Les chroniques de Simon Popp

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No. 121 à 130

(Du 2 mai 2016 à aujourd'hui)

Série précédente

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125-2017-08-07

Amour, amour, quand tu nous tiens...

Comment fait-on pour tomber amoureux à soixante-dix ans ? À soixante ans ? À cinquante ans ?

Je ne peux parler de ce qui m'arrive parce qu'il y a déjà longtemps, il me semble, que tomber en amour m'est arrivé. - Je me trompe peut-être, mais je suis de plus en plus convaincu que, passé un certain point dans une vie, on devient plus un être aimé qu'un être qui aime. De chasseur, on devient proie. - Non : je pense plus à un ami, à peine plus jeune que moi sur qui Cupidon vient de vider son carquois. Bref : il est devenu amoureux. - D'une femme plus jeune que lui, naturellement. 

Quelle âge a-t-elle ? - Trente ans ? - Difficile à dire. - Pas quarante ans, ça c'est  sûr. - M'a montré une photo. Je ne lui ai pas dit, mais, personnellement, je n'aurais pas fait des pieds et des mains (façcon de parle) pour rencontrer cette femme à qui la photo ne rendait pas justice. - Tout ça, naturellement, c'est une question de goût, de penchant naturel, d'attirance physique ou autre : les noirs aiment les blondes, les petits aiment les grosses, les athlètes aiment les intellectuelles et à la ligue que j'appartenais dans le temps elle n'aurait pas, j'en suis convaincu, appartenu à la ligue contraire. - Objectivement - j'ai perdu il y a longtemps mon objectivité dans ce domaine - je ne saurais vous le dire. - Et puis une photo, même excellente, ça ne veut rien dire.

Et le voilà, à se casser la tête, à lui écrire des messages sans fin où il lui exprime sa flamme dans des mots dont elle n'a dû remarquer que le nombre et se demander ce qui pouvait bien avoir suscité chez cet homme des pensées comme celles qu'il essayait de lui transmettre.

Arriva ce qui devait arriver et vous pouvez deviner la suite. «Tiens, qu'il s'est dit, je suis encore vivant [je vous épargne les détails], je suis encore capable d'aimer, alors allons-y et aimons... ailleurs ! »

Personnellement, je ne fais, depuis plusieurs mois, sinon années, que noter le  nombre de veuves, de femmes abandonnées, de celles qui n'ont jamais été séduites et ce nombre continue de m'étonner,  sauf que, par rapport aux hommes qui  recherchent encore «l'âme-soeur» après cinq ou six décennies... il me semble qu'il y en a plus.

Doit avoir un virus qui circule dans l'air ou serait-ce un dernier tour de piste avant la catastrophe qui s'en vient avec le réchauffement de la planète, ce que la terre peut produire en un an ou Trump ? - Qui sait ?- L'avenir ne me semble pas aussi prometteur qu'il l'était dans les années cinquante. Ou même soixante. - C'est ce genre de réflexions qui me semblent préoccuper beaucoup plus les hommes, disons, de mon âge, que tout le reste.


 
Laurent Marqueste - Cupidon
Musée_des_Augustins
Wikipedia Creative Commons

Retour sur le passé.

Si j'ai aimé ? Bien sûr. - Je n'étais pas fait de bois, chose que certaines altérations de mes cartilages m'ont fait réaliser depuis longtemps. - Combien de fois ? - Deux... trois... quatre fois peut-être... - Si ma mémoire est encore intacte. - Mettons deux si je n'ajoute pas à ces deux le fait que, pour me sentir encore «jeune» j'ai pu par la suite m'injecter une certaine attirance physique, morale ou intellectuelle envers quelqu'un d'autre pour apprendre très rapidement que ces  passions artificielles sont éphémères.

Il y a, qu'on le veuille ou non, un côté anecdotique à ces inénarrables rencontres amoureuses voulant qu'en entrant dans une pièce, un restaurant ou au cours d'une soirée, notre regard soit attiré vers quelqu'un dont, dans le sens contraire, le regard soit attiré vers soi. - Certains appellent ce genre de hasard, un coup de foudre. - Référence sans doute au fait que lorsqu'un violent orage débutait les hommes et les femmes des cavernes ne savaient plus ce qu'il leur arrivait et se blottissaient l'un dans les bras de l'autre. - Mon chat réagit de la même façon car il ne sait pas où donner de la tête lorsque le tonnerre se fait entendre dans l'espace relativement silencieux de mon appartement. Avec cette nuance qu'il ne se blottit pas dans mes bras : il se cache sous le divan.

J'ai fait partie, hélas, toute ma vie de ceux qui ne prenaient conscience des événements qui se produisaient autour d'eux que des heures après ces événements,  généralement un ou deux jours plus tard. Je ne peux donc pas commenter plus en avant ces désirs incompréhensibles qui se déclenchent brusquement.

Mais à soixante-dix ans ?

Je me souviens, une fois, avoir demandé à mon père, qui était alors octogénaire, quand «ces choses-là» s'arrêtaient. M'avait répondu : «Jamais !»

***

Souvenirs, souvenirs

Je n'arrive pas, depuis quelques jours à me débarrasser de l'image d'un jeune anglophone inintelligent à qui on enseignait à la banque où mes parents allaient régulièrement comment remplir un bordereau en m'imaginant, à l'époque que, parce qu'il était justement anglophone, il allait, un jour devenir le gérant de l'endroit.

Je n'arrive pas, non plus, à oublier, en Louisiane, au début des années soixante, les toilettes séparées pour les blancs et pour les noirs dans les rares restaurants où on acceptait les deux «races». - Ni trois rednecks, à Dallas, qui nous obstinaient un jour, un collègue et moi, que les États-Unis n'avaient jamais perdu une seule guerre.

Remarquez que j'ai un membre de ma famille qui est convaincue (au féminin) depuis au moins cinquante ans que si ça va mal au Québec, c'est à cause des immigrants qui nous volent nos jobs.

Mais, parlant de famille, j'ai eu un oncle qui a insisté toute sa vie pour diviser la population en quatre. - D'un côté les Canadiens (nous), les Anglais (les autres), les juifs (à détester) et les Pollocks qui, après un certains temps se sont scindés en deux groupes : les vrais Pollocks et les Italiens. - J'imagine qu'il n'avait jamais vu un noir, un asiatique, un peau-rouge (on les appelait comme ça à l'époque - et pire)... Faut dire qu'il n'y en avait pas dans son coin.

