2008-05-19
Yvette Guilbert |
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Elle est née à Paris, le 20 janvier 1865, fille
d'Hippolyte Guilbert, d'origine normande, brocanteur et patron d'une
fabrique de confection, et d'Hernance Julie Lubrez, née Albine,
chapelière, d'origine flamande.
De six à huit ans, elle séjourne en Normandie. À l'automne de 1872, elle est au cours Archambault à Paris
puis demi-pensionnaire à la pension Couard à Saint Mandé.

Yvette Guilbert à 9 ans
À seize ans, elle est embauchée chez Hentennart, le
couturier, et six mois après, elle est vendeuse au magasin du Printemps.
À vingt ans, en novembre 1885 : elle rencontre Charles Zidler, directeur de l'Hippodrome
(et le créateur du Moulin-Rouge - voir à French
Cancan) et est engagée comme comédienne dans la tournée d'été
de ses Variétés.
En 1888, elle est aux Bouffes du Nord,
toujours en comédienne mais elle se tourne peu à peu vers la chanson.
En 1889 elle passe
en lever de rideau à l'Eldorado mais personne ne veut de cette débutante qui
n'est pas du genre à la mode. Même chose à l'Eden où on lui dit qu'elle
n'aura jamais de succès. Elle s'exile à Lyon puis en Belgique où elle
commence à avoir un peu grâce à des chansons comme «La pocharde» car elle
s'est
lassée très vite du répertoire qu'on lui impose.
En 1890, elle est de retour à Paris, au
Moulin-Rouge (sic) mais sous le nom de Nurse Valéry ou quelques amateurs
l'admirent mais pas plus.
Reprenant son nom et après avoir fait la
connaissance de Xanrof,
de
Jean Lorrain, après surtout, avoir emprunté ici et là, d'Aristide
Bruant, entre autres, elle
finit par développer un personnage (robe verte, longs gants noirs, chevelure
rousse) qui commence à percer. Au Divan Japonais, entre autres :
«J'arrivais au Divan (en mai 1891),
descendant d'un fiacre découvert qui m'apportait du Moulin Rouge toute
habillée, toute maquillée. Quelques fidèles du Moulin suivaient mon
fiacre, pour venir au Divan m'écouter dans un tout autre répertoire, car
au Moulin, entre huit et neuf, c'était une clientèle de petits commis du
quartier, et je n'osais pas risquer ces mêmes couplets que j'offrais à
la clientèle artiste des peintres, sculpteurs, écrivains qui se
réunissaient chez Jehan Sarrazin. Pour fêter ma venue, Sarrazin faisait
deux soirées : une, de huit à dix, avec ses artistes ; une autre, de dix
à douze, soirée d'Yvette. Imaginez une petite salle de café de province,
basse de plafond, et pouvant contenir, en les tassant, cent cinquante à
deux cents personnes. On y chantait. Une estrade plantée au fond de la
salle à 1,50 mètre du sol, ce qui m'obligeait à faire attention de ne
point lever les bras sans besoin absolu, car alors mes mains se
cognaient au plafond, ce plafond où la chaleur de "la rampe" à
gaz montait si forte qu'elle nous mettait la tête dans une fournaise
suffocante ! Les chanteurs n'y séjournant que cinq à dix minutes s'en
tiraient, mais moi, c'était cinquante à soixante minutes qu'il me
fallait endurer ce supplice, lequel, terminé, m'obligeait "à me
sécher" une demi-heure, avant d'oser affronter l'air froid de la rue,
collée que j'étais, dans ma robe, les cheveux ruisselants de sueur»
(Y. Guilbert, la Chanson de ma vie)
Mais c'est à Müssleck du Concert Parisien
qu'on doit le grand début d'Yvette Guilbert, à Müssleck qui... se laissa
tenter par son approche publicitaire :
Yvette Guilbert, celle du Divan et non du
Moulin-Rouge, proposa, en effet, à ce cher Auguste, sur le point de déposer
son bilan, de se lancer elle-même :
«Voilà, dis-je à Müssleck sans
préambule : j'ai du talent, je vous apporte mille francs pour me faire
des affiches inondant Paris. Vous m'annoncerez simplement avec la date
de mes débuts à votre concert. Je le regardais, médusée... Il était
gros, ventru, obèse terriblement, sa face rougie, réjouie, craquait de
santé, ses yeux clignotants, éternellement pleins d'eau, si terriblement
crapules, si cocassement "fripouillards" quand il était sincère,
devenaient tout à coup honnêtes et largement ouverts quand il avait à
tromper quelqu'un, une main sur le cœur et son brûle-gueule dans
l'autre.» (Op. cité.)
Vingt mille affichettes de 40 centimètres
furent ainsi dans tout Paris, avec cette inscription :
Yvette Guilbert. La
diseuse fin de siècle. Le 5 octobre 1891 au concert Parisien.
Le résultat fut prodigieux. -
Quatorze mois plus tard, Müssleck avec qui Yvette ne s'était jamais
entendue, dut assigner sa vedette pour le paiement d'un dédit de cent mille
francs, parce que celle-ci s'était produite sur une autre scène même si son
contrat lui permettait. Müssleck perdit son procès et enfin, libérée, cette «diseuse»,
en demande partout, entra à la fois aux Ambassadeurs, à La Scala et dans
l'histoire. Immortalisée à partir de 1893
par Toulouse-Lautrec («Petit monstre, mais
vous avez fait une horreur !»), c'est en grande vedette qu'elle
promènera jusqu'en 1899 sa silhouette partout en France, en Angleterre, en Allemagne,
aux États-Unis...

