Les chroniques de Simon Popp

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No. 101 à 110

(Du 3 août 2015 au 2 mai 2016)

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110 - 2016-05-02

Manducare

N'ayant pas reçu la dernière édition du Hansard et n'ayant pas à la main un numéro récent du Gotha, c'est sur une boîte de céréales, un pot de confiture et un demi-litre de lait que j'ai étanché, vendredi dernier, mon insatiable soif de lecture. En deux mots, voici ce que j'ai trouvé (en ordre alphabétique) : Calcium : 4% : Cholestérol : 20 Mg. ; Glucides : 30% : Lipides : 8% ; Lipides saturés : 18% ; Potassium : 9% ; Vitamines A, B, C. et D : 55%... le tout suivi de mots tels que : fibres, magnésium, mono et polyinsaturés, niacine, oméga (3 et 6), protéines, riboflavine, sélénium et sodium.

Tout cela dans des produits qu'il me fallait, jeune, consommer jusqu'à deux et même trois fois par jour.

Je me suis souvenu du temps où, au collège, j'avais lu sur une affiche : "KIK, the body builder". - Vous ne me croyez pas ? Tenez, voici une pub de la même époque :

Oh, ce n'était pas la première fois qu'il m'arrivait de prendre mon petit déjeuner à l'hôtel, mais, entre le Journal de Montréal et une boîte de Spécial K, j'ai toujours cru que... Et c'est ainsi que j'en suis rendu, aujourd'hui, à faire mon marché en lisant pendant une heure la liste des ingrédients d'aliments que j'ai consommés pendant des années en me répétant sans cesse qu'avec tout ce que j'ai mangé, bu ou tout simplement regardé, je suis décédé il y a une quinzaine d'années.

Là-dessus, Paul qui jure ne boire que trois ou quatre bières, quelques verres de vin et une douzaine de bouteilles de vodka (à condition qu'elle n'ait aucun goût)... par année, sera parfaitement d'accord.

Et dire que, hier matin, j'ai versé du sirop d'érable artisanal sur mes céréales. Artisanal ! - J'ai pensé à ma dernière visite à une cabane à sucre et je me suis dit que je n'étais vraiment pas prudent ; que je faisais pas attention à ma santé..

Heureusement que j'ai toujours, dans ma pharmacie, de l'Alka-Seltzer, du Bromo-Seltzer, de la poudre pour l'estomac et quelques autres contre-poisons car, en plus, on vient de me dire que tous les poissons que j'achète depuis des année contiennent du plomb. Mais le plomb, ce n'était pas, il y a quelques décennies, quelque chose de bon pour le cerveau ? - Enfin : c'était bon pour les dents et pour souder les tuyaux de plomberie.

Et me voilà, tout à coup, en train penser qu'une des recettes favorites d'une de mes tantes était composée de fruits en conserve mélangés avec du Jell-O...

J'ai dit 15 ans ? Je me suis trompé : c'est 20 ans que j'aurais dû écrire.

***

Avocasseries

"Je vais consulter mon avocat et s'il me dit que vous
avez raison, je vais consulter un autre avocat.
"    
(Groucho Marx)

Nous les connaissons tous, ces avocats véreux, plus intéressés à étirer leurs causes et charger le maximum à leurs clients et ce, le plus longtemps possible, sauf que je n'en ai jamais rencontré un.

Par contre, j 'en ai rencontré des pires : des minus - pardon : des imbéciles - si imbus de leur personne, si convaincus de la supériorité de leur intelligence qu'ils ne se sont jamais aperçu que leur actions, motions, plaidoiries ne faisaient qu'ajouter de l'huile sur des feux qu'ils avaient contribué non seulement à allumer (à partir d'obscurs paragraphes contenus dans des codes de lois dont ils étaient les auteurs), mais, souvent à les entretenir ne comprenant pas les intérêts de tous et chacun.

Il y en a trois types :

Les bons qui ne mêlent que de l'aspect légal des choses.

Les mauvais qui exigent des enquêtes extrêmement complexes pour la moindre cause et à qui je me souviens un client aurait dit : "Maîtres, si nous savions tout, vos services ne seraient pas requis."

Et les très mauvais qui se croient aptes à comprendre tout, du fonctionnement d'un moteur hors-bord à l'opération de grues en passant par la mécanique quantique et qui remettent continuellement en doute leurs propres experts.

Je me suis même laissé dire qu'il y avait plus d'avocats dans le District de Washington aux USA que dans tout le Japon.


Vatfair, Planter, Hencourt et Associés
Avocats
Tour Marshaluk, Suite 3000
Napierville - Quartier Universitaire

***

D'un expert à l'autre

Je n'ai aucune idée du nombre de nos lecteurs qui exercent, pratiquent ou occupent un certain métier, une certaine profession ou une fonction quelconque, s'ils sont employés, chefs de service ou directeurs de leur propre entreprises, mais je sais une chose : que, s'ils sont compétents ou le moindrement experts dans ce qu'ils font, ils en sauront toujours moins que ceux qui, après avoir lu un article dans un journal, s'être renseignés auprès de "spécialistes", ont lu le dernier best seller ou regardé deux émissions sur un obscure chaîne, forcément en connaissent plus qu'eux.

Sur : comment renouveler un bail, conduire une voiture, quelle sorte de contrat d'assurance auquel l'on doit souscrire, comment fonctionne la justice, quelles sont les meilleurs marques de commerce pour un ordinateur, une télé, un grille-pain et une cafetière Bodum.

J'en ai connu plusieurs : un abstème qui savait tout sur le vin, un comptable qui faisait des projections de ventes en utilisant la méthode des moindres carrés et qui ne compenait pas que, dans un espace donné, on ne pouvait pas doubler continuellement la clientèle, un spécialiste en best-sellers qui ne lisait que les comptes-rendus, un expert en assurance dont une cousine avait déjà formulé une demande d'indemnité, une véritable sommité en transactions boursières qui n'avaient pas les moyens de se payer un café...

Attention cependant à ceux qui proviennent du champ gauche et qui, comme on dit à Marseille, n'ont pas le parler de tout le monde.

Suffit de mentionner, au passage, les technocrates d'IBM qui n'ont jamais vu venir Microsoft ; des génies de BlockBuster qui ont ri de Netflix ; des têtes dirigeantes d'Apple qui ont sousestimé Samsung ; de Microsoft, même, qui était certain d'être éventuellement les maîtres de l'Internet. C'était avant avant Google.

Permettez-moi de ne pas citer GM, RCA Victor, Texaco, K-Mart, Nortel, Lehman Brothers et, plus localement, Dupuis Frères, Steinberg, et Eaton... Mais tandis que j'en suis là, comment se portent les éditeurs et les libraires ? Aussi bien que les disquaires ?

Pour ma part, je suis un grand expert... en scepticisme.

***

 Et finalement, René

Je n'ai pas osé en parler plus tôt car je me serais fait qualifier de rabat-joie, d'empêcheur de tourner en rond, de... trouble-fête (sic), mais, entre vous et moi, faire des funérailles nationales pour un ex-mauvais chanteur, un ex-mauvais-acteur, un ex-impresario de talents aussi remarquables (et inoubliables) que ceux de Johnny Farago, René Simard et Patrick Zabé, marié, en premières noces avec Denise Duquette, en deuxième noces avec Anne Renée et puis finalement manager (et mari, après l'annulation de ses deux premiers mariages) de Céline Dion, connu comme étant un joueur de poker de tout premier ordre, je me suis demandé ce qu'on pourrait faire de mieux la prochaine fois.

Simon

***

109 - 2016-04-04

Écrire...

En exergue, le numéro précédent du Castor insérait une de mes citations favorites :

"Comme Coleridge, j'ai toujours su, dès mon enfance, que
mon destin serait littéraire. Je ne savais pas alors que -   
comme le pensait Emily Dickenson - la publication n'est   
pas la partie essentielle du destin d'un écrivain.
             
(Jorge Luis Borges - Genève, 19 mai 1986)

Si ce n'est pas pour publier, pourquoi alors écrire ? - Une seule réponse : pour mieux lire !

Je ne sais pas si je l'ai déjà mentionné, mais j'ai toujours trouvé étrange que tous les amateurs de sport que j'ai connus n'ont jamais pensé à jouer au tennis, au golf ou tout simplement à faire du jogging sans suivre une série de cours ou de leçons ou, à tout le moins, se renseigner sur la façon dont ils doivent tenir une raquette ou un fer, ou encore le genre de chaussures qu'ils doivent porter alors que, pour lire, tous et chacun s'imaginent qu'il suffit de savoir déchiffrer des lettres pour lire.

Lire, combien de fois faut-il que je le répète, n'est pas une activité naturelle. Ce n'est pas parce qu'on a lu "Longtemps, je me suis couché de bonne heure" (voir la note, à la fin) qu'on a compris ce que ces quelques mots signifient car  ils sous-entendent  au moins trois autre choses : "Pourquoi leur auteur s'est-il couché de bonne heure ?", et "Longtemps", par dessus le marché ? Et, ce qui est encore plus significatif : "Pourquoi a-t-il cessé ?".

Des exemples, comme celui là, il en existe des centaines. Personnellement, je les collectionne. En voici quelques uns tirés de romans autobiographiques ou de véritables autobiographies :

"Je suis né dans un monde qui regardait en arrière." - Jean d'Ormesson - Au plaisir de Dieu - 1974.

"My father’s family name being Pirrip, and my Christian name Philip, my infant tongue could make of both names nothing longer or more explicit than Pip. So, I called myself Pip, and came to be called Pip." - Charles Dickens - Great Expectations - 1861.

"I was born Ivan Kachuk, in the Ukraine, in 1933." - David Klaczko - More Tea, Sir Phillips ? - 2003. - Notez le titre !

"Je naquis le 22 novembre 1869." - André Gide - Si le grain ne meurt - 1926.

(Faut dire que le "Introibo ad altere Dei" de l'Ulysses de James Joyce - 1922 - demeure une belle réussite.)

Grâce à eux, je crois avoir souvent deviné, dès ses premières lignes, si un récit valait la peine d'être lu, si l'auteur était un bon écrivain, si la suite allait m'intéresser. - Cela m'a valu bien des engueulades car on m'a souvent reproché de juger la valeur de certains écrits trop rapidement. Je ne jugeais pas : je condamnais, point à la ligne. - Mon attitude vis-à-vis la littérature, qu'elle quelle soit, a été très jeune, est encore et sera toujours la même :

Qu'il soit génial, qu'il ait des idées nouvelles, qu'il parle de n'importe quoi, on ne lit pas des auteurs qui ne savent pas écrire et l'on ne lit pas les livres-fétiches de ceux qui ne savent pas lire.

Apprendre à lire ? - Oui : il faut apprendre à lire et pour ce faire, je n'ai connu qu'une seule méthode que j'ai trouvée idiote au départ, mais qu'avec le temps, j'ai beaucoup appréciée. Elle se résume à ceci : pour bien lire, il faut apprendre à écrire et - entendons-nous - non pas à rédiger le roman du siècle ni une thèse sur l'apport du sanskrit dans le théâtre contemporain, mais écrire ce que l'on pense et seulement ce que l'on pense sans se faire emporter par les mots ou des bouts de phrase qui nous amènent ailleurs.

C'est un de mes vieux professeurs qui m'a indiqué comment :

D'abord, il faut trouver un passage dans un livre et le décortiquer complètement en composant un nouveaux texte, en exprimant une nouvelles idée, à partir du format, des phrases, des mots, jusqu'à la ponctuation, et souvent même le nombre de syllabes de ce passage. - Appelez ça comme vous le voulez, mais mon vieux professeur disait tout simplement qu'il s'agissait d'exercices de style. - Le problème, dans son cas, c'est que ce n'était pas ses élèves qui choississaient leur textes mais lui et lui, comme ses auteurs favoris étaient Châteaubriand, Balzac et Maupassant... - Son préféré était Hugo. - Ce que j'ai pu bûcher sur des sections complètes des Misérables.  - Mais grâce à cette méthode j'ai appris à non plus à lire des mots ou des phrases, mais à comprendre le sens véritable et souvent caché de phrases et de paragraphes tout entiers. En même temps, j'ai appris comment certains auteurs exprimaient leurs idées, quitte à inventer une nouvelle façon d'écrire.

Lecture rapide ?

J'ai suivi UN cours de lecture rapide et ne me suis pas présenté aux cours suivants car je n'avais pas l'intention de devenir une bête de cirque. Vous avez dû en voir à la télé de ces lecteurs qui peuvent lire un volume de 300 pages en quelques minutes. et qui peuvent vous les résumer en deux ; si non, vous en trouverez sur YouTube, y compris des cours completsde "lecture rapide".

Les techniques varient peu, d'une méthode à l'autre :

On vous enseigne à vous renseigner sur le livre que vous voulez lire, avant même de l'ouvrir, en lisant les faire-valoir, les tables des matières, les titres des chapitres, les préfaces et même des résumés tout en vous renseignant sur l'auteur, sa manière d'écrire et ainsi de suite. C'est l'objet d'une leçon.

Une deuxième consiste à ce que l'on pourrait appeler l'escamotage, d'abord de mots, puis de phrases, de paragraphes et même de chapitre entier. - Dans un roman policier, par exemple, on vous conseille de lire attentivement le premier chapitre, puis de ne lire que les premières phrases des paragraphes contenus dans les chapitres suivants (sauf le dernier) tout en sautant peu à peu tous les dialogues et, finalement, de terminer avec le dernier dans lequel en lisant en diagonale en ne cherchant qu'à trouver le nom du meurtrier et comment il en est arrivé à commettre son crime. Ce en diagonale fait l'objet d'une troisième leçon.

