Les chroniques de Simon Popp

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No. 071 à 080

(Du 22 juillet au 2 décembre 2012)

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080 - 1213-12-02 - Pourquoi je ne lis plus les journaux

Pour la même raison que je ne regarde pas les bulletins de nouvelles télévisés, ni n'écoute ceux diffusés via la radio : parce que je les ai déjà lus, regardés ou écoutés et que je trouve les nouvelles qu'on y rapporte aujourd'hui sans intérêt ou tout à fait insipides quand ce n'est pas de la pure fiction. Et tant qu'à lire de la fiction, autant en lire de la bonne.

Il faut que je remonte très loin dans le temps pour retrouver ce qu'on pourrait appeler "un bon journal", quasiment au début du siècle dernier, c'est-à-dire avant la première grande guerre, peu avant que la propagande s'infiltre dans le journalisme qui, dès que la liberté de presse fut rétablie (en 1870), se consacrait non pas à rapporter bêtement les faits mais également à en faire la critique et une critique souvent vitriolique. Propagande ? Qui n'a pas entendu parler des fameuses et décisives "victoires des alliés" qui, en 1914, se rapprochaient de plus en plus de Paris ? - Passons par dessus ce qui allait suivre : Vichy, la guerre du Vietnam, l'affaire des diamants africains, les dépenses folles du maire Drapeau, et j'en passe, et des meilleures.

Je me souviens avoir vu, à la une d'un journal parisien du mois de novembre 1916, à la mort de François-Joseph d'Autriche, sa photo accompagnée du commentaire suivant : "La mort aura été charitable pour cet assassin." - On ne publierait pas cela de nos jours. Quant à l'affaire Dreyfus, je vous renvoie aux textes de ce temps-là.

La politique, en 1900, y occupait beaucoup d'espace, mais c'était une politique différente de celle qu'on nous présente aujourd'hui et les meurtres, accidents, incendies étaient relégués en troisième page, sous des entrefilets.

Aujourd'hui, s'il y a eu une altercation dans le métro, on en faitla "une". On se contente de répéter bêtement les nouvelles, pour la plupart en provenance d'agences de presse (Reuters, en particulier ou, en France, l'Agence France-Presse) quand ce n'est pas un fait divers local ramassé au hasard. Ah, oui, on parle bien de politique, mais il y a longtemps que j'ai lu qu'un député était lâche, incompétent ou tout simplement inintelligent. Même la pègre ou la Mafia a droit à un certain silence.

De petits scandales de rien du tout - et qui sont dans la continuité de scandales similaires - s'étirent en longeur. On dit quelque chose une journée, le répète le lendemain en ajoutant un détail, puis on recmmence le surlendemain, le jour après, sans commentaires. Surtout pas de commentaires qui pourraient porter à la sacro-sainte réputation du scandalisant.

Le plus embêtant, ce sont les nouvelles qui se terminent par "la police enquête" et auxquelles on ne donne jamais suite.

Autant lire Saint-Simon.

Simon

***

079 - 2013-11-11 - Moi, mes amours...

Comme Monsieur Pérec vous l'a annoncé dans cette édition, je viens d'avoir 65 ans. Je dois en être là car, depuis quelque temps, mes amis me soulignent que je commence à perdre mon mordant, que je suis de moins en moins grincheux, plus conciliant et même carrément poli à certains moments.

Comment réagir à ce genre d'insultes ? - Simon Popp qui se transforme en personne aimable ! - Non mais...

Faut dire que ce n'est pas avec le sujet de cette chronique que je vais redorer mon blason car j'ai pensé, aujourd'hui, vous parler d'amour en commençant par vous citer le premier quatrain de la plus belle chanson d'amour que je connaisse. Elle est d'un certain Charles Aznavour :

"Les parois de ma vie sont lisses
  Je m'y accroche mais je glisse
  Lentement vers ma destinée.
  Mourir d'aimer.
"

Oh, et puis, tant qu'à y être, autant en citer la fin :

"Tu es le printemps, moi l'automne
  Ton cœur se prend, le mien se donne
  Et ma route est déjà  tracée.
  Mourir d'aimer,
  Mourir d'aimer,
  Mourir d'aimer...
"

Serge Reggiani y est allé dans le même genre avec une chanson (paroles de Jean Max Rivière , musique de Gérard Bourgeois) :

"Il suffirait de presque rien,
  Peut-être dix années de moins,
  Pour que je te dise
'Je t'aime'.
  Que je te prenne par la main
  Pour t'emmener à Saint-Germain,
  T'offrir un autre café-crème.
"

Éduqué en majeure partie en anglais, je pourrais vous citer des centaines de chansons américaines ayant le même thème (bon d'accord : mettons dix) et dont la signification ne nous devient évidente qu'à partir d'un certain âge. - Il en est ainsi de certains mots ou expressions comme, par exemple, le mot "insolent" qui ne signifie à peu près rien tant et aussi longtemps qu'on n'a pas atteint la vingtaine avancée.

Mais je m'éloigne de mon sujet.

La raison pour laquelle je vous cité ces deux chansons, c'est que je suis en amour, ces temps-ci, avec une jeune dame sauf que tout nous sépare. Y'a d'abord le gabarit : elle est toute petite alors que je suis, à ses côtés, un géant, même si je n'en suis pas un (parlant de "petitesse", voir le post scriptum, à la fin). Et puis y'a l'âge : elle en est à la mi-vingtaine. Alors vous pensez bien : les souvenirs, les connaissances, la culture... Et tandis que je travaille le jour, elle travaille le soir. Elle est étudiante (en architecture) et aide-cusisinière. Sauf qu'elle est belle à couper le souffle et d'une gentillesse indescriptible. Pour la voir, il a fallu que je passe à travers un menu qui, par sa qualité, va me faire prendre quelques, kilos au rythme où ça va. Comme dirait Copernique ; "A hopeless case". - Faut dire que je ne m'attends pas à quoi que ce soit : je me contente de la regarder et de parler de choses et d'autres quand elle a un petit moment de libre.

Son cœur se prend, le mien se donne...

Il y a un certain temps de cela, j'ai été amoureux d'une autre "petite" (mais beaucoup plus grande celle-là) avec qui le problème a été fort différent : c'était celui d'un certain vocabulaire (nous parlions la même langue, mais avec des mots différents) et puis de conception de vie. Elle était sportive alors que je suis casanier. Elle lisait Virginia Wolf, je lisais Julien Green. Elle écoutait les Beatles, j'écoutais Sinatra. Ça a duré le temps que ça a pu durer. Quelques semaines. Un désastre. Une véritable perte. Celle-là, je crois, je l'ai aimée plus que la courante. - Mettons qu'il me serait difficile d'aimer la courante plus que je l'ai aimée, elle,  parce que, au moins, avec l'autre, j'ai échangé plus que des recettes.

Je ne vous raconterai pas d'autres anecdotes de ce genre.

Anecdote ! Je vois d'ici la réaction de l'avant-dernière qui va sursauter en lisant cette dernière phrase et dire : "Ce n'était pas une anecdote ! Je t'aimais vraiment. " - Vous comprenez ce que je voulais dire en parlant de vocabulaire ?

Une chose que je veux quand même souligner, c'est le sexe dans les relations conjugales ; le sexe qui bousille souvent tout. Avec l'une ça fonctionne à merveille, sauf qu'on ne l'aime pas, et celle qu'on aime s'en désintéresse régulièrement. Ajoutez les problèmes d'argent, les manies, les vieilles habitudes et les phobies. Phobies ? J'en ai une particulièrement détestable : je ne peux pas supporter des bas suspendus dans une salle de bain. Quant à une femme qui se déhabille devant une fenêtre dont les rideaux ne sont pas tirés, ça commence à signifier, pour moi, la fin d'une liaison. (Ce qui ne m'empêche pas de penser que je pourrais, un jour, être en amour avec une effeilleuse)

Anyway, comme dit régulièrement un des diplômés de l'UdeNap, faut se rendre à l'évidence.   

