Les chroniques de Simon Popp

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No. 041 à 050

(Du 7 mai 2012 au 17 septembre 2012)

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050 - 2012-09-17 - St-Jérôme !

De toutes les petites villes de la province de Québec (pour ceux qui nous lisent du Var : la province de Québec, c'est dans un pays qui s'apelle "Le Canada"), de toutes les petites villes de cette province, donc, que je déteste, St-Jérôme fait partie de ma liste. Et je vous assure que ma liste est longue. À commencer par Sherbrooke, Beauharnois, Tracy, Barraute (en Abitibi - ça vous donne une idée...), Chicoutimi, Senneterre, Shawinigan, Plessisville... et j'en passe et des meilleures.

La raison pour laquelle je vous parle de St-Jérôme aujourd'hui, c'est que j'ai passé quelques jours, la semaine dernière, chez des amis qui ont un chalet tout près de là, avec vue sur le lac Écho... à moins que ce soit sur le lac Renaud, pas très loin, ou un de ces lacs dits "Vert", "Long" "Rond" ou même "Petit Lac Rond" (à côté du lac "Carré") dans cette province qui a cent mille lacs aux cent mille noms.

Au départ, je ne voulais pas y aller, mais ma blonde m'a dit qu'"un dépaysement me ferait du bien"...

Stupide idée. Un café de chez Second Cup, sur le Mont-Royal, près du lac des Castors m'aurait suffi.   - Mieux encore : le "Bird Sanctuary", sur l'autre versant : le Mont Westmount.

Quant à St-Jérôme, je n'ai aucune idée pourquoi ce saint, Hieronymus de son prénom, traducteur en latin de la Bible, canonisé lors du concile de Trente, l'un des quatre pères de l'Église, s'est ramassé là.

La ville, même avec ces deux "strips" (McDo, Rona, Bureau en gros, etc.) fait "dur". Une église, un bureau de poste, une cour de justice, un hôtel de ville...

Z'avait, dans les années soixante, un des meilleurs restaurants italiens de la grand banlieue de Montréal. Dans une sorte d'imitation de château-fort laid à mourir, mais avec un stationnement. Tout était excellent : le service, l'accueil, la nourriture (divine) et un propriétaire d'une extrême gentillesse. - A fermé ses portes à cause d'une aventure (à ce qu'on m'a dit) avec la femme d'un de ces serveurs... Quand je vous dit que la ville est minable, croyez-moi.

Voyageurs, si jamais vous passez dans le coin, continuez votre route. Ce ne sera pas terriblement mieux, mais vous allez peut-être trouver quelque chose, plus loin, qui vous plaira (quoique...).

Et puis vous y reviendrai car, les jambes, chevilles et genoux blessés lors de vos descentes de ski, c'est à St-Jérôme qu'on vous soignera. Dans un hôpital, comme toutes ceux de la province (ou du monde entier), dédié à ne pas guérir quoi que ce soit.

Simon

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049 - 2012-09-03 - Rentrée ?

Je me suis demandé la semaine dernière ce qui était arrivé à cette stupide coutume qu'on appelait, à l'époque, l'«initiation», imposée à tous les étudiants qui entraient à l'université. Personnellement, je pense être passé entre deux générations, celle qui m'a précédé et qui consistait à forcer les nouveaux arrivants à porter un chapeau ridicule, se présenter devant «les vieux», la tête basse, pour vanter leur sagesse et celle qui m'a suivi - et qui fut par la suite interdite, et pour cause - où toutes les étudiants et étudiantes devaient subir d'humiliantes épreuves telles que, pour ceux qui se destinaient aux beaux-arts, à se faire asperger de peinture et d'excréments, ou encore, pour ceux qui "entraient" en médecine, avoir à se dévêtir pour se faire «ausculter» par leurs prédécesseurs. Et, encore : j'en passe et des pires. - Paraît que l'initiation au défunt collège militaire de Saint-Jean (non loin d'ici) n'était pas piqué des vers. - On m'en a raconté des bouts et, comme dit Monsieur Pérec, «à cause des jeunes filles à l'écoute», je me dispenserai de les répéter.