Quand, aujourd'hui, je vois, près de chez moi, des burqas, des jihabs, des nikabs,... vous savez à quoi je pense ? Aux omniprésentes soutanes qui hantent encore mon enfance.

Je pense également souvent depuis quelque temps à la remarque d'un standup comic américain qui a dit que le pape, avec sa mitre, ses soutanes, ses mules, ses bijoux et sa crosse, lui faisait penser au grand vizir des Ku-Klux-Klan.

***

Gens à fusiller sur place, sans procès :

Ceux qui vous dépassent sur les autoroutes et qui ralentissent dès qu'ils vous ont dépassés.

Les femmes au supermarché qui attendent à la toute fin pour ouvrir leur sac, en sortir un autre contenant un portemonnaie et qui cherchent leurs coupons de rabais..

Ceux qui, à huit heures du matin, devant la file de ceux qui sont venus acheter un café ou un paquet de cigarettes, achètent les billets de loto pour tout un groupe.

Ceux qui, stationnés en double, attendent que leur douce moitié ait fini de faire ses emplettes chez le boucher.

Simon

***

124-2017-07-03

Friendless... moi ?

Je compte parmi mes amis intimes, deux ou trois personnes, quatre, si je mets dans le lot une des celles mentionnées ci-après, peut-être cinq. - Parmi mes amis proches, une bonne vingtaine, y compris les précédents, dont deux bibliothécaires, un éditeur, trois libraires ou ex-libraires, des ex-collègues de travail et de grands ou passionnés lecteurs. Parmi des amis décédés ou que je n'ai pas vus depuis des années, plusieurs écrivains, auteurs, musiciens, compositeurs, deux peintres et même quelques personnes dans le domaine de la radio ou de la télévision. Le reste est composé d'une soixantaine de barmen, barmaids, serveurs, restaurateurs ou propriétaires d'établissements où l'on sert des boissons fermentées ou distillées (et, forcément, plusieurs de leurs clients).

Je pense rarement à ce genre de choses, mais s'il y a une conclusion à laquelle j'en suis arrivé quand j'y ai pensé la semaine dernière - je ne sais pas pourquoi d'ailleurs -, c'est que je fréquente en vieillissant, de moins en moins ou plus du tout les gens de ma génération ni, tandis que j'y pense, la plupart des membres de ma famille, famille avec laquelle [avec lesquelles] nous avons tous, généralement, peu de choses en commun.

On en déduira que je suis quelque peu misanthrope. Si on veut bien le croire, je n'aurai aucune objection. Je ne l'ai pas toujours été cependant car j'ai passé de longues périodes de ma vie et d'excellentes soirées avec une foule de gens hors du commun, aussi bien du domaine intellectuel que sportif : des bols en archivistique, des spécialistes en muséologie, des restaurateurs de 78t, un premier prix du conservatoire, un membre de l'Oulipo et deux poseurs de chauffage central. Deux de mes blondes ont couru des marathons, ont été adeptes du kayak, de la danse aérobique ou de la bicyclette. (J'ai même fréquenté longtemps un ex-gardien de but de la ligne nationale de hockey.) - Pas tous en chair et en os, naturellement. Oui, ceux que je viens d'énumérer, mais pas Suétone, Thucydide, Pline le jeune à côté de qui les Louis Madelin (auteur de l'Histoire du Consulat et de l'Empire [1]), Roger Peyrefitte ou Michelet m'ont semblé bien fades. 

[1] Quatre volumes - Bouquins - 2003

À l'âge où je suis rendu - faut m'en excuser - je préfère passer la soirée en compagnie du capitaine Ahab, Swann ou même Bloom qu'avec mon assureur ou un revendeur de balais mécaniques.

Ma mère, dont j'ai oublié le visage et la voix, avait raison : avec cette attitude (qui devient de moins en moins récente), je vais mourir seul et abandonné - Oui, et puis ? Si ce n'était d'une série d'obligations que je me suis imposées et des promesses que j'ai faites à droite et à gauche, je crois que je serais parfaitement heureux. 

***

Je n'écoute pas ? - Qui ça ? - Moi ?

(Note : Voici la copie d'une lettre que j'ai fait récemment parvenir à un ami suite à une discussion que nous avions eue quelques jours auparavant sur la communication entre êtres humains et les difficultés qu'elle posait et qui m'a répondu que je devrais en faire part à "la masse si fine et si intelligente des lecteurs du Castor™". - Je réponds à sa demande.)

Cher toi Nous parlions de discussions l'autre jour ;  plus précisément, si je me souviens bien, de la difficulté que peuvent éprouver deux individus à communiquer entre eux de façon "intelligente" ou "raisonnable" tout en étant certains de se faire comprendre clairement et totalement. On peut être en désaccord, mais toute communication entre deux individus implique deux principes :

UN - Que celui qui parle est capable de s'exprimer correctement.

     et

DEUX - Que celui qui écoute peut comprendre les énoncés de l'autre.

Ce sont deux principes qui, malheureusement, laissent supposer que nos deux interlocuteurs parlent la même langue. Or, qu'est-ce que c'est qu'une langue ? C'est un ensemble de sons (ou de traits sur papier) qui sont censés transmettre les pensées, les images, les sensations ou les idées de celui qui parle à celui qui écoute et que celui qui écoute est censé être en mesure de les interpréter correctement. Ce qui suppose divers pré-requis :

- que les deux aient le même vocabulaire - qu'ils utilisent les mots de ce vocabulaire dans un orde syntaxique semblable (les mêmes règles par lesquelles les mots se combinent en phrases)

- Et qu'ils expriment leurs idées au moyen de notions, expériences ou connaissances communes.

Et c'est là que toutes les conversations sont vouées à la faillite et que ce n'est qu'après des mois d'échanges verbaux ou écrits que deux individus peuvent finir par se comprendre adéquatement.

Le vocabulaire d'abord.

