Les chroniques de Simon Popp

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No. 031 à 040

(Du 28 novembre 2011 au 23 avril 2012)

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040 - 2012-04-23 - Comme me disait mon chum, l'autre jour...

J'ai eu le temps de lire les journaux récemment. Heureusement, je n'étais pas à Paris où tout ce que j'aurais eu à me mettre sous la dent eut été des nouvelles de leurs élections présidentielles où s'affrontent, comme on dit chez nous, "un euro qui sera échangé contre 100 centis" ou un "blanc bonnet" et un "bonnet blanc", c'est-à-dire deux personnes ayant à peu près l'audace de se croire meilleures que les autres dans un enjeu qui décidera à quel petit ami de l'un ou de l'autre iront les subventions d'un futur et grandiose état car, entre vous et moi, celui qui sera élu président de la France dans deux ou trois semaines ne changera pas grand chose au prix du pétrole ou aux pensions des cheminots... à deux, trois exceptions-près mais deux trois exceptions sans importance. - Non : j'étais à Montréal, au Canada, et, comme tout le monde, j'attendais qu'on nous annonce l'heure du départ de notre vol, prévu à 08h07 mais retardé pour des détails dits techniques. (Y'avait, ce matin-là, du brouillard en Nouvelle-Zélande.) - D'ailleurs, puisque j'en suis là, pouvez me dire quel est l'optimiste déréglé qui a déterminé, un jour, que tel vol allait avoir lieu à telle heure et telle minute (la minute "08", par exemple) par rapport à un autre qui, lui, allait avoir lieu à une autre heure et autre minute (la "19") ? - Je peux comprendre "entre sept heures et sept heures et demi" (et prévoir entre 20 et 260 minutes de retard) mais 07h08, 08h15, 10h37 ? - Folie furieuse. - Sans oublier qu'il faille, au risque de rater son vol, se pointer au moins deux heures à l'avance, à cause des fouilles, de la vérification des passeports, du chargement des bagages... et peut-être le temps de trouver un pilote.

Triste situation où ceux qui décident n'ont aucune idée de ce qui se passe dans la vraie vie.

Je pensais à tout cela en lisant, comme je vous le disais au début, les nouvelles de notre presse régionale. Elles auraient pu, en tant que je suis concerné, être du Wyoming ou de l'Afraghanistan : mêmes remarques de professionnels qui se disent journalistes et qui trouvent "surprenants", "inédits", "stupéfiants", "scandaleux"... des choses qu'on peut entendre vingt-quatre heures par jour dans n'importe quel bar, café, taverne, restaurant, dans n'importe quel bureau, usine ou manufacture où y'a des gens ordinaires qui s'expriment... quand on ne les empêche pas de s'exprimer.

Ici, à Montréal (d'où je vous écris), les sujets de l'heure sont : l'existence de pots de vin dans l'obtention de contrats gouvernementaux, la grève des étudiants et, en contre-contre-filet, la pénurie de main d'oeuvre dans les banques et l'industrie de l'assurance.

À se demander sur quelle planète vivent nos dirigeants. Tout le monde, même ma belle-mère, du temps où elle était vivante, savait que les pots de vin étaient (sont) choses courantes, à savoir qu'il était impossible qu'un député, après un ou deux termes, ait les moyens de se payer une maison dans un quartier huppé, un chalet dans le nord et un appartement dans le sud. Tout le monde savait, même à cette époque, que notre système d'éducation était (est) pourri (moins, je l'avoue que notre système de santé). Et puis tous les gens qui travaillent encore dans les banques et dans le domaine de l'assurance savent depuis longtemps que plus personne ne voudra s'embarquer dans un carrière dans l'une ou l'autre de ces institutions à moins qu'on y offre des conditions acceptables (je veux dire : socialement acceptables).

Mais non : on élit un chef d'état (pour en revenir au Président de la France quoique c'est partout pareil) avec un programme, des promesses et puis, hop !, il fait à sa tête le temps qu'il est là. - Qui c'est qui, entre vous et moi, a élu le Chrétien qui avait comme mot d'ordre d'abolir la taxe sur les produits et services ? Ou le Charest et son plan Nord ? Ou ce crétin de maire que nous avons qui allait mettre de l'ordre dans l'administration publique ?