Les leçons suivantes sont plus complexes ou, si vous préférez, plus techniques : apprendre à élargir son champ de vision pour absorber des groupes de mots plutôt que des mots individuels ; apprendre à saisir d'un coup d'oeil le sens d'un paragraphe entier ; apprendre à lire différemment les récits, les autobiographies, les livres d'histoire, de philosophie, etc.

Toutes ces techniques ne sont pas inutiles pour, par exemple, lire les journaux, les magazines ou des comptes-rendus ; des rapports même ; mais j'ai beaucoup de difficultés à les croire vraiment utiles pour lire des livres d'auteurs dont la langue, en elle-même, fait partie intégrante de leurs écrits, i.e. : on ne lit pas Marcel Aymé en diagonale, ni Shakespeare, ni Racine, ni Corneille ou Molière sans écouter en son for intérieur la musique de leurs vers, ni John Le Carré sans chercher à découvrir la psychologie de ses personnages.

Proust - mon auteur-fétiche - est, à ce niveau d'une grande qualité. Ses phrases sont longues, ses paragraphes, ses sauts dans le temps et certaines de ses descriptions - sans compter ses nombreux apartés - sont si complexes qu'il faut le lire lentement et avec beaucoup d'attention, quitte à revenir sur différents passages car son écriture fait partie de son récit : elle est utilisée, justement, pour ralentir le lecteur de telle sorte qu'à la fin de 3,000 pages, tout comme son narrateur il aura évolué dans le temps pour se retrouver, à la fin, différent de ce qu'il était au début. Pourquoi, pensez-vous, que son roman s'intitule "À la recherche du Temps perdu" ("T" majuscule) ?

En bref : la lecture, tout comme l'écriture, la peinture, la sculpture, la musique, est un art et l'on ne devient pas un amateur d'art sans un certain apprentissage.

Un dernier truc, mais celui-là, je l'ai appris tout seul : lisez un texte, relisez-le ensuite en traduction et essayez de reconstruire la phrase originelle. - Un vrai délice.

Et tant qu'à y être, je vous propose un texte à adapter pour traduire une pensée, mais pas n'importe laquelle : la vôtre. Vous en aurez pour quelqques heures, mais ce que vous allez découvrir en vaudra la peine.

Parole de celui qui vous écrit.

"Il y avait sur la table de la salle à manger un objet suspect que nous regardions tous avec un mélange de curiosité et d'agréable effroi. C'était une petite cloche de fer que Papa avait trouvé un jour chez un antiquaire et qui lui avait paru intéressante. Intéressante, elle l'était bien. La poignée représentait ni plus ni moins que Satan, debout, les bras croisés, corne au front et la queue enroulée autour de ses pieds. La clochette elle-même était composée d'une sorte de cloître furieusement gothique entre les colonnes duquel volaient des diables à ailes de chauve-souris. Tout cela fort noir avec des reflets couleur de plomb. Lorsqu'on appelait Satan, la bonne arrivait."

("Partir avant le jour" - Julien Green - Bernard Grasset - 1963)

Simon

P.-S. (Pour rire) : Pour le "Longtemps, je me suis couché de bonne heure", si je vous disais que c'est grâce à ce bout de phrase que j'ai appris qu' il n'y a pas de passé duratif en français comme il y en a dans d'autres langues, en particulier l'aoriste du grec ancien. Cela n'empêche pas le passé duratif d'exister dans la pensée des gens. Ils sont simplement privés de la possibilité de l'exprimer en français de manière simple.

Note : Pour les rares ceux qui ne savent pas, "Longtemps, je me suis couché de bonne heure" est la première phrase de "À la recherche du Temps perdu" de Marcel Proust.

***

Lire ?

Oubliez tout ce que je viens de vous dire. Parce que, si vous ne faites que déchifrer des lettres et ne voir en elles que des mots, et, qu'en plus, il y a des mots que vous ne comprenez pas et dont vous ne cherchez pas la définition, vous ne serez jamais des lecteurs. Dans la meilleure des situations, vous ne saurez vous intéresser qu'aux anecdotes, qu'aux boniments, feuilletons et historiettes qui font que la Princesse Untelle a retrouvé son prince charmant après trois aventures dont deux malheureuses et une, la finale, heureuse.

Dure parole n'est-ce pas ? Et même condescendante. Mais je n'y peux rien. J'ai, pour l'écriture, une véritable admiration.

Lire !

Dans ma bibliothèque, je dois avoir une cinquantaine de livres qu'on m'a donnés parce qu'ils contenaient des choses qu'il fallait absolument que je connaisse ; des disques (CD) qu'il fallait absolument que j'écoute ; des films qu'il fallait absolument que je regarde. Quarante-neuf cochonneries, un roman suffisamment intéressant pour que je m'en souvienne et un des meilleurs navets qu'il m'a été donné de connaître. - Des dons de "Simon, faut absolument que..."

En contre-partie, vous trouverez chez ces cinquante "En plein dans ton genre..." de court textes, dix minutes d'un concerto et un film dont j'ai recommandé le début... qui n'ont jamais été lus, écoutés ou regardés. Car, voyez-vous, j'ai toujours cru en l'échange : tu veux que je m'intéresse à ton affaire, alors intéresse-toi à la mienne, comme ça, nous aurons un sujet de discussions commun.

Hélas, dans ma vie, cela ne s'est jamais passé comme ça.

Moi, Simon Popp, au cours de mon existence, croyeriez-vous que :

- J'ai été à la pêche
- J'ai assisté à des matchs de hockey, de soccer, de football, de baseball et de tennis ?
- J'ai même visité des zoos avec des enfants.
- J'ai fait de la chaloupe, de la nage ; j'ai joué au basketball, au badmington...
- J'ai assisté à des rassemblements politiques.
- J'ai mangé dans des endroits infectes où l'on servait le "meilleur spaghetti au monde" et, de surcroît, assis en face d'un bonhomme qui dégustait le sien avec des frites...
- J'ai été dans des vernissages, des lancements de livres et de disques.
- Je suis allé au cinéma voir "Les Dix commandements", "Ben-Hur" et "Titanic". ("Samson and Delilah" également, avec Victor Mature et Hedy Lamarr
- J'ai conduit des motoneiges, des motocyclettes, des "yatchs" avec moteur hors-bord et des tobagans.
- ...

Je m'arrête parce que je crois avoir fait pire.

Il y a quand même des choses que je n'ai pas faites :

- Fréquenté des bars "topless" (sauf une fois, mais entraîné de force)
- Je ne suis jamais allé à Disneyworld
- Ni vu, de près, des feux d'artifice
- Ni ne me suis acheté un pavillon de banlieue
- Ni - sauf une ou deux fois - suis allé dans une cabane à sucre
- Ni payé un sous pour voir les Ice Capades
- ...

Question d'être poli (mais pas plus) tout en m'apercevant que les autres se fichaient pas mal de ce qui m'intéressait., moi.

Je crois, il y a quand même un bout de temps de cela, j'ai mis mon pied à terre et, depuis ce temps-là...

C'était un ami à moi qui, après avoir touché au jogging, à la bicyclette, au tennis, au handball, au golf et à Dieu sait quoi d'autres, était tout à coup devenu un adepte de la voile. - Les lundis, mardis et mercredis, il me parlait de l'expérience unique que ça avait été le weekend précédent sur le lac Saint-Louis, le lac des deux-Montagnes ou le lac Champlain. Les jeudis et vendredis, il me racontait où il allait s'époumonner et vraiment comprendre le sens de la vie au cours du weekend suivant

"Tu vas découvrir un nouveau monde" me disait-il. Et de semaines en semaines (ça a duré quand même deux ou trois ans, avant qu'il passe à autre chose), il ne cessait de m'inviter sur son voilier en me racontant les pensées extraordinaires qui lui passaient par la tête lorsqu'il était maître-à-bord (sic) de... son destin.

Un jour, je luis dit que, comme je ne connaissais rien à la navigation, aux cours d'eau, aux vents de l'est ou de l'ouest, j'étais consentant à aller passer quelques jours sur son embarcation à deux conditions : qu'il m'ensignat d'abord les rudiments de la voile en cinq sessions d'une heure et qu'en contre-partie, j'allais lui donner les informations de base qu'il lui faudrait pour écouter un opéra ; et l'opéra que j'avais choisi était "Pelléas et Mélisande" que, justement, on allait monter à la Place des Arts la saison prochaine, opéra auquel, naturellement, il lui faudrait assister.

Ce fut la fin de nos conversations, et sur la voile, et sur l'opéra.

J'en suis là en ce moment.

Vous voulez que je m'intéresse, moi, à la politique ? Moi qui ai connu tous les régimes depuis Camilien Houde et Duplessis ? - Vous allez, en contre-partie vous intéresser à Bartok et Lutowslaki.

D'accord ?

Simon

***

Parlant d'engueulades...

J'ai osé, encore une fois, parler de la française langue dans mes dernières chroniques. Laissez-moi quand même mentionner que, depuis mes preniers commentaires, je n'ai pas cessé de recevoir de véhémentes invectives disant que je n'avais aucun respect pour notre passé, aucune idée de ce que la disparition du français pourrait signifier en tant que culture, aucune conception de sa perfection, de sa manifeste transcendance (je n'invente rien) ni de la somptuosité de ce Dieu avait légué à l'humanité à titre d'outil de communication et autres absurdités du même genre.

J'ai d'abord pensé, compte tenu du nombre du "pauvre français" utilisé dans certaines de ces invectives (j'insiste), qu'elles avaient été rédigées avec les anglicismes et canadianismes appropriés, que j'avais peut-être affaire avec des détraqués, des évangélistes de la dernière heure et même des résistants de 1946 (et 1947), mais voilà qu'on m'a envoyé il y a quelques jours, un entre-filet paru le 9 ou du 10 mars dernier (Le Devoir) dans lequel un journaliste (sans nom) se demandait quand "la signification de [la] propension à vouloir nommer les choses en anglais [au Québec]" en citant comme exemple, deux commerces de la ville de Sherbrooke dont les affiches se lisaient respectivement "Barber Shop" et "Steak and Eggs" de même qu'une autre, à Lennoxville, qui exprimait la nature d'une série de boutique sous le nom de "Hatley Factory Outlet".

"La signification de [la] propension" ? - Pourquoi "la signification" ? - La cause, peut-être ? - Peu importe. - Ce que je me suis demandé, ce n'est pas si cette "propension" était dangereuse, mais tout simplement légale, compte tenu de la loi sur l'affichage dans notre Belle Province. Mais je n'ai pas essayé de trouver une réponse. - Il m'a suffit de penser à une boutique de linge pour enfants, à Londres, qui - je ne sais pas si elle existe encore - portait le joli nom de "Les petits monstres", à deux ou trois "Chocolatrie" et "Boulangerie" à New York et même un "Bistrot Parisien" à Chicago...

Faudrait renvoyer tous ces défenseurs de la française langue à Noam Chomsky qui trouve que le français plus près de l'allemand que du latin ou, mieux encore, à Diderot qui prédisait au XVIIIe siècle que le français, avec sa précision naturelle, allait devenir la langue de la science alors que l'allemand et l'anglais, avec leur manière plutôt floue d'exprimer des idées, allaient être la langue de la littérature...

Le fait est qu'il n'existe pas de telles langues ; de langues avec des règles précises, immuables, sans lesquelles personne ne pourrait se comprendre. Le français parlé en Bretagne est différent de celui parlé en Alsace qui, a son tour, est différent de celui de la Côte d'Azur et cela, en France uniquement. Idem pour l'anglais de Londres et l'anglais de Liverpool, ce que, à la grande surprise de tous, l'on découvrit lors de l'invasion des Beatles. Et je suppose que je n'ai pas à mentionner des français parlés en Gaspésie, au Lac-Saint-Jean, en Abitibi et même du français de Montréal comparé à celui de la ville de Québec.

Je sais une chose : que toutes les tentatives de conserver une langue dans une forme ou une autre n'ont eu pour effet que de rendre cette langue inutilisable pour la majorité des gens qui la parlaient.

Mais je ne serai pas là pour constater que le français qu'on parlera dans cent ans, deux cents ans, n'aura qu'un rapport lointain avec le français académique contemporain que certains mandarins continueront de le glorifier.

En passant : je viens d'apprendre qu'à la Révolution Française, un tiers de la population, seulement, parlait le français officiel de l'époque !

Simon

P.-S. : Sur la petite rue Émery, entre les rues Sanguinet et St-Denis, à Montréal, j'ai noté l'autre jour, les affiches suivantes : "Le Barber Shop, coiffure", "Les lofts du Quartier Latin", "Tatouage Burlink" et même "Emery Street" (un défunt bar, je crois) ;  et rendu rue St-Denis, il a bien fallu que je lise "Les trois amigos", "Chez Geeks" ("Dongeons and Dragons"), "Pizzeria dei Campari",  "Cinko" (où l'on sert des repas "à cinq piastres"),  "Ristorante Chez Paesano",  "Patrick's Pub",  "Mex-Hola!",  L'Axe..."The Gentlemen's Club"... Et tandis que j'en suis là, est-ce que "Cineplex", une contration de "Cinema" et "Complex" est français ?

Excusez la poussière...

***

Parlant de langues...