Je regarde les couples chez qui tout semble aller. Mon opinion ? Ils n'ont rien en commun et vivent généralement côte à côte, sans partager quoi que ce soit. - Peut-être est-ce cela le secret de leur longévité.

Un restaurateur m'a dit, un jour, qu'il était facile de deviner qui étaient mariés ou qui ne l'étaient pas quand des couples venaient diner chez lui : ceux qui l'étaient ne se parlaient presque pas.

Puisque j'ai commencé par deux chansons, autant en finir avec une phrase de Serge Gainsbourg : "En amour, il y a une personne qui souffre et l'autre qui s'ennuie". - Substituer le mot "amour" par le mot "mariage", si vous le désirez. C'est du pareil au même.

Curieuse invention d'ailleurs, que le mariage.

Statistiques ? Alors que 8,8% des mariages québécois finissaient par un divorce en 1968, ce pourcentage est près de 50% depuis 1987. - Les gens, hélas, vivent de plus en plus vieux. Parlez-m'en.

Simon

P.-S. : Petitesse ? - Vous saviez que Napoléon était loin d'être petit ? Il mesurait, oui, 5 pieds 2 pouces, mais 5 pieds 2 pouces en vieille mesure française ; l'équivalent moderne de 5 pieds 7 pouces soit 1,70 mètre ce qui faisait, de lui, un Français plus grand que la moyenne de ses contemporains.

***

078 - 2013-10-28 - Les bancs publics

Note : À ceux qui m'ont écrit pour me dire que les questions que j'ai posées lors de ma dernière chronique (vous vous souvenez : sur le recyclage - j'ai bien dit :  "questions que j'ai posées " et non "énoncés de faits indiscutables que j'ai avancés" - voir au numéro 077) étaient biaisées ou n'avaient ni queue, ni tête, je me permets de les référer aux deux articles suivants :

1) Un premier, publié sur le site du Ludwig von Mises Institute ("The World Center of the Austrian School of Economics and Libertarian Political and Social Theory") et intitulé :

"Three myths about Trash" - http://mises.org/daily/3887

2) Puis un deuxième, paru au même endroit et dans lequel on parle quand même des bienfaits psychologiques du recyclage :

"Recycling: What a Waste !" - http://mises.org/daily/1911

Mon opinion ? Il est plus facile de réutiliser que de recycler. C'est ainsi que je n'ai pas acheté une seule bouteille d'eau depuis des années. Celle du robinet, refroidie au réfrigérateur, dans un pot de verre me suffit amplement. Et j'achète plus de canettes que de bouteilles de verre ou de plastique car je sais que les canettes peuvent, elles, être recyclées.

Et oui, je fais mon épicerie avec des sacs réutilisables. Et oui, je prends le métro régulièrement.

Je demeure également tout près de mon travail, consommant à peine un réservoir d'essence par mois. Et j'emprunte des livres à la bibliothèque de mon quartier. Et je ne jette jamais un contenant sans qu'il ait servi, au strict minimum, à ramasser d'autres déchets.

Sur ces points, je me suis toujours servi de mon bon sens plutôt que d'écouter le nombre croissant d'écologistes-moralisateurs.

***

Et maintenant, aux bancs :

Je n'aime pas beaucoup la chanson de Brassens sur les bancs publics, chanson intitulée "Les amoureux sur les bancs publics". Oh, c'est très gentil, mais, dans la même veine, je préfère, du même Brassens, "J'ai rendez-vous avec vous" ou "L'orage" sauf que, tout compte fait, s'il faut parler de ces bancs autant aller, à cause peut-être de sa voix unique, vers le "Sur les bancs du Prado" chanté par Réda Caire (demandez à Paul Dubé) :

"Depuis l'éternité
  Les poètes ont chanté
  Tous les plus jolis coins de Marseille
  Mais quand vient le printemps
  Il en est un charmant
  Où l'on peut passer
  Des heures sans pareilles...
"

(Paroles de G. Koger et de E. Recagno, musique de Vincent Scotto - 1935)

Pourquoi ? Parce que les bancs publics ont, pour moi, une signification particulière.

J'ai connu, je crois, tous les bancs publics de la ville où j'ai passé la majeure partie de mon enfance (Westmount, une ville entourée d'autres villes, sur l'île de Montréal) : du parc "dans le bas de la côte", jusqu'au parc Murray, "dans le haut". Je me suis même assis sur les non-existants bancs du "Bird Sanctuary" tout au faîte de la montagne où Westount a été construit : le "mont de l'ouest" (ou "West Mount" qu'il ne faut pas confondre avec le "Mont Royal" dont il est séparé, en majeure partie, par le chemin de la Côte-des-Neiges.

À Paris, j'ai loué pendant des années, le même appartement, en face du parc Montsouris et, dans toutes les villes où je suis passé, qu'une nuit parfois, je me suis assis sur un de leurs bancs, face à la mer, face à la montagne, face à un renommé champ de bataille ou face à rien du tout, dans un petit square, près d'une boutique de blanchisseur, ou un bistro, ou un arbre en bois dur comme dans "Les funérailles d'antan" (de... Brassens).

Central Park, Hyde Park, les Buttes Chaumont, Speelsplein Park, Alter Botanischer Garten, Le parc du Luxembourg, Lincoln Park, Vondelpark, Buena Vista Park, The Presidio, Princes Street Garden, Le Parc Monceau, Audubon Park, St-James's Park, Friedrichshain Park, Les Jardins du Palais Royal, Anascotia Park, Regent's Park, Les Plaines d'Abraham, y compris le Botanická zahrada Přírodovědecké fakulty Univerzity Karlovy Park... Partout où je suis passé, y'a des bancs de squares qui ont vu mon séant.

C'est mon père qui m'a enseigné l'utilité de ces bancs dont je retrouve, encore aujourd'hui, de multiples exemplaires près de chez moi : dans le square St-Louis, rue St-Denis, un peu au nord de la rue Sherbrrooke, ou encore dans des secteurs peu connus des habitations Jeanne-Mance, entre de Maisonneuve et Ontario, à l'est de la rue Sanguinet, et, près de mon bureau, rue Dominion, angle Ste-Cunégonde, près du canal Lachine.

J'étais jeune, à l'époque, et je ne comprenais pas pourquoi ce "vieux monsieur" m'entrainait à trois rues d'où nous habitions pour s'asseoir en dessus d'un arbre et ne rien faire. Ne rien dire surtout. C'était, pour ainsi dire, troublant.

Plus tard, mais beaucoup plus tard, j'ai commencé à le comprendre - je veux dire : mon père -, mais il était devenu "vraiment vieux" et encore plus difficile d'accès.

J'imagine que ça doit être la même chose en ce qui me concerne quoique mon fils est loin d'être ce que j'ai été. Je sais, moi, que je le regarde, parfois, comme mon père me regardait, mais lui, ne m'a jamais regardé, je crois, comme je regardais mon père.

Combien de fois, certaines nuits, quand je ne pouvais pas m'endormir, quel que soit l'endroit où j'étais, je me suis habillé et suis allé m'asseoir sur un de ces bancs publics. Ça m'a valu quelques renvois (les parcs ont des heures de fermeture !), mais jamais d'arrestation ni de garde-à-vue : je m'en suis toujours sauvé grâce à mon adresse à proximité ou à mon passeport (particulièrement à Londres). Surtout que, jamais, je me suis allongé pour dormir sur un de ces bancs.