J'ai été «initié» une seule fois dans ma vie. Dans un sotte confrérie dont il m'a fallu devenir membre pour avoir accès à un club privé où tous ceux de ma profession étaient... membres. - Elle existe encore car je reçois, bon an, mal, trente-six invitations à un ou deux congrès qui se tiennent à l'autre bout du monde et auquels je n'ai jamais assisté car, entre vous et moi, je me dis, comme Groucho Marx qu'une association qui m'accepte en son sein ne mérite pas que j'en fasse partie. - Cette initiation consistait à étendre les bras et imiter les battements d'ailes d'un oiseau quelconque en récitant quelques vers en vieil anglais dont je n'ai jamais cherché le sens. (Quand je vous ai dit que c'était une «sotte» confrérie.)

Ici, à l'UdeNap (je me suis renseigné), il paraît que, dans les années trente, tous les nouveaux devaient défiler en rang sur la Grande rue du Grand Marshall pour que les habitants du quartier puissent se familiariser avec eux, mais cette tradition n'aurait duré que quelques années.

Heureusement d'ailleurs.

Simon

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048 - 2012-08-13 - Raseurs, raseurs...

Vous devez en avoir un dans votre famille : un beau-frère, un oncle, un cousin qui a été directeur de quelque chose ou vice-président d'une association quelconque... et qui a tout vu, tout appris, tout compris et qui est une autorité dans tous les domaines : le droit, l'assurance, l'économie, l'art, le cinéma, la construction, le jardinage, la politique, la philosophie, la littérature, les vins, les meubles, le prix de l'essence en Afghanistan, le dernier taux d'échange (euros vs. roubles), la conduite automobile, la santé, les téléphones portables, les marionnettes, le Cirque du Soleil, l'âge de tous les comédiens et comédiennes... - Il a des opinions sur tout, sait comment les demandes d'indemnités auprès des compagnies d'assurance doivent être réglées, comment acheter des betteraves, le meilleur endroit pour se procurer un matelas, un ordinateur, une paire de ciseaux...

Notre recteur, Le Professeur Marshall, s'est longtemps entouré de gens comme lui, jeunes surtout, car «sachant tout, disait-il, ils me dispensent d'un tas de recherches».

Le pire de tous ces embêteurs, je l'ai connu dans la famille d'une ex. C'était son frère. Lisait Le Devoir, L'Express et sans doute le New York Times pour se faire une idée sur tous les films à l'affiche, tous les livres qui se publiaient, tout les opinions politiques (et j'en passe) et, le soir, nous répétait ce que nous avions lu ou vu le matin. Abstème (un ex-alcoo), il avait même des conseils sur les vins et leurs rapports qualité-prix n'en n'ayant pas bu une goutte depuis plusieurs années. M'a même expliqué, un jour, (à l'époque) comment mon métier non seulement fonctionnait mais devait fonctionner. (Je n'ai pas osé écrire «profession» car il m'aurait dit encore plus.)

On me reproche souvent d'interrompre les gens quand ils parlent. Oui, c'est un défaut que j'ai : de finir les phrases de ceux qui ne savent pas terminer les stupidités qu'ils disent ou qu'ils ont en train de dire.

Pas plus tard que la semaine dernière, je me suis fait dire que je n'écoutais pas quand on me parlait. - Je ne me suis pas levé. Je n'ai pas dit bonsoir à tout le monde. - C'eût été impoli. - Je me suis resté là, calmement, et j'ai dit au zouave qui venait de me lancer ça sans savoir de quoi il parlait et je lui ai dit, tranquillement, ce que je savais sur lui : qu'il était marié, qu'il habitait à ****, qu'il avait deux enfants, l'un prénommé X, l'autre prénommée Y (c'était une fille), que son auto était une Z, que sa femme était une enseignante, qu'il avait déjà habité à St-****, qu'il avait passé ses dernières vacances à ***, et j'aurais pu continuer comme ça jusqu'à tard dans la soirée. - C'est mon amie, la femme que j'aime, qui m'a interrompu. Et elle avait raison : qu'est-ce que j'avais à m'emporter contre un imbécile comme lui  ? - Je lui ai quand même demandé s'il savait où je demeurais : il ne le savait pas.

Si moi, je connais tout ? - Non : j'en apprends tous les jours, mais si vous me regarder de dos, vous verrez que je n'ai pas de poignées... Je ne suis pas une valise. - S.V.P. : n'essayez pas de me remplir.

Simon

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047 - 2012-07-30 - Une offre alléchante

Une lettre ce matin. - Ben quoi, c'est l'été et ce me fera une chronique de moins à écrire. (J'en profiterai pour aller prendre un verre au Bar L'abri.)

Elle est de Honest John C. , un correspondant de Sherbrooke (Québec), qu'on me dit être un pseudonyme de Jean Charest, l'actuel Premier Ministre de la Province (*).