Voici de que Frederick Forsyth dit des langues étarangères :

     "On pense parfois que pour parler une langue étrangère - la parler vraiment, plutôt que se débrouiller avec une cinquantaine de mots, un manuel de conversation et beaucoup de gestes - il suffit d'en maîtriser la grammaire et le vocabulaire. Eh bien non : il y a en tout trois choses indispensables pour qui veut passer inaperçu dans une langue étrangère.

     "D'abord l'accent. Les Britanniques sont particulièrement incapables de reproduire les accents étrangers et rien, absolument rien ne remplace le fait de commencer jeune et vivre dans le pays étranger au sein d'une famille, à condition que dans cette famille on ne connaisse pas un mot de la langue de l'étudiant. [...]

      "Mais après l'accent vient le langage familier. Un parler académique vous trahit immédiatement - parce que chacun toujours, assaisonne sa langue maternelle de mots et d'expressions qui ne figurent ni dans les manuels, ni dans les dictionnaires et qui est tout simplement impossible de traduire mot pour mot. [...]

     "Le dernier élément est encore plus difficile à quantifier ou à imiter. C'est le langage du corps. Toutes les langues étrangères et leur parler s'accompagnent d'expressions faciales et de gestes des mains qui sont probablement uniques dans ce groupe de langues et que reproduisent les enfants qui observent leurs parents et leurs professeurs."

("Parler comme on respire" - "L'Outsider" - Voir "Book Review - Lectures" ci-dessous.)

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108 - 2016-03-07

Honnie soit la politesse

Les faits qui suivent ne risquent pas de faire la une de votre journal électronique favori, mais ils sont véridiques et à cause d'eux, j'ai été traité de tous les noms il y a à peine une semaine dans un bar non loin de chez moi, quand un distributeur de dépliants vantant les mérites d'une éducation "plus religieuse" est revenu trois fois à la charge pour me f*** entre les mains son empoisonnante littérature après que je lui ai dit par deux fois qu'elle ne m'intéressait pas. "C'est que, vous ne comprenez pas l'importance..." a-t-il insisté. - "Mais si" que je lui ai dit et, pour illustrer mon propos, j'ai pris les dépliants qu'il m'offrait et les ai foutus par terre en m'assurant qu'ils soient bien souillés, les écrasant sous mes boueuses chaussures.


Joseph Smith
Fondateur de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours
(1805-1844)

Brouhaha dans la place. La barmaid, ma blonde, mon voisin, Rachel et sa soeur m'ont tous dit : "Franchement, Simon, t'aurais pu te retenir ; le pauvre, il ne faisait rien de mal, il n'essayait que comuniquer ce qu'on lui a enseigné." Ben oui. Et moi je n'ai fait que lui communiquer ce qu'on m'a enseigné ou plutôt ce que j'ai appris : qu'il ne faut pas insister quand on vous dit non et, par le fait même, ne pas laisser un centimètre aux emmerdeurs. - De plus en plus, d'ailleurs, je pense me munir d'un vaporisateur d'eau vinaigrée - gros format - pour asperger les ceusses qui nettoient mon pare-brise au moment où je m'y attends le moins. Déjà qu'une bonne douche pourrait leur enlever une partie de la crasse qui les caractérisent.

Est-ce que j'emmerde les autres, moi ? - Rarement, et si je le fais, je m'excuse. Quand, acidentellement, je n'ai pas retenu une porte pour la personne qui me suivait ou que je suis rentré en collision avec quelqu'un au supermarché, je m'excuse. - Hé : j'enlève mon chapeau, quand j'en ai un, lorsqu'une femme entre dans la cage d'un ascenseur où je suis. Je dirais même que je suis trop poli. Envers une de mes nièces, par exemple, qui m'invite régulièrement à diner chez elle sauf que, comme elle a appris la cuisine, comme ma mère, dans un livre de recette publié par les Borgia, je fais des pirouettes pour l'éviter. Je salue même, régulièrement, un ministre du culte qui vit à quelque pas de chez moi et qui se déplace, de pauvres en pauvres, en Lexus. - Souvent, j'ai l'impression de piler sur mes principes en ne leur disant pas ce que je pense, mais je me dis que je suis charitable.

(Vous pouvez m'écrire, j'ai une liste longue comme le bras de personnes envers lesquels je ne suis pas charitable.)

Sauf qu'on se souvient plus de mes faux-pas que du reste.

Et l'on voudrait, pour paraphraser Samuel Johnson (1709-1784), que je sois poli envers tous et toutes :  les prêtres, les tenanciers de bordel, les avocats, les pédophiles, les femes enceintes, les violeurs, les âmes charitables, les bandits de grands chemins, les décorateurs intérieurs, les courtiers d'assurance et surtout les politiciens qui ne tiennent jamais leurs promesses, mentent comme des arracheurs de dents, mais qui vont aux funérailles de leurs pires ennemis en disant qu'ils ont toujours admirer leur leur courage et leur intégrité, espérant sans doute qu'on fasse de même quand ils ne seront plus là. (J'étais sur le point d'ajouter les Pères et Soeurs missionaires qui, sous le prétexte d'enseigner la Bonne Parole, nous vendaient, quand j'étais jeune, des images saintes et des médailles, mais je ne le ferai pas.)

Politiciens ? Quand on élira un député carrément athée, je changerai peut-être mon fusil d'épaule. En attendant, l'on saura ce que je pense d'eux, des laveurs de pare-brise et de tous les distributeurs de dépliants.

Je suis quand même honnête envers moi-même : je ne vais jamais aux enterrements de qui que ce soit. Depuis la journée où j'ai réalisé qu'on inhumait que des saints et des hommes de bonne volonté, jamais de trous-de-c....

Dans les mots de Christopher Hitchens : "Don't bother me with this sh*t : I haven't got the time."

***

Et, en contre-partie (par rapport à ce qui précède)
(Chronique qui pourrait s'intituler "À la recherche du temps perdu")

Ce qui m'énerve dans tout ça, ce ne sont pas les distibuteurs de dépliants qui, au demeurant n'ont jamais changé le monde, mais la bataille quotidienne que je dois mener à chaque jour contre des gens qui dans les plus beaux cas croient bien faire en tentant de se servir de ma naïveté pour me vendre leurs produits, leurs idées, jusqu'à leurs incrédibilités parce qu'ils sont convaincus (enfin : j'espère) qu'il existe des crèmes, des régimes qui me feront rajeunir de dix ans, parce que leur dieu est plus puissant que tous ceux auxquels j'ai déjà cru, parce que j'ai droit à un appartement "de luxe", une maison secondaire près de pentes de ski et des vacances au soleil deux fois par année.

Je n'invente rien :

Je pense à ceux qui, à condition que je leur envoie de l'argent pour sauvegarder le luxe dans lequel leurs représentants vivent à Rome, me promettent une place dans un paradis éternel qu'ils sont incapables non seulement de me garantir, mais de me décrire !

Je pense à ceux qui, si je faisais exploser ma carcasse - à laquelle quand même je tiens - dans une école de jeunes filles, me garantissent 72 vierges et une rivière de miel jusqu'à la fin des temps.

Je pense à ceux qui me promettent une superbe femme si je roule en Corvette.

Je pense aux revendeurs de tablettes qui me rendra plus renseigné, plus ouvert à la créativité et donc plus intelligent parce qu'elles ne sont pas celles de leurs concurrents.

Je pense au prix Nobel de littérature qui, juste en langue française, a été décerné, dans l'ordre, à : Sully Prud'Homme, Frédéric Mistral, Romain Rolland, Anatole France (!), Roger Martin du Gard et François Mauriac. - Je mets au défi n'importe qui de trouver, en librairie, aujourd'hui, les chefs-d'oeuvre de ces écrivains en une seule journée. - Bon d'accord : trouver tout Gide, tout Camus, tout Sartre... au cours de la même période... est tout aussi difficile. - Je sais, j'ai été obligé de faire onze téléphones il n'y a pas très longtemps pour trouver "À la recherche du Temps perdu " de Proust dans une autre édition que l'illisible dernière, en quatre volumes, de la Pléîade.

En d'autres mots, nous sommes agressés, vingt-quatre heures sur vingt-quatre par des revendeurs en tous genres, par des gourous qui, eux, savent la vérité, par des pubs, par des fabricants de savons (qui lavent plus blanc que blanc), par des connaisseurs qui en savent plus que tous les autres connaisseurs, par des politiciens qui, après deux mois de "règne" finissent par dévoiler leurs vrais couleurs, et vous savez très bien que j'en passe et des meilleurs.

Excusez-moi si je m'en prends aux plus petits. Ce sont les seuls à ma portée.

À l'exclusion, of course, des magazines dispendieux (vous les reconnaitrez facilement avec leurs pubs pour les autos, les montre-bracelets et les parfums de luxe) et que je n'achète plus ou de ce bouton merveilleux de ma télé-commande, celui qui s'appelle "Arrêt".

(Fonctionne également sur les portables, les tablettes et les ordinateurs.)

***

Ajouts (quelques jours plus tard)

Et puis des pedlers, je m'en suis fiché pas mal, lorsque j'ai rencontré, pas plus tard qu'avant-hier soir, au moment où j'écris ceci, une femme charmante, très jolie et, ce qui est rare de nos jours, pas du tout (du moins apparemment) à la recherche d'un vieux riche (ce qui est encore plus rare), sauf qu'elle m'a tout de suite désenchanté. Oh, non pas, parce qu'elle m'a parlé quelque peu de son fils ni, brièvement, par délicatesse, de son ex-mari. - J'estime à cet égard, comme Rex Stout (l'auteur de Nero Wolfe ; et n'allez surtout pas me dire que vous ne savez pas qui est Nero Wolfe) que les femmes qui ont eu un enfant sont plus belles, plus spirituelles et plus fascinantes que celles qui n'en n'ont pas eu. - C'est qu'elle m'a parlé de sa soeur, puis de son beau-frère, de ses neveux, de sa nièce, de sa mère, de la soeur de sa mère, de sa cousine également, de cette cousine qui habite tout à fait par hasard le même immeuble qu'elle et dont le mari... - Je l'ai stoppé à ses collègues de travail et ses amies de longue date.

Je me suis vu, à Pâques, à la Sainte-Trinité, à la Saint-Jean-Baptiste, à la fête de la Confédération, à une multitude de mariages, de baptêmes, de confirmations, à Noël, au Jour de l'An et à des anniversaires qui n'en finiraient plus. Pas une femme : une famille ; une famille qui, à elle seule, sans figurant, pourrait jouer tous les rôles dans des films comme Les douze commandements, Ben-Hur, La Guerre de Cent Ans (version intégrale), La Révolution française et Le naufrage du Titanic.

J'ai comme reculé.

Simon

***

107 -2016-02-01

Mémoires...

Je n'ai aucune idée pourquoi, mais, la batterie (*) de ma tablette étant à plat, je me suis retrouvé, la semaine derrière, fort dépourvu dans un greasy spoon de la rue Wellington dans le chic quartier de Verdun (Île de Montréal). Me restait mon carnet et, dans ce carnet, j'ai listé les gens dont, je me suis dit, il faudrait bien que je parle un de ces bons jours. Le temps que ce que j'avais commandé arrive (on m'a servi autre chose, mais c'est sans importance), je me suis retrouvé avec 22 noms qui allaient d'Allais Allais à Oscar Wilde.

De ces 22 noms d'écrivains, poètes et autres importants personnages, j'ai constaté plus tard que 3 seulement étaient décédés plus âgés que je le suis en ce moment, et que, conséquemment j'avais survécu, en quelque sorte, à 19 d'entre eux. Ce qui m'a étonné, c'est que 11 de ces 19 étaient décédés avant 60 ans dont 6 à moins de 50....

Dans le lot, 12 furent des auteurs (si l'on considère que Pline le Jeune n'est connu aujourd'hui que pour ses écrits), 8, des compositeurs ou interprètes, 1 fut un conférencier et le dernier inscrit, un révolutionnaire.

Pas un seul politicien, pas un roi, pas un président, chef, dictateur ou maître-à-bord, pas un militaire, homme du monde ou aventurier ; que des artistes, des écrivains, des musiciens, des compositeurs sauf Thomas Paine, le révolutionnaire surtout connu pour ses essais plus ou moins pamphlétaires. Et pas un seul peintre !

En regardant ma liste, certains, y compris mes plus proches amis, seraient surpris d'y trouver, entre autres, les noms de Victor Hugo, Charles Trenet ou le tout-à-fait oublié (aujourd'hui) Fred Gouin.


Fred Gouin
(Du Temps des cerises aux Feuilles mortes)

Éduqué et ayant travaillé la majeure partie de ma vie en anglais, je fus moi-même surpris de constater qu'en excluant les auteurs-compositeurs ou musiciens, trois, et uniquement trois, des noms figurant sur ma liste étaient non seulement non-américains, mais britanniques pure blood, si l'on considère que l'Irlande faisait ou a fait partie du Royaume-Uni au cours de leur vie.