J'étais là, il y vingt ans quand les assureurs ont décidé de confier la gestion de leurs entreprises à des comptables. Un comptable, ça rapporte quoi dans une entreprise ? - Je vais vous le dire : ça rapporte des profits en coupant dans les dépenses. Ça ne vend rien, ça n'amène pas de nouveaux clients : ça coupe. Et, si vous leur donner les guides, ben, ils vont tout couper en vous disant : "10% de moins vous rapportera 7,8% de plus de profits " alors qu'un bon dirigeant vous dira : "Si vous investissez 10%, ça pourrait vous rapporter le double." - Pas compliqué, non ? - En d'autres mots ; si vous mettez 20% de vos revenus de côté, vous aurez 20% de côté mais si vous gagnez 20% de plus...

Tout ça pour dire que les députés, sénateurs, futurs ministres, présidents ou chefs d'entreprise devraient être forcés de se tenir dans les bars, cafés, tavernes, restaurants, bureaux, usines ou manufactures où ils auraient intérêt à se renseigner sur ce qui se passe dans le vrai monde.

Et pourquoi pas les journalistes ?

Simon

***

039 - 2012-04-09 - Parler français

C'est l'histoire du bonhomme qui dit, à sa femme, juste avant de mourir : " Tu sais, ma chérie, si jamais tu me trompes, je vais me retourner dans ma tombe." - Six mois plus tard, elle allait lui porter des fleurs de l'autre côté de la route qui sépare le cimetière en deux.

On ne sait pas au juste où se trouve, aujourd'hui, la dépouille de Rabelais. Son corps passe pour avoir été enterré au cimetière de Saint-Paul, détruit par Haussmann, et son crâne placé dans les catacombes de Paris alors que ses ossements auraient été jetés dans la Seine, mais je suis certain qu'à ce jour, il s'est retourné sufisamment de fois pour se retrouver dans les environs d'Auxerre ou de Macon ; car s'il en est un qui doit en avoir jusque là des Bonzes de l'Académie Française, des Mandarins de la culture ou des Puristes de l'Office de la Langue Française (du Québec), ça doit bien être lui.

"Ma foi du bon Dieu, comme me disait un ami anglophone, l'autre jour, mais c'est quoi cette française langue où je ne peux pas dire deux mots sans faire trois fautes de grammaire ?". Le pire, c'est que je dois lui donner [partiellement] raison : c'est quoi cette langue où l'accord du participe passé, conjugué avec l'auxilaire "avoir", a été inventé de toutes pièces (par Clément Marot) pour que François Premier puisse démontrer à ses "amis" italiens que sa langue était aussi élégante que la leur...

Je dis "partiellement" parce que, penserez ce que vous voulez, une langue - sauf si elle est morte ou si l'on veut la tuer - n'a pas besoin de règles, de lois, de normes ou de règlements à suivre le doigt sur le pli du pantalon.

Vous allez me dire : "Mais si vous voulez vous faire comprendre..."

Je vous répondrai que 99% des francophones que je connais ne connaissent pas le quart de la moitié des dictats de l'Académie concernant la concordance des temps (et ses plus-que-parfaits du subjonctif) et n'ont rien à f*** des verbes pronominaux réfléchis et non-réfléchis et c'est tant mieux comme ça : pendant que certains se pencheront sur les "fautes" commises par d'autres, les ceusses qui continueront de parler au jour le jour "la langue de Molière" (à ne pas lire dans le texte à moins d'être un linguiste) pourront, comme Rabelais, inventer les mots dont ils ont besoin.

