock n' Roll ne durerait pas six mois ?

  • Bétamnax ou VHS ? - VHS ou DVD ? - DVD ou Blue-Ray ?

Et c'est ainsi que je réagis à ceux qui me disent que le livre-papier va être là pour toujours mais allez donc vous obstiner à des gens lors d'un Salon du livre. Surtout celui de Québec.

Simon
    

(*) Voir les oeuvres complètes de Heinrich Pestalozzi, en particulier son livre initulé «L'ABC de l'observation».
(**) Le Centre des Congrès de Québec.
(***) Print On Demand : prochaine étape dans le domaine de l'impression : on imprime sur demande seulement. Afin d'éviter le pilonage.

Gustav Theodor Fechner
(1801-1887)

P.-S. (pour ceux que le «paperless society» intéresse) :

Wladimir Popp :

Vous savez pourquoi il n'est pas passé à l'histoire ? - C'est qu'il a osé publier, à son retour de Leipzig, un livre (papier) dans lequel il exprimait l'opinion que l'acte d'écrire était une manifestation maladive chez l'être humain ; que se renfermer dans une pièce pour raconter sa vie plutôt que de fendre du bois ou de prendre une marche n'étaient pas ce dont on devait s'attendre d'un être normalement constitué. - Pas un best-seller : les éditeurs consentant à le publier ne furent pas nombreux et le nombre de copies publiées n'a pas dépassé la centaine et c'est à cette centaine que je pensais en me promenant d'un kiosque à l'autre au Salon dont je parlais au début.

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016 -2011-04-04 - 10 down - 28 to go...

Quatre élections en sept ans. - À 300 000 000 $ chacune, y'a de quoi se payer un pont, non ?

Et l'autre qui arrive avec des promesses qu'il ne tiendra pas, y compris des garderies que son parti a annoncé du temps où il était au pouvoir.

Quand je vous disais il y a deux semaines que la démocatrie fou' l'camp...

Je n'ai pas le temps de fouiller dans mes livres d'histoire - et d'ailleurs la question ne m'intéresse que vaguement - mais depuis quand datent les partis politiques ? - Depuis quand le représentant d'une bourgade de Saint-Éloigné-des-Chars doit-il s'associer avec un homologue à l'autre bout du pays  pour faire valoir les droits de ses concitoyens ? - Et pourquoi envoyer tout notre argent à Ottawa (ou à Québec) pour qu'on nous la renvoie au cas où nous aurions de besoin d'une route ? - Je peux comprendre qu'il y ait des projets qu'il faille mettre en commun mais le nid de poule devant chez moi, quel rapport peut-il bien avoir avec le bout de quai à réparer en Colombie-Britannique ou un bout de trottoir sur la rue James, à Halifax ?- C'est l'histoire d'envoyer sa montre à l'autre bout du pays pour ensuite être obligé de téléphoner pour savoir l'heure.

Quant aux politiciens, il faudrait demander un de ces jours de quelle planète ils sont issus mais qui comprendra leurs réponses ? - Je pense en particulier, aujourd'hui, à ce cher Ignatieff dont on ignore où il a bien pu apprendre le français.

Et ce maire de Montréal qui compte les grues pour se dire que sa ville est dynamique alors que son réseau routier est dans un état lamentable.

Rien que des deux de pique.

Simon

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015 - 2011-03-21 - Démocratie

Je ne suis pas ce qu'on pourrait qualifier de «bon croyant» ; en fait, je ne crois pas en beaucoup de choses mais il m'arrive régulièrement de penser à la Providence qui, un jour, je l'espère, débarrassera cette planète de tous ces politiciens qui empoisonnent notre existence depuis - quoi ? - Depuis que la démocratie ou ses variantes existent. - Je sais que j'en surprendrai plusieurs en disant cela mais je suis un partisan et un partisan convaincu du royalisme. Je dirais même des despotes cruels et méchants. Pour une raison très simple : le roi est mauvais ? On lui tranche la gorge et on passe à autre chose ; ou l'on fait comme on est en train de faire un peu partout dans le monde arabe : on fait une révolution et on recommence à neuf.