Gravement malade (à partir de 1900), elle
disparut mais finit par remonter sur scène - elle est au Carnegie Hall de New York en
1906 - surtout à partir du début des années dix (ex. : Casino de Nice en 1913) avec, cependant, un
répertoire tout à fait nouveau, composé essentiellement de chansons plus
«littéraires» : poésies anciennes et modernes, chansons du Moyen-âge, etc...
pour ne mourir que des années plus tard, non sans, avant, avoir
refait les grandes salles d'Europe et d'Amérique, ouvert une école de chant à
Bruxelles, tourné dans divers films, rédigé des chroniques, fait de la mise en
scène, animé des émissions de radio, écrit des souvenirs, d'autres livres dont
un sur l'«Art de chanter une chanson»...
Décédée le 3 février 1944 (Hôtel Nègre Coste, cours Mirabeau,
Aix-en-Provence), elle est inhumée, depuis 1946, à Paris, au
cimetière du Père-Lachaise.
De sa
carrière, la chanson française (qui lui doit beaucoup) a surtout retenu
d'Yvette Guilbert la première époque, celle du «Fiacre» de Xanrof,
celle où elle chantait «Fleur
de berge» de
Jean Lorrain ou «Madame Arthur» de
Paul de Kock mais, de cette époque, il ne nous reste que des enregistrements (très
inégaux), des affiches et des photos. Ce n'est qu'à partir des
enregistrements qu'elle plus tard et des quelques films qu'elle a tournés
par la suite mais presque exclusivement de son tour de chant de de la deuxième période
qu'on peut s'imaginer l'impact qu'elle a eu sur la chanson d'avant 1900 avec
ses gestes et sa façon de chanter des clins d'œil.
Elle fut, en
quelque sorte, le précurseur de chanteuses qui allaient suivre cinquante,
soixante ans après : des Jujube et des Barbara, par exemples, qui, la dernière
surtout, n'hésitera pas à reprendre, soixante-dix ans après leurs créations, quelques-uns de
ses succès :
«Ça ne t'empêchait pas d'fair' de p'tit's
bombances
Et d'convoiter même un autr' bien que
l'tien
Tu m'en as fait voir un peu d'tout's
les nuances
Tu trouvais, d'ailleurs, que l'jaune
m'allait bien
Et quand j'pense que, moi, j't'ai été
fidèle !
Dans la vie d'un' femm', ça compte !
En tout cas
L'fait est assez rar' pour qu'on s'en
rappelle
Et c'est un' bêtis' qu'une femm'
noublie pas !»
(D'elle à lui - Paroles : Paul Marinier -
1898)
Discographie et enregistrements
:
Yvette Guilbert a enregistré ses chansons pendant
presque quarante ans, depuis le presque tout début du cylindre commercialisé
(et gravé individuellement) aux disques enregistrés électriquement, laissant ainsi une trace bien
précise d'une voix humaine dans le développement des techniques
d'enregistrement.
Malheureusement, son style datait déjà à partir de
1900 ; axée sur l'interprétation «intégrale» (avec gestes, mimiques, coups
d'œil, déhanchements, etc.) et desservie par un filet de voix (quoique la
diction ait été impeccable mais pas toujours) elle nous paraît aujourd'hui étrange parce que
peut-être trop près du texte qu'elle persiste à vouloir, tout au long de sa
vie, réciter trop souvent avec toutes les nuances possibles contrairement à
Mayol (ou même son
contemporain, Bruant) pour qui la chanson se veut d'abord
et avant tout un air qu'on retient et qu'on pourra fredonner longtemps après
qu'on aura oublié les paroles.
Nous donnerons dans les pages ci-jointes quelques
exemples de ce style unique dans huit enregistrements faits à des époques
fort différentes et qui donnent en même temps une idée de l'évolution des
techniques d'enregistrement de 1897 à 1934 :
(Voir également à
Madame Rollini.)
Fleur de berge (Jean Lorrain)
-
Pathé 4277 1395 - vers
1897
Je suis pocharde
(Louis Byrec) - Pathé 4281-1452 - 1897
À Grenelle
(Aristide Bruant) - Gramophone GC 33668 (5272h) -
1907
La Glu
(Jean Richepin
et Charles Gounod) - Columbia A 2739 78135 -1918
Elle était
très bien (Xanroff) - Gramophone W 994
(Cc13811-1) - 1928
Verligodin (chanson
du XVIe s., paroles reconstituées par Yvette Guilbert) - Gramophone K 7068 -
1933
Madame Arthur
(Paul de Kock) - Gramophone K 7348 (OLA 3-1) - 1934
Le Fiacre
(Xanroff) -
Gramophone K 7348 (OLA 2-1) - 1934
Liste plus complète des enregistrements
(que nous avons retracés d'Yvette Guilbert)