Si j'y ai dormi ? Souventes et de multiples fois, comme dirait Monsieur Pérec. Des heures, parfois. En plein jour ou à partir d'une heure ou deux du matin.

Est-ce que je m'y suis fait prendre par la pluie ? Naturellement. Et le vent aussi. Et le froid. Et on m'a déjà réveillé sous un ou deux centimètres de neige !

Jamais je me y suis fait agressé par des maraudeurs ou des jeunes qui en auraient voulu à ma montre-bracelet ou à mon porte-monnaie.

Parfois, j'amène des écouteurs pour entendre la Symphone Pastorale ou quelque chose de semblable. Jamais un livre. Une règle que j'observe invariablement : les livres se lisent à la maison ou dans le fond d'un bar bruyant..

Si j'ai bécoté sur un banc public ? - Je ne crois pas, non. Ou si je l'ai fait, je ne m'en souviens plus. N'en déplaise à celle qui était dans mes bras.

Je sais que, pour certaines personnes, il faut, pour faire le point, une plage isolée sur le bord de la mer, pour d'autres, un chalet sans électricité à trente lieux de toute civilisation, et, pour encore d'autres, l'équivalent d'un monastère. Je n'ai besoin, pour ma part, que d'un banc... public.

Pas trop "fitté-fitté" Simon ? Mais si.

Simon

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077 - 2013-10-14 - Autres choses que je ne saisis pas...

Je suis, je l'ai déjà dit, bouché à l'émeri lorsqu'il s'agit de comprendre certaines attitudes de gens qui, dans la vie de tous les jours, semblent parfaitement sensés, capables d'analyser des problèmes très complexes et de se faire une idée très juste de la réalité. Je pense, par exemple, à ceux qui, au fil des siècles, suite à diverses découvertes scientifiques, ont osé remettre en question certains enseignements de l'Église, chose encore tout à fait courante et qui fut fortement pratiquée dans les années soixante au Québec. Je dis "les années soixante", mais, en réalité, je ne peux m'empêcher de constater qu'il s'agit là d'un exercice que la plupart de mes compatriotes acceptent toujours comme faisant toujours partie d'un comportement très sain. Malheureusement, ce qui semble normal en ce qui concerne la religion devient presque un sacrilège (pardonnez l'analogie) lorsqu'il s'agit de remettre en doute certaines décisions gouvernementales, particulièrement si ces décisions ont été prises par son parti politique ou qu'elles sont accompagnées d'une publicité enivrante.

Ce qui m'amène à vous parler d'écologie et plus précisément de ce qu'on appelle communément le "recyclage".

Je n'ai rien contre, mais je me demande souvent s'il s'agit là d'une opération qui a du sens.

Je m'explique :

Il faut d'abord, aujourd'hui, deux camions pour ramasser les déchets au lieu d'un seul lorsqu'on pratiquait systématiquement l'enfouissement de tous les déchets. Je n'ai pas trouvé de statistiques là-dessus, mais je me pose la question. Me semble qu'il y a là matière à discussion.

Une fois les matières "recyclables" arrivées là où on les trie, il faut tout de même un nombre assez important d'employés qui séparent, je ne sais pas moi, le papier du verre, le plastique des matériaux qu'on ne peut pas recyler et ainsi de suite. Ces employés, qui n'existaient pas il y a encore quelques années, faut les payer, non ?

Et une fois qu'on a mis, par exemple, tous les contenants en plastique de côté, commbien d'énergie faut-il pour les réduire à leur matière première pour ensuite en refaire d'autres. Ce que j'ai lu à ce propos, c'est qu'il en coûte une fois et demie le coût pour fabriquer un contenant en plastique à partir de matières recyclées qu'il en faut pour en fabriquer des neufs à partir de matières nouvelles. Ça me paraît logique : pour refaire un mur de plâtre, il faut démolir l'ancien, non ?

Je ne vous parlerai pas des bacs que les divers palliers de gouvernement ont fait fabriquer et distribuer à des millions d'exemplaires et dont la durée de vie ne sera pas éternelle, ni des employés qui rédigent les rêglements concernant le "at large recycling", ni ceux qui en surveillent les implications et les applications, y compris ceux que l'on nomme, ici, au Québec, les "policiers des vidanges" et qui émettent des contraventions à tous ceux qui ne recyclent pas...

Que dire de ces pages dont vous et moi défrayons les coûts dans les journaux ou ces publicités à la télé qui nous encouragent à faire de notre mieux pour protéger "l'environnement" ?

Une chose me paraît claire : il y a des matières qui, de toutes évidences, méritent d'être recyclées. L'aluminium, entre autres car, dans tous les supermarchés, l'on retrouve, aujourd'hui, des appareils dans lesquels on insère ses canettes vides et qui nous remette de l'argent. Voilà bien la preuve qu'il s'agit là d'une opération rentable. À quand nous remettra-t-on des sous pour le papier, le carton, les tissus ou les contenants en plastique ?

Deux derniers mots :

J'ai lu récemment que des sites d'enfouissement dont la superficie ne dépasserait pas trois dixième de un % de celle des États-Unis pourraient servir à faire disparaître tous les déchets produits annuellement par ce grand pollueur pour les prochains mille ans et que le gaz méthane qu'on pourrait récupérer de ces sites suffirait à produire les besoins en électricité d'une ville de la grosseur de San Francisco.

J'ai appris également, quoique je n'aie pas pu le vérifier, qu'avec la demande croissante pour du papier (emballage, journaux, dépliants, livres, papier hygiénique, etc.,), la grandeur des forêts pour fabriquer ce papier a été triplée, aux USA (toujours), depuis 1920... - Qui ? Trois fois plus de forêt ? - Un bémol : on parle de forêts que l'on plante et que l'on récolte, de la même façon qu'on plante du blé, qu'on le cultive et que l'on moissonne. - Pas de ces célèbres forêts dites vierges.

Voilà, je vous ai dit tout ça parce que, récemment, avec des amis, nous discutions de "recyclage" et aux questions que j'ai posées dans le sens précité, on m'a répondu que j'étais mal informé. Oui, peut-être, mais qu'est ce qui me prouve que ceux avec qui j'étais étaient mieux renseignés que je l'étais ?

Une chose qu'il ne faut pas oublier dans ce genre de situation et elle est de taille : que toutes les informations à ce sujet sont en provenance de gouvernements. C'est vrai que les gouvernements ne mentent jamais à leur citoyens...

***

Une autre série de questions m'a valu le même haussement d'épaules. Elles étaient à propos de Paul Desmarais qui, pour ceux qui ne savent pas qui il était (il est décédé la semaine dernière), fut un homme d'affaires, parti de presque rien et qui a ramassé une fortune colossale au cours de sa carrière. - On m'a avancé des chiffres comme quatre ou six milliards de $ ; le budget annuel de divers pays, quoi.

Ma première question fut celle-ci : quand on a réussi à mettre de côté cinquante, soixante ans de ses dépenses annuels, à quoi ça sert de continuer ? - Réponses :

  • C'est que ça crée de l'emploi...

  • Ça lui a permis de faire la charité...

  • Et puis il y a ses enfants...

  • Etc., etc.

Vous pensez que ça a répondu à ma question ?

Simon

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076 - 2013-09-30 - A...B...C

A...

Reçu récemment un message d'une "admiratrice" (?) qui me disait que j'étais le plus cynique des cyniques [qu'elle connaissait] parce je me plaignais constamment de tout (et de rien).