Voici ce qu'il m'écrivait la semaine dernière :

Cher Monsieur Popp,

Je vous lis régulièrement et je tiens à vous féliciter pour votre remarquable esprit de concision de même que votre sens de l'organisation. Ces chroniques que vous publiez régulièrement sont toujours, pour moi et mes collègues, une source d'inspiration, inspiration qui nous manque depuis quelque temps pour régler certains problèmes que je juge inutile de vous décrire.

[...]

Le but de ma lettre est de vous demander si seriez intéressé à faire parti d'une équipe dynamique, toujours prête a faire face aux défis que posent (sic) la gestion d'une vaste organisation ayant des ramifications dans le domaine de la construction y compris la planification de ponts et chaussés sans compter l'élaboration de politiques visant à engendrer des profits dans lesquels vous seriez un récipiendaire sous plusieurs formes : multiples voyages à l'étranger, invitations en tous genres chez des personnes de marque et même des fonds à l'abri d'impôts qui, déposés en Suisse, assureront votre avenir.

Nous sommes à la recherche de personnes intelligentes, dynamiques, dénuées de scrupules et prêtes à affronter les pires calomnies, y compris la hargne de certains caricaturistes.

[...]

Ce n'est pas une popularité que l'on vous offre mais bien un poste de prestige aux multiples avantages. Et qui sait ? Vos successeurs ne manqueront pas de, soit vous ériger une statue ou de (sic) nommer une rue, un parc ou un édifice en votre honneur.

[...]

Téléphoner à ma secrétaire, au***, qui saura vous dire dans quel riding [mot biffé], compter [idem] comté vous pourrez me rejoindre.

(Et si cela vous intéresse, je connais quelqu'un qui se ferait un plaisir de nous prêter son luxueux yacht pour en discuter un week-end, entre amis...)

Bien à vous,

[etc.]

Bon, comme vous avez pu le constater, j'ai omis certains passages un peu trop dithyrambiques et même d'autres où les offres monétaires étaient hors de proportion avec ce que gagne la majorité de nos lecteurs et susceptibles d'engendrer des poursuites judiciaires ou, à tout le moins, de déclencher diverses enquêtes.

L'un dans l'autre, comme disait un de mes ex-collègues : «My case rests».

Simon

(*) Je ne me porte pas, en conséquence, garant de l'orthographe, de la structure syntaxique ni de la cohérence des propos.

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046 - 2012-07-16 - Ah ! Vieillir, enfin !

J'ai beaucoup de difficultés (j'en ai plusieurs, mais celle qui suit est tout à fait particulière) à comprendre pourquoi les gens - surtout les femmes - développent un crainte vis-à-vis la vieillesse à partir de la cinquantaine.... euh... trentaine, pour ces dames, car j'en ai connu qui ont eu 29 ans pendant presque deux décennies.

D'abord, lorsqu'on a atteint "un certain âge", on peut dire n'importe quoi. On peut dire du mal de ses parents (qui ne sont plus là pour écouter), de ses amis, des sa famille (même s'ils sont encore là). On peut s'inventer une jeunesse et même un âge adulte de toute beauté : dire qu'on a vu, par exemple, mais de ses yeux vu, la reine Elizabeth avant avant qu'elle ne devienne reine, qu'on a serré la main de Duplessis, qu'on était là quand de Gaule a lancé son "Vive le Québec libre", que c'est le Cardinal Léger, lui-même, qui nous a foutu une taloche lors de notre confirmation. En mentant quelque peu sur son âge, on peut remonter encore plus loin, parler (dans mon cas) de la crise, de la Deuxième Grande Guerre, dire que la première voiture dans laquelle on est monté était un modèle-T ou que son arrière-grand-mère a connu une femme qui avait vu Louis XVI (ce qui, en passant, est véridique).

(Un jour, je vous parlerai de ma grand-mère, née le même jour et la même année qu'Hitler et avec qui elle n'avait pas juste en commun la moustache.)

On peut - je dirais, à partir de la soixantaine - également flirter, sans danger, avec toutes les jeunes filles que l'on rencontre avec des résultats souvent surprenants. Quant aux nombres de veuves "en manque"...

Le Gouvernement, ce cher Gouvernement, nous envoie de l'argent à tous le mois, Bon d'accord, il en récupère la moitié sous forme d'impôt mais la moitié de quelque chose, c'est déjà ça, non ? - Et puis on a des rabais partout : dans les pharmacies, les grands magasins, les agences de voyage. Et même pour les tickets de métro... - Et puis, qu'a-t-on de besoin quand on ne travaille plus ? Certainement pas un complet aux six mois.