Ici, comme à bien des endroits dans le monde, on élit nos dirigeants. L'idée n'est pas mauvaise mais vous avez vu le choix qu'on nous donne ?

À Montréal, en particulier, c'est blanc bonnet, bonnet blanc. Depuis que suis la politique montréalaise, tout ce que j'ai vu, ça a été un maire-mégalo qui a foutu le bordel dans les finances de la ville, un maire-voyageur dont la liste des réalisations pourrait tenir sur le dos d'une petite enveloppe, un maire jardinier qui a planté des fleurs sur la rue Atwater et, en ce moment, un bonhomme qui ne voit rien, n'entend rien, n'est jamais au courant de quoi que ce soit. - Je dis UN maire ! Dans l'agglomération montréalaise, avec les arrondissements de la Ville de Montréal (à ne pas confondre avec l'île de Montréal), c'est à QUATRE-VINGT-DEUX maires qu'il faut penser.

Vous vous rendez compte : QUATRE-VINGT-DEUX MAIRES ! - Et je n'ai pas parlé de leurs conseillers, ni des ministres qui sont sensés les surveiller.

Le reine de coeur dans «Alice au pays des merveilles» :

«Off with their heads !»

Qu'on leur coupe la tête !»)

Je peux comprendre Louis XVI et Marie-Antoinette, vivant dans un château, entourés de serviteurs, ne connaissantt pas, ne voyant pas ce qui se passait autour d'eux mais ces maires, ces conseillers, ces ministres, ne sont-ils pas là pour nous représenter ? - Ne voient-ils pas nos routes lamentables, nos ponts sur le point de s'écrouler, nos taxes de plus en plus difficiles à supporter ?

Qu'on nous ramène Louis XVI et la guillotine.

Une exception : le maire de la ville de Québec car, dans les cours, on aura toujours de besoin de fous de rois. - Mais je viens d'apprendre que Michel Brûlé veut se présenter à la mairie de Montréal.

À bien y penser, ramenons la guillotine.

Simon

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014 - 2011-03-07 - Tous les goûts...

Il existe, à mon avis, des proverbes et des dictons qui ont été inventés pour perpétuer la confusion dans les rapports humains. «Tous les goût sont dans la nature», par exemple ; je l'ai entendu si souvent que j'en suis à me demander ce que ça peut bien vouloir dire. Que tous les goûts sont convenables, acceptables, raisonnables ? Pour tous ceux qui abondent dans ce sens, je regrette mais il y a des gens sans goût, des gens qui n'en ont jamais eu et qui n'en auront jamais et , quel que soit le petit coin de terre où vous habitez, je suis certain que vous savez exactement ce à quoi je fais référence. Personnellement, quand je vois certaines dames, particulièrement en Floride, maquillées à l'excès, cheveux roses, vêtues de couleurs pastel et couvertes de bijoux, je me dis que lorsque le bon goût est passé, elles devaient être au super-marché.

Y'a cet autre aussi qui veut que «Le bon sens soit la chose du monde la mieux partagée». Ne riez pas : c'est le début du Discours de la méthode de Descartes.

Maman disait : «On ne peut pas plaire à tout le monde». Aucune idée pourquoi. J'avoue que c'est probablement vrai. Ce que je sais, c'est qu'on peut déplaire à tout le monde. - C'est une chose qui m'est arrivé souvent.

Mais je voulais, aujourd'hui, vous parler de Fernand Point et... de musique. De mauvaise musique surtout ou plutôt de musiques, au pluriel, utilisées à mauvais escient et de l'incapacité qu'ont certains propriétaires de bars, cafés ou restaurants à comprendre que leurs établissements sont désagréables parce que, après avoir consulté un architecte, un décorateur et un cuisinier, ils n'ont jamais pensé que le son, le bruit et les conversations de leurs clients pouvaient faire partie de leur produit final.