Deux réponses :

Un - Quand les responsables du Castor™ auront réuni mes chroniques (pas toutes qu'on m'a dit, mais la plupart), vous verrez, Madame, que je ne suis pas si cynique que vous pouvez le croire, mais que je m'objecte à une foule de choses et cela, dans l'intérêt de tous. - Ce n'est pas une question de me plaindre, mais de souligner à quel point nous sommes mal informés et que, souvent, nous basons nos décisions sur de vaguesinformations, des demi-faits ou tout simplement des faits fort discutables. - Mon principe de base est de vous faire réfléchir, pas vous dire ce que vous devriez penser, mais vous informer.

Deux - Je ne peux plus supporter le lavage de cerveau auquel nous sommes assujettis depuis des temps immémoriaux et qu'un certain Goebbels a développé à une presque perfection. Oui, j'ai bien dit : Paul Joseph Goebbels (1897-1945) dont les trucs et méthodes servent, aujourd'hui, de leçons à tous les vendeurs, revendeurs et manigançeux du monde entier.

Suffit de mentionner comment la politique était définie avant lui, mais surtout depuis lui :

Vous devez, Madame, si vous vous vivez dans une "démocratie", élire, dans, quel que soit le pays où vous vivez, des maires, des députés, des congressmen, des sénateurs ou des appelez-les-comme-vous-le-voulez qui sont sensés VOUS représenter.

Est-ce que vous vous êtes déjà demandé ce à quoi, au tout départ, ils devaient servir ? - Laissez-moi vous le dire : ils devaient être des ADMINISTRATEURS de vos lois, droits et possessions, de ceux de votre voisin, de ceux de tous les membres de votre patelin, département, province...

Aujourd'hui ? Ce sont des visionnaires, des décideurs, des organisateurs, des créateurs de projets, en bref : ce sont des gens qui font à leur tête.

Pour avoir réussi à dissimuler leurs objectifs, chapeau : ils ont réussi. Réussi à un tel point qu'un pont nécessaire au-dessus d'une rivière ou une route à réparer, ou des lois empêchant un insensé de tuer douze, vingt, trente personnes sont, dès leur entrée en fonction ignorées. L'un veut un musée portant son nom, l'autre un aéroport qui va régler tous les problèmes et, un troisième, juste l'honneur de se faire appeler "Monsieur le Premier Ministre".

De toutes façons, Madame, ils n'écouteront personne - vous, non plus, d'ailleurs - mais ce que je demande à ces "représentants du peuple", c'est de me représenter et d'administrer ce que je, et mes voisins, possédons collectivement, pas de suivre leurs agendas.

J'en ai un, moi, un agenda: foutez-moi dehors ces abuseurs de pouvoir.

B...

À la veille de ma retraite, je suis harcelé par des dizaines de conseillers qui me disent qu'il me faudrait investir les milliards de pesos (voir ma chronique précédente) dans des mines en Alaska, dans des pipe-lines en Ouganda ou, pour être plus "sécure", dans des obligations américaines ; les mêmes qui me disaient, il y a six mois, d'investir dans BlackBerry.

Deux choses :

UN. - Ne jamais écouter des conseillers qui ne sont pas millionnaires. S'ils ne sont pas capables de suivre leur propre conseil et et, conséquemment, posséder une île dans le Pacifique à trente ans, ce sont des "loosers", de petits employés.

DEUX. - Je veux bien comprendre qu'il faut faire des "placements" pour assurer "ses vieux jours" (quoique ce sera le sujet d'une autre chronique), mais qu'arrive-t-il à nos "dépenses" ? - Dans le groupe de ces conseillers, quand trouvera-t-on un conseiller en dépenses parce.... entre vous et moi... je n'ai pas mis de l'argent de côté pour le conserver jusqu'à ma mort et me le faire confisquer par le Gouvernement.

C..

Faudrait, un jour, créer un prix pour ces constructeurs qui promènent leur pelle mécanique à cinq heures du soir rue Sherbrooke où ceux qui creusent des trous le vendredi après-midi pour s'assurer que les piétons soient obligés de contourner leurs barrières jusqu'au lundi matin où des ouvriers viendront le reboucher.

(Voir la photo ci-desosus. - Mais qu'est-ce ce camions font sur les ponts aux heures de pointe ?)

Simon

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075 - 2013-09-16 - Mensonges, fausses vérités et exagérations

Je me souviens avoir lu, il y a des années de cela, qu'au moment où l'impôt sur le revenu fut introduit aux États-Unis, un membre du Congrès s'est dit offusqué qu'un gouvernement ose penser demander à ses travailleurs de lui verser 1% de leur revenus : "Je connais les gouvernements, disait-il, et je sais que, tôt ou tard, ce ne sera plus 1% qui sera la norme, mais 2 et 3%, et j'entrevois même le jour où ce sera 10%..." - Aux dernières nouvelles, le taux marginal annuel, aux USA était de 39,6% au-delà de 400 000 $ (il est de 50% au Québec à partir de 135 000 $ et de 49% en France, mais au-delà de, seulement, 500,000 Euros.) -  Plus encore : ce membre du Congrès ajouta que ce nouvel impôt allait rendre les honnêtes citoyens américains, "cachotiers, menteurs et malhonnêtes". Ne s'était pas trompé, le bonhomme. N'avait pas prévu, cependant, l'éclosion des banlieues des grandes villes nord-américaines et, en particulier, celles qui se trouvent sur la rive sud de Montréal car la palme, au niveau des mensonges, des fausses vérités et des exagérations, revient aux habitants de ces banlieues qui, matins et soirs, font la navette entre leurs domiciles et le centre-ville de l'autre côté du fleuve.

Ce que j'ai pu en connaître des rive-sudiens qui m'ont juré, dur comme fer, et qui me jurent encore, que leurs trajets, dans les deux directions ne leur prennent pas plus que vingt minutes car ils voyagent tous en dehors des heures de pointe.

"Heures de pointe mon oeil !", comme je disais à l'un d'entre eux, l'autre jour, "Si je comprends bien, il n'y a qu'une seule et unique raison pour laquelle il y a des embouteillages sur les ponts, soirs et matins : le tourisme."

Suis allé, il n'y a pas très longtemps, sur la rive-sud. À St-Lambert, plus précisément. À huit heures et demi du matin. À l'aller, aucun problème puisque j'allais du centre-ville vers cette hupée banlieue. Par le pont Champlain, naturellement, car le pont Victoria est à sens unique vers Montréal, à cette heure "de pointe". Pour revenir ? Une heure que ça m'a pris. Et il était neuf heures du matin. Ce que j'ai pu en voir des touristes... - J'en ai même vu un qui se rasait au volant de sa voiture. Ne voulait pas, sans doute, qu'on le prenne pour un de ses nombreux sans-abri qui hantent les rues de Montréal.

À ces banlieusards (et pseudo-touristes), un vieux proverbe juif :

"Vous pouvez me pisser dans le dos, mais, je vous en prie, ne me dite pas qu'il pleut."

***

Je lisais, comme si cela n'était pas assez effrayant, dans la Gazette (The Montreal Gazette) du 7 septembre dernier, que, sur les 3 824 521 personnes qui habitent le Grand Montréal (l'île, la rive nord, la rive sud, et les banlieues à l'est et à l'ouest), plus 50 000 personnes n'étaient pas, depuis l'année dernière, des insulaires (par rapport à ceux qui habitent sur l'île). Dommage pour eux : ils ont tous un ou deux ponts à traverser et attendez : une fois rendus sur l'île, ils ne sont pas au bout de leur peine car il leur faudra un autre vingt minutes pour se déplacer quelque peu et trouver un parking. - Mettons quarante pour ceux qui viennent de la rive nord.