Rentré chez moi, je me suis aperçu que j'avais, dans ma liste, oublié des dizaines - hé oui : des dizaines - de noms qui non seulement sont plus connus que six ou sept faisant partie de ma dite liste, mais qui ont eu une énorme influence sur ma vie ou sur ma façon de penser. Parmi les auteurs-compositeurs, par exemple, Beethoven, John Cage, Monteverdi, Scriabin, Mahler et  Wagner ; parmi les philosophes-écrivains ou penseurs, Voltaire, la plupart des présocratiques et Kierkegaard ; parmi les hommes de science,  Euclide, Newton, Einstein et plus récemment Richard Feynman. - Et pourquoi j'ai oublié Pollock ou Vermeer pour qui, au cours de mes voyages, j'ai fait des détours considérables pour ne voir, parfois, qu'un seul tableau ? Quant à Shakespeare dont je viens de terminer ma cinquantième lecture d'Henry III... - Et puis j'ai complètement oublié mes cinéastes favoris de même que : Louis Jouvet, Marguerite Moreno, le professeur Guillemin, James Burke. Céline (Louis-Ferdinand, évidemment), Julien Green, Pythagore...

Curieux comme la mémoire est... curieuse.

Mes noms ? En orde alphabétique :

Allais, Chopin, Coltrane, Gardel, Gide, Gouin (Fred), Hitchens, Hugo, Joplin, Joyce, Mayol, Monk, Montesquiou, Paine, Perec, Pline (le Jeune), Proust, Racine, Ruskin, Trenet, Verlaine, Wilde.

Et maintenant que je vous ai défilé mes personnages favoris, allez comprendre pourquoi je n'ai cité qu'une seule femme alors que je suis un inconditionnel admirateur de Marceline Desbordes-Valmore, Marguerite Yourcenar (ne serait que pour ses Mémoires d'Hadrien), Edna St-Vincent-Millay, Jacqueline Dupré, Billie Holiday et, believe it or not, Chrissie Hynde.

Simon

(*) Batterie... Encore un de ces non-prescripos mots qu'on me reproche de dire au lieu de "pile". - Un calque de l'anglais. - Eh ben non : à l'origine, le terme « pile » désignait un dispositif inventé par  Alessandro Volta, composé d'un empilement de rondelles de deux métaux différents, séparés par des feutres imprégnés d'un électrolyte. Par extension, le mot « pile » a fini par désigner toute batterie monobloc. Cependant, le terme « batterie » désigne un ensemble d'éléments montés en série pour obtenir une tension souhaitée, dans un emballage unique. - Corrigez vos proches !

***

Old as Air and twice as polluted
(Vieux comme l'air et deux fois plus pollué) (*)

Mon médecin (une femme) ne cesse de me dire que, quelle que soit la vie que l'on a vécue, il vient un temps où l'on devient "vieux". Par là, je suppose qu'elle veut me laisser sous-entendre qu'à un moment donné, comme un des personnages de Proust, chacun réalise que la mort est tout près et qu'on n'a plus rien à dire, plus rien à penser, plus rien à - comment dirai-je... - "enseigner" ? - J'irai même plus loin : "rien à apprendre".

Je n'en suis pas là. - Enfin : je ne crois pas. - J'en serai là quand je ne serai plus capable, j'imagine, d'écrire, ici ou ailleurs, plus capable de m'indigner quand, dans un bar, j'entendrai des stupidités (et Dieu ce qui il s'en dit !), plus capable de trouver, sans m'engueuler avec le revendeur, le bidule qui me permettra d'avoir un troisième écran pour mon ordi... - Vous qui n'avez pas soixante ans, vous savez de quoi je parle.

Encore la semaine dernière je m'en suis pris à une jeune femme qui a insisté pour me dire que le "Swing" englobait toutes les danses des années vingt, trente, quarante, cinquante, soixante... "Ben quoi ?, qu'elle m'a dit. Tous les professeurs de danse le disent." - Je n'ai pas osé lui dire que ceux qui ne savaient rien enseignaient, que ceux qui ne savaient rien de rien, enseignaient la gymnastique ou la danse. - Elle est alors passé au "Blues" et, sans rien dire, j'ai pensé que le "Blues" n'avait rien à voir avec ce que l'on entend de nos jours. - "Le monde évolue, la musique évolue" ajouta-t-elle. - Hé oui, quand entendra-ton des valses à quatre temps ? des mazurkas adaptées à la mode du jour ? et puis pourquoi pas une polka renversée ? - Bon assez.

Viellir... Je me souviens avoir entendu Paul-Marie Lapointe me dire que "Le problème avec la vieillesse, c'est qu'on reste jeune" et puis, récemment Pinard dire qu'après un certain âge on ne devrait plus avoir le droit de voter. - Ben... on vieillit comme on peut. - Je ne sais pas, mais, comme tout le monde, j'ai connu des types qui, à trente ans, étaient vieux et d'autres qui, à soixante-dix, pensent comme je pensais à vingt ans ; n'ont pas viellli ou quoi ? Ou est-ce moi qui rajeunit ?

Tout ce que je sais, c'est que dans les librairies on vend de moins ce que je lis. Dans quelques mois, j'en serai aux disquaires. Pas vu l'intérieur d'une pharmacie depuis longtemps cependant.

Simon

 (*) Loretta Mary Aiken alias Moms Mabley (19 mars, 1894 – 23 mai, 1975) - Note de l'éditeur.

***

106 - 2016-01-04

Nouvel an

Toujours la même chose. À chaque nouvel an, je me demande pourquoi, et quand, il a été décidé (et par qui) que le nouvel an débuterai à un certain moment qui n'a aucun rapport avec une position précise de la terre dans sa translation autour du soleil. Me semble qu'on aurait pu choisir l'un des deux solstices ou un point à égale distance des deux. - Dire que je me souviens du début de l'an 2000 et de mes tentatives pour convaincre mon entourage que le 21ième siècle allait débuter en l'an 2001. - Et puis pourquoi l'an 2000 et surtout l'anno domini 2000 alors que Jésus-Christ est venu au monde entre quatre et six ans avant l'an 1, car, en plus, il n'y a pas eu d'année "0" ?

J'en ai déjà parlé. (*)

Autant passer à autre chose.

J'espère que vous avez célébré comme il se doit le 373e anniversaire de la naissance d'Isaac Newton le 25 décembre dernier.

Simon

      (*) Chronique no. 51, Premier octobre 2012 - (Note de l'éditeur) - Voir également à Pâques.

***

Sujets tabous

Quand j'étais jeune, on m'a enseigné qu'il y avait trois sujets dont on ne pouvait discuter à table : la politique, la religion et les sports. J'en rajouterais un quatrième aujourd'hui : la langue française ou, comme dit M. Pérec, la française langue.

Ma petite intervention du mois dernier m'a valu divers courriers. Tous désobligeants. Un moment, je me suis cru l'antéchrist du catholicisme linguistique. On m'a même cité Anne Hébert :

"Les mots ont une physionomie, un visage particuliers que l'on n'a pas le droit de déformer. C'est à l'écrivain, à l'élève, de fournir un effort pour se mettre au niveau de la langue, et non pas à celle-ci de s'abaisser au niveau du dernier de la classe ! que l'on puisse écrire orthographe sans h et sans ph, comme certains le voudraient, oui, cela me choque..."

Moi, ce qui me choque, Madame Hébert, c'est ramener la langue à une simple question d'ortograf car s'il y a quelque chose d'absurde en français, c'est bien son ortograf ; un ortograf basé sur des considérations n'ayant aucun rapport avec son génie ou, si vous préférez, ce qui lui est propre et unique. Pour toutes les explications que vous pourriez me donner sur l'origine étymologique, historique, diachronique et conséquemment indiscutable de l'ortografie, de cette origine indiscutable car admise par les plus grands dictionnaireux, de cette origine découlant de l'usage ou même juridique des mots "que l'on n'a pas le droit de déformer", je pourrais, si vous m'en donniez le temps, vous aligner des centaines d'exemples où des interventions arbitraires, des fautes de copistes, des évolutions dans la prononciation et autres modifications imposées par des mandarins snobinards sont à l'origine de l'ortograf de milliers des mots que, si vous permettez que je vous recite, "l'on n'a pas le droit de déformer". Idem en ce qui concerne certaines expressions ou tournures de phrase.

C'est ainsi qu'avec son orthograf du XVIIe siècle, même le grand Corneille est devenu illisible.

Je regrette, mais je ne vois pas pourquoi j'écrirais "hémorroïde" (le mot le plus beau de la française langue, selon Gide) plutôt que "haemorrhoide", issu du latin "haemorrhoida", parce que, étant donné le prix des parchemins, on a autorisé un moine du XIIe siècle à remplacer "ae" par un "e" accent aigu et supprimer le deuxième "h". (Ce qui n'explique pas pourquoi de "farmacie" (1314) l'on soit passer à "pharmacie" (1579)...

L'on n'écrit plus comme Rabelais ou Villon ; ni même Racine ou Molière. - Comme disait Raymond Queneau, si leurs ortografs étaient si parfaits, pourquoi les a-t-on amendés ?

Voilà pour l'art et la manière d'écrire les mots d'une langue. Ce qui m'inquiète le plus, Madame Hébert, ce n'est pas qu'on oublie de mettre un accent pour différencier, par exemple le du du ou le du ou. Généralement le contexte rend évident l'utilisation de l'un ou de l'autre ; autrement, en parlant, nous ne pourrions pas nous comprendre. Et quand vous dites "orthographe" plutôt qu'"ortograf", je suppose que vous n'émettez pas un son différent pour signaler vos "h" et "ph". - Non, ce qui m'inquiète, c'est une tendance à vouloir figer la française langue en une série de règles qui rendent son évolution presque impossible, de la signification des mots à la structure des phrases en passant par des principes fabriqués de toutes pièces - l'histoire de l'accord du participe passé conjugué avec avoir est, à ce propos, si honteux qu'on n'ose pas en parler - ou encore à la fixation artificielle d'expressions.

Laissez-moi, ici, préciser deux choses. La première via une citation de Raymond Queneau, tirée d'un article, je crois, datant de 1950 et reprise dans un volume intitulé - sous toutes réserves - "Batons, chiffres et lettres" (1) :

"Il pourrait sembler qu'en France il y ait des questions plus urgentes ou plus vitales que celle de la
Défense de la Langue Française. Pourtant un certain nombre de journaux ou hebdomadaires
consacrent une ou plusieurs colonnes d'une façon régulière à la dite défense. Je ne trouve pas le
propos futile, mais il me semble que l'entreprise est en général marquée par l'esprit de défaite, car
c'est toujours du point de vue de la défensive qu'une pareille défense est faite et cette défense se
réduit toujours à des “
défenses” et à des interdictions. On ne pense qu'à entretenir, conserver,
momifier. C'est du point de vue de l'offensive qu'il faut défendre la langue française, si l'on peut
encore employer ce mot car depuis le Serment de Strasbourg ne l'applique-t-on pas à des
langages qui sont devenus pour nous à peu près incompréhensibles ?

Les  philologues  et  les  linguistes n'ignorent  pas  que  la  langue  française  écrite (celle  que  l'on “
défend” en général) n'a plus que des rapports assez lointains avec la langue française véritable, la langue parlée. Toutes sortes de raisons font que cet abîme n'apparaît pas clairement : le maintien de l'orthographe, l'enseignement obligatoire, l'automatisme qui fait passer d'une langue à l'autre dans les circonstances officielles, administratives ou solennelles. Mais le changement est
profond. Le vocabulaire se modifie insensiblement, enrichi surtout par les actualités et les
événements, mais c'est surtout la syntaxe du français parlé qui s'éloigne de plus en plus de la
syntaxe du français écrit.

On comprend que les pouvoirs aient toujours cherché à cacher cet état de choses. Ce n'est certes
pas aux professeurs à faire cette révolution du langage. Ce qui est étrange c'est que cette
transformation ait échappé à la plupart des écrivains, disons à presque tous jusqu'à ces dernières
années. Ils ont cherché l'originalité dans des domaines certes infiniment respectables, et souvent
métaphysiques. Mais ils n'ont pas vu que c'est dans l'emploi d'un nouveau “
matériau” que
surgirait une nouvelle littérature, vivante, jeune et vraie. L'usage même d'une langue encore
intacte des souillures grammairiennes et de l'emprise des pédagogues devrait créer les idées
elles-mêmes. Dans un article récent, un jeune poète que j'estime déclarait qu'il était persuadé que
la langue dont se sont servis Racine, Voltaire, Chateaubriand, Anatole France et Paul Valéry
contenait dans sa substance toutes les possibilités ! Voilà très précisément ce que je mets en
doute. C'est l'usage de l'italien qui a créé la théologie poétique de Dante, c'est l'usage de
l'allemand qui a créé l'existentialisme de Luther, c'est l'usage du néo-français de la Renaissance
qui a fondé le sentiment de la liberté chez Rabelais et Montaigne. Un langage nouveau suscite
des idées nouvelles et des pensers nouveaux veulent une langue fraîche. Il ne s'agit pas de “
forger de toutes pièces un nouveau langage”, comme m'en accuse le poète dont je parlais plus
haut, mais bien de donner forme à ce qui ne saurait se couler dans le moule cabossé d'une
grammaire défraîchie
."


Raymond Queneau
Photo en provenance du site www.franceinter.fr

D'autre part, je tiens à vous faire remarquer que les mots et expressions que nous avons mentionnés et utilisés dans notre chronique du numéro précédent de cet hebdo n'étaient là que pour souligner la diversité et le renouveau que pourraient apporter à la langue française divers "emprunts" qu'elle pourrait faire à sa version parlée qui est en constante évolution, souvent colorée, constamment imagée et pleine de trouvailles que l'on retrouve de moins en moins dans sa version écrite.

Y'a l'anglicisation de notre langue... Vous voulez sans doute parler de sa refrancisation car, au cas où vous ne le auriez pas, plus de la moitié des mots anglais sont d'origine latino-normando-français...