Point ? - Il est généralement considéré comme ayant été un des plus grands restaurateurs du XXe siècle. Les anecdotes à son sujet sont innombrables. Celle que je préfère est celui où, ayant eu à choisir de la vaisselle pour son restaurant, La Pyramide, il insista pour en frapper et casser plusieurs pièces. «C'est que, disait-il, on aura beau faire attention mais dans un restaurant, il y aura toujours un certain bruit de vaisselle. Autant rendre ce bruit sinon agréable, le moins désagréable possible.» - Vous voyez le genre ? - C'était un homme qui avait comme principe qu'il fallait répondre aux désirs, même inexprimés, de sa clientèle.

Tout ça pour vous parler d'un bar que je fréquente depuis des années sur la rue Saint-Denis, à Montréal:

Le décor est parfait. Les sièges confortables. Les gens qu'on y rencontre agréables. Les garçons et les serveuses, tous de longue date, sont accueillants, gentils, prévenants et d'une grande efficacité. On ne peut même pas se plaindre de l'éclairage, de la propreté des lieux, des prix et du choix dans les boissons offertes. (C'est un bar spécialisé dans les scotchs et même si le scocth ne m'intéresse pas, je dois avouer que l'endroit, pour ceux qui croient que le whisky est un don des dieux, est exceptionnel.) - Mais l'environnement sonore ? Terrible. À cause d'une musique n'ayant généralement aucun rapport avec les lieux et qu'on persiste à faire jouer à toutes les heures du jour et de la nuit sans égard à l'atmosphère ou à la clientèle du moment.

C'est Dire Straits à l'heure de l'apéro et Serge Reggiani à deux heures du matin, le tout à partir d'un iPod (ce qui vous donne une idée de la qualité), joué au hasard sans que le volume ait été, au préalable, équilibré.

Aucune attention à ce qui peut rendre l'endroit agréable à différents moments ou selon la clientèle qui s'y trouve : professionnels entre cinq et sept, habitués entre sept et neuf et jeunes par la suite. - Le pire n'est pas dans le choix des pièces (cf. : le «Tous les goût sont dans la nature» cité ci-dessus.), mais dans cette manie qu'ont les garçons et serveuses d'augmenter le volume lorsque les conversations finissent par prendre le dessus. - Inutile de vous dire ce qui arrive : la clientèle parle un peu plus fort pout se faire entendre, on augmente le volume de la musique, les cris suivent, etc. - À l'heure de l'apéro qui, comme on le sait peut s'étirer jusqu'à dix-sept heures et même plus, on ne s'entend plus parler au bout d'une heure.

Je me suis plaint plusieurs fois mais rien à faire : l'endroit est plein, le proprio se dit que tout va bien et hop, un autre reggae prend le dessus.

Qu'est-ce que ce serait comme endroit si on entendait ce qui se joue dans les bars cinq-à-sept qui ont compris qu'un trio piano-contrebasse-batterie est la chose à faire entendre à sa clientèle ? - Aucune idée.

Comme je disais ci-dessus : si la murmure des conversations des gens qui viennent de finir de travailler restait une murmure, ce serait merveilleux mais une fois l'architecte, le décorateur, le spécialiste en bar et service payés, ne reste plus rien pour un aspect d'un établissement qui se veut bien : le respect des oreilles de la clientèle.

Mais, comme dit un autre proverbe : «On ne pose pas du papier peint dans une mine d'or

Ne reste plus qu'à souhaiter l'installation forcée de décibelomètres (et les amendes appropriées) comme on en voit à Paris. - Silence ! On parle...

Simon

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013 - 2011-02-21 - Etc.

Régulièrement il m'arrive de penser que je ne suis qu'un rat dans un labyrinthe au sein d'un gigantesque laboratoire dont les propriétaires se trouvent dans une lointaine galaxie d'où ils essaient tant bien que mal de comprendre notre univers et qu'ils sont, à leur tour, des rats de laboratoire dans un monde encore plus complexe que le leur. Cela m'amène invariablement à la question : «Et si, tout à coup, ils - ces curieux propriétaires - débarquaient Champ de Mars à Paris, face au Lincoln Memorial à Washington ou la Place Rouge à Moscou ?».