Et je n'ai pas terminé :

Je ne vous ai pas encore parlé des super-banlieusards : ceux qui habitent au-delà du Grand Montréal et qui font, chaque jour, le trajet de leur domicile au centre-ville (et vice-versa). Ceux-là sont enore plus mal pris car ils n'ont pas à leur disposition un service de transport en commun digne de ce nom. J'en connais deux : un qui se tape 222 kilomètres par jour et l'autre 166. Le premier a l'avantage sur le second car il n'a que six ou sept kilomètres à faire en auto pour se rendre à une bus-gare (oui, je sais...) où il peut prendre un car vers Montréal, sauf que le dernier de ces cars quitte la ville à cinq heures trente du soir... L'autre est moins chanceux : c'est en auto qu'il doit voyager. Chacun passe entre une heure et quart et une heure et trois quarts à voyager le matin et le soir. Moyenne : trois heures par jour, cinq jours par semaines, quarante, quarante-cinq semaines par année. Faites le calcul : 28 jours de 24 heures. Et si vous êtes de ceux qui dorment 8 heures par jour, pensez plutôt à 6 semaines par année, assis 16 heures par jour dans une auto.

"Mais l'air est plus pure, les taxes sont moindres, nous avons une plus grande maison..."

Parlez-moi de ces gens qui essaient de se convaincre qu'ils ont raison de se donner des coups de marteau sur la tête.

Mais, pour en revenir aux impôts (sur les revenus), je suis sur le point de me faire outrageusement violer. Je prends, sous peu, ma retraite et vous savez, comme moi, comment les milliards de pesos (c'est quoi la plus petite monnaie du monde ?) que j'ai accumulés au cours de mon existence vont être bouffés par l'État.

Qu'on se le dise : Simon Popp n'a pas fini de se plaindre.

Justement, cet après-midi, je m'en vais me faire pisser dans le dos : dans une clinique pour une question de... (J'ai besoin d'une simple ordonnance d'antibiotiques.) - J'en ai pour quelques heures, je sais... à moins que j'aille dans une clinique privée... j'en serai quitte pour quoi ? Trois, quatre cents dollars ?

On m'a souvent décrit la misère comme étant la sensation de ne pas manger à sa faim chaque jour. Mais j'ai déjà entendu une autre définition :

Avoir, dans une famille, deux adultes et quatre adolescents (avec permis de conduire) et que trois Volvo... en banlieue.

Simon

***

074 - 2013-09-02 - Simon Popp sr.

Il aurait eu 100 ans aujourd'hui.

Mon père est, en effet, né le 2 septembre 1913 ; ce qui ne me rajeunit pas.

Je me souviens de ses derniers jours, mais j'ai beau essayer de me rappeler ce qu'il devait avoir l'air plus jeune, j'en suis incapable. Dans ma tête, sauf à partir de rares photos que j'ai encore de lui, il demeure un vieillard, quasi aveugle, usé par la vie et d'une grande faiblesse. Il n'a pas connu mes "succès" - si j'en ai eus -, que mes débuts car, dans mon métier, nous ne sommes rien avant plusieurs années. Et puis, j'ai toujours été lent en affaires ; tout comme en amour ; en tout, finalement...

Me reste un enregistrement de sa voix. Je ne sais pas si c'est comme ça pour tous, mais, semble-t-il, la première chose qui disparaît de notre mémoire, c'est la voix d'un défunt. Je l'écoute de temps en temps, mais le moins souvent possible car elle est devenue, avec le temps, une sorte de série de sons sans rapport avec la réalité.

Paraît qu'on peut parler à ses pères et mères ; à ses frères et à ses soeurs décédés. Je n'ai jamais essayé. Surtout à ce frère que je n'ai jamais connu et qui est décédé en bas-âge.

Il y a quand même une personne à qui, quand je suis seul, je parle souvent. Elle ne le sait pas car, un : je ne lui ai jamais dit, et deux : je la vois de moins en moins. Il s'agit d'une ex-blonde que j'ai beaucoup aimée.

D'elle, j'ai un enregistrement également, mais un très bizarre enregistrement : celui de - excuse-moi, C*** -, celui de son ronflement. Il est d'une douceur extraordinaire.

À elle :

Parfois, à l'autre bout du monde, dans une chambre d'hôtel où j'ai peine à dormir, je t'écoute en boucle et me souviens de ton calme, de ton charme inexplicable, de ton incroyable présense quand tu étais à mes cotés. Mais j'ai agi envers toi comme j'ai agi envers mon père : je n'ai jamais saisi l'importance que tu avais dans ma vie.

Simon

P.-S. : Pour ceux qui ont connu mon père, inutile de m'écrire pour me dire que la photo ci-dessus n'est pas de lui. Mon père était, pour ceux qui voudraient le savoir, beaucoup plus petit, mais il avait ce regard qu'aucune photo que je possède de lui a réussi à capter.

***

073 - 2013-08-19 - Faudra, c'est sûr, continuer de lire "Architectural Digest "...

J'étais dans un aéroport du sud des États-Unis il y a quelque temps. Je n'ai pas besoin de vous dire lequel car, depuis les années quatre-vingt, quatre-vingt-dix, tous les aéroports se ressemblent... y compris ceux des années cinquante, soixante, soixante-dix qui ont été "revampés" (béton-acier-verre), avec, pour faire bon effet, des plafonds de 10 mètres et - j'allais l'oublier - de larges trottoirs donnant sur six ou sept voix de circulation. - Par ici la rentrée, pour les "departures", et par là, la sortie, pour les "arrivals". -  Un va-et-vient indescriptible de bus. mini-bus, taxis qui proviennent de ou vous amènent aux parkings, aux locateurs de véhicules, au centre-ville, plus, en prime, des limousines et des autos de particuliers qui se stationnent en double et en triple.

Faisait chaud - j'attendais un ami - quand je me suis aperçu qu'entre un des trottoirs précités et l'"arrival section" où j'étais, existait une espace (de toute beauté...) d'à peu près un mètre et demi de largeur et au moins cent mètres de longueur, complètement refermée sur elle-même, sauf dans sa partie supérieure, bref : une sorte de réceptacle pour rebus en tous genres, impossible à entretenir ou nettoyer sans enlever une fenêtre de deux mètres par trois. - Une poubelle à ciel ouvert, quoi. - S'y accumulaient, depuis l'ouverture de ce "modern and efficient airport" ("The pride of the *** County" peut-on lire sur leur brochure) de quoi, déjà, la rendre moins "modern and efficient", des détritus en tous genres :  des journaux, des paquets de cigarettes, des bouts de cigares, des sacs ayant servi à emballer des objets en provenance de "duty free" et autres cochonneries . Ça m'a fait penser à ces grilles en fer forgé qui entourent certaines églises, édifices gournementaux ou de "large companies" qu'on retrouve un peu partout dans le monde. Mêmes immondices impossibles à retirer ou à nettoyer.

"Mais qui a eu l'idée d'installer des choses semblables dans de tels endroits ?" ai-je pensé et j'ai trouvé : des architectes. Ceux-là même qui n'ont jamais pensé que le vent existait et qu'à force d'ériger des gratte-ciel dans les centres-villes, il a fallu, dans certaines villes, pour passer de l'un à l'autre, l'hiver, installer des câbles pour que les piétons puissent s'y accrocher.

Architectes, designers, concepteurs... who cares ? - Tous, sauf de rares exceptions, des morons ou des rêveurs.

