(avec un grand merci à Jean-Philippe Maran pour les renseignements et
corrections)
Deux cent vingt sept
mille entrées. - Voilà, au dernier décompte, le nombre de pages dédiées
ou qui faisaient référence à Mistinguett sur le WEB (août 2008). - Aussi
bien dire que si l'on s'intéresse quelque peu à la chanson française de
la première moitié du siècle dernier, on tombera invariablement sur cette «Reine du Music-Hall» qui sans avoir
créé le genre des grandes revues, avec meneuse, danseurs et danseuses,
l'a poussé jusque dans ses extrêmes limites au point où il est presque
disparu avec elle.
Lorsqu'elle mourut en 1956, à 81 ans, elle fit la une de tous les
journaux de Paris. - On chuchotait qu'elle avait (encore !) les plus
belles jambes du monde... - Et Colette disait qu'elle n'était pas une
artiste du Music-Hall mais une «propriété nationale».
Pas mal pour une meneuse de revue qui
n'avait pas de voix, savait à peine danser et dont le répertoire s'est
toujours limité à une centaine de chansons [*].
[*] Ce qui est un peu faux car martin Pénet - voir ci-dessous - en
rapporte, dans son «Mistinguett,
la Reine du Music-Hall» plus de deux cent vingt sauf qu'elles ne
furent pas toutes retenues et si elle a fait plus de cent cinquante
enregistrements, il y a eu plusieurs doubles. En bref, le tout
pourrait se résumer en quelque vingt à trente chansons toujours en
mémoire mais, dans le lot de grands classiques, du genre : Mon
homme, C'est vrai, Ça, c'est Paris, etc.)
Elle est née Jeanne Florentine
Bourgeois au 5 de la rue du Chemin-de-Fer à Enghien-les-Bains le 3 avril
1875, fille d'Antoine Bourgeois, journalier, 30 ans, et de Jeannette
Debrée, couturière, 21 ans, et non en 1872 ou 1873 et même 1878 comme
l'ont cité plusieurs dictionnaires. - Il faut retenir cette date ne
serait-ce que pour se rappeler que, née en 1875, elle a eu 25 ans... en
1900 et qu'en 1900, la «Belle Époque» débutait...
Après des cours de chant - qu'elle
sèche allègrement -, celle qui fut appelée à ses débuts Miss Hélyett
puis Mistinguette (avec un «e») entre au Trianon-Concert en 1894
où elle lance «Max, Ah c'que t'es rigolo». - Pas un grand succès
mais on la garde.
Elle passe à l'Eldorado, en 1897, en
chanteuse comique, en épileptique, en gigolette, pour y apprendre, petit
à petit, à tenir une scène. («À force d'assiduité,
écrira-t-elle plus tard, je suis devenue nature».) - Elle y
restera jusqu'en 1907 - ayant entre temps enlevé le E final de
son nom - où, après avoir appris à suppléer à son insuffisance vocale un
brin de comédie, une mimique unique et des pas de danse, elle en sort
vedette consacrée. - Elle a appris à se faire aimer de son public.
Photos de Mistinguette (avec un «e») - CollectionJean-Yves Patte
Jusqu'en 1914, elle
alterne pièces de théâtre, revues et cinématographe,
expériences qui lui seront profitables pour définir finalement LA Mistinguett que l'on a par la suite connue et qu'elle sera jusqu'à la
fin de sa longue carrière.
En
1909, Max Dearly la choisit comme partenaire pour créer la valse
chaloupée au Moulin-Rouge. Puis c'est la valse renversante avec Maurice Chevalier aux Folies-Bergère en 1911, qui
donnera lieu à une histoire d'amour longue de 10 ans.
Un arrêt (si peu...) à cause de la
guerre puis elle fait sa rentrée à nouveau, avec Chevalier (qu'elle a
réussi à faire libérer du camp de prisonniers où il était), en 1917.
Elle débute au Casino de Paris en 1918, reprenant la suite de Gaby Deslys, et en
restera la vedette incontestée jusqu'en 1925, pour atteindre ensuite le
sommet de sa carrière au Moulin-Rouge dans 3 revues ébouriffantes entre
1925 et 1928.
Durant cette période, avec, successivement Harry Pilcer, Earl Leslie, Jean Gabin,
Lino Carenzio, Georges Guétary (pour ne nommer que ceux-là), elle sera la Miss des grandes revues qui
feront accourir le tout Paris.