Chanceux, on a des enfants, des petits enfants, des neveux prêts à déplacer nos meubles ou nous rendre de menus services. - Avec une canne, dans les aéroports, on est traité comme des rois.

À l'heure où l'on veut aller à la piscine, il n'y a généralement personne. Au cinéma également.

On peut - et ça c'est le grand luxe -, on peut déménager (enfin !) de la banlieue au centre-ville où tout est à la portée de la main.

Et puis on a le temps ! - Au bureau de poste, on n'attend plus : on s'amuse. À faire scier ceux qui sont derrière soi en feignant de ne pas comprendre le fonctionnaire qui essaie de nous expliquer qu'il en coûtera 38.65$ pour envoyer un colis au Zaïre, un colis qu'on n'a aucune intention d'envoyer, mais comme le bureau était ouvert et qu'il n'y avait presque personne, on s'est dit : "Tiens, je vais aller les embêter." - Et la file d'impatients s'est tout de suite formée derrière soi.

Y'a aussi le radotage. Une arme efficace, le radotage. - Vous avez un raseur devant vous ? Répétez-lui trois fois la même chose dans l'espace de dix minutes. Il disparaîtra très rapidement. - À ce propos, qui a dit ? (Courteline, je crois) - que "passer pour un idiot aux yeux d'un imbécile est un délice de fin gourmet."

Heureuse vieillesse à tout asservie.

Simon

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045 - 2012-07-02 - Culottes de tôle

Note : Cette chronique devait, à l'origine, s'intituler "Sexe, culottes de tôle et cours de préparation au mariage", mais, m'a laissé sous-entendre notre éditeur (rapport aux jeunes filles qui nous lisent), nous en sommes venus au titre qui précède après quelques discussions, le mot "sexe" et l'expression "cours de préparation au mariage" ayant été biffés (et encore : il a fallu que je me batte pour garder, si je peux m'exprimer ainsi, les fameuses culottes en question).

Avis donc : à ne pas lire si vous avez moins de dix-huit ans ou si le sexe est, pour vous, une activité qui doit se pratiquer dans le noir et que pour la procréation.

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Ça a débuté comme ça, comme disait l'auteur de Bagatelles pour un massacre. Moi, j'avais rien dit. C'est A*** qui m'a fait parler. C'était à l'heure du déjeuner, déjeuner qui a duré deux heures et demie, un de ces déjeuners où les conversations ne sont pas d'un haut niveau. Bref : nous parlions de c...  - B*** qui en a toujours des "bonnes" à raconter venait d'en terminer une quand je me suis souvenu d'un oncle (je crois) de ma première ex qui, comparaissant en cour pour répondre à des accusations d'avoir proféré des menaces en état (avancé) d'ébriété, fit part, au juge, de circonstances atténuantes. Il s'exprima ainsi : "Votre honneur, que feriez-vous à ma place ? Ça fait dix ans que ma femme porte des culottes de tôle". C*** enchaîna en débitant une série de clichés sur la sexualité des couples "mariés" :

Il nous dit, entre autres, qu'il n'avait pas, personnellement, à se plaindre, que sa femme lui donnait sa friandise (quel horreur !) régulièrement puis nous raconta une histoire de golf qui se terminait par la femme disant à son mari : "Dis, donc, t'as pas une partie de golf, toi, ce matin ?" - Puis ce fut au tour de A*** de répliquer (A*** marié deux fois et accoté quatre ou cinq fois) : "Mettons les choses au clair : une fois qu'elles ont mis les pieds dans la maison, ce n'est plus la première chose à laquelle elles pensent.", etc., etc.

Il s'en est dit bien d'autres cet après-midi-là (je vous ai mentionné, n'est-ce pas que le déjeuner s'était étiré ?), mais à bien y penser, nos discours, peu édifiants, m'ont donné l'occasion, par la suite, de penser à la différence qui existe entre un homme et une femme et que c'est malheureux qu'on ait aboli (à moins qu'on en donne encore mais où et à qui ?) les "cours de préparation au mariage" (*) car, combien en ai-je connu de ces couples qui se sont séparés parce qu'ils n'avaient pas compris une chose : que ce n'est ni le sexe, ni l'amour qui font le mariage, mais, dans les immortelles paroles d'un ex-ambassadeur, le consentement ; le consentement et, naturellement, les petites habitudes comme celle de rentrer à l'heure prévue, de se rappeler des anniversaires, de ne pas accrocher ses bas au support du rideau de douche, de ne pas oublier rabattre le siège des w.c. etc.