Vous savez ce que je pense d'eux et des artistes-coiffeurs, des coloristes, des décorateurs intérieurs et de tous ces gens qui sont convaincus être des dons de Dieu à l'humanité. - Pour la dixième fois, je vais vous le répéter : "Un artiste, un véritable artiste, est une personne qui vous donne une autre vision de la réalité, pas un ou une des ces êtres qui sont convaincu(e)s qu'ils ou qu'elles savent si tel ou tel costume vous va bien. Eux, ce sont, dans les meilleurs cas, des artisans. Et la plupart de ceux que j'ai connus, n'étaient que des êtres avec des talents très approximatifs."

Tenez :

Le bonhomme qui a cru qu'au dix-neuvième siècle, il fallait retourner chez les Grecs pour construire une demeure respectable et, avec une telle approche, a fini par faire accepter aux gens qui en avaient les moyens qu'une demeure n'était pas une demeure si elle n'avait pas, en façade, des colonnes doriques et un large porche ; c'est ce qui a fait qu'à une certaine époque toutes les grosses fortunes (les "big vegetables" de Copernique - voir sa chronique du numéro précédent) avaient l'air d'habiter une banque.

Rien n'a changé depuis. Par exemple :

Je ne connai pas le nom de cet architecte ou de ce designer qui a imaginé, pour prouver qu'il a avait du goût, les marches du "Nouveau Musée des Beaux-Arts" à Montréal (celui en face de l'entrée originelle). Existent depuis des millénaires, des mesures qui ont fait leurs preuves en ce qui a trait à la largeur et la hauteur des marches et contremarches et qu'on retrouve dans des centaines de milliers d'édifices, érigés depuis des siècles et des siècles, mais ce n'était pas assez. Il a décidé que c'était temps que ça change... enfin : que le gabarit de la population change, car, à moins de mesurer 1.28 ou 2.77 mètres, il est impossible de monter son escalier intérieur sans faire un pas et demi ou deux petits pas par marche. Magnifique !

Je vois, depuis quelque temps, sur le célèbre Plateau Mont-Royal (dont le prix des taudis - parce que 50% des logements sur le Plateau sont des taudis, propres et bien entretenus, mais néanmoins des taudis - dépassent toute logique), des structures dont les planchers ont, à certains endroits, plus de 5% de pente dans toutes les directions. - Doit avoir un de ces dons-de-Dieu à l'hôtel de ville local qui a déclaré que cela faisait partie du patrimoine mondial. - Pas réalisé, encore, que son Plateau est construit sur de la glaise et qu'il s'en va à la dérive.

Et puis y'a ceux qui s'occupe de la restauration de maisons victoriennes, à Westmount, ou ailleurs.

J'ai vécu ma jeunesse dans une maison victorienne. Malheureusement, cinquante, soixante ans après la mort de la reine Victoria. Jamais connu un concept si peu adapté à la vie moderne. Je souhaite bonne chance à ceux qui les habiteront avec l'avenance de "duty free" et autres cochonneries . Ça m'a fait penser à ces grilles en fer forgé qui entourent certaines églises, édifices gournementaux ou de "large companies" qu'on retrouve un peu partout dans le monde. Mêmes immondices impossibles à retirer ou à nettoyer.

"Mais qui a eu l'idée d'installer des choses semblables dans de tels endroits ?" ai-je pensé et j'ai trouvé : des architectes. Ceux-là même qui n'ont jamais pensé que le vent existait et qu'à force d'ériger des gratte-ciel dans les centres-villes, il a fallu, dans certaines villes, pour passer de l'un à l'autre, l'hiver, installer des câbles pour que les piétons puissent s'y accrocher.

Architectes, designers, concepteurs... who cares ? - Tous, sauf de rares exceptions, des morons ou des rêveurs.

Vous savez ce que je pense d'eux et des artistes-coiffeurs, des coloristes, des décorateurs intérieurs et de tous ces gens qui sont convaincus être des dons de Dieu à l'humanité. - Pour la dixième fois, je vais vous le répéter : "Un artiste, un véritable artiste, est une personne qui vous donne une autre vision de la réalité, pas un ou une des ces êtres qui sont convaincu(e)s qu'ils ou qu'elles savent si tel ou tel costume vous va bien. Eux, ce sont, dans les meilleurs cas, des artisans. Et la plupart de ceux que j'ai connus, n'étaient que des êtres avec des talents très approximatifs."

Tenez :

Le bonhomme qui a cru qu'au dix-neuvième siècle, il fallait retourner chez les Grecs pour construire une demeure respectable et, avec une telle approche, a fini par faire accepter aux gens qui en avaient les moyens qu'une demeure n'était pas une demeure si elle n'avait pas, en façade, des colonnes doriques et un large porche ; c'est ce qui a fait qu'à une certaine époque toutes les grosses fortunes (les "big vegetables" de Copernique - voir sa chronique du numéro précédent) avaient l'air d'habiter une banque.

Rien n'a changé depuis. Par exemple :

Je ne connai pas le nom de cet architecte ou de ce designer qui a imaginé, pour prouver qu'il a avait du goût, les marches du "Nouveau Musée des Beaux-Arts" à Montréal (celui en face de l'entrée originelle). Existent depuis des millénaires, des mesures qui ont fait leurs preuves en ce qui a trait à la largeur et la hauteur des marches et contremarches et qu'on retrouve dans des centaines de milliers d'édifices, érigés depuis des siècles et des siècles, mais ce n'était pas assez. Il a décidé que c'était temps que ça change... enfin : que le gabarit de la population change, car, à moins de mesurer 1.28 ou 2.77 mètres, il est impossible de monter son escalier intérieur sans faire un pas et demi ou deux petits pas par marche. Magnifique !

Je vois, depuis quelque temps, sur le célèbre Plateau Mont-Royal (dont le prix des taudis - parce que 50% des logements sur le Plateau sont des taudis, propres et bien entretenus sont néanmoins des taudis - dépassent toute logique), des structures dont les planchers ont, à certains endroits, plus de 5% de pente dans toutes les directions. - Doit avoir un de ces dons-de-Dieu à l'hôtel de ville local qui a déclaré que cela faisait partie du patrimoine mondial. - Pas réalisé, encore, que son Plateau est construit sur de la glaise et qu'il s'en va à la dérive.

Et puis y'a ceux qui s'occupe de la restauration de maisons victoriennes, à Westmount, ou ailleurs.

J'ai vécu ma jeunesse dans une maison victorienne. Malheureusement, cinquante, soixante ans après la mort de la reine Victoria. Jamais connu un concept si peu adapté à la vie moderne. Je souhaite bonne chance à ceux qui les habiteront.

***

072 - 2013-08-05 - Ceux qui disent que la meilleure cuisine, c'est celle de leurs mères...

... n'ont pas connu la mienne.

J'entendais dire, encore hier, que tous les goûts sont dans la nature, mais il y en a, je crois, qui, lorsque la déesse de la cuisine est passée, devaient être chez Canadian Tire ou chez RONA. Celui qui, par exemple, a eu l'idée, un jour, de mélanger câpres et saumon fumé ; le génie qui a créé la poutine ; ou l'autre qui a pris du café et en fait une chose imbuvable, à l'Américaine.

      

En ce qui a trait à ma mère, elle n'était peut-être pas chez Canadian Tire ou chez RONA, ou même au Dol-O-Rama, mais elle ne devait pas être loin.

