Victor-Emilien Lejal, né à Paris en 1863, fils
d'un petit employé de commerce. Pour subvenir aux besoins de la famille, il
est mis en apprentissage chez un imprimeur dès sa douzième année. À seize ans,
pour se distraire, il se met à fréquenter diverses sociétés lyriques où il
chante en amateur.
À vingt ans, il quitte l'imprimerie pour débuter -
sous le nom de «Monsieur Bravo» (?) -
en tant que chanteur fantaisiste à l'Alcazar de Dijon. De là, il parcourt
la province, se rend à l'étranger (Belgique, Maroc, Algérie) où il apprend son
métier,
En 1894,
Paulus qui vient d'acheter le Ba-Ta-Clan, le remarque et le fait
monter à Paris.
Habit noir, gardénia à la boutonnière, Lejal y obtient
un succès certain puisque, l'année suivante, on le retrouve à l'Eldorado, puis
aux Ambassadeurs et finalement, en 1897, en la prestigieuse salle de La Scala
où il est au programme si régulièrement qu'il se permet de «signer» (annoncer) ses premiers
enregistrements (cylindres Lioret) sous le nom de «Victor Lejal de
la Scala».
En 1898, il est de passage au
Caveau des Innocents où il lance sa célèbre
«Marche des cambrioleurs» (paroles
de Jean Daris, musique de Rodolphe Berger) :
Nous n'somme's pas des
voleurs
Vraiment, ça s'rait trop bête
Nous somm's des cambrioleurs
C'est bien plus chouette !
Un passage unique
? Difficile à dire car la même année, il enregistre une chanson de
Jules Jouy, «Un bal chez le ministre».
Sa période «chansonnier» ? - Michel Herbert («La Chanson à Montmartre» -
La table ronde - 1967) qui cite tout le monde ne le mentionne pas parmi
ceux de l'époque.
En 1901, il est aux Folies-Bergère, puis en 1902-1903 au
Moulin-Rouge où il restera trois ans à chanter dans diverses revues (Tu
marches ? - A. Lévy et Charles Clairville, La belle de New York -
Morton, Gavault et Karker, Tu as un œil -
Fursy, Mougel),
Offenbach-Revue - Flers, etc.)
On le revoit par la suite au Parisiana et de nouveau à
la Scala à partir de 1905.
Entre temps, il aura chanté Chez Fantasio, à la
Fauvette, aux Folies-Parisiennes, à la Fourmi, au Jardin de Paris, au Kursaal,
à la Mésange, au Palais du Travail...
À partir de 1910, son activité semble diminuer et dès
1914 on n'entend plus parler de lui...
Il est malade. Il meurt en effet en juillet 1916. à
cinquante-trois ans. - Le 20 novembre de la même année, le Concert Mayol
organise une matinée au bénéfice de sa famille. Fait partie des artistes :
Polin. (*)
Ce concert-bénéfice a dû porter fruit car, aux
débuts des années trente, son fils, Lucien Lejal (1897-1977) (**) se permet de
reprendre les succès de son père.
(*) Merci à
Monsieur Jean-François Chariot pour
ces derniers renseignements.
(**) Idem à Monsieur Marc Beghin
Son style se serait apparenté à celui qui lui a
donné sa première chance à Paris,
Paulus. -
Fantaisiste, gambilleur, il se serait continuellement «donné» tout entier dans ses tours de
chant, gesticulant et marchant d'un bout à l'autre de la scène.
Son répertoire (sur disque) ne confirme pas ce côté
scénique.
De chansonnettes comiques, il passe des choses un peu
plus grivoises, revient à la chansonnette presque de charme. Il enregistre des
marches, des monologues, se permettant, à l'occasion, d'imiter plusieurs voix
dans des sketches dits militaires, à la
Polin («L'arrivée
des 28 jours»).
Son plus grand succès semble avoir été
«Quand on a travaillé»
qu'il a créé en 1897 et qu'il enregistra en 1898, chez Lioret, un an après
Charlus. Ce titre a par la suite été repris par
Gabin (père), Paul Lack et même
Jean Péheu (en 1909).
Une autre de ses chansons, le
«Zipholo»,
(1907) a été reprise par Les Charlots en 1971.