Université de Napierville

Jelly Roll Morton

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D'origine créole et française, de son vrai nom Joseph Ferdinand La Menthe, Jelly Roll Morton, entre 1922 et 1930 a fait plus que quiconque pour mettre en branle ce qu'on, après les improvisations collectives de King Oliver et en même temps et même un peu avant les éblouissants soli de Louis Armstrong, allait appeler le jazz.

Ses cartes d'affaires se lisaient «inventor of jazz», «originator of stomp and swing», «world's greatest hot tune writer» et soixante ans après sa mort (il est décédé en 1941), la critique commence à penser qu'il n'avait peut-être pas tort.

Bien sûr, il n'a pas tout inventé mais il a tout transformé. Il a su par exemple, prendre le rythme syncopé du rag (Scott Joplin, James Scott, etc.), en supprimer le côté rigide de sa structure pour en faire une musique plus aérée, plus dégagée précurseur des improvisations d'Earl Hines et des grands pianistes qui allaient le suivre. - De la musique orchestrale collective, il a modifié les ensembles improvisés, a écrit des «arrangements» préparant le terrain aux big bands (grands orchestres) des années trente. - À chacun des musiciens de ses nombreux orchestres (les plus fameux ayant été ses Red Hot Peppers), il laissa une totale liberté à presque toutes leurs fantaisies, dégageant  l'individu de la masse pour en arriver à ses fameux combos qui allaient faire fureur à partir de la fin des années quarante. - Ses compositions ne se comptent plus et si, dans ses nombreux enregistrements, on ne peut pas toujours dégager de grandes futures vedettes, ce qu'on peut ajouter, c'est que tous les musiciens qui sont passés par lui n'ont jamais aussi bien joué.

Il serait né aux alentours de 1895 (certains avancent la date de 1890) dans le quartier Storyville de Nouvelle-Orléans. On ne connaît ni son père, ni sa mère. Ce que l'on sait, c'est que vers 1905, il jouait déjà du piano dans les nombreuses maisons closes de l'endroit sachant interpréter tous les genres de l'époque, du ragtime aux mélodies espagnoles très en demande à ce moment-là.

De 1905 à 1920, il aurait voyager «partout» : de New York à la Californie en passant par le Canada, le Kansas et la Floride. - On le sait à Chicago en 1912 parce que c'est là qu'il fait enregistrer ses premières compositions. De 1915 à 1920, il aurait vécu à Los Angeles aux côtés des célèbres Spike Brothers.

Lorsqu'il arrive à Chicago, aux débuts des années vingt, c'est un Jelly Roll hautain, dédaigneux, flamboyant, presque exaspérant qui prend la ville d'assaut. Il clame sur tous les toits que toutes les musiques qu'on y joue ne sont que de pales imitations de ses nombreux styles ; que c'est lui qui a inventé le jazz : il donne même une date : 1902. - Ses vêtements proviennent des plus grands tailleurs, il aime payer ses notes avec des billets de mille dollars et, à un certain moment donné, il se fait même poser un diamant à la place d'une incisive. - Il est profondément détesté par tous ceux qui le rencontrent mais en même temps très respecté car sa culture musicale, ses interprétations, sa mémoire prodigieuse impressionnent tous les musiciens qui le côtoient.

Il joue au billard, aux cartes, se promène souvent en compagnie de deux femmes car il plaît aux dames. - On dit même qu'il aurait été un proxénète aux revenus très importants. - Musicalement, à la seule mention de son nom, les salles se remplissent. Et il enregistre.

Des piano-rolls d'abord puis des disques (piano) solo. Finalement il forme son propre groupe pour qui il compose et fait les orchestrations.

De 1923 à 1929, il est le musicien des musiciens.

La dépression aura raison de lui. Ses excentricités, sa façon ostentatoire de se présenter font mauvais goût. - Il continue à jouer ici et là mais c'est le déclin. - La santé minée par divers excès, il s'éteint à Washington en 1941 non sans avoir, en 1938, enregistré vingt-quatre 78 tours pour le Library of Congress (sous la directive d'Alan Lomax) où il raconte sa vie ponctuant le tout d'une douzaine d'improvisations remarquables au piano. - Ses derniers enregistrements avec, entre autres, Sidney Bechet, Albert Nichols at Sidney de Paris, datent de 1939.

Ferdinand Joseph La Menthe dit Jelly Roll Morton :

Des enregistrements de Jelly Roll, nous vous proposons quelques pièces au piano et cinq avec ses Red Hot Peppers, tous effectués entre 1922 et 1929 à l'exclusion d'une pièce tirée des enregistrements de Lomax, en 1938.

(Voir également à King Oliver pour deux pièces enregistrées en duo avec cet incomparable cornettiste : King Porter [Stomp] et Tom Cat [Blues].)