Je vous l'ai déjà dit, j'en suis certain : j'ai découvert que j'avais un sens olfactif et que les nourritures avaient toutes des saveurs différentes quand j'ai commencé, vers l'âge de quinze ans, à fréquenter les restaurants, car maman, Dieu ait son âme, était une mauvaise - que dis-je ? - une exécrable cuisinière. Encore aujourd'hui, je suis convaincu qu'elle avait appris son métier chez des descendants des Borgia. Tout ce qu'elle nous faisait était fade ou insipide et goûtait à peu près la même chose, que ce soit un rôti de porc, un steak, des aubergines ou un plat de nouilles. Passé au blender, les yeux fermés, nous n'aurions jamais su ce que nous mangions. Elle devait avoir, parmi ses instruments de cuisine, un désaveuriseur. C'est ainsi qu'aux premiers de notre mariage, ma femme trouvait fort curieux que, lorsque, invités chez mes parents, surtout pour le traditionnel souper du Jour de l'An, je me faisais un sandwich avant de m'y rendre. Après deux, trois de ces "soupers", elle finit par comprendre et se mit à se mettre quelque chose sous la dent avant de quitter la maison. Une chose, quand même, que ma mère faisait à la perfection : sa graisse de rôti. Facile à comprendre, une fois qu'elle en avait fini avec la cuisson d'un rôti, tout ce qui aurait pu être bon s'était ramassé dans le fond de la cocotte. Oui : de la cocotte, car mon père, quand même, avait voulu lui donner toutes les chances.


Objet décoratif, dans la cuisine, du temps que j'étais jeune
(On époussetait régulièrement)

Après ma séparation, j'ai vécu avec une pseudo-italienne qui se disait telle parce que sa grand-mère maternelle était née quelque part en Calabre. (Elle en profitait pour prononcer de façon différente son nom de tous les siens.) Elle était convaincue d'être une bonne cuisinière car elle se servait d'huile d'olive (vierge, première presse, etc. - lire : "dispendieuse"), de vinaigre (balsamique, inutile de préciser), de tomates en provence d'un tout petit village près de Vintimigli en Italie, de curcuma longa (sorte de gingembre importé à grands frais de l'Île de la Réunion) et de thym (en provenance d'un monastère près de Nice), ce qui fait que tout goûtait la même chose. Puis j'ai connu, ensuite, et encore aujourd'hui, une femme sans pareil pour faire à manger, que nous prenions au début des concours à savoir qui ferait la meilleure soupe aux pois, la plus délicieuse mousse de saumon, le plus savoureux des desserts. Nous gagnions à tour à tour de rôle car celui qui écrit ces lignes a, tout de même, appris à cuisiner.

La toque, cependant, outre aux grands cuisiniers (ce que j'ai pu en connaître, avec elle, lors de mes voyages en France !), revient à mon ex., celle que j'ai mentionnée ci-dessus, à tel point que - nous nous fréquentons encore -, j'apporte souvent de ses plats cuisinés à la maison. La seule femme au monde que je connaisse qui, à l'odeur, peut détecter la constitution de tout ce qu'on lui sert.

Son chef-d'oeuvre :


Un jarret de veau braisé au vin blanc à la sauce tomate garni de gremolata (ail, persil et zeste de citron) servi sur risotto à la milanaise parfumé au safran.

(Mais vous devriez gouter à ses poires Wanamaker.)

Quand je ne cuisine pas , je fréquente des restaurants où, après avoir fait "le tour du menu", je retiens deux ou trois plats parmi les meilleurs et je ne m'en tiens qu'à eux. C'est ainsi que je mange mes pâtes chez X, mon veau chez Y, mon steak chez Z et ainsi de suite. À certains endroits, on ne me demande plus ce que je désire  : on me l'apporte tout simplement.

C'est lorsque je me retrouve dans une ville que je ne connais pas, particulièrement aux États-Unis, que je suis désemparé. Je me rabats alors chez ce qui semble être un "Italien" respectable. J'en connais quelques-uns, un à Tucson en Arizona, un à Chicago, et puis, deux à Québec et, pas loin d'ici, un autre, à Kingston, en Ontario (où, soit dit en passant, la machine à expresso est en réparation depuis dix ans). Curieusement, je n'en ai pas encore trouvé un à New York, sauf qu'on y trouve des delis incroyables. Quant à Montréal, ceux que je fréquentais - je parle des restaurants italiens (il y en avait trois) -  ont tous fermé leurs portes et mes excursions dans la "Petite Italie" (boulevard St-Laurent, au sud de Jean-Talon) n'ont pas encore porté fruit.

Mais je sais où manger de la pizza : à la pizzeria Dei Compari, rue St-Denis, un peu au nord de la rue Émery, côté ouest, en face du McDo (ou de l'Île Noire, si vous préférez). Et, jusqu'à présent, tout ce que j'ai mangé au Dièze Onze, 4115A rue St-Denis (côté est, entre Duluth et Marie-Anne) s'est avéré digne d'un grand restaurant. - Et comme j'habite le coin, je peux aller aux deux endroits à pied. Génial. (Recommandations non sollicitées.)


(C) Jean G. (http://www.yelp.ca/)

Si j'aime le fast-food ? Demandez à n'importe qui qui a voyagé toute sa vie s'il aime le fast-food : tous ceux à qui je l'ai demandé m'ont tous dit qu'ils en ont mangé des centaines de fois. Personnellement, j'ai un penchant pour les sous-marins (SubWay), les frites (en Belgique !) et tout ce qu'on sert dans les Automatiek des Pays-Bas (particulièrement leurs kokets faites de pommes de terre de boeuf haché, parfois de poisson, de petits légumes et d'une sauce soit brune, soit béchamel, enrobées dans de la panure et frites - 100% cholestérol).

La capitale gastronomique du monde connu ? Bologne, en Italie. Si vous passez dans le coin, réservez une table (il n'y en a qu'une vingtaine) chez All' Osteria Bottega pour ses Tagliatelle al ragu bolognese, servi avec du parmiggiano-reggiano. - Hé : Bologne et au centre de cette région du monde qui nous a donné, outre ce parmigiano-reggiano, le mascarpone, la mortadella, le prosciutto, les tortellini, les tagliatelles et, sans contredit un des plus grandioses plats de tous les temps, la lasagne al bolognese.


Méfiez-vous des imitations !

Finalement, je m'en voudrais de ne pas souligner une des grandes nouvelles dans le domaine alimentaire : McDo sert, depuis quelque temps du vrai café. Dire que dorénavant, aux USA - et je suppose partout dans le monde -, l'on pourra boire quelque chose qui se rapproche des tout petits cafés qu'on vous sert partout en France et en Italie pour à peu près le même prix..

Simon

Note : Cette chronique vous est parvenue de Secausis, New Jersey, définitivement pas la capitale gastronomique du monde connu... quoiqu'un ami m'a dit y avoir mangé un piccata al limone pas mauvais du tout.


Campenellos Deli Pizzeria
51 County Ave.
South Secaucus
New Jersey

Bonne appétit !

Simon

***

071 - 2013-07-22 (a) - Pauvres libraires !

(Vieux discours mais toujours à la mode.)

Et après ça, on me demande pourquoi la moutarde me monte si souvent au nez :

La semaine dernière, quelqu'un m'a indiqué un lien vers, si je me souviens bien, le journal "La Presse" où un article disait que "Les ventes de livres avaient reculé de 4 % au Québec en 2013." (Ou était-ce en 2012 ? - Aucune importance.)

De quels livres ? Des livres de cuisine de Ma tante Jeannette ? Des éditions de luxe de Tite-Live ? Des livres table à café de photos d'expéditions en Himalaya ? Est-ce qu'on parlait des ventes de librairies comme Renaud-Bray qui se spécialisent de plus en plus dans les bibelots ? - Est-ce qu'on parlait de livres en papier ou de livres électroniques ?