Je t'ai parlé, récemment, du mot "formidable" qui, chez Corneille (Attila), signifiait, comme il le signifiait à l'origine "qui est à craindre" (du latin formidabilis , dérivé deformido ou "peur, terreur, effroi") alors qu'aujourd'hui, on l'utilise dans le sens de "sensationnel", "étonnant", "prodigieux" même. Je t'ai également raconté le froid qui s'est installé momentanément entre une de mes amies quand je lui ai dit que l'histoire affreuse qui lui était arrivée et qu'elle venait de me raconter était "pathétique" [dans le sens de "bouleversant, émouvant..."]  qu'elle avait interprété dans le sens de "stupide", "dérisoire" comme on l'entend souvent de nos jours. - Un dérivé de l'anglais, je crois, ou découlant d'un cynisme de plus en plus à la mode. Et je n'ai pas à te rappeler la signification du mot "écoeurant" comme dans "tu peux pas avoir à quel point son show est écoeurant" pour "magnifique", "très bien rodé", "splendide"...Des exemples comme ceux-là, tu en connais autant que moi, surtout si tu t'adresses régulièrement à la génération qui suit la nôtre et... celle d'après ! Sauf qu'il s'agit d'un problème beaucoup plus profond qui découle des connaissances que l'on acquiert dans une société de plus en plus diversifiée :

(Je pense à un universitaire qui s'adresse à un cégépien ; un banquier qui discute avec quelqu'un qui vit sous le seuil de la pauvreté ; un mécanicien qui explique une réparation qui doit être effectuée sur un système d'allumage à quelqu'un dont c'est la première auto ; et ainsi de suite.)

La syntaxe

Un seul exemple : il y a une énorme différence entre "un homme pauvre" et un "pauvre homme".

Un autre (mais celui-là, je m'en sers souvent pour jeter du piquant dans les réunions où il y a des polices de la langue) : "L'affaire dont à laquelle nous parlions de, hier..."

Quant aux connaissances,  l'expérience, les faits vécus de chacun...

Un seul exemple, encore une fois :

Un simple mot, comme le mot "accident" déclenchera chez différents individus des réactions diverses selon : si l'un d'entre-eux vient d'en avoir un, si un deuxième se rappelle en avoir vu un, mais à titre de témoin seulement, si un troisième a été ou non la cause d'un accident et tu peux imaginer le reste. - D'ailleurs, quelle est la différence entre un accident de voiture, une jambe brisée en tombant, renverser un plat de spaguetti sur un client... tous, des accidents.

***

Des problèmes, déjà en perspective, mais il y a pire : Nous ne parlons pas en idées, en concepts, en notions, mais en images, en symboles, en visions et nous racontons surtout des histoires !

- As-tu lu, hier, dans le journal ? Trump a dit telle ou telle chose... - J'étais chez mon libraire, aujourd'hui, et devine qui j'ai rencontré... - J'ai découvert la semaine dernière un petit restaurant rue Saint-Laurent... -J'ai été pris dans la circulation tout-à-l'heure, tu ne peux pas t'imaginer comment ! - J'ai vu mon amie, hier après-midi. Elle est belle comme tu ne peux pas me croire. Et elle m'a dit que...

-...

Comme si nos visions, nos images, nos sensations pourraient soulever chez les autres des visions, des images, des sensations similaires... parce que nous ne pensons pas en mots, en phrases ou en paragraphes et il est assez curieux qu'on puisse croire que passer d'une image aux mots (parler) et des mots à la même image (écouter) on puisse arriver à un résultat probant, non ? C'est une différence semblable à celle que Paul [Dubé] essaye de nous faire comprendre depuis des années à savoir la reproduction avec des hauts-parleurs fabriquées à  partir d'aimants et de cartons des sons produits par le frottement de cordes, les vibrations d'une anche, des coups de bâtons sur des peaux tendues... La façon de lire, d'écouter de la musique ou de visionner un film varie également d'un individu à un autre, ce qui fait qu'il est difficile d'en parler d'autant plus que les goûts, l'endroit, l'heure interviennent lorsque nous lisons, écoutons, regardons. Mais pour en revenir à nous deux, je trouve :

- qu'il est normal que je t'interrompe pour te poser continuellement des questions sur ce que tu dis parce que je ne comprends pas immédiatement ce que tu es en train de me décrire  - et qu'il est normal que tu fasses la même chose... ... surtout que : - quels que soient les époques que nous avons traversées, nous les avons tranversées dans des milieux et des circonstances variés - que nos vocabulaires, ton francophone et moi mi-franco-mi-anglo sont différents

- que tu t'exprimes plus souvent en parlant alors que je m'exprime plus souvent par écrit. - Deux systèmes dissemblables  : un enfant parle, marche et apprend à saisir des objets instinctivement ; un enfant n'apprend pas à écrire, à faire la cuisine ou à préparer des cocktails de la même façon. Il lui faut apprendre. Et où il y a apprentissage, il y a forcément des techniques, des méthodes différentes et puis, surtout, des habitudes.

***

Anyway, et de façon plus académique : Ce n'est pas d'hier qu'on parle de la communication entre humains. Socrate, Platon, Aristote en ont parlé. Pierre Abélard, Ockham et plus près de nous, Bergson, Chomsky et, parmi les plus récents, le Montréalais Steven Pinker. Chacun a élaboré sa théorie sur ce que sont les idées, les différents types de langage et les divers aspects de la communication. - Et il faut au moins une fois dans sa vie entendu parler de Ferdinand de Saussure et de son Cours de linguistique générale dont tu trouveras la description à l'adresse qui suit :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ferdinand_de_Saussure

(Ce qui me fait penser au Manuel de statistique française de E. Legrand qui doit dater des années cinquante. C'était le manuel qu'on utilisait en Belles Lettres ou Rhétorique. - Chez J. De Gigord, éditeur. - C'est toujours disponible y compris - je viens de vérifier - à la Grande Bibliothèque. - En anglais, j'ai déjà eu dans les mains The Elements of Style ou un livre avec un titre semblable, mais comme il datait du début du siècle dernier...)

Le plus célèbre d'entre eux, parce qu'il est tout à fait incompréhensible, demeure le philosophe Ludwig Wittgenstein qui dans son Tractatus logico-philisophicus a insisté sur les limites du langage et de la faculté des hommes de se connaître entre eux.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ludwig_Wittgenstein

 

Fascinant le bonhomme, mais, comme je viens de le dire, tout à fait incompréhensible, sauf après l'absorbtion de plusieurs verres de boissons à haute teneur en alcool. Sa théorie, d'après que j'ai pu en comprendre, est - je l'ai citée approximativement ci-dessus - que l'homme ne pense pas en idées, mais en diverses sensations visuelles, auditives, tactiles qui se réunissent selon divers critères qui vont du souvenir à l'expérience en passant par la structure du cerveau de chacun, de l'organisation des synapses à l'intérieur de ces mêmes cerveaux, etc.