Et Groucho là-dedans ? - À Margaret Dumont qui lui demandait "s'il avait tout" au moment où il montait à bord d'un paquebot, il répondit, un jour : "Je n'ai jamais eu de plaintes."

Je vous en dirais plus mais un 5 à 7 attend l'étincelant chroniqueur que je suis au Bar l'Abri où l'on sert des cocktails d'une rare potentialité depuis quelque temps.

Simon

(*) Donnés généralement par un prêtre. Dire que, à l'époque où ils (ces cours) existaient, certains se demandaient ce qu'un prêtre pouvait bien savoir sur la sexualité. Depuis...

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044 - 2012-06-18 - Faits divers

Cette semaine, je me demandais contre quoi ou contre qui j'allais chialer jusqu'à ce que je réalise - oh surprise! - que je n'avais pas grand chose à dire contre quoi que ce soit ou qui que ce soit.

C'est que, voyez-vous, j'ai passé les derniers quinze jours à la maison ou au bureau et parfois entre les deux. Et comme je n'écoute pas les nouvelles et que je lis pas les journaux, je n'ai aucune idée ce qui s'est passé.

Bien sûr, j'ai su que j'ai entendu parler (et même entendu physiquement les tintamarres) du Grand Prix et des manifestations. Il aurait fallu que je mette des bouchons dans les oreilles ou que je fasse un détour par Trois-Rivières pour rentrer chez moi, mais à part ces deux capitales nouvelles...

Vous savez que ça se développe ce genre d'ignoranteté ? Une simple question de choix :

D'abord, faut faire le tour de sa bibliothèque et f... à la poubelle tous les livres qui ont moins de cinquante ans et, parmi ceux qui ont cinquante ans, tous ceux qui n'ont pas été réédités depuis au moins vingt ans. - (À la poubelle, je vous dit : n'allez surtout pas essayer de les recycler, vous pourriez être accusé de méfaits ou de vouloir troubler la paix.) - De livres publiés au cours des derniers cinquante ans, je n'en ai pas trouvé pas plus que six ou sept qui méritaient, un temps, d'être lus ou relus ; et parmi ces derniers, je n'ai jamais considéré les Mémoires de gens célèbres ou qui se sont crus tels que Churchill, de Gaule et autres qui se sont crus plus forts que les autres.

Ah ! Écrire un livre : sortir de la masse !

Ensuite, il faut se rendre à la bibliothèque la plus proche et lire les journaux des années quarante en remontant dans le temps. - C'est ainsi que l'on constate que les journaux actuels sont à peu près aussi renseignés qu'étaient nos ancêtres sur ce qui se passait autour d'eux. (Et n'allez pas me dire que ça a changé ! - Faites-en l'expérience en parcourant, tenez, les journaux d'il y a dix ans)

Finalement, concentrer ces lectures uniquement autour de petites choses. Les journaux personnels, par exemple, de Gide, de Greene ou de Léautaud. - Vous serez surpris ce qu'on y apprend sur ce qui se passe vraiment dans le monde et comment plus ça change.... - Personnellement, je suis un grand amateur de la correspondance de Pline le Jeune.

Quelques mois de ces activités et je mets n'importe qui au défi de s'intéresser à nouveau aux grands faits divers de l'heure : au dépeceur de Montréal, par exemple, aux grands projets de Hollande, au toquade de Charest ou, je l'ai entendu ce matin, à ces deux jeunes qui se sont tués en voiture à Saint-Éloigné dans les Apalaches. - Tenez :

L'assassinat de Kennedy. Vous êtes-vous déjà dit que toutes les personnes qui ont aujourd'hui une cinquantaine d'années ou moins n'étaient pas au monde quand il est mort ? - Fait divers. Et faut pas remonter si loin :

Jean Paul II, Claus von Bulow, Bush, Chirac, Gorbachev, Osama Bin Laden, Mère Térésa, la Princesse Diana, Yu Po Sun, John Major, Dodi Al-Fayed, Mahmoud Ahmadinejad... faits divers.