Tout ça pour attirer votre attention sur la préface - les préfaces devrais-je dire car on en est rendu maintenant à la quinzième édition - du Bon usage, la grammaire française de Maurice Grevisse, refondue par André Goosse et cie. - On y dit qu'il s'agit là d'une grammaire descriptive, que son but est de décrire la façon dont les Français parlent et écrivent et non pas leur dire comment parler et écrire, i.e. : descriptive et non normative. - Il en est de même du Robert dont on peut lire, dans sa postface la phrase suivante :

"L'idéologie de l'élite, des couches supérieures, ignore superbement ou juge sévèrement […] tout autre usage que le sien. Au contraire le Petit Robert est ouvert à la diversité, à la communication plurielle ; il veut combattre le pessimisme intéressé et passéiste des purismes agressifs..."

Que j'en prenne un me dire, aujourd'hui, que j'fais une faute en disant : "Je t'uploade ça tout de suite" au lieu de "Je te téléchameaude ça en aval immédiatement" comme l'a suggéré l'OLF il y a quelque temps. - C't'idée, aussi, de dire "ordinateur " alors que le reste du monde, dit "computer"...

Aux puristes, Queneau disait qu'ils faisaient une faute grave quand ils écrivaient "Je vais à Rome", oubliant toute l'histoire de la française langue : "'Je vais à Rome', oui, disait-il, si c'est une annonce que vous faites à votre voisin, mais de grâce, écrivez 'Eo Romam'."

Simon

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038 - 2012-03-26 - Le rouge et le noir

J'ai appris la semaine dernière qu'un couple de mes amis allait se séparer. Après quinze ans de vie commune. Rien de vraiment spécifique : ils ne se parlaient tout simplement plus. - Elle avait commencé il y a quelques années à s'intéresser à l'ésotérime. Lui ? N'avait pas encore su dealer complètement avec son job mais il avait bien confiance que...

Les deux ne se sont jamais, de toutes façons, très bien compris. Non seulement ce qui leur était arrivé quand ils se sont rencontrés mais ce qui allait leur arriver. - C'était simple, pourtant : ils s'adoraient. Elle cherchait l'occasion, le moment, la soirée où elle allait se donner complètement à lui ; et puis, lui, ben, il cherchait... l'endroit.

Ça s'est manifesté au tout début. Quand ils se sont mis "en ménage". - Je ne vous raconterai pas les détails mais... elle aurait voulu un lit douillet, avec des chandelles tout autour, de fins draps en satin et un déshabillé de chez S***. Lui ? Voulait un lit confortable, avec une télé pour regarder la fin de la partie de foot entre l'Australie et l'Argentine, les soirs où elle allait lui dire qu'elle avait mal à la tête.

À la longue, ils ont fini par s'habituer à ce genre de situations (au pluriel parce qu'il en eu beaucoup), ce genre de situations qui font que les couples finissent par s'acheter une maison en banlieue, ont des enfants, voyagent, sauf que... z'ont dû, à un moment donné, faire face au rouge et au noir.

Au départ, faut que je vous dise qu'ils avaient tous les deux raison : le fauteuil en question devait être remplacé (parce qu'il s'agissait d'un fauteuil, au cas où vous auriez soupçonné autre chose) ; parce que le chat en avait mangé une partie, les enfants avaient vomi dessus, parce que leurs belles-mères s'y étaient un jour assises, etc.

Lui en avait vu deux, trois dans ces dépliants qu'on livre à la maison. - "Mais tout le monde aura le même !" avait-elle dit, fervente abonnée à Decor-Mag et à Madame au foyer. - Çafaque, ils se sont retrouvés, un samedi matin, chez Y***, le décorateur de l'heure où elle a, finalement, rencontré l'homme de sa vie, celui qui a toujours compris ce qu'elle était : trente-cinq ans, sourire agréable, beaux cheveux, pantalons élégants, chandail à la mode, des fesses magnifiques... bref : vous voyez le genre (même que son mari lui regardait le bas du dos). Il lui a parlé de tapis chinois, de vases persans, d'écrans en soie, de draperies de chez Worth, de nuances par rapport à certains types d'abat-jour. Bref : ça a duré deux heures.