Opinions :
Dans sa «Chanson sous la IIe république»,
Serge Dillaz dit «qu'elle fut sans doute la première interprète moderne»
«Je pense toujours
en l'entendant, dit Henri Lavedan cité par Chantal Brunswick («100
ans de chanson française»), à quelque troublant automate, à une
dame en cire d'Edgar Allan Poe qui aurait un phonographe dans le ventre.»
Pour leurs parts, Gilbert Salachas et Béatrice
Bottet («Le guide de la chanson contemporaine») ajoutent «qu'elle
n'a pas toujours été comprise et souvent admirée à contretemps.»
En ce qui nous concerne, nous référons le lecteur aux
nombreuses affiches et croquis qu'a dessinés d'elle Toulouse-Lautrec. - Des
caricatures ? - Peut-être pas.
Parmi
son œuvre
écrite :
Comment on devient une étoile (Paul Dupont éd., 1893) La vedette (H. Simonis Empis, 1902, réédition en 1900 et 1987)
Légendes dorées (épisodes de la vie de Jésus recueillis et reconstitués par
Yvette Guilbert, 1914) La Chanson de ma vie (mémoires, Grasset, 1927)
- Voir ci-dessous L'art de chanter une chanson (Grasset, 1928) La Passante émerveillée (Grasset, 1929) Mes lettres d'amour (Denoël et Steele, 1933) Autres temps, autres chants (Laffont, 1946)




Voir également
Chansons illustrées - Galerie de portraits
En annexe
:
Photo du magazine
dédié à Yvette Guilbert (1906)
Références :

Yvette Guilbert
l'irrespectueuse
de Claudine Brécourt-Villars Plon 1988

Autobiographie
Bernard Grasset, 1927
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