Spéculation théorique évidemment mais si au lieu de débarquer à Londres, New York ou Kuala Lumpur, ces pauvres voyageurs se ramassaient angle Sainte-Catherine et Peel, à Montréal, en plein heure de pointe ? s'ils demandaient à parler à notre «chef» ? - Vous les voyez, d'ici, en train de discuter avec notre moron de maire ?

C'est ce qui me fait dire qu'ils sont déjà venus, on n'est pas près de les revoir.

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Un artiste-rappeur a été trouvé mort, on m'a dit, assassiné il y a une dizaine de jours à Montréal. Dans un de ses quartiers peu fréquentés de la ville (il y en a et même plusieurs). - Un artiste ? Mon coiffeur est un artiste. Mon tailleur est un artiste. Mon décorateur intérieur est un artiste. Le cuisinier du restaurant où je vais manger mon sandwich le midi est un artiste ; méconnu mais un artiste tout de même. Et que dire de l'artiste-typographe qui a dessiné ma carte de visite il y a plusieurs années ? - Des artistes, il y en a partout depuis quelque temps. - Des artisans, moins mais on a recyclé les plombiers, les menuisiers, les plâtriers à leur niveau. - Pour ce qui est des ouvriers, ben tant pis pour eux. Z'avaient juste à monter dans le train du progrès.

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J'entendais, l'autre jour, vanter par un news junky, les mérites d'un certain Bernard D. qui a LU, le soir, le bulletin de nouvelles sur une chaîne nationale (canadienne) pendant des années. L'équivalent, quoi, de PPD en France avec ses yeux bleus et sa diction particulière. «Des journaliste, comme lui, il ne s'en fait plus» disait-on. - Bernard D. un journaliste ? - C'est hausser le rédacteur de faits divers au niveau de la métaphysique (Alain).

Parlant de journalisme, vous ne trouvez pas étonnant qu'il n'y ait pas eu un seul suicidé dans le métro de la ville de Montréal depuis... 1968 (ou par là) ? - Des attentats, oui mais uniquement à la sortie de certaines bouches et dans des stations peu fréquentées après dix heures le soir ; quelques pannes également mais pas un seul suicidé. - Faut dire qu'il ne s'en tue pas non plus dans les métros de Paris, New York et Londres... - À se demander quel produit chimique on peut bien répandre dans les couloirs pour décourager tous ceux qui, à un moment donné, ont voulu faire la une des journaux...

À moins qu'emportés par les capitales nouvelles en provenance du Moyen-Orient, les journalistes se soient donné la main...

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Fouillant dans mes archives, l'autre jour, j'ai trouvé cette photo :

Ça ne voudra rien vous dire sur le coup, j'en suis presque certain, mais si je vous disais que c'est une photo du Kaiser Wilhem II en exil, après la guerre 14-18 ? Qu'il s'agit là d'un des grands responsables de quelque 16 millions de morts et de 21 millions de blessés ? - Oui, il a été question, à un certain moment donné, de l'accuser de crimes contre l'humanité, mais c'était avant Hitler, Staline et compagnie... - Il est décédé en 1941, entouré des siens, à l'âge de 82 ans.

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Vous en avez assez des critiques de votre région ? Allez donc jeter un coup d'oeil du côté des Anglais et souvenez-vous que ce sont eux qui ont encensé Troloppe, banni Joyce, emprisonné Wilde et qui ignorent encore aujourd'hui à peu près tout de leur Shakespeare. - Remarquez qu'au début du siècle dernier, le grand écrivain français s'appelait Anatole ; qu'au Portugal, Fernando Pessoa a longtemps été considéré comme un employé de bureau alcoolique (ce qu'il était d'ailleurs) et qu'en Amérique, F. Scott Fitzgerald est encore dit un des plus grands auteurs (sinon le plus grand) du XXe siècle.

Melville s'est retourné si souvent dans sa tombe que, pour aller lui déposer des fleurs, il faut maintenant se rendre à l'autre bout du cimetière.