Jusqu'à la deuxième
grande guerre,elle sera la seule et unique Miss
avant de disparaître peu à peu dans d'innombrables galas ou son public
continue à l'applaudir à tout rompre.
Quand elle mourut, elle était
devenue, comme nous l'avons mentionné ci-dessus, «propriété
nationale» (Colette).
C'est peu dire d'une interprète qui fut, pendant des années, l'incarnation de
la chanson française de spectacle, en France tout comme à l'étranger.
Mais comme on peut le lire partout, il faut l'avoir vue.
Filmographie :
Grande activité
cinématographique pour la vedette. En effet,
entre 1908 et 1928, elle tourne dans pas moins de 45 films (muets
bien sur), et ne reviendra au cinéma parlant qu'en 1936. C'est
beaucoup mais bien peu pour capter le magnétisme de Mistinguett.
Le seul film
parlant Rigolboche de Christian-Jaque nous la présente
a 61 ans comme maman d'un enfant de 6 ou 8 ans (sic) mais nous
permet de la voir et de l'entendre chanter Oui, je suis
d'Paris, Au fond de tes yeux et Pour être heureux, chantez!
Restent les
bandes d'actualités où, enfin, on peut voir la Miss telle qu'elle
était, s'adonnant à son art suprême, celui du Music-hall. Une des
plus délicieuses est le Bal des petits lits blancs en 1931 (ou 1932) où elle
chante et danse "La rumba d'amour" sur le pont
d'argent à l'Opéra Garnier.
Quelques films
de la période 1908-1917
-L'Empreinte ou La main rouge (1908) dans lequel Miss danse la valse chaloupée avec Max Dearly.
-Fleur de pavé(1909)
scène dramatique, avec Prince-Rigadin
-Une femme tenace(1910)
scène comique, avec Prince
-Les timidités de
Rigadin(1910)
scène comique, avec Prince-Rigadin,
encore
-Les fiancés de Colombine (1911) comédie, Mistinguett est Colombine
-La ruse de Miss Plumcake (1911) scène comique, avec Baron fils
-La folle de Pen'March (1912), un drame... breton
-La valse renversante (1912), une comédie pittoresque, avec Maurice
Chevalier
-Les Misérables (1913) première adaptation complète du roman de Victor Hugo et
premier grand film français de réputation internationale. Miss y
tient le rôle d'Éponine.
-Mistinguett détective I et II (1917) quatre épisodes
La
Miss ne reprendra le chemin des studios qu'en 1927 pour L'île
d'amour (sorti en 1928), puis en 1936 pour Rigolboche (voir à ce nom).
Enregistrements :
Elle en a fait environ 150, de
1920, en duo avec Louis Boucot,
jusqu'en 1942 mais beaucoup de doubles, enregistrés à quelques
semaines de distance, parfois, sur deux marques différentes.
(**) Existe également une version
Odéon, no. 166 010
(***) Sous le nom de «Gosse de
Paris»
(****) Deux autres versions existent
de cet enregistrement, avec André Randall, Lino Carenzio et Mlle Jade :
Odéon 166 719 (orchestre des Folies-Bergère, direction Maurice Hermite)
et Pathé PA 45 (orchestre Mahieux mais indiqué Orchestre du Casino de
Paris) .
Trois
clips :
Le premier, en
répétition, aux Folies-bergère, en 1933, pour la revue «Folies en
folie» : C'est vrai - Paroles d'Albert
Willemetz, Musique de Casimir Oberfeld.
Le deuxième, à l'ABC
(?), en 1937, dans la revue «Chansons de Paris» : Oui, je suis de Paris - Paroles de Bayle, Musique d'Oberfeld et de De Lima.
(Attention aux marches de l'escalier !)
Le troisième, du
film de Christian-Jaque, «Rigolboche» (1936) avec le toujours
ténébreux Jules Berry en arrière-plan : Chantez ! - Paroles de Bayle, Musique d'Oberfeld et de De Lima.
Biographies :
Mistinguett, La reine du music-hall
Le livre le plus complet qu'on pourra
retrouver sur la Miss : biographie, photos chronologie des spectacles,
liste des chansons et danses interprétées sur scène par Mistinguett,
filmographie, discographie...