Après ces deux heures, elle lui a demandé ce qu'Il (son chum) en pensait ; s'il préférait le rouge ou le noir. - Il lui a répondu qu'il n'avait aucune préférence mais elle a insisté : que le rouge irait mieux avec les draperies.. sauf que le noir, avec deux lampes dorées...

- T'es sûre que c'est noir ? C'est comme gris foncé... qu'il a dit pour sembler interessé.

- Monsieur a raison, a dit le vendeur aux petites fesses : c'est une variété sur l'absence de couleurs...

- Oh, ajouta-t-elle, ne lui parlez pas de couleurs. 'Sait même pas la différence entre des chaussures brunes et des chaussures marron... Imaginez-vous que la semaine dernière, je l'ai vu enfiler un chandail tabac avec un complet gris...

Ça duré, comme ça, une autre heure. - Lui, voulait aller luncher, elle tenait à son fauteuil, le vendeur à sa vente.. Finalement, elle a insisté pour qu'il donne son opinion. Alors, il s'est décidé :

- Le rouge.

Et le rouge fut accepté, la vente fut faite, le chèque signé.

...

Trois semaines plus tard, son amie (son amie "à elle") vint à la maison.

- Tiens, dit-elle. Tu t'es acheté un fauteul rouge ! - J'aurais jamais pensé... surtout avec tes draperies....

- Oui. J'eusse préféré un noir (*) mais tu le connais : il a insisté pour qu'on en ait un rouge...

J'ai appris, comme je disais ci-dessus, que, la semaine dernière un couple de mes amis allait se séparer...

Maintenant, il me faudra choisir entre les deux ; entre celle qui aurait bien voulu avoir une tapisserie médiévale au dessus d'un lit à baldaquin et l'autre qui n'a jamais trouvé étrange une photo d'Howie Morentz (**) dans son atelier.

Simon

(*) Lire : "J'aurais préféré un noir".
(**) Howart William Morentz, dit "Howie", joueur professionnel de hockey sur glace né en 1902, décédé en 1937, gagnant du trophée Art (meilleur buteur) en 1928 et 1931 et du trophée Hart (meilleur joueur de l'année) en 1928, 1931 et 1932.

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037 - 2012-03-12 - Marketing, marketing...

Ma blonde possède un iPhone, son ordinateur est un iMac, son baladeur est un iPod et je la vois, depuis quelque temps, lorgner les iPads. Comme elle ne possède pas une fortune illimitée, je me suis dit qu'en délaissant les bars pendant quatre, virgule, deux semaines, je pourrais lui en acheter un. Le dernier modèle, naturellement. Z'en sont à quoi en ce moment ? À la neuvième version ? - Pour les téléphones, je sais : quatre virgule cinq.

Drôle de concept, ces iWhatever. (Je ne parle pas de mes quatre virgule deux semaines d'abstinence, mais bien de ces iGadgets, à trois, quatre, cinq cent dollars chacun, six fois de suite.) Me font penser à ces gigantesques écrans de TV. Qu'on doit-on se sentir cheap quand, ayant acheté un super-3D de 78 pouces, l'on apprend, le lendemain, qu'un nouveau modèle de 80 pouces vient d'être mis en marché.

Rien de nouveau sous le soleil : je me souviens du temps où tout homme d'affaires qui se respectait se devait de changer sa grosse voiture américaine aux deux ans quand ce n'était pas à chaque année. C'était bien sûr avant la venue des Mercedes, Volvo ou des japonaises ultra-luxueuses aux prix démentiels qui se justifiaient par la théorie qu'elles pourraient durer cinq ans comme cette Lexus super-duper-de-luxe "with-all-the-trimmings" (mes excuses, Copernique : je suis en train de t'imiter).

Faut tout-de-même savoir apprécier le travail de ceux qui sont à la base de ce type de marketing.