Auparavant, deux enregistrements de rag pour piano (rouleaux ou piano rolls), le premier d'un compositeur-pianiste peu connu (par rapport à Scott Joplin), le pourtant très talentueux James Scott, le deuxième, de Scott Joplin  lui-même, interprétant un rag qui sera tout de suite après repris par Jelly Roll Morton : Maple Leaf Rag.

Le premier enregistrement illustre la façon que les pianistes de rag jouaient leur composition à la fin du dix-neuvième, début vingtième siècle, le rag étant alors considéré comme une forme classique. Ici, il s'agit d'une retranscription, note par note, sur un rouleau sans que James Scott ait eu à s'asseoir au piano pour jouer sa pièce. - Son côté quelque peu mécanique n'est pas cependant si éloigné du style de l'époque selon tous les témoignages entendus à ce sujet.

James Scott - Grace and Beauty - 1906 :

Le deuxième enregistrement est différent en ce sens que ce que l'on entend, c'est bien Joplin au piano, les notes jouées étant enregistrées au fur et à mesure. - On remarquera que, par rapport au rag précédent - et par rapport aux versions modernes de ce classique - la pièce est jouée relativement lentement, Joplin ayant toujours insisté sur le fait que les rags, règle générale, devaient être joués de cette manière.

Scott Joplin - Maple Leaf Rag - 1916 :

Suit le même Maple Leaf Rag par Jelly Roll Morton où l'on peut constater toutes les libertés qu'il prend avec la mélodie tant du point de vue de sa structure que du point de vue rythme. - Cet enregistrement (au piano) date de la session Lomax-Library-of-Congress de 1938, session enregistrée dans des conditions moins qu'idéales.

Jelly Roll Morton - Maple Leaf Rag - 1938 :

Les trois enregistrements suivants ont été effectués par Jelly Roll Morton au piano mais par la suite partiellement  «trafiqués» par lui-même insérant des notes supplémentaires directement sur le rouleau, de quoi confondre ceux qui voulaient l'imiter. - À noter que cette pratique était courante dans les années dix et vingt.

En premier lieu, Shreveport Stomps dont les accords, surtout dans la deuxième partie, font penser aux plus osées inventions de Scott Joplin. À noter aussi le rythme maintenu par une main gauche quasi bloquée qui semble vouloir souligner l'existence d'un leitmotiv.

Jelly Roll Morton - Shreveport Stomps - 1924 :

Les deux pièces suivantes sont des transcriptions pour piano de pièces originellement destinées pour les Red Hot Peppers de Morton. - D'où leurs caractéristiques plus ou moins orchestrales.

Jelly Roll Morton - Grandpa's Spells - 1924 :

Jelly Roll Morton - Mr. Jelly Lord - 1924 :

Finalement, on en arrive aux Jelly Roll Morton's Red Hot Peppers dont nous proposons cinq enregistrements effectués entre 1921 et 1922 :

Jelly Roll Morton - The Chant (Melt Stizel) - 1926 :

(Morton au piano, George Mitchell au cornet, Kid Ory au trombone, Omer Simeon [1] à la clarinette, Johnny Saint-Cyr au banjo, John Lindsay à la contrebasse et Andrew Hillaire à la batterie - 15 septembre 1926)

Jelly Roll Morton - Doctor Jazz (Joe King Oliver) - 1926 :

(Les mêmes que précédemment sauf que Simeon est à la clarinette basse et Johnny Saint-Cyr à la guitare - les passages vocaux sont de Morton - 16 décembre 1926)

Jelly Roll Morton - The Pearls (Morton) - 1927 :

(Morton au piano, George Mitchell au cornet, Gerard Reeves au trombone, Johnny Dodds à la clarinette, Stump Evans au saxo, Bu Scott à la guitare, Quinn Wilson au tuba et Baby Dodds à la batterie - 4 juin 1927)

Jelly Roll Morton - Kansas City Stomps (Morton) - 1928 :

(Morton au piano, Ward Pinkett à la trompette, Geechie Fields au trombone, Omer Simeon à la clarinette, Lee Blair au banjo, Bill Benford au tuba et Tommy Benford à la batterie - 11 juin 1928)

Jelly Roll Morton - Tanktown Bump (Morton) - 1929 :

(Morton au piano, Red Rossiter ou Barclay Draper et Walter Briscoe à la trompette, Charlie Irvis au trombone, George Bacquet à la clarinette, Paul Barnes, Joe Thomas et Walter Thomas au saxo, Barney Alexander au banjo, Harry Praher au tuba et William Laws à la batterie - 12 juillet 1929) - Un disque Victor V-38075-B


[1] Pour entendre Omer Simeon avec Earl Hines, voir à Manda Parent. - Note de l'éditeur

 

Pour de plus amples renseignements sur la musique de l'époque, consultez les pages suivantes :

Joe King Oliver

Leon Bix Beiderbecke

Blind Willie Lessard

 

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