Mai là, on ne parle plus de langues, mais de religions.

Simon

     (2) Collection Blanche - Gallimard - 1950 (Note de l'éditeur)

***

Non !

"De toutes façons, on ne peut jamais rien te dire..."

Pas sûr si cette remarque, qu'on m'a souvent faite, a un sens ou non. Si j'enlève le mot "jamais", je comprends un peu mieux, mais si on signifie par là qu'on tient à ne "me dire rien" (notez l'inversion), je n'hésiterai pas une seconde : il est exact que je n'accepte pas qu'on me parle pour ne "rien me dire". - Il me faut quand même concéder que je comprends très bien ce que signifie ce "rien me dire" : que je suis bouché à l'émeri, hautain, condescendant et surtout que je n'écoute pas ce que l'on me dit. - Ma réponse est simple : je n'ai jamais écouté quand on me disait une chose semblable. - Curieux, quand même que je puisse la citer, n'est-ce pas ?

(J'aurais des anecdotes savoureuses à vous raconter sur le fait que "je n'écoute jamais", notamment une où j'ai défilé la profession, l'adresse, la marque de voiture, le modèle de l'ordinateur (etc.) d'un blanc-bec qui m'accusait justement de ne jamais me taire alors que, depuis des mois que nous fréquentions le même bar, il n'a pas encore appris où je demeurais. Mais ce sera pour une autre fois.)

Je peux vous dire pourquoi, quand même, je ne prête pas une grande importance à tout ce que l'on me dit. Parce que, d'une part, il est rare qu'on me dit quelque chose de vraiment intéressant et, d'autre part, je suis, dans l'âme, un rebelle. C'est un trait de mon caractère qu'on m'a fait remarquer, que l'on m'a même reproché dès ma petite enfance. Je fus un de ces enfant qui disent "non" dès qu'ils apprennent à dire "je" et que l'on décrit dans tous les livres de psychologie sauf que je ne me suis jamais débarrasser de cette heureuse habitude. Ce fut d'abord "non" à mes parents, mes grands-parents, mes oncles et tantes, puis à mes frères et soeurs. Vinrent ensuite mes professeurs et, le temps de prendre un peu d'assurance, j'ai dit "non" aux curés, à mes premiers patrons, à mes premiers grands patrons et, finalement, à tous ceux qui ont essayé de m'inculquer leurs idées sur tout, en espérant que je les accepte, droit comme un soldat, le doigt figé le long de mes pantalons. Vous les connaissez : ce sont ceux à qui on érige des monuments et qui nous montrent le futur, le bras tendu vers l'avenir (que Prévert a décrit dans un poème que je cherche en vain depuis quelque temps).

À qui je ne dis pas "non" ? -  Voilà la question.

Je ne dis pas "non" à tous les hommes de science, à tous les écrivains, tous les musiciens, peintres, poètes, scénaristes et réalisateurs qui essayent, à leur manière, de nous faire découvrir leur monde et nous en faire part. Never mind s'ils ont ou non une Mercedes ou un iPhone de la dernière pluie.

(Remarquez que j'ai exclus de ma liste les "théologiens" et "hommes politiques", les premiers parce qu'ils ont des réponses à tout avant même qu'on leur pose une question (grâce, entre autres, à un livre écrit il y a deux et même trois mille ans) et les deuxièmes pour diverses raisons, la pire étant qu'ils se croient capables, en bon avocats, médecins ou professeurs de littérature, de décider de la structure d'un pont, de l'emplacement de stations de métro ou même de piloter l'économie d'un pays. - Et je n'ai pas réunis les "écrivains", "musiciens", "poètes" (etc.) sous le vocable d'"artistes" pour éviter que soit compris dans ma liste les "artistes de la scène", la plupart des "comédiens", les "metteurs en scène", les "artistes-coiffeurs", "artistes-décorateurs" et autres espèces du même gabarit : les "couturiers" : les "céramistes", les "éditeurs", les "dessinateurs", les "coloristes", etc., y compris une "directrice de plateaux" (de ma connaissance) - bref : tous ceux qui marchent à deux pieds du sol.)

J'ai un trop grand respect pour tous ceux qui soumettent leurs travaux à leurs pairs en disant ; "Je crois que c'est bien. J'espère que ça pourra vous intéresser."

Ayant, par le passé, été traité de "grognon, d'obstineux, d'impoli, de misogyne, de condescendant, de dédaigneux, et d'insultant" et, en plus, de "quelqu'un qui cherche toujours à se justifier", j'ajouterai, aujourd'hui, le qualificatif de "négatif". Une autre plume à ajouter à mon chapeau.

Simon

105 - 2015-12-07

Ouais...

J'avais deux chroniques pour cette édition du Castor™ : l'une sur la française langue, l'autre sur le fait qu'on ne peut jamais me dire quoi que ce soit.  - La direction saura quoi en faire ; les remettra en janvier, février ou au plus tard (elles n'avaient rien de ponctuel - dans le sens de "en rapport avec une certaine période de temps précise"), plus tard... ou leur inévitable impact sur l'édification de la jeunesse pourra être utile.

Ce qui m'a fait changer d'idée, c'est qu'une des  fascinantes créatures qui font partie de mon existence, la deuxième en peu de temps, m'a annoncé, il y a deux jours (plusieurs quand vous lirez ceci), qu'elle vennait de donner sa démission et que, même si je la voyais rarement à cause de ses horaires de folles, je ne pourrai plus la revoir derrière le bar que je fréquente depuis cinq, six ou sept ans.

Cela fait qu'il n'y a plus de possibilité que je la revoie, en uniforme ou, à la fin de son quart, en civil, servir, accueillir, aider ses collègues et même me dire, en catimini : "Mais qu'est-ce que je fais dans un établissement semblable ?"

Belle, superbe femme. Le genre qu'il m'aurait fallu il y a trente, quarante ans même, mais que je n'aurais jamais pu approcher, même si, moi aussi, à l'époque, j'étais beau et superbe.

Fascinante à tous les points de vue. D'une déborante énergie. Intéressée par tout et, de surcroît, sans feinte (du moins apparente). De quoi se demander ce qui peut arriver dans la vie à des créatures semblables pour qui n'existent pas d'équivalents, mâles ou femelles, susceptibles d'être leurs égales et qui, de ce fait, passent inaperçues, sauf à des vieux, comme moi, qui les voient dans toute leur splendeur.

Suis-je sorti avec elle ? Oui, un soir... où elle est arrivée, les cheveux dénoués à me couper le souffle. J'ai - j'en suis certain - dû bégayer toute la soirée et lui dire, comme un con, à quel point j'étais inintelligent et inoffensif.

Et puis rien.

Oh, par la suite - et je me suis demandé pourquoi elle avait accepté de dîner, un soir, avec moi -, j'ai vu qu'elle ne m'en voulait pas parce qu'elle s'assurait, à chaque fois que je la revoyais, que j'étais bien servi, que j'étais à mon endroit habituel et que je n'étais pas malheureux.

Sportive ? Oui. - Tatouée ? Oui. Très même. - Combien de fois j'ai epensé au "Chandernagor" de Guy Béart... - Évasive ? Ça aussi. - Cultivée ? Je ne sais pas. - Riche ? Pour ça, définitivement non. - Honnête ? Je n'en ai jamais douté une seconde. - Aimable ? Oui, sauf que je demeure convaincu qu'on l'a toujours aimée pour ce qu'elle n'est pas. - Vous voyez le genre ? Une personne pour qui le corps, le physique, l'image projetée ne réflètent pas l'intérieur.

Dans mon pays, on appelle ça une malédiction.

Je sais trop ce que c'est.

Ne me reste plus qu'à l'oublier et oublier celle avant, celle dont je vous ai déjà parlé. À mi-mots. Celle dont je disais qu'elle avait été la plus belle invention depuis le pain tranché.

Combien de messages je lui ai envoyés pour lui dire qu'elle me manquait ! - Et auquels ele n'a jamais répondu...

L'histoire de ma vie.

Et l'on ose me demander, parfois, pourquoi je suis si cynique.

Et l'autre, et l'autre avant, et l'autre avant celle-là. Tous comptes faits, m'en reste une. Mais de celle-là, à sa demande, vous n'entendrez jamais parler.

De quoi se demander (Schopenhauer) si les rides ne sont pas une conséquence de multiples désappointements (*).

Simon

P.-S. : Une quatrième aussi. Qui m'a dit : "Quand t'aime, t'aime !" - Hélas oui. - Sauf qu'on ne m'a pas enseigné comment.

(*) Pas un anglicisme, je vous assure. - Voir Voltaire.

***

    Note de l'éditeur :

Sur les deux chroniques rédigées par Monsieur Popp et mentionnées dans celle qui précède, nous en avons retenu une pour cette édition du Castor™ :

***

Bardasser, chialeux, écrapoutir, s'évacher, gruau et pinotte

Ceux qui nous lisent savent que Le Castor™ ne tient pas à ce que la française langue demeure figée dans une série de règles imposées par des gens qui ont élevé la linguistique au niveau d'une sacro-sainte religion, avec des dogmes et des commandements, mais qui, pour en indiquer la souplesse, ont accepté, quoique du bout des doigts, qu'on y insère quelques expressions familières stipulant qu'eslles sont "peu utilisées", c'est-à-dire "dans notre monde d'académiciens".

Nous sommes, par rapport à cette vision, ni sceptique, ni athée, mais bel et bien convaincus qu'une langue doit évoluer, comme la shakespearienne, et surtout être laissée à ceux qui l'utilisent et, en ce sens, nous considérons que les dictionnaires et les grammaires ne doivent pas être constitués d'un ramassis de prescriptions émanant d'une autorité quelconque (voir la note que j'ai fait parvenir à Copernique), mais être essentiellement composés d'une suite de remarques sur la façon dont les gens parlent et écrivent, quitte à classer certains mots ou expressions selon leur origines géographiques.

Ce que, soit dit en passant, Le bon usage (Grevisse) s'efforce de faire depuis bientôt quatre-vingts ans. Lisez-en l'Avant propos, de grâce, avant de citer une de ses règles et dire : "Tiens, voilà une faute de français !" - Ce ne sont pas des règles que Grevisse avance et ses responsables s'en seraient voulu de dire que leurs observations et recherches en sont.

L'exemple, à ce propos, celle qui nous vient régulièrement en tête, est celui des fameux "bancs de neige" qu'on m'a dit je-ne-sais-combien-de-fois être un anglicisme (un calque de l'anglais "snow bank" alors que, recherches effectuées, j'ai appris qu'on en avait retrouvé la trace dans : 1) de nombreux textes de ce qui allait devenir le Canada bien avant la conquête et 2) d'anciens parlers du nord de la France, en cette France où l'expression "banc de sable" est tout-à-fait courante.

Un deuxième exemple ? Le mot "asteure", qui signifie "à cette heure" ou "maintenant". Vous le retrouverez chez Montaigne, écrit différemment : "asture". - Montaigne... vous devez le connaître pour son "peu ou prou", "d'ores et déjà" ou "voire mesmes"... ce qui fait dire à ma voisine de palier, à ses patrons français, qu'elle ne fait pas des fautes en parlant "québécois", elle ne fait qu'utiliser la langue pure de leurs ancêtres.

Mon expression favorite ? - "L'affaire dont à laquelle nous parlions de, hier." - Rares sont ceux qui ne sursautent pas quand ils l'entendent.

Personnellement, je me fais également un plaisir de citer les "fautes" de Céline, Queneau et Rabelais le plus souvent possible. De Corneille également, Corneille qui, l'on sait, est illisible dans le texte depuis fort longtemps.

Je laisse aux amateurs de Scrabble et aux sine-qua-non-ceux le plaisir de couper leurs cheveux en quatre, opération, d'après les frères A. et S. Konmadit, très délicate d'après la quatrième définition du mot "opération" qui se lit :

"Intervention chirurgicale pratiquée sur l'organisme vivant dans un but thérapeutique, préventif, esthétique ou expérimental."

Que les puristes aillent se faire voir car les mots qui font partie du titre de cette chronique viennent récemment d'être acceptés par le Petit et le Grand Robert qui, répétons-le pour les mal-entendants, sont des dictionnaires descriptifs. Y'était temps, non ? Ça faisait, pour ma part, plus de cinquante ans que je les entendais et que je patientais ; mais même à ça, y m'est jamais v'nu à l'idée de grimper d'i'n rideaux.

D'ailleurs, puisque nous en sommes là :

J'en ai d'autres à proposer à leurs rédacteurs pour leur prochaine édition.

Attachez ben vos tuques :

"Tiguidou" (comme dans "c'est tiguidou"), "quétaine", "vargeux" ("pas vargeux, ton affaire"), "patenteux" (et même "patente" comme dans "patente à gosse"), "cossins" (mot pluriel, invariable), "barniques" (viennent en paires), "pantoute", "chambreur", "matcher" (verbe pronominal réfléchi qui découle du fait qu'on "s'accote"), [se faire] "slaquer" (ou "clairer"), "taupin", "tawain", "boqué", "baveux", "moron", "gnochon", "tarla", "trâlée" (d'enfants), "motton", "écornifler", "bidoux", "gugusses", "willing", "évaché"...