Hier, ma soeur me demandait quel modèle de caméra digitale elle devait s'acheter. Quoi lui dire ? Elle ne possède aucun ordinateur ni aucun lecteur-visionneur sur lesquels elle pourrait regarder ses photos... D'ailleurs, j'ai depuis très longtemps, cesser de donner des conseils à ceux qui me demandent, par exemple, quelle sorte d'ordinateur pourrait leur convenir. Ma réponse stock, ces temps-ci, est : "Je ne sais pas. Je ne connais pas les ordinateurs." Parfois j'ajoute : "Mais si tu veux te faire f..., c..., e... ou b..., va chez XYZ où y'aura bien quelqu'un pour te vendre un appareil qui deviendra obsolète dans deux semaines."

Quand je pense à ces machins à quadruple coeurs, avec des écrans aux millions de couleurs qu'on utilise que pour naviguer sur le Web...

Je vous dit ça comme si j'étais celui qui n'est jamais passé par là.

J'ai connu les PC-DOS, les TRS-DOS, les MS-DOS, le 3,3 par exemple, et les Windows 1, 2, 3, 95, 98, le Millenium (belle cochonnerie celui-là), Vista (idem) et j'en suis au 7 en attendant le 8. M'ont quand même pas eu avec les TV (j'ai toujours un écran de 20"), ni avec les autos (la mienne aura bientôt six ans) mais je dois bien avoir, dans les tiroirs de ma cuisine ou de ma salle de bain, une bonne douzaine de gizmos (traduction française : gadgets) qui n'ont jamais servi à quoi que ce soit. Surtout pas à ce à quoi ils étaient destinés.

Sic est stultitia mundi (mes excuses, Monsieur le Cardinal Spitzman).

Simon

P.-S. Je vous ai déjà dit que j'avais une blonde n'est-ce pas ?

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036 - 2012-02-17 - Bougonneux, Simon ?

Mais oui. Et pour preuve, voici deux poèmes d'Edna St-Vincent Millay que je me suis amusé à traduire la semaine dernière (adapter en français, si vous le voulez) :

Le temps ne soulage rien ; vous m'avez tous menti
Ceux, d'entre-vous, qui m'ont dit que le temps apaiserait ma douleur !
Je m'ennuie de lui quand il pleut ;
Je voudrais qu'il soit là quand la marée se retire ;
Les neiges pourtant sont toutes disparues,
Et les feuilles de l'an dernier ont toutes été brûlées ;
Mais il ne se passe pas une journée sans que je pense à lui.
Il est là, dans mon coeur qui étouffe et dans mes pensées qui bourdonnent.
Y'a des centaines d'endroits où je ne vais plus
De peur de le voir surgir derrière une colonne, un meuble...
Et quand je rentre, moins craintive, ailleurs,
Je me dis : "Tiens, mais il n'est jamais venu ici..."
Pour réaliser qu'il est partout.

...

Il m'arrive parfois de penser que j'ai dû te faire beaucoup de peine sans le savoir ;
Ça me revient sous la forme de bouffées de honte
[...]
Je retrouve dans mes affaires des poèmes inachevés, des photos de pique-niques, des lettres, de toi, avec ton inimitable écriture.
J'ai trouvé, l'autre jour, dans un de tes vieux vestons
Que je n'ai pas eu le coeur de donner
Un mouchoir noué contenant des graines d'ancolies.
Combien de moments comme celui-là pourrai-je supporter ?
[...]
Des fois, je pense au seul cadeau que j'ai pu te donner.
Un cadeau princier. Un cadeau dont je suis très fière :
Je t'ai survécu ; tu ne m'as pas vu mourir.
Mais ça, c'était, je le sais aujourd'hui, au-dessus de mes forces.

Bougonneux, Simon ?

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035 - 2012-02-13 - Ça va ? Et la famille ?

Vous ai-je déjà parlé du ou de smalltalk ? Pas du langage informatique qu'on dit être «orienté objet, réflexif et dynamiquement typé» (ne me demandez surtout pas de détails), de ce langage qui a eu une certaine vogue dans les années quatre-vingt et qui aurait encore quelques adeptes un peu comme le Forth des années soixante qui n'est pas à proprement parler un vrai langage informatique mais plutôt une religion. Non : le smalltalk auquel je fais référence est cette manière pseudo-polie de parler dans n'importe quelle langue lors de réceptions, de cocktails ou d'événements sociaux comme les campagnes de charité ou la distribution de trophées au «meilleur représentant, toutes catégories» (dans l'industrie de la chaussure) et auxquels, hélas, nous devons tous assister un jour ou l'autre.