Fait divers

Le juifs (mais eux insistent) ont raison de se plaindre : de l'holocauste (soixante-dix ans), on aura beau vouloir en parler, il deviendra, éventuellement, un fait aussi divers que les milliers d'empalés roumains que Vlad III Basarad parsema sur la route que devaient emprunter les Turcs ayant décidé d'envahir son pays. (Z'ont eu tellement peur qu'ils s'en sont retournés dans leur pays.) Mais parlant des Turcs, je parie que vous n'avez jamais entendu parler de Timur (ou Timour) Lenk qui, en 1401, mit la ville de Damas à feu à à sang :

Les Syriens connaissaient déjà, à ce moment-là, la cruauté de ce Timur qui, l'année précédente, lors de la prise de la ville d'Alep, avait fait enterré vivants toue les membres de la garnison de la ville. Mais à Damas... - Les plus chanceux furent tués au cours de la bataille qui précéda le massacre. - Les autres, hommes, femmes et enfants ont été décapités, coupés en deux, crucifiés ou écartelés. D'autres furent coulés dans du ciment ou ont été enterrés vivants, déterrés, et enterrés à nouveau. Certains ont été rôtis à la broche ou d'autres encore écrasés dans des pressoirs à vin. Les femmes avec enfants furent enfermés dans la grande mosquée. Là, les enfants furent forcés de regarder leurs mères se faire violer, maintes et maintes fois. Ensuite, les mères furent forcés à leur tour de regarder leurs enfants coupés en morceaux ou lancés contre les murs. Les portes furent ensuite barricadées et on mit le feu à l'édifide...

Timur Lenk

Et l'on voudrait que je m'intéresse aux déclarations de Brian Ecklestone ? Pfft !

Y'a là, comme une perte de temps considérable.

Lâchez les nouvelles ; occupez-vous de vos enfants, vos chiens, vos chats ou votre pelouse.

Me semblait aussi que je pouvais chialer même de rien.

Simon

P.-S. (en réponse à cette dame qui m'a écrit suite à ma dernière chronique) : Oui, Madame, je suis demeuré avec cette jeune fille d'une chasteté exemplaire tout au cours de nos fréquentations. À peine, un jour, me suis-je permis de lui serrer deux doigts d'une de ses mains, deux doigts qui étaient aussi fermes que le reste. - Quand même ! Elle n'avait pas vingt ans...

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043 - 2012-06-04 - Dans la nuit éternelle, emportés sans retour...

Ce qui suit est à peine croyable mais je vous jure que ça m'est arrivé pas plus tard que la semaine dernière.

J'étais seul pour déjeuner et comme je n'avais pas de projets immédiats de détournement de fonds, je me suis donc rendu à mon pub favori, rue Notre-Dame, près du théâtre Corona (*), avec ce livre qu'on m'avait prêté et dont on m'avait dit qu'il était un des meilleurs de l'année, bien écrit, magnifique, génial, etc. (devrait y avoir des cours pour enseigner aux gens quoi lire). Je me suis assis à ma place habituelle pour me retrouver face à face avec une nouvelle serveuse, toute jeune, qui a dû me trouver bébête parce que je suis resté bouche-bée quand elle est apparue. Des siècles que j'avais vue un visage semblable. Non seulement un visage mais tout le reste. Spontanément (je suis aussi spontané qu'un tortue souffrant de rhumatisme), je lui dis : "Je n'en reviens pas ! Vous êtes l'image parfaite d'une de mes premières amies."

"Vous avez dû connaître ma mère, me dit-elle, en riant. Il paraît que nous nous ressemblons étrangement." - "Et quel âge a votre mère ?" - "Quarante-trois ans." - "Impossible, lui dis-je, parce que votre mère n'était pas au monde quand je 'vous' ai connue." - Elle me demanda : Vous habitez où ?" - "En ce moment, au centre-ville et puis à Napierville, mais à ce moment-là , mes parents - car j'habitais avec mes parents - avaient une maison à Westmount, rue W***, près Victoria." - "Mais c'est là où nous habitions nous aussi !" - "Où ça ?" - Rue G***, au sud de Sherbrooke..." - "Laissez-moi deviner : une maison en brique rouge avec un balcon vert dont le garde-fou était gris " - "Mais comment savez-vous tout ça ?" - "Plus : je vous dirai que votre nom de famille est J***..." - "!!!" - "... Votre grand-mère, elle ne s'appelait pas Marjorie, par hasard ?"

À son tour de se retrouver bouche-bée.

Et voilà : tout aussi invraisemblable que cela puisse être, j'ai rencontré la semaine dernière la petite fille de l'une de mes toutes premières amies avec qui, étant donné l'époque (fin des années cinquante), j'ai eu une liaison tout ce qu'il y a de plus chaste, mais à laquelle j'ai pensé souvent au fil des ans, mais que je n'ai jamais revue.

