Que n'a-t-on dit sur cette grande
dame de la chanson, celle qu'on appelait la tragédienne lyrique ?
Avant Damia, il y avait des chansons, des auteurs,
des compositeurs et... des interprètes Après Damia, seuls les interprètes
sont restés. - De la même manière qu'on dit, aujourd'hui, un film de tel
comédien ou de telle comédienne, on a commencé, avec elle, à dire :
«Une chanson de Damia» sans se demander qui
en avait écrit les paroles ou composé la musique.
Et quelles chansons ! Et
quelle musique !
Avec Damia, une chanson
devenait un drame qui se jouait comme on joue au théâtre : les éclairages
étaient savants, calculés, les gestes précis ; pas une seule expression du
visage qui ne fut significative.
Et elle chantait, avec une voix qui
était à la fois un sanglot et un cri.
Les goélands
(de Lucien Boyer), sa chanson-fétiche - et
dont le texte n'est pas à proprement parlé, génial -, devinrent, entre
ses mains, une immense tragédie et quand elle entamait son dernier
couplet, on aurait cru voir «l'âme d'un matelot»... planer dans la
salle.
Elle est née Marie-Louise
Damien, à Paris, le 5 décembre 1889.
Elle a dix-huit ans quand Roberty, le
mari de Fréhel, la remarque alors qu'elle est figurante au Châtelet. - Il lui
donne des cours de chant et la fait débuter vers 1910 au Petit-Casino puis à la Pépinière sous le nom
de Maryse Damia.. - Mayol la
remarque et l'engage aussitôt pour son Concert.
Les débuts sont relativement
lents mais, petit à petit, sa réputation de diseuse pas comme les autres se
répand. - Durant la guerre de 14-18, elle chante au front puis elle rencontre Loïe Fuller, avec qui elle part en tournée, qui lui enseigne la science des
éclairages et de la lumière mais surtout celle de la mise en scène. - À son retour,
le personnage de Damia est né. - Elle le conservera longtemps, jusqu'en 1956
où, l'âge de 64 ans, elle remplit sa dernière salle, vêtue de son éternel
fourreau noir dont Juliette Gréco s'inspirera.
Son tour de chant ne variait
pas beaucoup :
Un seul projecteur annonçait
sa venue. Le rideau s'entrouvrait et Damia paraissait ; jetait un coup d'œil
dans la salle et entamait sa première chanson et son public était conquis.
Les innombrables photos qu'on
a prises d'elle nous la montre tragique, les épaules nues ou totalement recouvertes, bras compris, esquissant plus que
faisant des gestes avec un visage aux yeux soit mi-clos, soit lancés vers le
ciel mais toujours expressifs.
Selon la chanson qu'elle
interprète, elle danse, s'assied par terre, passe et repasse dans le rayon du
projecteur braqué sur elle, ouvre ses bras. - Tout est choisi en fonction de
ce qu'elle peut faire sur scène.
Sa grande période va du début
des années trente au début des années quarante où elle enregistre, coup sur
coup, C'est mon gigolo(L. Casucci, A. Mauprey, J. Lenor),Le grand frisé (L. Daniderff, E. Ronn),
Tu m'oublieras (J. Lenoir, H. Diamant Berger), La chaîne
(L. Daniderff, E. Ronn), La ginguette a fermé ses volets (L. Montagné, C.
Zimmer), Sombre dimanche (S. Erzso, J. Marèse, F.-E. Gonda) - que Georgius ne
manqua pas de parodier avec son Triste Lundi - Johnny Palmer (C. Pingault, C.
Webel), Tout fout l'camp (Juel, R. Asso)...
Parallèlement à son activité
scénique, elle tourne dans quelques films :
C'est elle, la Marseillaise
dans le Napoléon d'Abel Gance (en 1927). - Elle est de la distribution de Tu
m'oublieras en 1930 et de Sola en 1931 sous la direction de
H. Diamant Berger. On la voit brièvement dans La tête d'un homme
de Julien Duvivier en 1933 et dans Les perles de la couronne de
Sacha Guitry (et de Christian-Jaque) en 1937 et on la revoit, vieillie, en
1956, en mendiante dans le cent soixantième remake de Notre-Dame de
Paris, celui de Jean Delannoy en 1956 avec Gina Lollobrigida et
Anthony Quinn.
Damia meurt à 89 ans, dans sa
résidence de Saint-Cloud le 30 janvier 1978.
Petits formats
En voici
quelques-uns.
Pour d'autres, cliquez ici
Un clip :
Enregistrée dans les années cinquante à la télé, Damia reprend un de ses succès de 1935 :
Les goélands de
Lucien Boyer - 1930 - Columbia DF
15 - L 1965-1-1)
À ce titre, nous en ajouterons trois autres - peu
souvent entendus de nos jours - qui donneront une idée du répertoire de
Damia.
Nous joindrons tout d'abord une chanson de Jules
Jouy, un poème plutôt, écrit en 1887 et qui ne fut mis en musique qu'en
1924. Une chanson dont la version-Damia a tant plu à Robert Desnos et dont
le sujet reste encore de nos jours surprenant : la guillotine ou, en argot, la veuve :
La veuve de
Jules Jouy et Pierre Larrieu - 1933 - Columbia DFX 144 - CLX
1664-1-2
Notre deuxième titre a un thème plus classique :
La suppliante de C.H. Laurent et A. Sap - 1933 - Columbia DF
1171 - CL 4343-1
Et finalement, une chose qu'on n'oublie pas quand
on l'a entendue une fois :
La chaîne de L. Daniderf et E. Ronn - 1935 - Columbia DF
1803 - CL 5416-1
On pourra, par ailleurs, entendre une cinquième
chanson, Les ménétriers, interprétée par Damia à partir d'une page dédiée à
Richepin.