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C'est que les mots font partie de phrases, de paragraphes et de structures stylistiques qui sont sensés représenter, selon ce que j'ai lu chez tous les grammairiens, des idées complètes (tu dois te souvenir : un sujet, un verbe, une complément...).

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Nous défilons des faits censés exprimer ce que nous pensons ou ce que nous ressentons. sauf que, rarement, lors de conversations, abordons-nous un sujet comme ceci :

- Je pense, donc je suis. Qu'est-ce que tu en penses ? - La vie est un long voyage, non ? - Le temps, à mon avis, est un image mobile d'une éternité immobile... ou, même :

- Je crois que d'ici l'an 2020, l'on découvrira comment guérir le cancer.

Et c'est là que les conversations deviennent très difficiles :

- La pensée de celui qui décrit les problèmes qu'il a eus avec un vendeur (un exemple) fait penser, à celui qui l'écoute, aux problèmes complètement différents qu'il a eus, lui,  avec un autre vendeur. - La description d'un match de hockey à un amateur de baseball ne risque pas de déclencher, chez lui, un enthousiasme délirant. et ceci :

- entre un lecteur de romans policiers de Chandler et un amateur de Simenon, il est plus que probable qu'on ne s'entende pas sur ce que peut être un "grand roman policier".

D'où plusieurs interruptions, questions, références qui se perdent en des arguments tels que : "Tu ne m'écoutes pas. - Tu m'interrompts toute le temps. - Tu ne me laisses pas parler" que je connais trop bien pour les avoir utilisés autant de fois que tu les a entendus.

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"Chaque personne est bien seul" disait Proust.

J'ai lu récemment, à propos des phrases de Proust, que ceux qui l'ont connu, étaient tous d'accord : Proust parlait de la même façon qu'il écrivait.D'où cette caricature que j'ai vue, une fois où, s'éloignant en courant [de Proust], un homme disait : "Il avait deux mots à me dire !"Ce qui me fait penser que j'écris, sans trop le savoir, sans trop y penser, sans trop m'en apercevoir. - Enfin : c'est fort possible. - Et comme j'écris avec beaucoup de difficultés... - Sans compter que, impliqué depuis quelque temps dans la production d'une émission de radio, je me suis aperçu que, comme tout le monde, je ne pouvais pas supporter le son de ma voix...

***

Et hop ! Je retourne à mes affligeants travaux.

Simon

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123-2017-06-05

Troisième ou dernier (?) âge

Je m'en suis déjà aperçu, il y a longtemps même, mais dire que j'y ai vraiment pensé... Or, jeudi, il y a trois semaines, la réalité, la nouvelle réalité dans laquelle je m'enfonce de plus en plus, m'a frappé de plein fouet avec sa tristesse, son Bingo et ses sorties en groupe. Et depuis ce temps-là, j'essaie de ne plus y penser.

J'avais, la semaine précédente, reçu un message d'un bonhomme dont je n'avais pas entendu parler depuis des mois me disant tout simplement allô et me demandant comment j'allais. - J'allais bien sauf que je me suis demandé pourquoi cet ex-collègue avec qui j'ai voyagé pendant des années, avec qui j'ai partagé des chambres d'hôtel, mangé de gargantuesques repas et bu (parfois) un peu trop, à qui j'ai souvent menti, mais jamais sciemment, de qui j'ai connu la femme, les enfants, les frères, soeurs, beaux-frères et belles-soeurs et dont un lointain cousin avait été, un temps, l'amant d'une de mes encore plus lointaine cousine.... pourquoi, tout à coup, il se sentait obligé de renouer notre amitié de travail, lui avec qui j'avais perdu tout contact quand nous avons, chacun de notre côté, pris notre retraite.

J'ai répondu "Tout va très bien, Monsieur le Marquis..." d'une chanson à laquelle nous pensions souvent dans le temps, puis, de patati à patata, j'en suis venu à accepter d'aller le voir, chez lui. - «Oh, tu sais, m'avait-il écrit, j'ai un peu de difficultés à me déplacer depuis quelque temps...»

Ça aurait dû me rende méfiant.

À l'adresse qu'il m'avait donnée, je me suis arrêté devant une de ces tours qu'on retrouve de plus en plus, boulevard Gouin, à l'est de Pie IX. À Montréal-Nord qui, à la vitesse où on les construit, deviendra sous peu Montréal-Mort.

«Mais, que je me suis dit, en descendant de mon auto. Il habite une maison de p'tits vieux !»

Hé oui ! Cet ex-collègue, mien, de quatre ans mon cadet, habitait dans un de ces immeubles pour retraités, une de ces résidence pour aînés, un des ces appartements pour gens du troisième âge, un de ces foyers pour personnes encore... autonomes, mais - et c'est là que les euphémismes pour ces immeubles spéciaux fusent - pour les gens qui sont semi-autonomes, en perte de mobilité, ayant besoin de soins spéciaux, très spéciaux, très, très spéciaux, c'est-à-dire de soins palliatifs. Vous savez ce que ça veut dire palliatifs ? - Je vais vous le dire :

Ce sont des gestes, des actes médicaux, des comprimés, des injections, des drogues qui "qui ne soignent qu'en apparence, qui ne sont que temporaires, qui agissent sur les symptômes et non sur les causes" autrement dit "des soins qu'on donne aux mourants pour que leur passage vers "une vie meilleure" soit calme et serein".

Je vous en reparlerai un de ces jours (de mon ex-collègue) car, aujourd'hui, je ne veux tout simplement mentionner que si, depuis longtemps, je refuse d'aller dans des églises, des salons dits funéraires et des hôpitaux (pour diverses raisons, la principale étant la senteur d'hypocrisie qui se dégage de ces endroits), je commence à en avoir jusque là des habitations où l'on dirige les gens du troisième âge (sans leur dire qu'il n'y en pas de quatrième) et dont, hélas, malgré que je sois encore parfaitement autonome (sauf certains soirs, à la sortie d'un bar), je fais partie.