Tout comme certaines expressions anglaises (*), le mot smalltalk (qu'on écrit souvent «small talk») est intraduisible. La plupart des dicos disent «papotage» mais entre le «petit parler» (traduction mot-à-mot) et ce mot français du XVIIe que Delvau dit, en 1866, être «une causerie familière, un bavardage d'enfants ou d'amoureux» (dans l'argot des gens de lettres !) - C'est pour vous dire que j'en lis des choses inutiles...

Quoiqu'il en soit, j'haïs tellement le smalltalk que je mets mon réveille-matin au beau milieu de la nuit pour ne pas l'oublier.

Je peux comprendre qu'on doive dire «bonjour», «enchanté», «ravi de faire connaissance» et des mots ou des expressions passe-partout comme «merci», «s'il-vous-plaît», «au revoir», «à bientôt» mais entre enfiler un habit-de-singe, des souliers vernis et un foulard blanc pour me faire dire : «Fait pas chaud n'est-ce pas ?» ou «Excellent buffet, , mieux que l'an dernier»... et regarder une table ronde sur l'utilisation des fourchettes à la cour de Napoléon III, devinez ce que je préfère...

Devrait exister des manettes pour faire taire ces raseurs professionnels qui - j'ai appris de sources sûres - doivent changer d'habits-de-singe jusqu'à deux fois par année et ce, sans avoir pris du poids !

Simon

(*) Est-c qu'on doit écrire «Certaines expressions et mots anglais» ou «Certains mots et expressions anglaises» ?

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034 - 2012-01-30 - Ça eut fonctionné... dans le temps...

J'ai été jeune ; si, si, j'ai déjà été jeune. Il y a longtemps peut-être mais j'ai effectivement été jeune. Pas plus brillant qu'un autre, pas plus réveillé aux beautés du monde, pas plus éclairé non plus mais tout aussi visionnaire, songe-creux et utopiste.

Encadré, heureusement, j'ai pu m'en sortir car ma liberté - ce que je croyais être ma liberté - était quelque peu limitée. Je n'avais pas le droit, par exemple, de "découcher", d'"amener ma blonde à la maison" (encore fallait-il les trouver, ces "blondes" !) ou de boire jusqu'à ne plus avoir soif.

Oui, je sais, chaque génération a l'air irrémédiablement perdue aux yeux de celle qui la précède, mais, des types comme moi, comme j'ai été, se seraient sentis déshonorés de ne pas avoir eu un métier passés un certain âge, n'auraient pas pensé ne pas travailler pour payer leurs études, n'auraient pas fréquenté jours et nuits tous les cafés, restaurants et bars de la planète, ne seraient pas plaint d'avoir à emprunter, chaque jour, les transports en commun ou porter un complet et une cravate pour aller en classe.

Oui, je sais : la vie moderne, avec ses téléphones intelligents, la difficulté de plus en plus grande de se trouver un emploi, la qualité de l'enseignement qui a beaucoup diminué, le coût des études...

Mais tout de même :

Où sont passés les jeunes hommes de bonne famille, sachant s'exprimer correctement, qui sont, habituellement, convenablement vêtus et qui ne crient pas dans les métros ? [*]

Où sont passées les jeunes filles qu'on peut distinguer, à leurs seuls vêtements, des dames aux moeurs douteuses ?

Une idée que je me fais, sans doute.

Simon

[*] Z'ont déjà un chum, comme me disait une jeune étudiante l'autre jour.

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033 - 2012-01-16 - " Ne me parle pas de Grenoble..." (Fernand Raynaud)

Ne me parlez pas des banlieusards et de leurs petits lots de 100 par 150 (1 385 m²) ;  ni de leurs petits patios ou de leurs petits jardins avec leurs petites cabanes .