Sans compter les expressions :

"Attache ta tuque avec d'la broche" (cité partiellement ci-dessus), "un char et une barge", "une brique 'pis un fanal", "un bras 'pis une jambe" (ça coûte un...), "Où est-ce qu'a s'en va avec son traîneau ?", "r'virer sul'top", "cogner des clous", "cassé comme un clou" (jamais vu le rapport entre ces deux clous, mais c'est comme ça) , "boss des bécosses", "un gars ben d'adon", "fucker le chien", "niaiser avec la puck", [être] "en beau maudit" (i.e. : "en hastie", ou "en beau tabarnak"), "à côté d'la track", "gras dur", "être gorlot" (ou "saoul comme une botte"), "parti pour la gloire", "être sur le BS", "flasher à droite et tourner à gauche", "haleine à empeser des collets de chemises"...

Mais seront toujours durs de comprenure ceux qui qui risent jaune quand ils entendent des mots comme "shoeclaque" ou "étobus" et qui montent sur leurs grands chevaux pour dénoncer, dans de savantes tirades, la parlure du "petit peuple" dont ils sont si souvent issus... quoique c'est toujours pissant de voir un Académicien pogner les nerfs ou péter une fiouse.

Un conseil quand même : vaut mieux tenir ça mort quand même, car dire des choses de même, c'est comme fesser dans l'dash quand tout est jammé.

Et ce serait de la pure négligeance de ma part que de ne pas souligner que ceux qui parlent bien sont souvent incompris.

Simon

P.-S. : Comme l'écrivait Noah Webster : "Le but d'un dictionnaire ou d'une grammaire est de séparer les utilisations locales ou partielles [mots et expressions] des utlisations plus courantes."

***

104 - 2015-11-02

Nullus sensus omnino

"La logique est le dernier refuge des gens sans imagination."
(Oscar Wilde)            

J'ai bien ri en septembre dernier quand j'ai lu, ici même, que le Professeur Marshall (notre ami à tous, etc.) n'allait pas écrire ses Mémoires parce qu'il estimait avoir [déjà] "...embêté suffisamment de gens" [au cours de sa vie]. - Or words to that effect, comme disait le regretté saint Jean, si souvent cité par M. Pérec.

J'ai moins ri quand j'ai lu, dans la même édition, la chronique de son fils, Copernique, qui se demandait à quoi pouvaient servir les biographies et les autobiographies de gens dont les vies avaient été aussi ennuyeuses que les nôtres, mais j'ai acquiescé à l'idée qu'une autobiographie (et non une biographie) pouvait être très intéressante si elle était écrite avec style. Il donnait à titre d'exemples, celles d'André Gide et de Julien Green, lesquelles, je m'empresse d'ajouter, sont admirables à la fois par leur fond et leur forme.

À sa suggestion (Copernique), je me suis attaqué récemment à l'autobiographie de Christopher Hitchens (dont il parle justement dans la section "Lectures" du présent Castor™) et j'en ai trouvé la préface très émouvante, mais je n'ai pas su encore poursuivre ma lecture bien en avant (je me suis rendu jusqu'au Commodore), ayant préféré, pour le moment, l'entendre et le voir au cours des nombreuses conférences qu'il a données ou débats auxquels il a participé. - Allez sur YouTube et tapez "Christopher Hitchens" ; vous verrez qu'il fut un orateur de tout premier ordre et, surtout, un opposant dont il fallait se méfier. Se faire "hitchslapper" par lui était à craindre.

Tenez, commencez par ceci ("Don't waste my time with Islam..."). Ça tient en trois minutes :

https://www.youtube.com/watch?v=5sEcBzxoMB8

Ou passez à "The Best of" (11m45) :

https://www.youtube.com/watch?v=K5Xx9IxlrEg

Mais pour en revenir aux autobiographiques, j'aime également les romans écrits à la première personne. - À la recherche du Temps perdu de Proust, comme je l'ai déjà dit trop souvent. - Moby Dick de Melville également - Great Expectations de Dickens : admirable. - Et même Au plaisir de Dieu de d'Ormesson. - À mon avis, le pronom "je" donne, je ne sais pas, une certaine couleur au récit qui échappe au "il", au singulier, tout comme au pluriel.

Je ne serai pas présomptueux : je ne dirai pas que je ne ressemble pas à mon père ; à mon père qui, à mon âge, lisait les notices nécrologiques dans La Presse non pas avec plaisir, mais une certaine satisfaction. Probablement parce que je n'ai pas connu beaucoup de gens dans ma vie ou, si j'en ai connus, je ne leur ai jamais porté une quelconque attention (mon genre). Comme lui, cependant, je réalise qu'avec le temps, l'on me convie à beaucoup plus de 50, 60 et même 70e anniversaires (de naissance ou de mariage) qu'à des noces, des baptêmes ou, je ne sais si ça existe encore, des confirmations. Et puis ça mourre de plus en plus autour de moi : des collègues, des parents lointains, des proches même, qui finissent par "passer de l'autre côté". - De quel "autre côté", je n'en ai aucune idée, mais j'en ferai, éventuellement, l'objet d'une autre chronique. - J'apprends la nouvelle de ces trépassements au cours de rencontres diverses ("Tu sais untel, ben..." ou encore : "T'as aucune idée qui est mort la semaine dernière..."). Parfois, on m'apporte une découpure de ce qu'on appelle poliment "un journal" me disant qu'"un (ou unetelle") n'est plus. Dans l'un ou l'autre cas, je ne sais quoi dire, étant quelque peu détaché de la société sauf que, si j'apprends par hasard la mort d'un proche, je ne sais pas comment réagir.

Edna St-Vincent-Millay :

If I should learn, in some quite casual way, 
That you were gone, not to return again— 
Read from the back-page of a paper, say, 
Held by a neighbor in a subway train, 
How at the corner of this avenue
And such a street (so are the papers filled) 
A hurrying man—who happened to be you— 
At noon to-day had happened to be killed, 
I should not cry aloud—I could not cry 
Aloud, or wring my hands in such a place—
I should but watch the station lights rush by 
With a more careful interest on my face, 
Or raise my eyes and read with greater care 
Where to store furs and how to treat the hair.

(Madame Malhasti, S.V.P. nous tradapter cela !)

Dans un cas semblable je n'en serais pas aux fourrures ni au shampoing, mais je pense que je finirais tranquillement ma cigarette...

Ce qui me ramène (ce que je peux être dispersé aujourd'hui !) aux autobiographies, à mon autobiographie :

Ma vie, jusqu'à présent, ayant été bien ordinaire, je ne conçois la raconter pas autrement qu'embellie ; embellie au point où mon autobio sera presque mensongère. Pas question de dire que je suis né dans un sordide appartement, aujourd'hui démolie, ni vécu un temps dans un deuxième qui, a également été démolie, ni dans un troisième sis dans un milieu où la classe moyenne (dont mes parents faisaient partie) passait pour pauvre, non : j'aurai vécu dans un milieu aisé. - Sur bien des aspects, je passerais complètement à côté de la réalité, mais justement : de quelle réalité ?

J'en ai connu deux :

Celle de tous les jours et qui est d'une banalité sordide. Lever, petit déjeuner, études ou travail, misérable lunch, dîner et puis dodo. - L'éternel dodo-métro-boulot.

Et puis il y a eu la deuxième beaucoup plus intéressante. Celle où, chez mon coiffeur, j'étais chef d'entreprise puis écrivain en divers watering holes, voyageur sans frontière à vingt kilomètres de chez moi et puis, parfois, un séducteur, un spécialiste en littérature anglaise du XIXe siècle ou un grand connaisseur de sport, que ce soit la marche, la nage ou le saut en hauteur.

Y'aurait beaucoup à dire là-dessus. Imaginez Jules César en danseur à claquettes, Robespierre en ébéniste, Montesquiou en commentateur sportif, Proust en pilote de course...

Non, Oscar : "L'ennui est le dernier refuge des gens sans imagination".

L'ignoranteté

Ce qui me hérisse le plus, m'horripile même, ce n'est vraiment pas ce dont je parle régulièrement dans ces chroniques, ces agaceries quotidiennes comme celle d'être derrière la dame qui, au supermarché, attend qu'on ait fait le compte de son addition avant d'ouvrir son cabas, pour en retirer son sac à main duquel elle extirpe son porte-feuille puis son porte-monnaie dans lequel se trouve non seulement son argent, mais aussi ses coupons-rabais qu'elle présente un par un avant de passer à ses billets puis sa petite monnaie qu'elle remet jusqu'à la dernière pièce, les trois vingt-cinq cents, le dix cents et le cinq cents qu'il lui faut (merci, Monsieur Ti-Gus) ; ou encore le conducteur d'une voiture qui nous dépasse sur l'autoroute pour s'installer directement devant et ralentir ; ou encore celui qui, à l'aéroport, n'a jamais les bons documents... - Bach et Laverne ont, à ce propos enregistré un excellent sketch intitulé Au bureau de poste. Le voici :

Cliquez sur la note :

Non, ce qui me fait grimper sur les murs, c'est l'ignoranteté.

Il en existe plusieurs types :

L'ignoranteté pure, celle qu'on pourrait définir comme étant l'absence totale de connaissance ou une fausse conception, ou une opinion relative à un domaine ou un objet quelconque. Ex. : le soleil tourne autour de la terre.

L'autre relève du côté psychiatrique : elle découle d'une certitude ou une d'opinion profonde et inaltérable, malgré toutes les preuves qu'on puisse produire à celui qui en est atteint. Ex. : tous les immigrants qui entrent au pays sont là pour voler les emplois à ceux qui y résident.

À divers degré. - L'historien et conférencier Richard Carrier, auteur de Proving History : Bayes's Theorem and the Quest for the Historical Jesus (Amherst, NY : Prometheus Books, 2012), en a dressé une liste :

- L'ignoranteté sans conséquence

- L'ignoranteté qui affecte le comportement d'une personne

- L'ignoranteté dangereuse pour celui qui en est atteint

- L'ignoranteté qui frôle l'absurdité

- Et l'ignoranteté crasse.

Il définit d'ailleurs ce qui pourrait faire l'objet de cette dernière catégorie :

"[L'ignoranteté] qui a pour base une fausse croyance basée sur des inférences inexactes en ce qui concerne la réalité et à laquelle une personne tient malgré toutes les apparences du contraire et toutes les preuves qu'on lui apportent."

Curieusement, comme disait Marcel Godin, non seulement, ce type d'ignoranteté se répand de plus en plus, mais elle commence à s'organiser. Ainsi, au 2800 Bullittsburg Church Rd., Petersburg, KY 41080 (USA), se trouve le : 

http://creationmuseum.org/

Simon

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P.-S. : À la douannière qui m'a demandé récemment ce que je faisais avec un Louisville Slugger dans ma voiture : "Je vous ai menti." - Que cela soit connu : mon fils ne joue pas au baseball - d'ailleurs, je n'ai pas de fils. Non, Monsieur, Madame, amis et amies, frères et soeurs et camarades: la raison pour laquelle j'ai un tel objet dans mon auto est que, ayant vu Joe Pesci dans quelques films, j'ai réalisé qu'il était plus facile de convaincre mon voisin de baisser le son de son téléviseur avec cet instrument que de prier pour la même chose.

Pour nos amis d'outre-mer :

Un Louisville Slugger est un baton de baseball fabriqué par la firme Hillerich & Bradsby Company, une société américaine localisée à Louisville, Kentucky. C'est le baton officiel des ligues National et American.

 

103 - 2015-10-05

Bêtes noires ?

        Commençons par une citation de Michel Audiard :

"J'ai été éduqué chez les frères des Écoles Chrétiennes  et ai été servant de messe. Je me suis tapé - deux fois même - la guerre d'Algérie. Je suis membre en règle et actif du parti communiste. Et je suis un pillier de bar. Ça devrait vous donner une idée des conneries que j'ai entendues au cours de ma vie"                  

Est-ce que je dois vous dire que j'en ai entendues moi aussi ? - Et en ai dites tout autant ?

Les plus belles, je crois, me sont venues de gens de ma génération, quoique celle qui m'a précédé, avec leur CRISE et leur GUERRE qui revenait aux vingt ans... Et puis y'a eu les conneries de ma jeunesse avec, entre autres, "Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band" et "Give peace a chance" qu'enfin, récemment, les critiques commencent à dire que c'étaient de la véritable foutaise. Et puis y'a eu Elvis, le maire Drapeau, Pierre Elliot-Trudeau et quelques papes...

Des diktats tels que "Le plus grand de tous le grands fut Isaac Newton", parfois suivi "d'Albert Einstein" (ou même  de : "Jacques Brel"), j'en ai entendus si souvent que je commence à croire que le plus grand arnaqueur de tous les temps fut Mohammed (regardez ce qui se passe depuis quelque temps). À sa décharge, je crois qu'on peut dire qu'il a été mal interprété. Presque qu'aussi maladroitement qu'un certain Jésus Christ dont on commence, de plus en plus, à douter de la véritable existence même si le "The Passsion of Christ" de Mel Gibson, qui a dû coûter une fortune (en jus de tomate), vient d'atteindre les quatre cent millions de revenus, avec Monica Bellucci dans le rôle de saint Madeleine. - Monica Bellucci !

J'oublie à dessein Gainsbourg, Nathalie Sarraute, Sartre et l'autre, dont je ne me souviens plus du nom, qui fut enterré dans son costume du Cid et qui furent, tous, des génies parce que des élections s'en viennent. Des élections où l'on essaie de me convaincre qu'entre Trudeau (le fils), Harper et Mulcair, il y a un choix...

