Université de Napierville

Henri Carras - Interview

Photo à suivre


(Gazette de Saint-Romuald-d'Etchemin et d'Esch-sur-Sûre - 1er septembre 2001)


Interviewer : Monsieur Carras, les notes biographiques que le Musée du Grand Marshall a mis à notre disposition contiennent très peu d'informations sur vos antécédents scolaires en ce sens qu'on vous retrouve, en 1956, chef-décorateur dans une usine de métallurgie à Paris et donc, comme vous le souligniez vous-même récemment, «déjà mêlé au milieu artistique», mais cela n'est qu'après que vous n'ayez été que de courts moments - attendez que je jette un coup d'oeil sur mes notes - : accrocheur de tableaux, restaurateur de broderie et de porcelaine fine puis monteur d'exposition au Musée des Arts Décoratifs de Bellegarde-sur-Valserine. Qu'est-ce à dire ?

Henri Carras : Je ne comprends pas le sens de votre question.

Interviewer : Je veux dire que, pour occuper des postes aussi importants que celui de Directeur général et second éclairagiste du Musée du Grand Marshall et puis, auparavant ceux de Directeur artistique et chef éclairagiste de la Société du Square des Arts du Vieux ou encore de Directeur général du Musée d'Art Moderniste du Vieux-Montréal, vous avez dû, à un certain moment donné, devoir fournir des références, expliquer d'où vous veniez, présenter des attestations d'études mais je ne vois - toujours dans vos notes biographiques - aucun renseignement à ce sujet.

Henri Carras : Ces notes ont été rédigées uniquement à l'intention des connaisseurs et pour résumer, en quelque sorte, mes compétences, non pas pour faire l'étalage de mon savoir. Qu'on m'ait sélectionné indique déjà que mes antécédents ont été révisés et acceptés par les plus hautes autorités et, en conséquence, j'ai jugé qu'il serait peut-être inutile que j'élaborasse sur mes aptitudes.

Interviewer : Néanmoins, il me faut remarquer qu'avant de devenir, en 1964, Directeur général du Musée d'Art Moderniste du Vieux-Montréal, la seule expérience connexe semble avoir été celle de Directeur de la Galerie Indépendante du Vieux-Montréal, une galerie fort respectable, nous vous le concédons, mais pas nécessairement de nature à exiger, pour son personnel, des doctorats en histoire de l'art ou des études très poussées dans l'art d'aménager des expositions.

Henri Carras : Vous avez bien raison.

Interviewer : Mais alors ?

Henri Carras : Mais alors quoi ?

Interviewer : Laissez-moi reformuler ma question.

Henri Carras : Mais reformulez, je vous en pris, car à la façon dont vous les poser, nous y passerons la nuit.

Interviewer : Je vais être bref : quelles études avez-vous faites pour vous retrouver, aujourd'hui, Directeur général et second éclairagiste du Musée du Grand Marshall ?

Henri Carras : Études ? - Ah mais j'en ai fait plusieurs. J'ai eu, comme professeur de chant, le célèbre ténor Gustavio Roncelli, le petit neveu du grand Roberto de la Scala d'Orto Vero ; mon tuteur de bornes fut nul autre que le regretté Baplo Picazzo ; et j'ai passé des heures délicieuses en compagnie de divers personnages politiques et artistiques très importants que la modestie m'empêche ici de nommer.

Interviewer : Je ne suis sans doute pas assez clair.

Henri Carras : Ce n'est pas moi qui le dis.

Interviewer : Vos diplômes, Monsieur Carras : vos diplômes. - Selon les informations que j'ai à ma disposition, il ne semblerait pas, pour utiliser une image, qu'on puisse en tapisser les murs de votre future bureau.

Henri Carras : Tapisser des murs de diplômes ! Quelle horreur ! Ce serait d'un parvenu...

Interviewer : Mais en avez-vous au moins un ou deux ?

Henri Carras : Vous voulez parler d'un certificat attestant que je suis un maître du Beau ? Une sorte de docteur de bon goût, avec tout ce que cela comporterait de nuances, d'agencements et de choix éclairés ?

Interviewer : Pas nécessairement mais un diplôme quelconque ; honorifique ou pas. Un diplôme, quoi. Ne serait-ce que dans l'organisation matérielle d'un musée...

Henri Carras : Mais mon pauvre ami, qui, pourrait décerner un tel diplôme ? - Un autre maître du Beau, une sommité dans l'art, dans la décoration ?

Interviewer : Je vois. - Bref vous n'avez fait aucune étude particulière mais vous avez connu bien du monde influent.

Henri Carras : Si vous entendez par là que je me suis rendu jusqu'ici en utilisant l'influence de personnages en vue, je me dois de m'inscrire en faux. D'ailleurs ma carrière parle d'elle-même.

Interviewer : Votre carrière. Oui, parlons-en de votre carrière. - Vous semblez tout d'abord être très intéressé par l'éclairage.

Henri Carras : Et pourquoi pas ? Sans éclairage, il n'y a pas d'oeuvres d'art : il n'y a que du noir. - Et sous un mauvais éclairage, l'art n'est qu'un pâle reflet de ce qu'il peut être.

Interviewer : Je constate en effet qu'à la Société des Arts du Square du Vieux, vous êtes passé, en très peu de temps - huit ans à peine - de second éclairagiste à chef éclairagiste tout en menant de front une carrière presque parallèle d'animateur, de créateur et de directeur artistique. - Tout un exploit. - Mais je vois que vous avez été également accrocheur de tableaux.