***

Le bon (?) vieux temps

Je n'aime pas parler du «bon vieux temps». Dès qu'on y fait allusion, je répète la boutade de W. C. Fields : «Oui, c'était le bon vieux temps. J'espère qu'il ne reviendra jamais.» - Il y a une certaine futilité à se remémorer ses bons coups, ses réussites, ses exploits d'un temps révolu, comme s'il ne pouvait plus en avoir d'autres. - Le problème est que, avec le temps, c'est à peu près tout ce qui nous reste.

Et puis, y'a la solitude. Faut s'y habituer. Surtout dans mon cas :

Qui consentirait à vivre avec un Simon qui dort le soir, mais de moins en moins la nuit, qui met en marche son lave-vaisselle à quatre heures du matin, qui ne veut plus aller au cinéma, ni au théâtre, ni voyager pour voir, pour la nième fois l'île de Manhattan et le Commons de Boston et qui préfère les petits musées ignorés où personne ne va, les livres obscurs et la musique ancienne ET moderne.

Sénilité ? - J'en serai là quand toutes mes journées seront des répétitions des journées qui les auront précédé.

En attendant, tough luck. - Tiens ! C'est déjà l'heure de l'apéro...

À+

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Le libre (?) arbitre

Je ne sais pas où, ni quand, ni si j'ai véritablement  lu ou entendu que le plus grand truc que Satan ait réussi à faire avait été celui de devenir invisible, d'implanter dans l'esprit humain qu'il n'existait pas. Il a dû car, justement, je ne me souviens plus ni où ni quand j'aurais pu lire ou entendre une chose pareille.

Ce que je sais, par contre, c'est que la religion catholique a passé les deux derniers millénaires à faire accroire à ses fidèles, sous peine d'excommunication ou de tortures légendaires, que chacun de nous était responsable de ses actes. Non seulement de ses actes, mais de ses pensées car, pour elle, il existe des fautes graves de pensées. Je n'ai pas assez étudié la théologie suffisamment pour savoir si les pensées qui nous viennent en rêve font partie de ces fautes graves pour lesquelles nous pourrions tous être condamnés à subir éternellement les affres de l'enfer. Ce que j'ai fini par comprendre et qui a mis un doute dans mon esprit, c'est que l'Église dans laquelle j'ai été élevé s'est toujours particulièrement intéressé aux fautes que je commettais quand j''étais nu. Or...

Devenant de moins en moins concupiscent avec l'âge (une bénédiction, croyez-moi !), j'ajouterais aujourd'hui à mes doutes sur les biens-fondés de ces enseignement, la capacité que j'ai eue au cours de ma vie à dealer avec ce que personnellement j'ai fait - et même eu à faire - quand, justement, j'ai été, souventes et maintes fois, nu et, en conséquence si les décisions que j'ai prises ont toujours fait partie d'un, justement. curieux libre-arbitre.

Je n'ai pas choisi d'être baptisé. Cela dépendait de la pseudo-religion à laquelle appartenait mes parents qui, sans mon baptême, auraient été socialement ostracisés. Je n'ai pas choisi l'école dans laquelle j'ai fait mes études primaires. Ni dans quelle langue, mon père ayant jugé que ça ne ferait pas de tort si, dans sa famille, un de ses fils fut bilingue. Mes études secondaires, collégiales et universitaires ont été choisies en fonction de l'argent qu'on pouvait leur consacrer.

Je n'ai pas choisi mon métier qui fut le résultat d'une confusion  à l'endroit où un certain bonze du Bureau de Placement (ça existait à l'époque où y'avait des jobs) a décidé que je serais peut-être utile.

J'y ai rencontré, par hasard, ma femme, quelques-uns de mes futurs amis et divers autres connaissances dont je me serais facilement dispensé.

La destination de mon premier voyage en Europe fut une question de coût. J'ai eu à choisir entre une semaine à Londres et une semaine en Angleterre et un aller-retour Montréal-Dublin. - Des années plus tard, j'ai réalisé que je n'étais jamais été à Dublin.

Je n'ajouterai rien à propos du choix de mes lectures, des concerts ou spectacles auxquels j'ai assisté, des vêtements que j'ai portés, des lunettes qu'on a mises sur mon nez en bas-âge, comment ou pourquoi j'habite à l'endroit où je demeure depuis bientôt vingt ans. Quant à mes autos, aux femmes que j'ai tenues dans mes bras, aux amis que je n'ai pas encore insultés...

Me reste mon testament et c'est là où précisément je veux en venir :

Avec tout ce qui précède, je n'arrive pas à me décider.

Quoi ? Le seul acte de vraie conscience qu'il m'aura été laissé sur cette planète, c'est ce qui adviendra de mes restes (et de mes biens) après ma mort ?

Satan c'est vrai : tu n'existes pas

Simon

P.-S. : Je n'ai jamais été un existentialiste à la Sartre dont j'ai à peine effleuré quelques uns de ses écrits, mais je crois qu'il fut un des premiers (?) à dire que l'homme n'était libre que lorsqu'il jouait ; parce qu'il avait, au préalable, défini les règles du jeu auquel il voulait participer et ensuite décidé de les suivre. - Une chose en laquelle je ne crois plus aujourd'hui.

***

Sagesse

Je crois en avoir déjà parlé, ici, mais pas de la façon dont j'aurais dû. Enfin : peut-être que oui ou peut-être que non. Et comme je me relis peu...

Ça avait comme sujet l'âge auquel on apprend la véritable signification des mots comme "insolent" ou "futile". J'y ai repensé ce midi quand, assis, au restaurant - celui où je vais déjeuner (luncher) régulièrement -, un couple qui  le fréquente assez souvent est entré et s'est assis à leur endroit habituel avec un paquet de notes concernant un procès (?) relatif à une affaire d'échanges d'actions d'une compagnie à une autre et dont ils n'ont cessé de parler pendant une heure :

J'ai compris tout de suite que je n'avais pas à les interrompre, malgré que lui - lui surtout, mais elle également - m'a ou m'ont souvent posé des questions sur je que je faisais dans la vie, ce que je lisais, si j'habitais dans les environs, etc. - J'aurais voulu leur dire ce que ce dont ils discutaient étaient du pure domaine de la "futilité", mais je suis parti. Sans dire un mot sauf bonjour. En me disant que ça leur aurait peut-être été inutile.

*

Chose que j'aimerais qu'on enseigne à l'école : l'astronomie.

Il me semble tout à fait absurde qu'une seule personne sur terre ne sache pas encore que notre planète est une virgule dans un roman de cent mille milliards de pages...