Autant rester sur son - comment disent les anglais ? - "quant-à-soi". - Et il faudrait que je sacrifie deux, trois heures de ma vie pour aller voter pour un de ces pantins ! - Oui, je sais, ce n'est pas très sage de ma part mais...

            

Pour la sagesse, je me fie à mon père qui me disait : "Sois honnête, ça fera un voleur de moins."

Je tiens à vous dire, quand même, que j'ai connu des hommes silencieux qui se levaient le matin et qui allaient travailler sans jamais se plaindre et qui, comme Sisyphe poussaient leur pierre en haut d'une butte pour se la faire rejeter au bas et qui recommençaient le lendemain, sans jamais, encore une fois, dire un mot. - Seule chose, soit dit en passant, que j'ai retenue de Camus. - On m'a aussi parler de Guillaumet, celui de la Terre des Hommes, qui m'a beaucoup impressionné, mais j'avais quoi, alors ? Quinze ans ?

Toujours est-il qu'aujourd'hui, considérablement (pas trop tout de même) avancé en âge (j'ai vu mon frère au cours du dernier week-end), regardant ce que j'ai fait de mon passé, je me dis que, n'ayant pas trop volé, n'ayant pas trop trompé personne, n'ayant pas trop dissipé mes années, je m'en suis tiré à bon compte.

Si j'ai aidé mon prochain ? Je crois que oui, Si j'en ai insultés au passage ? Oui. Beaucoup, mais c'était pour le bon motif. - Seules ombres à mon tableau ? Elles sont plusieurs, se bousculent même :

Quand je pense à ces ombres, j'ai de la difficulté à croire que mes semblables ne les voyaient pas telles qu'elles étaient. Vous devez les connaître : ce sont celles des sépulcres blanchis de la Bible, de ceux qui ne sont qu'en façade et qui sont d'une humanité détestable. Je vais vous en citer quelques uns :

Tous, sans exceptions, les politiciens ; la plupart des curés qui vivaient grassement, entourés de serviteurs, dans de luxueux presbytères au milieu de quartiers où la pauvreté et la misère étaient omniprésentes ; les violeurs de leurs enfants (dont un en particulier); les holliers-than-thou qui me reprochaient de pratiquer mon métier sans empocher les commissions qu'on leur devait du fait d'avoir favorisé telle firme plutôt qu'une autre.... Sans oublier les beaux gars, arnaqueurs ou séduiseurs (lire : "séducteurs"), qui se tiennent toujours dans les bars branchés.

Pour ce qui est de véritables noms, je n'ai pas les moyens de me défendre devant les immenses bras de la justice. Mais je peux vous affirmer qu'il se connaissent... Quoique citer l'ex-maire Tremblay ne devrait pas m'attirer trop d'ennui.

J'ai déjà donné ma liste de Pet Peeves le 28 janvier 2013 (voir popp006.html, au numéro 59).

Simon

***

Ce qui ne m'empêche pas de me demander :

Je ne sais pas qui, en me quittant, m'a dit - la dernière ou l'autre avant, qui sait ? - :

"Tu sais, Simon, t'es un bonhomme irréprochable. Tu te souviens de mon anniversaire, de la première journée au cours de laquelle nous nous sommes rencontrés. Tu es aimable avec ma famille. Ma mère t'adore. Tu m'amènes régulièrement au restaurant. Tu m'as fait visiter des endroits que, sans toi, je n'aurai jamais connus.Tu paies tout le temps. Tu es cultivé, propre, attentif et même romantique à tes heures. Tu ne laisses jamais rien traîner à la maison,. Quand tu fais le ménage, tout est impecable. Je pars deux jours et je reviens : pas de vaisselles dans le lavabo, le lit est fait et le bain est propre. - Tu es parfait, divin même, mais bout de bon dieu, ce que tu peux être insupportable !"

Avouez que ça valait la peine d'être cité.

C'est, je crois, ce genre de remarques, la conséquence d'une malédiction chez les Simon. J'allais écrire "chez les Popp", mais mon frère, marié depuis cinquante ans, semble n'en avoir jamais été atteint. Sauf que sa femme... ben... c'est son problème.

J'aurais dû avoir quelques défauts (en plus des "visibles") : n'être jamais à l'heure, passer mes soirées à regarder les autres femmes, ne pas être sincère, mentir comme un arracheur de dents, je ne sais pas, moi, être, comme un bonhomme qui se tient au bar où je vais régulièrement, être "un trou du cul", un "arnaqueur", un "fourbe", un "artificieux", un "sycophante" (1), je ne sais pas...

Ainsi, j'aurais pu tenir dans mes bras plus de superbes femmes que de superbes femmes m'ont tenu... à bout de bras.

Simon

(1) C'est ce que je voulais dire dans ma phrase précédente : "cultivé".

***

Tempora mutantur et nos mutamur in illis (1)

"Ma grand-mère disait que l’histoire s’est passée dans
le temps où c’est que du temps, il y en avait encore.
"
(Fred Pellerin)

Je vous ai parlé, la dernière fois, de la retraite, des activités qui lui sont reliées et de la vitesse à laquelle s'écoulait le temps... dans le temps. - Ces propos m'ont valu quelques couriels me demandant si je n'étais pas quelque peu pessimiste à l'approche de l'inévitable.  - Mais pas du tout. Je dirai même que c'est tout le contraire :

Il est certain que je ne souhaite pas disparaître demain matin, mais sachant, à peu près, le nombre d'années qu'il me reste à vivre (vous voyez comme je suis optimiste... quoique, comme dit Proust : "[Quand] nous disons que l'heure de la mort est incertaine, nous nous représentons cette heure comme située dans un espace lointain...") (2), je me réveille chaque matin, depuis plusieurs mois, avec un large sourire. - Oui, il est malheureux que nous ne vivions pas jusqu'à 150 ans, même si les centenaires qu'on interview à la télé me sembent survivre plutôt que vivre, parce qu'à l'âge où je suis rendu, j'ai l'impression de sortir à peine de mon adolescence ; ce qui explique sans doute pourquoi je m'y replonge de plus en plus, ayant appris depuis longtemps que ce qui me rendais heureux à vingt ans me rend toujours heureux et me rendra tout aussi heureux jusqu' à ce que je me cadavérise. Permettez, quand même, qu'à cette remarque, je précise certaines choses :

Le sport, oui j'en faisais, et j'en ai connu l'extase, mais pas trop. Et aujourd'hui, si j'oublie la marche, je n'en fais plus du tout. - Les sorties entre amis et les soirées que j'ai passées avec certaines amies (je suis poli) m'ont bien plu, mais je ne suis vraiment pas tenté de les revivre. - Un temps, aussi, j'ai bien aimé la gastronomie avec ce qui l'accompagne : les vins et les boissons fermentées ou distillées. Aujourd'hui, je mange très peu et ne bois, du côtè des boissons distillées, qu'une variante sans goût. - Me faut ajouter les voyages qui m'intéressent de moins en moins : Paris, Londres, New York, Chicago, San Francisco, etc. ont été vus, revus et re-revus.

Et vous voudriez que je m'excuse... en plus ?


Eau distillée

Excusez-moi, mais je n'ai pas appris comment l'on doit s'excuser, ni chez les Soeur de la Divine Rédedemption, ni chez : l'Ordre cistercien de la stricte observance, l'Ordre des Carmélites Déchaussées, les Moniales de Bethléem, de l'Assomption de la Vierge et de saint Bruno, la Congrégation des Clercs réguliers de Somasque, l'Ordre de la Très-Sainte-Trinité pour la Rédemption des Captifs (Trinitaires ou Mathurins ou Frères aux Ânes), la Congrégation des Chanoines Réguliers de Marie Mère du Rédempteur, la Congrégation des Pères marianistes de l'Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge Marie, les Frères des Écoles chrétiennes de la Miséricorde, la Congrégation de l'Immaculée Conception de Saint-Méen, la Congrégation des Filles de la Providence de Saint-Brieuc , la Congrégation des Sœurs de la doctrine chrétienne (fondée à Nancy par le Père Jean-Baptiste Vatelot au début du XVIIe siècle), les Servantes des Pauvres d'Angers (congrégation fondée par Dom Camille Leduc, moine de Solesmes) ; ni, plus près de nous, le Soeurs Grises et les Sulpiciens.

Simon

(1) Les tremps changent et nous changeons avec eux. (Ovide)

(2) La citation exacte est : "Nous disons bien que l’heure de la mort est incertaine, mais quand nous disons cela, nous nous représentons cette heure comme située dans un espace vague et lointain, nous ne pensons pas qu’elle ait un rapport quelconque avec la journée déjà commencée et puisse signifier que la mort — ou sa première prise de possession partielle de nous, après laquelle elle ne nous lâchera plus — pourra se produire dans cet après-midi même, si peu incertain, cet après-midi où l’emploi de toutes les heures est réglé d’avance." (Du côté de Guermantes, chapitre. premier) - Note de l'éditeur.

 

102 - 2015-09-07

À la question qu'on m'a posée récemment : "Que signifie, pour vous qui êtes à la retraite, un jours férié ?

J'ai répondu : "Rien !" - Que vouliez-vous que j'ajoutasse quand tous mes jours ont tous été, depuis que j'ai cessé d'exercer ma profession, des samedis car, comment auriez-vous voulu que je voie la différence entre une journée où je ne suis pas allé au bureau et une journée où je ne suis pas allé au bureau ? - Y'a quand même les dimanches, allez-vous me dire. Oui, sauf qu'ayant la chance, ou plutôt le courage, d'être agnostique, mes semaines ne sont pas entrecoupées d'instants où l'on doit écouter les discours bêtes d'un homme en soutane ou s'agenouiller suite à l'élévation d'un morceau de pain (sans levain) au dessus d'un meuble contenant des reliques d'hommes depuis longtemps disparus.

J'en connais, mais très peu, des gens de ma génération qui ont conservé ou se sont inventé une sorte d'organisation régissant leurs activités, le tout à partir de certains préceptes issus directement de - je ne sais pas si vous vous en souvenez - ces cahiers qu'on distribuait aux jeunes filles, lorsque j'étais jeune, et qui se lisait : "Lundi, lavage ; mardi, repassage ; mercredi reprisage..." et ainsi de suite avec, l'inévitable messe qui, on ne sait plus aujourd'hui, si elle a lieu la septième journée de la semaine ou la première.

La question qu'on aurait dû me poser, c'est que ce que j'ai fait de tous mes samedis ?

Alors là, vous en auriez eu pour votre argent, mais je peux vous résumer mes activités en trois mots :

Je lis, je regarde des docus et j'écris.

Conjuguez ces trois verbes avec les mots lessives, courses, blanchisseurs, visites diverses, rencontres avec des amis ... sans oublier les soins de la peau (un euphémisme)... et vous verrez que, comme tous ceux qui savent désorganiser - attention, hein : désorganiser et non pas organiser - leur temps, je suis immensément occupé et même souvent débordé.

Or, j'entends régulièrement, surtout de la part des gens qui font partie de ma génération, que "le temps passe vite".

Ben, 'peuvent dire ce qu'ils veulent, mais, dans ma petite tête à moi, le temps se déroule comme il s'est toujours déroulé. Je dirais même que, depuis que je suis à la retraite, il semble se dérouler plus lentement. Pourquoi ? Parce que je ne fais jamais les mêmes choses aux mêmes heures ou aux mêmes jours. Et puis je m'efforce de ne pas lire, écouter ou regarder ces analyses à la loupe dont on parle dans les journaux, ou à la radio, ou qu'on peut regarder à la télé ; que je ne consulte jamais les bulletins de la météo ; et que je refuse de discuter de politique, de vols, viols et meurtres qui se produisent dans mon quartier, dans les quartiers de mes voisins ou dans tous les quartiers du monde.

J'ai quand même un penchant vers certaines "nouvelles", une sorte de hobby qui me fait sourire régulièrement : celles concernant la circulation. C'est une petite application que j'ai downloadée dans mon téléphone et qui me donne, en tout temps, l'état des ponts entourant l'île de Montréal. Les mots - je ne sais pas pourquoi - "condition lente", "bouchon", "congestion" me plaisent particulièrement lorsque, à la maison ou au bar du coin, surtout vers cinq heures de l'après-midi, je la mets en marche et que je pense aux banlieusards qui empruntent ces ponts soirs et matins.

Et je tiens un journal ! - Un journal où j'inscris, à chaque jour, qui j'ai vu, ce dont j'ai entendu parler, où j'en suis rendu dans la lecture de tel ou tel livre, quelle musique j'ai écoutée, à quel spectacle j'ai assisté, où je suis allé, à quelle heure, etc.

Non seulement un journal, mais j'ai une série de cahiers de notes dans lesquels j'inscris les bons mots qui ont attiré mon attention et les nouveaux mots ou nouvelles expressions que j'ai entendues, les passage que j'ai trouvé intéressants dans Brahms, Bach, Beethoven (et beaucoup d'autres choses).

De ce journal, de ces cahiers, j'en ai, déjà, une cinquantaine qui me rappellent que le temps est loin de... "passer vite", qu'il est même long, complexe, intéressant, majestueux même et qu'à répéter toujours les mêmes gestes, comme je le vois trop souvent, on finit par ne plus le voir et ça, messieurs-dames, fait qu'on se demande ce qui a bien pu nous arriver la semaine dernière, le mois dernier, l'an dernier et même au cours de sa vie.

Fin du sermon.

The Paris I know...