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Et si vous voulez savoir ce que je pense de ce qui se passe dans les milieux arabes ces temps-ci, je vous dirai : «Rien». - Je ne connais pas ces milieux, je ne sais absolument pas ce qui se passe et je n'ai pas l'intention de me payer six volumes de deux milles pages pour m'en faire une idée approximative. Et comptez pas sur moi pour me fier aux conneries qu'on en dit dans les journaux et à la télé. - Ceux qui en parlent me font penser à ceux qui n'ont jamais vu venir quoi que ce soit.

Simon

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012 - 2011-02-07 - And for my next act...

J'ai fait des efforts pourtant : j'ai lu, j'ai posé des questions, je me suis enquéri à droite et à gauche pour comprendre et je n'ai toujours pas compris ; pas compris ceux qui tiennent absolument, ces temps-ci, à savoir ce qui se passe d'heure en heure en Égypte alors qu'ils n'en avaient pas encore fini avec la Tunisie qui leur avait fait oublier la Côte d'Ivoire qui avait remplacé dans leur esprit l'Afghanistan, Haïti et les éternels pourparlers de paix au Moyen-Orient. - Si on ne sait pas ce qui se passe, on est quoi ? Un moron ? Et si, par dessus le marché, on ne veut pas le savoir, ça nous ramène au stade de l'homme des cavernes ? - En vérité, en vérité je vous le dis : je suis, comme celui qui a refusé les premiers manuscrits de Proust, bouché à l'émeri : je ne comprends pas ce qui peut intéresser ceux qui se sentiraient diminués s'ils n'avaient pas, tous les soirs, leur téléjournal à regarder et, tous les matins, leur quotidiel à déplier, à lire dans le métro, au boulot pour pouvoir en parler à l'heure du déjeuner.

Par rapport aux gens qui vivaient à Constantinople au XVe siècle (qui n'apprirent la mort de Jeanne-d'Arc que quatorze mois après), ces «news jukies» sont-ils plus intelligents ? [*].

Je préfère Sherlock Holmes qui avouait ne pas savoir si c'était la terre qui tournait autour du soleil ou le soleil autour de la terre, Cette capitale information n'avait aucune importance dans sa vie.

[*] Je viens de lire dans «The Day the Universe Changed» de James Burke (Little, Brown & Company, Boston, 1985) qu'il a fallu quatre mois pour que l'on apprenne, à Paris, la prise de Constantinople par les Turcs en 1453...

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Quand je me sens quelque peu enthousiasmé par la race humaine, je me rabats immédiatement sur la religion ou la politique. Qu'il n'y ait pas de confusion : par religion j'entends toutes les formes de religion, de l'astrologie aux théocraties en passant par le bonhomme avec des tablettes qui écoutaient des buissons en flammes, un certain crucifié et un troisième qui a beaucoup contribué à l'industrie du tapis ; et, par politique, j'entends tous ceux qui dirigent, tous ceux qui sont dirigés, toutes les confrèries, les syndicats et les groupes de pression. Bref, je pense aux plombiers, aux médecins, aux chauffeurs d'autobus, aux télé-évangélistes et même aux revendeurs de réfrigérateurs. Mais, avant de vous parler de plomberie, laissez-moi vous raconter une histoire :

C'était dans une de mes ex-belles-familles (j'en ai eu plusieurs) où la conversation est tombée sur mon métier (ne pas lire, s.v.p. «profession» : le mot «profession» me donne mal au coeur). Ça avait rapport à une lointaine cousine qui avait eu maille à partir avec un certain fournisseur (disons : de service). V'là qu'un de mes-beaux-frères se met à dire que, dans ce domaine, les choses se passait comme ceci, comme cela, qu'il fallait remplir tel type de formulaires, etc. - L'ex-belle-mère, sachant que c'était là mon métier, me demanda : «Est-ce vrai?». Je répondis non et j'allais commencer par expliquer comment, vraiment, cela se passait lorsque je fus interrompu par un deuxième ex-beau-frère qui me dit qu'il avait connu quelqu'un à qui c'était arrivé et que son frère avait raison et qu'en conséquence mon opinion... - J'avais, à l'époque trente-cinq, quarante ans de métier et j'avoue être resté surpris.