Henri Carras : C'est que je n'ai jamais hésité à mettre mes mains à la pâte, pour ainsi dire. - Le travail manuel ne me déplaît vraiment pas et si, parfois, il m'a fallu aider des ouvriers à soulever des poids énormes pour une exposition, je n'ai jamais dit non. - Le contact avec sa musculature et celles des autres dans le déplacement de sculptures, par exemple, est une chose qui, hélas, ne s'apprend pas sur les bancs d'école.

Interviewer : Et vous avez beaucoup voyagé.

Henri Carras : Dans mon métier, il le faut. Pour découvrir du neuf, s'aérer, renier en quelque sorte ce qui a précédé pour s'attaquer à de nouvelles expériences physiques, intellectuelles et artistiques.

Interviewer : J'ai ici une photo de vous, en compagnie d'un certain Charles, sur la Rivera ; la Riviera italienne. - Je suppose que vous étiez là pour évaluer les trésors de l'endroit.

Henri Carras : Quelle affreuse photo ! Mon mauvais profil. Et à force de manger des gelati, des osso bucco et des ravioli (ravi au lit, quelle expression bizarre, vous ne trouvez pas ?), nous avions pris du poids !

Interviewer : J'imagine mais les trésors...

Henri Carras : Nous en avions ramené une statue d'un ange du XVIIe siècle. - Un petit chérubin. - Nu. - Beau comme un Dieu, si vous permettez l'expression. - Le doigt posé sur la bouche. - Laissant planer un soupçon de concupiscence. - J'en ai fait cadeau au Musée d'Art Décoratif de Le Muy.

Interviewer : Et quoi d'autres ?

Henri Carras : J'y ai fait la découverte d'un jeune artiste de tout premier plan que j'ai ramené au Canada où pendant plus de deux ans, il a été mon premier assistant. - C'est à lui, d'ailleurs, qu'on doit l'essentiel de l'exposition que j'ai organisée a l'International House of Design, External and Interior Decoration, à New York, en 1969.

Interviewer : Une exposition qui portait sur...

Henri Carras : Le design, tout simplement. - Son titre exact était : «Modern Conceptual Abstractions in Forms and Balance».

Interviewer : Ça a eu beaucoup de succès.

Henri Carras : Si l'on veut. - D'estime surtout. - Certains critiques ont voulu que ce soit là la première manifestation en Amérique du renouveau temporel de la créativité italienne de la deuxième moitié des anées soixante.

Interviewer : Beaucoup de visiteurs ?

Henri Carras : Assez, oui. - Surtout lors du cocktail d'ouverture.

Interview : Cela m'amène à vous poser une question d'ordre ... mettons organisationnelle.

Henri Carras : Mais allez, je suis là pour vous répondre.

Interviewer : Vous comptez attirer beaucoup de monde au Musée d'Art Décoratif de Napierville ?

Henri Carras : Ça dépend. - Si vous parlez en terme de nombre d'entrées, je ne saurais vous dire. - Ce nombre, d'ailleurs, n'a aucune espèce d'importance. - Ce dont il faut parler en premier lieu, c'est de la qualité des entrées.

Interviewer : Je veux bien mais pour l'édification des masses, qu'avez-vous l'intention de proposer ?

Henri Carras : Édification ? Des Masses ? - Mais, mon pauvre ami, qu'allez-vous chercher là ! - Un musée n'est pas là pour éduquer mais pour renseigner et pour renseigner d'abord et avant tout ceux qui déjà ont un certain penchant pour le Beau.

Interviewer : Sauf qu'un musée sans visiteur...

Henri Carras : Mais qui vous parle d'un musée avec visiteurs ? - Un musée doit se suffire à lui-même. - Il ne doit pas s'attendre à avoir une foule à sa porte à tous les matins. - Qu'il soit intéressant, qu'il plaise à la majorité connaissante, voilà son premier but. - Après, on verra bien.

Interviewer : Quand même.

Henri Carras : Écoutez : qu'un musée n'ait aucun visiteur, il ne faut pas en faire un drame. Pourvu qu'il soit organisé d'une manière à ce que les critiques, les connaisseurs (auxquels je fais souvent allusion), les argentiers le trouvent capital dans son apport à l'art dans son sens le plus large, c'est ce qui compte.

Interviewer : Monsieur Carras, c'est tout le temps que nous avons à notre disposition. Je vous remercie.

Henri Carras : c'est moi qui vous remercie.

 

Retour à Henri Carras


Pour les dernières nouvelles concernant l'UdeNap :

Voir : Le Castor™ - L'organe officiel de l'UdeNap (édition courante)

(c) - Sauf : citations, extraits sonores, (certaines) photos et autres fichiers :
Université de Napierville
101 esplanade du Grand Marshall,
Napierville, Québec, Canada J0J 1L0


Conception : Vatfair-Fair Design and Hold Harmless Co. - Vatfair, Planter, Hencourt et Associés - Cornelius Chasuble, q.t. - Copernique Marshall - Olaf de Huygens-Tremblay - Fawzi Malhasti (Mme) - Simon Popp - Paul Dubé - Herméningilde Pérec - Roger V. Landry - Moe Spitzman (Son Éminence) - Inferna Mieli (Ms) et la collaboration exceptionnelle de Georges de Napierville de même que la Bijouterie Petiot-Landru