Mais pour cela, il faut avoir la sagesse d'avoir lu Socrate, Montaigne, Omar Khayyam, Confucius... surtout pas la Bible et le Coran.

Et Dieu sait combien il faut de temps pour apprendre à regarder, quand il fait beau, sur le banc d'un parc, les nuages.... "les nuages, qui passent... là-bas... les merveilleux nuages !" (Baudelaire)

Je me répète souvent - c'est-à-dire que je le cite souvent - ce bout de phrase d'Anaxagore :

"La vie est un voyage."

Attendez de... ne pas vous faire dire que vous êtes cancéreux, mais tout simple votre prochain gros rhume. - Vous saurez alors ce que je pense de l'affaire dont à laquelle je voulais, justement, vous parler de, aujourd'hui, mais depuis ma rencontre avec mon ex-collègue - je répète : de quatre ans mon cadet - que j'ai revu en vieillard....

Simon 

***

122-2017-05-01

Qu'on se le dise

Il y a deux choses que j'ai revendiquées lorsqu'on m'a demandé d'écrire dans le Castor™ et uniquement deux :

Un : le droit de faire volontairement ou involontairement, petit a) des fautes de frappe et même carrément, petit b) des fautes de français. - Ajoutez ici, si vous le désirez, le droit d'utiliser des barbarismes, des néologismes, des canadianismes et autres affaires en isme qui font les délices de l'Office de la Langue Française. - Je n'ai plus, depuis que je suis à la retraite, de secrétaire ; je tape difficilement à la machine (une maladie héréditaire) ; et ça m'embête de me relire.

Deux : le droit de ne pas être obligé en tout temps de dire la vérité, rien que la vérité et toute la vérité. J'ai fait ça toute ma vie et, ainsi, trop dit de conneries. - Non pas que je veuille embellir nécessairement les choses (au contraire, même), mais à mon âge, on n'est pas obligé de revivre ses erreurs et les raconter à tout le monde. - D'ailleurs je ne vous demande pas de me croire, mais de m'écouter.

(En réponse à Madame C. de Verdun (Québec) à qui je suggère de remplacer la grammaire et le dictionnaire avec lesquels elle couche par une bouillotte et à Monsieur V. de Belgique qui me souligne que j'exagère de temps à autres.)

***

La malédiction des livres imprimés

On m'a remis le cahier «Livres» du Devoir du samedi 15 et du dimanche 16 avril dernier. Voici certains titres de livres que j'y ai trouvés :

  • Le zouave qui aimait les vélocipèdes de l'écrivain qui aimait l'histoire des gens ordinaires : Pierre Breton - Roman sur  le destin des Québécois partis combattre Garibaldi dans l'Italie de Pie IX.
  • Quatre contre les loups de Sonia Sarfati et son fils Lou Victor Karnas dans un récit hybride et singulier - La force d'un clan au service d'un quatuor de justicier.
  • Pivot de Marie-Ève Cotton : une comédie psychiatrique. [Pivot du surnom donné à un patient qui rêvait d'un destin de grand écrivain et qui en est à 12e séjour en psychiatrie, convaincu d'être victime du Système.]
  • Si c'est ça l'amour et autres nouvelles de Bronwell Wallace (traduit de l'anglais par René-Daniel Dubois) et Nouvelles définitions de l'amour de Brina Svit - L'amour entre détresse et enchantement : Wallace et Svit touchent avec finesse toute la complexité d'un sentiment.
  • L'époque était rouge ou Militer au Québec pour un avenir radieux dans un parti marxiste-léniniste de Gilles Morand - Communiste ayant défroqué, Gilles Morand revient dans un témoignage acidulé sur ses années de militance.
  • Matricide de Katherine Raymond - Une critique foudroyante du système de santé où le poids de l'image devient une sentence à perpétuité.
  • Acceptabilité sociale : sans oui, c'est non de Pierre Batellier et Marie-Ève Maillé - Dans une gauche au charme orwellien deux universitaires livrent une satire de la notion d'acceptabilité sociale dans les débats écolos québécois.
  • Que devient la littérature québécoise ? sous la direction de Robert Dion et Andrée Mercier - Un voyage dans la singularité d'un univers atypique ou, depuis plus de 20 ans, la complexité, la diversité et l'ouverture  entre les lignes de la littérature québécoise.
  • Etc.

Pivot - le vrai : Bernard - avait et a toujours raison : "Aujourd'hui, tout le monde publie sauf certains auteurs." - Pas une critique ni une condamnation des livres mentionnés ci-dessus, juste un rappel qu'il se publie par année des milliers de livres qui, pour la plupart, mériteraient d'être publiés uniquement sous formats électroniques avec l'option pour ceux qui en veulent une copie-papier d'en commander un ou plusieurs exemplaires. - C'est possible de nos jours. Dans le domaine de l'édition, on appelle ce procédé, si ma mémoire est exacte le POD ; le Print on Demand ou l'impression sur demande.

Disparition à long terme des librairies et des bibliothèques ? - Probablement, mais préféreriez-vous le contraire ? La fin de l'Internet et l'ouverture de plus grandes bibliothèques ?

Personnellement, je réalise que je commence à avoir plus de livres consultables instantanément dans mon ordinateur que sur mes tablettes et que, de plus en plus, si je cherche une citation quelconque, j'ouvre mon ordinateur plutôt que le XXIe volume de la correspondance de Proust où l'on me dit qu'elle se trouve en page 609 du XVIIIe.

 D'ailleurs, je n'ai plus de place sur mes tablettes et plus de place pour en poser d'autres. - Quant à ma «table» de travail, j'ai de la difficulté à y poser un crayon. La raison en est simple : si je lis deux livres, j'en achète ou on m'en remet trois et j'ai beau en donner ou en échanger dix contre un...

Restait la solution de les empiler dans un coin.

Je regrette, mais tous les rayons de ma bibliothèque sont remplis et j'ai beau suivre les conseils de Jeff sur la lecture rapide, je n'arrive pas à lire tous  les livres qui m'intéressent d'autant plus que, plutôt attiré par les Classiques, j'ai tendance à me diriger vers des auteurs que j'ai déjà lus et les relire une dernière fois avant de me cadavériser. Et n'allez surtout pas croire que je lis morbidement, au jour le jour, ayant peur que la Grande Faucheuse vienne me chercher au beau milieu d'un chapitre ou au deuxième acte d'une comédie qui en a cinq. Non. Je suis, comme Proust l'a déjà écrit (mais pas à mon sujet), de ceux qui croient que mort se situe dans un espace vague et lointain n'ayant aucun rapport avec le présent.