Plus tard, j'appris que le premier ex-beau-frère lisait religieusement (j'y arrive !) les journaux ; section sport, littérature, spectacle et surtout la chronique des vins. - Pourquoi ? Parce que, si jamais on lui demandait une opinion quelconque, il pouvait discourir pendant des heures. - C'était particulièrement hilarant quand, non-buveur, abstème même, il pérorait sur le rapport qualité-prix entre un Bordeaux récent et un Italien de l'année précédente. Quant à ma blonde de l'époque...

Et pour la plomberie ? - C'est l'histoire vécue de tant de Russes du temps de l'URSS : il fallait payer d'avance le coût de l'auto qu'on désirait et attendre dix ans pour la livraison. - C'est un type qui venait justement de payer la sienne et à qui on dit : «Vous reviendrez dans dix ans.» Il demande : «Le matin ou l'après-midi ?» On lui répond que ça n'avait aucune importance puisque c'était dans un lointain futur. «C'est que, répondit-il, le plombier doit justement passer ce matin-là...»

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À ceux qui me demandent pourquoi j'ai les cheveux si longs je réponds que si, à mon âge, ils en avaient, ils les porteraient longs eux aussi. - Je ne peux cependant faire autrement que remarquer qu'il y a de plus en plus de jeunes chauves. Un signe des temps ?

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Je plains ceux qui, prenant leur retraite, réalisent tout à coup que leur vie n'a consisté qu'à écrire des rapports, à payer un hypothèque, à regarder des séries télévisées et le canal météo. - Je les plains surtout de s'en être jamais aperçu auparavant mais je vois que d'autres activités absurdes finissent par remplacer celles qui les préoccupaient du temps où ils étaient vivants ; le jardinage, la cuisine et les réunions de copropriétés. - Comme disent les Anglais : «The s enseless waste of human lives.»

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Et puis y'a les habitudes séculaires, celles qui, selon certains, ne changeront jamais. - Le livre-papier, par exemple. Ce n'est pas que je sois contre mais avoir à discuter avec des gens qui ne peuvent même pas s'imaginer que le livre, l'écriture jusqu'à la française langue seront, éventuellement, des choses du passé m'ennuient beaucoup. - Ce sont sans doute des descendants de ceux qui croyaient immuables et éternels les chevaux, les lampes à l'huile et la poste (et que la terre était plate). - À ces gens-là, je dis : «Fermons le WEB, ouvrons des bibliothèques !»

... I shall set myself on fire.

Simon

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011 - 2011-01-24 - Fonds de tiroir

Quand je lis que deux alpinistes, deux campeurs, deux zigonneux dans l'bois sont portés disparus et que la Sûreté du Québec va investir des heures et des heures pour les retrouver (sans compter les équipements, l'essence pour les hélicoptères, les 4X4 et tout l'bazar), je me dis que notre société est bien bonne, naïve ou tout simplement stupide de s'intéresser à des personnes qui n'ont rien d'autre à faire que de s'aventurer dans des ravins, dans des endroits inaccessibles, dans des forêts où seuls quelques amateurs de la nature (qui font scier tout le monde avec leurs récits) s'enfoncent «pour le plaisir». -

Laissez-les là, s.v.p. : qu'ils apprennent, s'ils s'en sortent, à ne plus dépendre des autres. S'ils veulent se foutre les pieds dans les plats, c'est leur problème, non ?

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Qu'est-ce que j'ai à f..., moi, des mariages entre gais ? Je ne suis pas gai, je n'ai peu ou pas d'amis gais et si j'en ai plusieurs, je ne le sais pas. L'on ne m'a invité d'ailleurs qu'une seule fois à un mariage entre gais, une des rares fois d'ailleurs alors que, récemment, on m'a invité à un mariage straigth. - Puis quoi ? - J'ai des voisines lesbiennes. Plusieurs même. Je me demandais justement, l'autre jour, comment je m'étais ramassé dans un immeuble où elles étaient en si grand nombre. - Me saluent, je les salue. Il nous arrive même de nous retrouver face à face près de la chute à déchets et quand, à la porte de l'ascenseur, je suis précédé ou que je précède une de ces voisines, nous nous attendons - Et alors ? Je vais partir en guerre contre ces pauvres femmes qui, stigmatisées par mes amis straigt du bar***, ne veulent que vivre ?