- Quoi ? T'habites dans une cage... en ville ? qu'ils me disent.

Oui, une cage : une cage de 93 m² plus la terrasse près de cent cinquante restaurants dans un rayon d'un demi kilomètre et d'une cinquantaine de bars, une centaine de cafés, des épiceries en tous genres, des boulangers, des bouchers, des fromageries, des cinémas, des théâtres et même deux quincailleries.

Ne me parlez pas des banlieusards et de leurs Honda Civic, de leurs pelouses Vitagrow (*), de leurs sous-sols semi-finis et de leurs meubles IKEA.

Pas à vingt minutes du centre-ville : au centre-ville ; là où il y a des trottoirs... et des réverbères pour éclairer les rues.

Ne me parlez pas des banlieusards avec leurs Subaru, leurs piscines hors-terre, leurs murs de stucco et leurs appareils ménagers de chez Brault et Martineau.

Oui, Monsieur : à sept minutes des grands magasins, à cinq minutes de la Grande Bibliothèque ; à deux, d'une station de métro. Avec des taxis tant que t'en veux.  Et même un arrêt d'autobus devant ma porte.

Ne me parlez pas des banlieusards avec leurs BMW, leurs rocailles avec chûtes d'eau et leurs divans de chez Mariette Clermont.

À dix minutes du bureau, là où il y a d'autres restaurants, d'autres bars, d'autres cafés. des épiceries fines et même un marché.

Ne me parlez pas des banlieusards avec leurs Lexus, leurs jardins à la Décor-Mag, leurs murs en vrai faux-chêne et leur Roche-Bobois.

Quand je serai vieux et invivable (ce qui ne devrait pas tarder), j'irai me terrer en campagne. En attendant :

Ne me parlez pas des banlieusards.

Simon

(*) Parole de Charbonneau, c'est Vitagrow qu'il vous faut.

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032 - 2011-12-12 - La langue de Shakespeare

C'est dans Three Men in a Boat, je crois, que Jerome K. Jerome fait dire à un de ses personnages qu'il regrettait amèrement de ne pas avoir appris l'allemand, une langue, précise-t-il, particulièrement adapté pour débiter des injures. - Je pensais à lui l'autre jour mais relativement à la française langue qui, à cause des bonzes de l'Académie (et leurs adeptes), est devenue un instrument que plus personne ne contrôle et qui a de la difficulté à s'intégrer dans le monde moderne. - Alors que l'anglais invente continuellement de nouveaux mots, le français se cherche : il lui faut des semaines, des mois, avant qu'un concensus se crée et qu'on puisse, par exemple, utiliser le mot "télécharger" alors que les anglais avaient, eux, trouvé, "upload" et "download". [1]

Mais ce n'est pas de cela précisément dont je voulais vous parler aujourd'hui mais de ces expressions anglaises intraduisibles en français. Pensez à "commuters", ces gens qui, à chaque jour, prenne le train, l'autobus ou même l'avion pour se rendre de leur maison à leur travail et vice-versa. Ces gens là "commute" : ils utilisent des "commuter trains" ou même des "commuter airplanes". - Pas d'équivalent en français où, pour les identifier, on se sert habituellement du mot "banlieusards" qui se dit, en englais "suburbans" (ceux qui habitants de la périphérie urbaine : "sub"-sous et "urbans"-urbains) qui a une toute autre signification : un "suburban" peut très bien ne jamais voyager sauf dans un rayon très limité et à l'intérieur de sa banlieue.