La citation exacte est la suivante :

"Nous disons bien que l'heure de la mort est incertaine, mais quand nous disons cela, nous nous représentons cette heure comme située dans un espace vague et lointain, nous ne pensons pas qu'elle ait un rapport quelconque avec la journée déjà commencée..."

N'empêche que le temps qu'il me reste à lire se rétrécit par rapport à celui que j'avais quand j'étais plus jeune, du temps où j'avais toute la vie devant moi.

Tiens, justement, parlant de Proust, j'étais à la Bibliothèque de Westmount la semaine dernière, à la recherche de la bio d'un homme que personne ne connaît quand - c'était juste à côté - je suis allé du côté des rayons de fiction pour voir quels étaient les livres de Proust qu'on pouvait y trouver (1) et je suis tombé sur la «nouvelle» traduction, en anglais d'«À la recherche du Temps perdu».

(1) La ville de Westmount, à l'est du centre-ville de Montréal, est une "ville dans une ville" complètement ceinte par sa grande soeur, mais indépendante. Pendant des années, de son incorporation en 1895, jusqu'à tout récemment, elle fut considérée comme un bastion de riches anglophones (les revenus, par famille, étaient encore de 3,6 fois plus élevés qu'à Montréal). - S'attendre, dans ces conditions que sa collection soit plutôt anglaise que française, mais depuis plusieurs années, d'immenses efforts ont été faits pour la rendre plus accessibles à ses citoyens dont la proportion anglaise par rapport à sa proportion française diminue depuis le début des années soixante.

Je dis «nouvelle» car elle n'as pas encore huit ans, par rapport à la première, due essentiellement à un seul homme, Charles Scott-Moncrieff, qui date de 1922 à 1930, alors que cette «nouvelle» a nécessité sept traducteurs. Faut dire qu'avec les travaux effectués sur les manuscrits de Proust après sa mort, plus de 300,000 mots ont été additionnés à l'édition originale, celle traduite par Moncrieff et qui aura bientôt cent ans.

J'y reviendrai.

***

Sujets (au pluriel) de conversation

Au fil des ans, j'ai noté que, dans les soirées mondaines et les dîners entre amis, on a souvent cru que j'avais une mémoire phénoménale. Ce n'est que tout récemment que je me suis aperçu que lorsqu'on abordait un sujet que je ne connaissais pas, on l'abandonnait très vite pour passer à autre que je connaissais suffisamment pour pouvoir poser des questions à ceux qui l'abordait..

Ce que je n'ai pas encore compris, c'est pourquoi l'on ne l'a jamais remarqué et que, surtout, on ne me l'a jamais reproché.

Faut croire que les autres ont toujours été plus polis que je l'ai été !

Trop tard pour faire marche arrière.

***

Et oui, le printemps est arrivé

Et si vous ne me croyez pas, lui le sait :



Adrien - bientôt deux ans.

Simon

***

121-2017-04-03

Ah, et puis...

Frustré par un disque de données qui est devenu un ex-disque, une auto qui a rendu l'âme et un serveur qui, grâce, à l'évolution de l'informatique, est passé du côté des appareils à remplacer, je me suis dit que j'étais mieux de débuter ma chronique d'aujourd'hui par des choses qui ne me feront pas indûment sortir de mes gonds et que - qui sait ? - la masse si fine et si intelligente de nos lecteurs pourraient même trouver drôles.

     1) Célébrités

Existe quelque part, dans les archives du Castor™ ou de l'UdeNap, une chronique rédigée il y a quelques années  par Monsieur Pérec dans laquelle il est question de célébrités et du Professeur Marshall à qui un inconnu lui avait demandé un jour s'il avait déjà rencontré des personnalités du genre dont on entend parler dans les journaux.

«Bien sûr, lui répondit le Professeur. Tenez : pas plus tard que la semaine dernière, à Paris, j'ai...»

Et de là il décrivit une scène tiré du film «A View to Kill» ou James Bond, joué par Roger Moore, se retrouve au coeur d'un incendie à l'hôtel de ville de San Francisco, en compagnie de Tanya Roberts. Des sapeurs-pompiers s'amènent, installent une grande échelle qu'ils étirent  jusqu'au toit et que Roger Moore emprunte pour descendre tenant dans ses bras l'inoubliable Tanya.

«Vous devez vous souvenir, poursuivit le Professeur. Une fois au sol, il est accueilli par le chef de la brigade des pompiers derrière lequel se trouvent trois de ses assistants. - Oui, oui !, dit l'inconnu - Celui de gauche, le plus jeune... -  Oui... - Ben, j'ai serré la main de son beau-frère il y a six jours

Je cite souvent cette anecdote quand on me demande si j'ai connu untel ou untel.

Oui, parfois, il m'est arrivé de rencontre des célébrités. Quand on voyage quelque peu et que l'on vit assez longtemps, l'on finit toujours par rencontrer des vedettes de cinéma, des peintres, des écrivains, de richissimes hommes d'affaires, des escrocs même et, invariablement, des politiciens (ugh !). ou, sans les rencontrer personnellement, on les voit in the flesh, comme disait le regretté cardinal de Richelieu.

2 - Antisémitisme

C'est l'histoire d'un juif qui, à New York ouvrit un déli et, comme il détestait les Arabes, il fit mettre dans sa vitrine un affiche qui se lisait :

«Interdit aux Arabes»

Dès l'ouverture deux Arabes entrèrent et commandèrent chacun un café. Le garçon ne sachant plus quoi faire va voir son patron qui lui dit : «Double leur addition. ils ne reviendront plus.» - L'addition étant de $2.00, le garçon leur en présente une de $4.00. Les deux Arabes lui remettent $5.00 et lui disent de garder la monnaie.

Le lendemain les deux Arabes reviennent avec deux de leurs amis et, à quatre, ils prennent du café, des bagels, du fromage à la crème.... - «Trois fois le prix» dit le patron. - Addition : $8.00. On leur en présente une de $24.00. - On remet au garçon $30 et on lui dit merci..