J'ai deux amis (un couple) qui s'envoleront vers Paris d'ici quelques semaines. Lui, pour la première fois ; elle pour la troisième ou quatrième fois, mais jamais dans les conditions où elle s'en va, cette fois-ci.

'Sont plus jeunes que moi (c'est facile) et je suis très content pour eux. Une sorte de "voyage de noces" à quelques mois près. Ben quoi ?

J'ai deux autres amis (un autre couple) qui, au fil des ans, ont été en Europe des cinquantaines, peut-être même des centaines de fois, mais jamais aux même endroits : une année en France, une autre en Espagne, une troisième en Italie et ainsi de suite.

Personnellement, je crois avoir vécu - mais vraiment vécu - à Paris pendant un an et définitivement sans doute plus (ma dernière estimation était près d'un an et demi), mais jamais plus d'un mois à la fois.

Je reviens, dans quelques secondes, sur les questions qu'on me pose souvent sur la Ville-Lumière : où manger, quoi voir, les musées à visiter, etc.  Pour le moment, ce que je voudrais mentionner c'est que :

- Un : on ne connaît pas sa ville ou la ville où l'on est quand on y réside ou qu'on y travaille.  - Exemple: on me demandait récemment de donner le nom d'un hôtel [de Montréal] pour une prochaine visite...  Je n'ai pas pu répondre. - Quand, la dernière fois, êtes-vous demeuré à l'hôtel dans votre propre ville ?

- Deux : les restaurants, établissements, endroits que vous connaissez, dans une ville, la vôtre même, changent, sont achetés et revendus, évoluent de mois en mois, d'années en années. - Le bistro où vous aimiez manger, rue des Saints-Innocents, existe-t-il encore ? - J'ai en tête un resto, près de la Seine qui avait à son menu, pendant des années, un divin "Vitello Tonnato" digne de Bologne. J'ai eu le malheur de donner son adresse à deux amis (un troisième couple) qui ne l'ont jamais trouvé. Et pour cause : un nouveau propriétaire l'avait transformé en un restaurant dit "français"... (Whatever that is !)

- Trois : les habitudes, les lois, les règlements changent. On ne fume plus au Café des Deux magots... Le Moulin-Rouge n'a plus rien à voir avec Toulouse-Lautrec et - j'ai le regret de vous l'annoncer - l'Al Capone de Chicago est mort depuis longtemps... quoique j'ai visité, et à New York, et, en la ville des vents, trois speakeasies inchangés depuis bientôt quatre-vingt-dix ans... ce qui n'est vraiment pas le cas du Procope à Paris ou du Wheeler's de Londres, celui sur la rue Duke of York, un de mes restaurants favoris, aujourd'hui démoli [allez, quand même prendre un verre au Red Lion en face de là où il était]... déjà qu'on avait supprimé de son menu une crème de tomate qui méritait, à elle seule, un traversée transatlantique...

- Quatre : et ainsi de suite.

Ainsi de suite ? - Pire encore : dans les villes que j'ai connues presque par coeur, je suis devenu, à la longue, un des pires guides, n'étant plus intéressé par la vue de la tour Eiffel du Trocadero ou le Central Park de New York, préférant le petit restaurant, rue St-Benoît où l'on sert un hachis parmentier pour presque rien ou un sandwich au Pastrami, au deli Carnegie, sur la 7th Avenue.. - Qui connaît le Bird Sanctuary du mont Westmount, à Montréal ? (Car, oui, il y a deux montagnes à Montréal : le Mont-Royal avec son Lac des Castors et son magnifique, mais si peu utilisé, Chalet et le Mont-Westmount, séparé par la rue Côte-des-Neiges car pourquoi pensez-vous que la ville de Westmount a-t-elle été ainsi nommée ?) - Et ainsi de suite.

Mais pour en revenir à mes deux amis, le couple dont je vous parlais au début, vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point ils me rappellent mes premiers vrais séjours à Paris où, si ce n'était pas une question de documents, de paperasses, de laisser dernière quelques personnes, et puis aussi d'argent, je déménagerais demain matin.

Quand on n'a plus à travailler, à faire du neuf-à-cinq, à se taper des bouchons de circulation à chaque jour, Paris, c'est un peu une tranche du paradis.

Et ne me revenez pas là-dessus : je ne crois pas au paradis. Vous savez cet endroit où, couché sur l'herbe (ou sur un quelconque nuage), on est heureux de jouer de la harpe jusqu'à la fin des temps. - Autant  brûler en enfer,

Et puis...

Je viens de lire qu'il y aurait, au monde, plus de deux milliards de chrétiens dont 1,2 milliard de catholiques et 800 et quelque millions de protestants (luthériens, calvinistes, anglicans, anabaptistes, mennonites quakers, évangélistes, pentecôtistes, zwingliens, unionistes - y compris les unionistes réformés-, illuminés, Amish, évangélistes, darbystes, adventistes du septième jour, libéraux, membres des églises du Christ, etc.). - D'où proviennent ces chiffres, nul ne sait à moins que si, par hasard, vous êtes passé, enfant, par une quelconque église, vous avez activé un compteur qui ne sait qu'additionner. - Et si, catholique, vous passez tout à coup du côté des anglicans, il se peut que, par l'intervention d'un Saint-Esprit (ou d'un double compteur), vous fassiez, officiellement, partie de deux groupes de chrétiens - Se soustraire de votre appartenance à un de ces groupes religieux (apostasie) n'est pas une mince affaire. Catholiques, vous devez, par écrit, en faire la demande auprès de votre évêché (au Québec, voir le site http://assohum.org/references/formulaire-dapostasie/), mais comme il n'y a pas d'autorité réelle pour la plupart de ceux qui font partie des autres corps chrétiens (sauf, évidemment, la reine d'Angleterre pour les anglicans), la chose peut être un peu plus compliquée. Chez les musulmans, c'est d'une simplicité totale : l'apostasie est soumise la peine de mort. - Tu ne crois plus, tu meurs. - Ça ressemble un peu à la théocratie nord-coréenne, sauf qu'en Corée-du-Nord, on peut mourir, pour vrai, et ainsi ne plus fairepartie de son paradis.

Simon

(1) Agnostique : Personne qui pense que l'absolu est inaccessible, et qui est donc sceptique vis-à-vis de la religion et de la métaphysique. (Du grec "gnôsis", connaissance et "agnôstos", ignorant. - À ne pas confondre avec l'athéisme ou le scepticisme pur.

***

101 - 2015-08-03

Grognon, obstineux, impoli, misogyne, condescendant et, aujourd'hui, cherchant toujours à se justifier...

(Voir ma chronique du premier juin.)

Je ne vous dirai pas comment ce "cherchant toujours à me justifier" est venu s'ajouter à la liste des reproches que l'on me fait, parce que ça provient probablement que j'ai récemment essayé d'expliquer à une dame de mes amies pourquoi elle n'avait pas à s'en faire au sujet de mon attitude en ce qui la concernait, suite à celle qu'elle avait décidé d'adopter envers moi.

Non. - Je répondrai plutôt à ce que mon ex (il y en a eu une, pas deux, trois, six ou huit, mais une) qui me demandait, l'autre jour, combien d'amies ("es" : elle a insisté) j'avais.

Aucune et plusieurs.

Qu'on se le dise : mon lit n'a jamais été une gare de chemin de fer. D'ailleurs, il s'agit, depuis plusieurs années, d'un lit à une seule place. Celui que j'avais du temps où j'étais au collège.

Je n'ai pas aimé, au gros max, plus que trois femmes dans ma vie.

Sauf que mes rapports avec la gent féminine semblent se diriger, depuis un bon bout de temps, vers un endroit que je n'avais jamais prévu. Et pour causes (au pluriel) :

  1. Malgré mon âge, il me reste encore des cheveux. (Et si je peux me permettre, mon bas-ventre, qui n'a plus vingt ans, n'a pas encore atteint la dimension d'un baril : je peux toujours m'habiller en prêt-à-porter et je mesure un confortable 1 mètre 86.)

  2. Je suis présentable, c'est-à-dire qu'il y a longtemps que je n'ai pas craché sur le tapis d'une duchesse.

  3. On me dit "cultivé". - Disons que j'ai beaucoup voyagé.

  4. J'ai une auto, un appartement et pas d'enfant à charge.

  5. Considérant les endroits que je fréquente, il pourrait sembler que j'ai également une certaine fortune. (Je ne dis pas que c'est vrai, mais dans la vie, les apparences comptent pour beaucoup.)

  6. Et je parle l'anglais.

Je suis donc, pour certaines femmes au-dessus - disons d'un certain âge - ce qu'on pourrait appeler une "proie".

Pour une sécurité plus ou moins désirée ? Je ne sais pas.

Et non, je n'ajouterai pas que, à mon âge, je semble attirer de plus en plus des femmes qui ont été considérablement affectées par la gravité et qu'en conséquence... - Ce serait impoli de ma part.

Suffit maintenant d'ajouter à "grognon, obstineux, impoli, misogyne, condescendant et cherchant toujours à se justifier" le qualificatif de "dédaigneux" et, pourquoi pas "insultant".

Que celles qui ne sont pas d'accord me le disent (*).

Simon

(*) Joindre photo, s.v.p. - Mensuratons si possible.

P.-S. : Remarquez qu'on m'a déjà traité d'"emberlucoqué". - Voir ma chronique du 4 août 2014. - En passant le mot "emberlucoqué" est un adjectif irrégulier car il provient du participe passé du verbe désuet qu'est "s'emberlucoquer", un verbe pronominal du 1er groupe (conjugaison) qui signifie, familièrement, "s’entêter d’une idée ; s’attacher aveuglément à une opinion".

P.-P.-S : Mais qu'est-ce que j'ai à provoquer tant d'insultes ? - Inutile de m'écrire : je le sais.

***

Avocasserie

Autre chose :

Je me disais, justement (et dans tous les sens du mot), pas plus tard que la semaine dernière, qu'il était grandement temps que je lance mon venin (et non "venim", dérivatif de l'anglais "venom") sur ces supposés défenseurs de la veuve et des orphelins qui se font appeler "maître".

(Vous devez connaître la différence entre une barbotte [Ameiurus nebulosus] et ces défenseurs, ces deux êtres qui n'ont pas d'écailles mais une peau très visqueuse, qui vivent dans des eaux lentes ou stagnantes et qui se nourrissent de débris, de sangsues, d'algues et autres cochonneries ? - Le premier est un poisson.)

Si j'en ai connu ? - Hélas, oui.

Sur le lot (une bonne centaine), j'en ai connu deux ou trois qui ont exercé leur profession honorablement et en toute humilité. - Je les citerais bien volontiers aujourd'hui, mais ils sont encore du domaine de la "justice" ou du barreau. En fait, je doublerais facilement mon nombre si je pouvais nommer quelques juges, dont plusieurs des avocats que j'ai connus et qui sont passés de ce côté parce qu'ils en avaient jusque-là de jouer les guignols à la façon des Plaideurs de Racine.

Je ne discuterai pas ni n'avancerai qu'au niveau des lois, ils sont ignorants. Il s'agirait là d'une déclaration qui consisterait à dire que ce que j'ai ignoré la base de  que j'ai fait pendant des années, dans mon métier ; l'équivalent de dire à un plombier qu'il n'a jamais su, au cours de sa carrière, ce qu'était un tuyau ou à un menuisier qu'il n'a jamais su que ce que pouvait être du bois.

Ce que je reproche à ces adeptes de Thémis (dont la plupart ne savent pas qui elle était [1]), c'est de prétendre comprendre la comptabilité, les finances, l'ingénierie, la construction, les barrages, la mécanique, l'aéronautique, la médecine, les accouchements sans douleur, les toitures, la canalisation du Saint-Laurent et même les droits d'auteur afin de représenter adéquatement leurs clients.

Cinq fois au cours des dernières années, j'ai assisté à des rencontres de six ou sept ingénieurs, spécialistes en installations hydrauliques et autres durant lesquelles les mêmes explications sur la défaillance d'un système que tous comprenaient sauf l'avocat qui représentaient un client ayant subi des dommages à cause de cette défaillance et qui lui avait soumis son dossier. Il, l'avocat, disait douter des résultats qu'il aurait en cour car il devait de plaider la cause, ne la comprenant toujours pas. - Pas question, pour lui que les experts des deux parties (poursuite et défense) se rencontrent : ça allait bousiller sa brillante plaidoirie...

L'affaire est toujours devant les tribunaux.

Ceux qui me connaissent savent de quoi je parle.

Mais ce n'est pas de cette cause-là en particulier qui me fait dire qu'entre "deux êtres qui n'ont pas d'écailles mais une peau très visqueuse, qui vivent dans des eaux lentes ou stagnantes et qui se nourrissent de débris, de sangsues, d'algues et autres cochonneries", il n'y a qu'une petite différence car, je l'ai vécu plusieurs et souventes fois..

Vous saviez qu'il y a plus d'avocats dans le"District of Columbia", là où se trouve la capitale des USA (Washington), qu'il y en a dans tout le Japon ?

Rien à comparer aux fonctionnaires - particulièrement aux livreurs de permis de Montréal (à ce qu'on m'a dit) - , mais entre experts - ça été mon expérience - nous nous sommes toujours bien entendus. Sauf si un était piloté par un avocat.

Simon

[1] Pour leur info, Thémis (en grec ancien Θέμις / Thémis de θέμιςthémis, « la loi divine »), elle était la fille d'Ouranos  (le ciel) et de Gaîa (la terre).

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