C'est que, il n'y a pas très longtemps, je me suis ramassé dans un bar de "has-been", le genre d'endroit que j'abhorre particulièrement. - Je devais avoir pris un verre de trop car je me suis laissé entraîner, justement, par un "has-been" parce que c'était l'anniversaire d'une de nos connaissances dont la fréquentation de ces établissements est une forme de "social climbing", ce qui vous donne une idée d'où il est parti. J'y ai rencontré des ex-réalisateurs, des ex-directeurs de quelque chose, des ex-personnalités-de-la-semaine, des écrivains qui n'ont rien produit depuis deux et parfois trois décennies et même deux ex-politiciens, tous fauchés mais qui travaillaient présentement individuellement sur un projet qui allait déboucher "d'ici peu", autrement dit : des vrais "has-been" mais qui ont le malheur d'être aussi des "pompous windbags", des "gens qui marchent à deux pieds du sol" et qui n'ont pour seul qualité apparente une sorte de politesse de façade tout aussi fausse que leur vraie façade car derrière celle qu'ils nous présentent, en existe une autre tout aussi fausse : "behind the glitter, more glitter...". - En anglais, on dit que ce sont des "phonies". Pas trouvé, encore, un mot français pour les décrire.

Ah well...

Simon

P.-S. Je ne vous souhaite ni un Joyeux Noël, ni une Bonne Année car si vous êtes incapable de vous esquiver dans le Temps de Fêtes, ben tant pis pour vous. Faites comme tous ceux que vous rencontrerez : semblant. - Dans les immortels mots de Robert de Montesquiou-Fezensac, haïssez votre famille, cette famille qui vous oblige à être familier avec des gens avec qui vous n'avez rien en commun mais que vous devez saluer car leur arrière-grande-tante a, un jour, couché avec un de vos aieuls.

[1] "Téléchameauder" (en aval ou en amont) avait été, à l'origine, l'expression suggérée par l'Office de la Langue Française... dans la continuité de l'Académie française qui a forcé IBM à créer le mot "ordinateur" alors que "computer", qui existait déjà, fut, par la suite, accepté dans à peu près toutes les langues.

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031 - 2011-11-28 - Le salon du livre [version abrégée]

Vous vous devez bien vous douter que, si je ne lis pas les journaux, que j'écoute pas les nouvelles, ni à la radio, ni à la télé, et que ma consommation des magazines se limite à la destruction de deux ou trois buissons par année, ben... que... je ne suis pas de ceux qui se sont pointés au dernier Salon du livre de Montréal.

Qu'est-ce que vous auriez voulu que je fasse là ?  - Voir « ce qui se fait » en ce moment ? Rencontrer l'un de ces écrivains qui marchent à deux pieds du sol parce qu'ils ont gagné le dernier prix littéraire de St-Agapit-sur-Mer ?

Pas plus intelligent qu'un autre, Simon, mais pas fou non plus : sait bien que 99% des livres dont on pousse la vente dans ces manifestations « culturelles » seront oubliés dans, non pas cent ans mais vingt, dix et même deux ans (s'ils sont encore en vente l'an prochain). - Et l'on voudrait que je dépense des montants de plus en plus sérieux depuis quelques années pour me procurer le dernier livre de recettes (illustré) de Tante Jeanne, les pensées d'un has-been qui a découvert le secret du bonheur (Vivre avec son corps, Comme surmonter les adversités, etc.), le livre dont tout le monde parle en ce moment... alors que j'ai de la difficulté à trouver (et me payer !) une édition valable de Victor Hugo, Lamartine ou même de Saint-Simon qui n'était quand même pas des manchots...

Ce n'est pas que je sois devenu blasé ou tout simplement snob mais j'ai énormément de difficultés à lire les derniers Goncourt, Renaudot ou Nobel alors que je n'ai pas encore fini de digérer les grands auteurs de la première moitié du siècle dernier. - Vous allez me dire que, dans le lot, il y a quand même eu Proust : celui qui s'est acheté son Goncourt ; et puis Céline, chez Renaudot en 1932 ; et même Pirandello, en 1934, chez Nobel. Oui mais vous avez vu le reste de leurs listes ? - Sully Prud'homme ! (C'est quand la dernière fois que vous avez lu Sully Prud'homme ?) - André Malraux ? Michel Butor ? Bernard Clavel ? - Et je ne vous parle, là, que d'auteurs qui, comme le veut l'expression, « sont sortis de la masse »...

Deux ans ? - Répondez vite : est-ce que « La Carte et le Territoire » de Michel Houellebecq, (Goncourt, 2010) est encore disponible en librairie ?

Simon

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