La même chose se répète le surlendemain avec six Arabes, le jour après, douze et toute la semaine au point où on est rendu à quarante-huit le vendredi et à leur charger 10 fois le prix de tout : $160 est devenu $1,600 et l'argent remis est deux billets de mille.

Désespéré, le patron décide d'enlever son affiche et la remplacer par une autre qui se lit :

«Interdit aux juifs»

3 - Immigration

C'est l'histoire d'un Italien qui émigre aux États-Unis avec, comme seules possessions, le costume qu'il a sur le dos, un orgue de Barbarie et un petit singe.

Il s'installe dans le quartier des affaires et fais la seule chose qu'il sait faire : tourner la manivelle de sa boite-à-sons pendant que son petit singe se promène avec une petite tasse parmi les gens qui passent.

Les deux sont tout de suite adoptés, très aimés même, et très tôt, grâce à la générosité de tous et chacun, le nouvel immigrant put s'acheter un appartement, une auto, un cinéma-maison...

En fait, il devint si riche qu'il put, en moins d'un an, se procurer un orgue Casavant et un gorille.

     Et pendant ce temps...

Au moment où j'écris ces lignes, il est 13h40, - heure avancée de l'est - et nous en sommes au 22 mars 2017 et, à la Une de Radio-Canada Nouvelles, je viens de lire ceci :

Un assaillant abattu devant le parlement de Londres

Une voiture qui tue une piétonne et en blesse plusieurs autres sur le pont de Westminster, un homme abattu après avoir poignardé un policier dans l'enceinte du parlement, placé sous confinement avant d'être évacué ; Londres est en état de choc mercredi après une série d'événements considérés comme terroristes par la police municipale.

Il y a trois jours, dans le métro de Montréal, s'est jeté devant une rame et a, ainsi, bloqué, - pardon : officiellement, il y a eu un problèeme technique - la ligne orange et, ainsi,  arrêté la circulation sur cette ligne pendant plus d'une heure...

Et je viens d'apprendre qu'à chaque fois que Donald Trump va passer le week-end en Floride il en coûte 3 millions de dollars aux Américains.

Sans compter que mon garagiste, qui m'a promis mon auto pour avant-hier, ne me rappelle pas.

Et, l'on voudrait que sur ce tas d'informations, j'aie une opinion

Mon opinion, la voici : j'ai hâte de revoir mon ami André G., un grand spécialiste de la littérature russe, au bar de Chez Patrick's, le vendredi 24 prochain.

***

Et Trump - Faut-il en rire ou en pleurer ?

Rien. Tout comme son prédécesseur et le prédécesseur de ce prédécesseur et le prédécesseur de cet autre prédécesseur (et ainsi de suite), son influence sur la politique américaine sera, à long terme négligeable. Tout au plus aura-t-il pu modifier deux, trois paragraphes d'obscures lois n'ayant aucune importance dans la vraie vie. Les véritables dirigeants des USA lui auront dit quoi faire et comment. - Ils seraient, ces véritables dirigeants au nombre de 196, d'après ce que j'ai lu récemment dans un journal qui n'a pas de lecteurs et qui, comme tous ceux qui l'ont précédé, n'existera plus dans six mois parce qu'il ne se penche pas du côté de ces 196.

On me reproche - et Dieu sait comment ! - de ne pas avoir voté aux dernières élections municipales, provinciales et fédérales  dans ce beau pays de liberté qu'est le Canada. - C'est que j'ai appris, après avoir vécu sous une douzaine de régimes dont ceux de Duplessis, Bourassa, Lévesque, Saint-Laurent, Diefenbeaker, Trudeau (père), Chrétien, Houde (Camilien), Drapeau, Tremblay et Jean Passe et D. Meilleur...  appris que tous ces pantins n'avaient rien eu à dire (qui aurait pu avoir une influence quelconque).

Cent quatre vingt seize éminences grises aux USA ? - Probablement pas plus d'une vingtaine au Canada.

C'était un choix, entre Trump et Hillary Clinton ?

Vous voyez ce que je veux dire : quelle que soit la nature des élections, les candidats sont ceux que les 196 décident à l'avance, ce qu'ils ont fait des semaines et des mois avant la campagne électorale de 2015-2016, i.e. : qui allait être le candidat à la présidentielle pour chacun des partis y compris la possibilité qu'un clown (Trump) contourne leur prévision car il allait tomber dans le moule comme tous les autres.

Leurs règles ?

Ils s'entendent à peu près comme ceci : huit ans de démocrates, huit ans de républicains. Une question de balance. - "On en est rendu où ?" demandait un d'entre eux lors de leur dernière réunion. "Pas important, lui a répondu son voisin. On a mis les environnementalistes avec modifications d'un côté et les antienvirronalistes avec modifications de l'autre..." - "Oui, mais le mur entre le sud des États-unis et le Mexique ?" a-t-il insisté. - Ce fut le clou de la soirée. On en riait encore à trois heures du matin.

Et la France qui se croit libre, égalitaire et fraternelle ? Qu'elle regarde son histoire des deux cents dernières années ne serait-ce que les noms de leurs politiciens. Chose certaine : on ne peut pas devenir président de la France si on s'appelle Dupont. - Vaut mieux être né avec ou s'être acheté une particule sinon... quoique Dupont d'Estaing ou Machin-Chouette d'Arvors, ça fait pas sérieux.

Tiens, tandis que j'y pense : j'ai un pari de cent dollars que je dois sous peu récupérer. Celui d'avoir parier que Trudeau (fils) ne modifierait pas la loi électorale. - C'était voler du bonbon à un enfant..

Ce n'est pas que je suis pour ou contre le vote populaire car la démocratie à outrance, suffit d'être membre d'un groupe de copropriétaires pour savoir qu'elle est insupportable. Je veux tout simplement qu'on ne brasse pas trop, trop ma cage, cage dans laquelle je me suis enfermé en me débarrassant de mon téléviseur et de ma radio et en n'achetant plus de revues et de journaux.

Je suis de ceux qui croient que, lorsque le Gouvernement charrie à l'extrême, les gens se révoltent. Moins souvent, je l'avoue depuis la Révolution Française : les véritables dirigeants ont appris depuis ce temps-là que, quand même, il ne fallait pas trop exagérer. Ce qui n'a pas empêché Hitler, Staline, Ceoucescou, mais, avant que les Américains plébiscite Trump, y'a quand même un mur à franchir.

Simon

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