Triste fin à cette coïncidence : la blonde en question est décédée il y a deux ans.

Ce qui m'a rappelé quand même :

La ville de Montréal, ce n'est pas une méga-métropole et, quel que soit l'endroit où l'on y habite, il est plus que probable que nos déplacements se déroulent dans un milieu relativement restreint, non ? Alors comment se fait-il que je n'ai pas revue, une seule fois, ma première vraie blonde depuis le début des années soixante ? - Ça fait tout de même plus de cinquante ans que nous demeurons dans cette fichue de petite ville ! - J'ai su, through the grapevine, comme disent les Anglais, qu'elle était devenue veuve, qu'elle avait eu trois enfants et j'ai même vu son nom au bas d'un document scolaire, il y a quelques années, mais rien d'autre.

Aussi bizarre que ma rencontre fortuite de l'autre jour.

Mais tandis que je suis là, je viens de me souvenir que je n'ai revu qu'un seul de tous les élèves que j'ai côtoyés pendant mes dix-sept, dix-huit ou dix-neuf ans d'étude, et seulement une fois...

Ce qui s'explique quelque peu par ceci :

Un ami, restaurateur, m'a confié, un jour, avoir rencontré sur la rue une vieille flamme qu'il n'a jamais réussi à replacer. "C'est que nous changeons tous", lui avais-je dit.. "Mais elle, elle m'a reconnu, non ?" fut sa réponse.

Et je m'en retourne à mes affligeants travaux.

Simon

(*) Le Burgundy Lion, 2496 ouest, rue Notre-Dame. - Meilleur Fish n' Chips en ville mais il faut également essayer ceux du Quartier Latin, 318 est, rue Ontario, près St-Denis

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042 - 2012-05-21 - Dura lex, sed lex

"Je suis ancien combattant, militant socialiste et pilier de bis-
trot. C'est dire si dans ma vie j'en ai entendu des conneries....
"
(Michel Audiard)

Je ne suis ni ancien combattant, ni socialiste ; quant aux bistrots, il n'en existe pas beaucoup à Montréal. Y'a des bars, des cafés-terrasses, des brasseries, mais il n'est pas nécessaire de les fréquenter pour entendre des conneries. Surtout ces temps-ci, avec la grève des étudiants, les manifestations, deux lois que, s'il fallait les appliquer à la lettre, c'est par milliers que, chaque soir, on arrêterait des citoyens paisibles pour la plupart (je suppose), des citoyens qui ne demandent qu'une chose (d'après ce que j'ai pu comprendre) : négocier. Mais comment négocier avec des gens qui n'ont visiblement aucune idée de quoi ils parlent ou qui esquivent toutes les questions surtout en ce qui concerne leurs caisses électorales.

Pas grave : ça va, tôt ou tard, devenir un fait divers dans la grande histoire du Québec ou, pour paraphraser Monsieur Pérec, notre Premier Minisitre actuel, un dénommé Charest, ne risque pas de passer pour un grand visionnaire. Un rêveur, peut-être, un type qui se pense plus intelligent que tous ses ministres (réunis), mais un rassembleur ? - Jamais de la vie.

Et c'est ici que j'arrête de vous parler de politique car elle me semble n'avoir qu'un seul but : empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde.

Vous saviez que les nouvelles voitures du métro de Montréal vont s'appeler "Azur" et que ce nom n'a pas été choisi par la Société de Transport de Montréal ? - En effet : la STM a décidé de consulter la population à partir de son site WEB. 10 000 personnes ont répondu ! - Est-ce qu'elle les a consultés ses 10 000 personnes sur le prolongement de son métro à Laval ? Sur les tracés de ses lignes d'autobus ? Sur les tarifs ? Nenni.

Vous allez tout de même pas vous imaginer, dans ces conditions, que le Gouvernement Libéral va se mettre à demander à la population le genre de système d'éducation qu'elle voudrait avoir, le nombre de campus à construire ou si l'UQAM (l'Université du Québec à Montréal) peut s'embarquer dans un projet aussi délirant que l'Îlot des Voyageurs qui n'a coûté que la bagatelle somme de 500 millions (et qui n'est toujours pas fini...)

De toutes façons, c'est connu : les groupes de pression ne savent pas ce qu'ils veulent, se contredisent et mettent des bâtons dans ls oues partout. - Mais à bien y penser, un groupe de pression, c'est un début de politique, non ?