Pas question cependant de les inviter chez moi pour parler de Kierkegaard. - Question de principe. - Pas question, de toutes façons, d'inviter n'importe qui à me parler de Kierkegaard ; ni de Proust d'ailleurs et encore moins de Monk ou de John Cage. - Elles veulent, parce que je suis sympathique (si, si !), que nous allions prendre un verre ? Oui, mais au bar d'à côté. où l'on nous charge 30$ de l'heure pour voir des serveuses en tenue légère. (Heureusement que dans ce prix, les boissons distillées sont comprises.)

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Étonnante tout de même la quantité de chefs-d'oeuvre que la Province de Québec a fourni au cours des dernières années : les Plouffe de Lemelin, le Matou de Beauchemin, Amour P.Q. de Godbout, le Party de Falardeau... Et il ne faut pas reculer bien loin pour retrouver les pitreries d'Olivier Guimond et les inoubliables prestations de La Poune.

Je ne sais pas si, communément, nous allons finir par apprendre qu'il ne suffit pas d'être connu pour être grand, que la grandeur de quelqu'un ne se mesure pas au fait qu'on a quelque fois mentionné son nom dans les journaux. - Saurons-nous, un jour admettre que Les Anciens Canadiens de Philippe Aubert de Gaspé est d'un prodigieux ennui ? Qu'Un homme et son péché ne serait rien si on n'avait pas permis à son auteur de s'exprimer plus en détail dans Les belles histoires du pays d'en-haut ?

Anyway, ce n'est pas grave : reste les amateurs d'IXE-13 et d'Albert Brien, les ceusses qui écoutent encore Ti-Gus et Ti-Mousse et Oscar Thiffault (sans compter les Ti-Jean Carignan, les Isidore Soucy et les Ti-Pit Boudreau). À ceux-là, je dis bravo.

Lecteurs, oh chers lecteurs, n'insistez pas :

Pensez à vos fils et filles, à vos petits fils et petites filles et à leur descendance : ne leur faites pas honte. Arrêtez de penser à ces chef-d'oeuvreux de tout acabit, à ces personnages légendaires qui ont créé votre avenir et le leur. Eux sauront bien voir la différence entre Oscar Thiffault et Pierre "Nous-mettons-nos-sièges-en-jeu" Trudeau, ce grand réformiste qui n'a rien réformé du tout et à son successeur, Jean "Commandites" Chrétien. Z'auront déjà de la diffulté à comprendre le succès de Céline Dion (mais curieusement pas celui de Michel Louvain).

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Si ma pauvre mère avait été brutalement attaquée en plein jour, dans un cimetière, en banlieue d'une ville quelconque, qu'elle se soit retrouvée à l'hôpital, avec des «blessures multiples» (au bras, aux jambes, au crâne et ailleurs), que son assaillant ait été un homme «de race blanche, mesurant un mètre quelque chose, avec un imper noir et des souliers bruns», il est plus que probable que j'eusse trouvé cela épouvantable, terrible, affreux, insupportable, invivable, horrible, ignoble, infernal, odieux, atroce et même apocalyptique mais jamais il me serait venu à l'esprit que cette terrible chose qui se produit cent fois par jour à l'échelle de la planète fasse la une des journaux ou qu'on en fasse mention à la radio et à la télé.

Et pourtant, c'était quelque chose qui faisait la une d'un télé-journal hier et avant-hier.

Avec sa fille en larmes.

*

Je ne suis pas comme mon père qui lisait les notices nécrologiques avec parfois, sans jamais avoir souhaité la mort de personne, une certaine satisfaction mais je sais que si ça va si mal dans le monde, c'est que les trous-de-cul ne meurent pas : on n'enterre, si je fie à ces notices que les maris modèles, les femmes idéales et les pauvres enfants.

Simon

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