Auguste Briseux

Le nom de Brizeux serait, selon certains érudits celtiques, purement français même si on avance qu'il proviendrait de la racine Breiz (Bretagne) et du suffixe ouk, Breisouk, francisé en Brizeux.

Quoiqu'il en soit, on retrouve en Bretagne un Brizeux au commencement du XVIIe siècle : Pélage-Hervé-Brizeux du Plessis qui habitait le manoir de Ker-ihuel, en la paroisse de Faouët, contrôleur des actes, receveur et directeur de l'enregistrement. - Un de ses descendants, Adrien-Joseph (1735-1787), qui était lui aussi contrôleur des actes (c'est-à-dire notaire), fut le grand-père d'Auguste. - Il eut trois fils : l'aîné devint inspecteur de l'enregistrement, le cadet notaire et le troisième allait mener une vie plus mouvementée :

Chirurgien dans la marine de l'État, il sert pendant les guerres de la République. Fait prisonnier, il passe deux ans en Angleterre, s'évade, reprend du service, sert encore pendant dix ans puis décide de prendre sa retraite. Le 10 brumaire de l'an XI, il épouse une jeune fille sans fortune dont le père, révolutionnaire, est mort sur l'échafaud et de leur union, naquit Auguste Julien Pélage Brizeux, le 12 septembre 1803. - Le père est alors absent car il a repris du service. Les guerres du Consulat et de l'Empire le promèneront aux quatre coins de l'Europe. En 1811, quand il mourra, il ne sera pas encore de retour : il meurt en effet non pas à Lorient mais à Cherbourg "officier de santé en cher à bord du vaisseau de Sa Majesté le Courageux".

En 1811 - Auguste n'a que 8 ans - Françoise-Souveraine Houguet-Brizeux épouse en secondes noces un négociant de la ville, Monsieur Jacques Boyer, dont elle aura deux fils, les demi-frères d'Auguste : Ernest et Charles.

L'éducation du jeune Auguste est confiée à l'abbé Marie-Joseph Lenir, allié à la famille des Brizeux, qui habite Arzannô, à huit kilomètres de Quimperlé, entre le Faouët et Lorient. - Là, Auguste entre en communication avec la Bretagne profonde car dans ce village tout conserve encore sa couleur primitive : la langue, les costumes, les moeurs, la nature même. - Pas de programme rigoureux. L'essentiel pour l'abbé est de faire de ses élèves de bons chrétiens et de bon latinistes (Virgile).

On le destine pour le droit mais Auguste a d'autres idées : dès 1825, il débute la rédaction de son poème le plus connu, "Marie", fort bien accueilli par Sainte-Beuve (lors de sa première édition en 1828), où il décrit son amour malheureux pour une  paysanne aimée en silence, oubliée puis retrouvée des années plus tard, mariée tristement. - Au cours des années qui suivront, il en perfectionnera la forme pour en donner de nouvelles éditions (1836 et 1840). - Parallèlement, il ramène, d'un voyage d'Italie, une traduction de la "Divine Comédie". En 1841, il publie la "Fleur d'or" où il affirme son allégeance à sa patrie. Ce livre est suivi de ce que l'on considère son chef-d'oeuvre, "Les Bretons". - Le succès n'est plus que d'estime.

Entre 1845 et l'année de sa mort, il ne cessera d'écrire, de publier de nouvelles versions de ses oeuvres, de collaborer à diverses revues, de voyager aussi car, comme son père, il ne tient guère en place.

Sa santé devient chancelante à partir du début des années cinquante. On diagnostique la tuberculose.

En 1858, il quitte sa Bretagne pour se rendre dans un Paris en plein coeur d'un hiver glacé. - Au mois d'avril, sentant la fin venir, il classe ses manuscrits, détruit ceux qu'il juge indigne de lui survivre et part en compagnie de l'aîné de ses demi-frères vers le sud. Il arrive le 16 à Montpellier avec à peine assez de force pour se mettre au lit. Il y meurt le 3 mai suivant. - Sa dépouille mortelle repose à Lorient où un monument lui a été dédié en 1888 en présence de Jules Simon et d'Ernest Renan.

L'Oeuvre

La dernière grande édition des oeuvres de Brizeux a été faite sous la direction d'Auguste Dorchain pour le compte de Garnier Frères, à Paris, de 1910 à 1912 (4 volumes). - On y retrouve :

I - Marie - Télen Arvor - Furnez Breiz,

II - Les Bretons,

III - La Fleur d'or - Histoires poétiques, livre un et deux

IV - Histoires poétiques, livres trois à sept - Poétique nouvelle et certaines oeuvres inédites dont deux études sur Alfred de Vigny.

Sur le WEB, on trouvera (cliquez sur les liens)

  • Le départ d'un fils (Marie)
  • Le lézard (Les Ternaires)
  • Le mois d'août (Marie)
  • Lettre à Berthel (Les Ternaires)

(Poesie Webnet)

  • Marie (texte intégral)

(Gallica - BNF)

On notera, par ailleurs, l'existence d'un Cercle Brizeux qui existe depuis plus de cinquante ans et qui se consacre à la Bretagne :

Cercle Brizeux
Parc Chevassu
Rue de Kervaric
56100 LORIENT (France)

Tél. (33) (0)2 97 76 59 91
mail. cerclebrizeux@free.fr

On trouvera en annexe à notre page sur Théodore de Banville le poème que ce dernier lui a dédié.


Suit un poème, la Mort d'un bouvreuil tiré de son sixième livre de ses Histoires poétiques (Journal rustique - Quatrième épisode) :

Ces premiers souvenirs de bonheur ou de peine,
Par instants on les perd, mais un rien les ramène.
Le fusil d'un chasseur, un coup parti du bois,
Viennent de réveiller mes remords d'autrefois :
L'aube sur l'herbe tendre avait semé ses perles,
Et je courais les prés à la piste de merles,
Écolier en vacance ; et l'air frais du matin,
L'espoir de rapporter un glorieux butin,
Ce bonheur d'être loin des livres et des thèmes,
Enivraient mes quinze ans tout enivrés d'eux-mêmes.

Tel j'allais dans les prés. Or un joyeux bouvreuil,
Son poitrail rouge au vent, son bec ouvert, et l'oeil
En feu, jetait au ciel sa chanson matinale,
Hélàs ! qu'interrompit soudain l'arme brutale.
Quand le plomb l'atteignit tout sautillant et vif,
De son gosier saignant un petit cri plaintif
Sortit, quelque duvet vola de sa poitrine,
Puis, fermant ses yeux clairs, quittant la branche fine,
Dans les joncs et les buis de son meurtre souillés,
Lui, si content de vivre, il mourut à mes pieds !

Ah ! d'un bon mouvement qui passe sur notre âme
Pourquoi rougir ? La honte est au railleur qui blâme.
Oui, sur ce chanteur mort pour mon plaisir d'enfant,
Mon coeur, à moi chanteur, s'attendrit bien souvent,
Frère ailé, sur ton corps, je versai quelques larmes.
Pensif et m'accusant, je déposai mes armes.
Ton sang n'est point perdu. Nul ne m'a vu depuis
Rougir l'herbe des prés et profaner les buis.
J'eus pitié des oiseaux et j'ai pitié des hommes.
Pauvret, tu m'as fait doux au dur siècle où nous sommes.

 

- Tancrède Lacharité, q.t. - 09-04


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Sinon, voir à : Théodore de Banville

Ou à : Auguste Dorchain


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