Simon

P.-S. : Oui, je sais, le Castor™ ne doit pas se mêler de ce qui ne le regarde pas, mais quand je lis les millions dépensés par l'Université du Québec dans un projet qui n'a jamais abouti, les contributions de la - soyons réalistes - Mafia au parti qui "gouverne" notre Province, à ces "Excusez-nous : nous ne pouvons rien car les étudiants ne sont pas raisonnables", aux faux calculs des coûts universitaires (ajoutez, s.v.p. aux coûts de base les coûts afférents), je comprends qu'une certaine partie de la population (ceux qui paieront pour la retraite de leurs aînés) en ait jusque là. - J'espère que vous savez que dans certains pays démocratiques, certains de nos dirigeants actuels et plusieurs de nos dirigeants passés seraient ou auraient déjà été incarcérés. - Vive le bulletin de vote où l'on pourrait inscrire "NON ! (à tous ceux-là)", ce qui leur voudrait l'obligation de ne plus faire de la politique pour les prochains dix ans...

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041 - 2012-05-07 - Où sont passé les aveugles ?

Je vais vous le dire : ils sont devenus des non-voyants. Les sourds ? Des mal-entendants. Les infirmes ? Des handicapés physiques. Les idiots ?  Des gens atteints de déficience intellectuelle. Les vieux ? Font maintenant partie du troisième âge. Y'a p'us de gros, que des obèses. Y'a p'us de chômeurs, que des gens entre deux emplois. Plus de pauvres, que des gens économiquement dépourvus. Même les pays, justement économiquement dépourvus ont vu leur statut modifier : ils font maintenant partie de régions sous-développeés ou du Tiers-Monde.

C'est du côté de la mort où c'est devenu le plus troublant :

On ne meurt plus. On passe de l'autre côté. On quitte pour un monde meilleur. On repose en paix. On laisse dans le deuil (son conjoint, sa conjointe, ses enfants, ses petits enfants ses cousins et de nombreux amis). On succombe, après un vaillant combat, contre une longue maladie. On périt dans un accident...

C'est ce qu'on appelle déguiser la réalité.

Je n'ai pas d'objections. Même que j'ai pouffé de rire l'autre jour au restaurant quand, à ma table, un pince-sans-rire a demandé au garçon non pas où se trouvaient "les toilettes", "la salle de bain" ou "les lavabos", "les W.C.", mais bel et bien où se trouvaient les euphémismes 

C'est quand j'entends les politiciens se servir de ces tournures de phrases pour camoufler ce qu'ils ne veulent pas dire ou tout simplement mentir - pardon : pour donner une autre conception de la réalité, pour remettre les discussions dans la bonne voie, pour élargir le débat...

Tenez : j'ai entendu, avant-hier, un ministre parler de "démocratie élargie". Failli tomber en bas de ma chaise.

"Démocratie élargie" ? - Non, non, non et non : ce que vous appelez "démocratie élargie" c'est ça la démocratie : le gouvernement du peuple par le peuple non pas cette "démocratie restreinte" que vous appelez "représentative". Je ne vous ai pas élus pour que vous décidiez pour moi mais bien pour ME représenter. Quand j'ai voté pour vous parce que vous disiez que vous alliez abolir telle ou telle loi, je ne vous ai pas demandé d'en créer une pire.

Mais ça m'a tout l'air que cette pseudo-démocratie va durer encore longtemps. Pas moyen de choisir pour qui je vais voter car des membres influents de tous les partis, sont exceptions,ont décidé de parachuter leurs zouaves dans mon comté.

Tout ça en marge de la grève des étudiants... qui sera peut-être terminée quand vous lirez ceci car je m'en vais en vacances dans deux jours (le 5 mai prochain) alors que vous lirez ceci le 7.

Mais qu'est-ce que c'est que ce Gouvernement de broches-à-foin qui décide, sans consulter qui que ce soit, de hausser les frais de scolarité après avoir permis qu'on engloutisse 500 millions de $ - CINQ CENT MILLIONS ! - dans un projet "universitaire", l'îlot Voyageur - (ils sont beaux nos directeurs d'université !) qui va demeurer un exemple de gaspillage éhonté d'argent ?

Non, je n'ai pas changé d'idées depuis ma dernière chronique : les politiciens devraient être obligés de fréquenter les bars. - J'en connais qui se feraient attirer dans les ruelles arrières ou dans la petite pièce du bas et qui en mangeraient une maudite.

Simon

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