Je sais que je vais parler pour ne rien dire, mais les livres, ceux en papier, n'existent que depuis, à peine 400 ans... Qu'avant, seuls quelques privilégiés, d'abord savaient lire, et puis avaient suffisamment d'argent pour s'acheter des copies rédigées dans un quelconque monastère à des prix qui, en argent d'aujourd'hui, par copie, devaient coûter le revenu mensuel d'une librairie. (Je ne parle pas de la FNAC pour qui il en faudrait deux.)

Je me suis débarrassé de la moitié de ma bibliothèque au cours des dernières années, si ce n'est pas des deux tiers. Auprès de personnes qui étaient prêtes à mettre leurs âmes en jeu et jurer que leurs livres-papier allaient durer jusqu'à la fin des temps.

Nous sommes au 21e siècle ! Les forêts qu'on a abattues depuis deux, trois cents ans pour imprimer des insignifiances comme les romans Harlequin, les oeuvres complètes d'auteurs aujourd'hui inconnus, ne seraient-ce que les seuls romans publiés au Québec depuis cent ans... devraient faire bondir les environnementalistes qui hurlent quand, dans une petite ville, comme cela c'est produit récemment, on fait disparaître 50 citoyens et une soixantaine de maisons ou commerces.

Vous vous souvenez de bottins téléphoniques? Et ben voilà.

Me reste une couple de dictionnaires à la maison dont un exemplaire du dictionnaire encyclopédique Larousse (en six volumes) dans lequel j'ai passé mon enfance : un souvenir. Je ne sais pas si je l'ai ouvert deux fois au cours des derniers deux ans. Il est beau, cuir rouge et contient des images d'un temps révolu, avec ses dix satellites autour de Jupiter (qui en possède maintenant soixante-six). (*)

Vous aimeriez recevoir une version de ce Castor - entre 15 et 18 pages - "hebdomadairement" ? - Multipliez chaque exemplaire par six à dix mille lecteurs, plus la base de données, le personnel pour s'en occuper, le papier, l'encre, la manutention, les lécheurs de timbres et dites-moi si ça vous convient.

Y'a une absurdité vers laquelle les éditeurs (**), les distributeurs, les transporteurs, les libraires (et leur personnel) ne semblent pas oprendre conscience..

Y'a toujours une solution : interdisons les iPads, Kobo, Sony Readers et autres gadgets dits "électroniques" - ces voleurs de revenus -  , fermons l'Internet et ouvrons des bibliothèques dans tous les bleds, patelins, villages et villes du monde entier. Reste encore des arbres au Brésil et l'on en plantera d'autres.

Faudrait aussi abolir les documentaires qu'on peut voir gratuitement à la télé (genre : "The Civil War" de Ken Burns) qui, avec images et sons, décrivent un épisode de l'histoire américaine qui mériterait beaucoup plus d'être analysé via une quinzaine de volumes.

Reste à savoir si l'on devra déposer dans toutes ces bibliothèques une édition latin-français de Caton l'ancien, de Salluste ou de Sénèque.

Simon

(*) Larousse du XXe siècle publié de 1927 à 1933 sous la direction de Paul Augé (1881-1951) dont chaque tome contient, en moyenne, 35 000 arrticles, 7 500 gravures ou cartes et 70 planches hors textes. - Paris, Librairie Larousse, 13-21 rue Montparnasse et 114 boulevard Raspail.

(**) Je ne me souviens plus qui disait qu'au fil des ans, on avait condamné à mort plus d'écrivains que d'éditeurs...

***

071 - 2013-07-22 (b) - Monsieur mon passé

Attention : Jeff Bollinger, s'il avait mon âge, pourrait très bien avoir écrit ce qui suit.

Ma grand-mère maternelle est née, croyez-le ou non, le même jour et la même année qu'un certain Adolf Hitler : le 20 avril 1889. - Ne vous en faites pas : la seule chose qu'ils ont eu en commun fut une moustache. - Décédée en 1983 (à 94 ans), elle a connu, au cours de son existence, l'avènement du téléphone domestique, du phonographe, de l'automobile, du cinéma muet puis sonore, de l'aviation, de la radio, de la télévision et même du transistor (lire : Walkman, calculette et ordinateur) et j''en passe : deux Grandes Guerres, des hommes sur la lune, la bombe atomique et Dieu sait quoi d'autres. Sa grand-mère, née en 1834 disait avoir connu une dame qui avait, de son vivant, vu et parlé à Louis XVI !

Quel le nom de cet écrivain, né en 1900, dont le père était, à ce moment-là, était assez âgé et dont son père était lors de sa naissance, encore plus âgé, étant né en 1788... Il écrivait dans son journal, vers 1930, qu'étant allé voir une de ses tantes, elle lui avait dit qu'il n'avait pas connu l'avant-guerre. "Un peu, tout de même" lui avait-il répondu. "C'était si beau, avait-elle continué, de voir l'empereur avec ses chevaux !" - Elle parlait, naturellement, de celle de 1870. - Plus loin, il écrivit que s'il réussissait à atteindre soixante-dix ans et qu'il dirait que son grand-père est né avant la Révolution Française, on le prendrait pour un fou. Or, il est décédé en 1999, à l'âge vénérable de 99 ans !

Il y a des curiosités comme celle-là.

À la maison, j'ai une photo de mon père, né en 1910 ; en culottes courtes, avec des bas qui lui remontent jusqu'à la mi-cuisse et une boucle d'au moins 20 centimètres autour d'un col blanc. Quand je la regarde, j'ai l'impression qu'il appartenait à un tout autre siècle. Il a vécu pourtant dans le mien, ayant même flirté avec un ordinateur avant de mourir. Tout de même assez incroyable puisque sa mère est née en 1878 et son père en 1874, l'année où Verlaine publia ses Romances sans paroles et Victor Hugo, son dernier roman, Quatrevingt-Treize (*), le roman favori de Staline - soit dit, en passant -, un fervent admirateur de son inflexible personnage central, Cimourdin, et - tant qu'à être dans les curiosités - le premier roman que j'ai lu du vieil Hugo.

Je pensais à tout cela la semaine dernière lors d'une rencontre avec des collègues dont deux sont à la retraite, deux encore actifs et un jeunot de cinquante ans qui est venu nous rejoindre.

"Mais comment travaillait-on ?" demanda l'un d'entre-nous, encore actif, "Nous n'avions ni calculette, ni téléphone portable, même pas un fixe dans nos autos, pas de logiciel de traitement de texte, pas de chiffriers." - "Même pas de photocopieuse !" renchérit un autre. - "Personnellement, rajoutai-je, j'ai connu les règles à calculer, les livres de logarithmes et j'ai été un des premiers à posséder un téléavertisseur !" - Pas osé mentionner la Gestetner que nous utilisions quand il fallait produire un rapport en plusieurs exemplaires (avec ces stencils, calamité s'il en était une).

Et y'a les autos. J'en ai connues de toutes sortes. La mienne, en ce moment, a sept ans et quand je monte à bord d'un modèle plus récent, j'ai l'impression qu'elle a en vingt. Mon ex-secrétaire, car je n'en ai plus, conduit une voiture dans laquelle son téléphone portable se branche automatiquement et, dernièrement, j'en ai louée une avec un système GPS intégré ! - Pardon : un système de géolocalisation.

Je disais à l'instant que mon père venait d'un autre siècle : je suis d'un autre siècle   avec ma montre-bracelet que je dois remonter tous les soirs, mes crayons à mine, ma plume-fontaine, mes agendas de chez Smythson (de Londres) et mon téléviseur de 21 pouces...

Simon

(*) Et non Quatre-vingt-treize, comme on le lit trop souvent.

***

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