Albert von Völlig Übergeschnappt

 

Écrivain caraguayen d'expression allemande né à San Isidor del Casso le 20 avril 1899 et décédé à Berlin le 30 avril 1945.

Fils d'un attaché culturel autrichien en poste au Caraguay, il devint orphelin très tôt et fut élevé par les Soeurs de la Congrégation du Précieux Sang de la Mancha. - Élève éveillé, plein de vitalité et visiblement doué, ses dispositions semblent cependant avoir été freinées par une répugnance précoce à tout travail régulier tel qu'en font foi les constants rappels qui ont été consignés à son sujet au cours de ses études primaires. - En 1905, il se rend à Vienne pour y faire des études artistiques mais n'y connaît que la misère. Le séjour dans cette ville cosmopolite où l'administration municipale pratique l'antisémitisme et où la condition ouvrière est déplorable le marque profondément.

Il s'installe à Munich en 1912 où il est peintre en bâtiment. Le chômage fréquent lui permet d'immenses lectures (Nietzsche, Hegel, Marshall le Bègue, Kierkegaard et Ponson du Terrail).

En 1914, il s'engage dans l'armée où, à cause de sa double nationalité caraguayenne et autrichienne, il est considéré trop suspect pour être envoyé au front. Il est posté à Berlin et se retrouve dans un réduit où, pendant quatre ans, il ne révisera que des documents sur les besoins alimentaires des habitants de la Westphalie. - Cette décision de la part des autorités allemandes sera un deuxième point marquant dans sa vie.

Pudique, solitaire, il se lie d'amitié avec une revendeuse de confiseries très catholique qui lui fait lire les grands textes de Saint-Thomas, voie par laquelle il s'initie peu à peu au mysticisme.

À la fin de la guerre, il retourne en Bavière où, écoeuré devant l'insouciance de ceux qu'il considère être ses concitoyens, il décide de se rendre à Paris où il ne reste que quelques mois, pour ensuite s'installer en Italie, puis en Suisse d'où il regagne Vienne où il songe un temps à retourner au Caraguay.

On perd sa trace de 1921 à 1924. (Le critique belge Van De Wald avance la possibilité qu'il soit entré en religion mais la preuve n'en a jamais été faite.)

On le sait à Munich (encore une fois) au début de 1925 où il semble avoir trouvé sa voie dans le journalisme (Die Banalität) rédigeant de nombreux articles sur des sujets divers : la politique, la religion, l'automobile, l'aviation, la justice...

En 1926, sous le pseudonyme de Festgefahren (Le figé), il publie son premier roman, Die Dinge des Lebens (Les choses de la vie) qui n'est pas sans rappeler Zola par ses descriptions réalistes de l'existence de gens pratiquant de petits métiers sauf que l'oeil de Zola est mobile alors que les descriptions de Festgefahren sont dues essentiellement à l'immobilisme du narrateur. - Ce premier roman est suivi, l'année suivante de Gunst, puis en 1928 de Josephstratt qui connaît un grand succès et dont la critique ne peut s'empêcher de vanter les mérites :

"Spitze !" s'écrie le Spitzbube.

"Hervorragend" ose citer en première page le mot de son as chroniqueur Gunther von Marshall.

"À lire absolument" mentionne Pierre de Bost, le très influent directeur de la Revue littéraire allemande (Paris - Londres - Jakarta).

Gide (André) lui-même, habituellement sévère dans ses jugements, écrit, de Tunis où il se trouve, le 18 juillet de la même année, qu'il ne peut passer cinq minutes sans, depuis dix jours, penser à l'auteur du Josephstratt.

Contre son gré, à 39 ans, Albert von Völlig Übergeschnappt, se trouve à la tête d'un mouvement, celui du Fortschrittsfeindlichkeit dont il ne comprend ni la force, ni l'influence. - Un certain Adolf Hitler, récemment sorti de prison et qui vient de créer une section militariste (les S.A.) pour renforcer les rangs de son mouvement, saisit très vite cette influence qu'il traite publiquement de "verhängnisvoll" (néfaste) et anti-germanique.

En 1933, Albert von Völlig Übergeschnappt, qui, depuis deux ans, n'est connu que sous les nom de  "Die Augen" (Les yeux) apprend comme tout le monde que celui qui le décrie le plus vient d'être nommé chancelier. - Contre tous les avis, il fait publier à compte d'auteur et presque clandestinement son livre grâce auquel il allait assurer sa postérité, "Mein Nein Kampf" dans lequel il dénonce toutes les formes de mouvement et de déplacement. sauf qu'il se doit forcé, devant des menaces de plus en plus constantes, lui, le prêche de l'immobilisme, de changer constamment d'adresses, de noms et même d'apparences.

On le dit à Köln, il est à Bayreuth ; on croit l'avoir vu à Munich, il est à Hambourg. - La vérité est qu'avec les revenus qu'il retire de ses droits d'auteurs en Amérique, il s'est acheté un confortable appartement tout près de la Chancellerie du Reich et tandis que la police allemande le recherche sur tout son territoire, il peut, de sa fenêtre voir les allées et venues de tous les plus hauts dignitaires nazis. - Il s'est même enregistré au parti (le 3 avril 1935) sous le nom de Rudolph Kreiss. - Déguisé, méconnaissable, il passe ses journées dans différents cafés où sur des fiches quadrillées, il prend des notes, il observe.

À la déclaration de la Deuxième Grande Guerre, il a de quoi écrire son oeuvre maîtresse qu'il rédigera jusqu'en 1943 sous le titre de Zimmerpflanze (Plante d'intérieur). - Cet essai-roman plus ou moins biographique se présente sous la forme de récits sans fin s'emboîtant les uns dans les autres et dont les fils conducteurs sont des objets disparates ayant appartenus à l'auteur et qui apparaissent et disparaissent au hasard et dont on retrouve la trace dans un magazine, un musée, une vitrine ou, comme c'est le cas d'une sculpture représentant un crapaud, dans une boutique de linges pour dame où elle sert de butoir. - Le narrateur (auteur) semble être totalement inconscient de la présence de ces objets mais les incorporant dans son récit (fortement décousu au demeurant) il en souligne l'importance non pas pour lui mais pour ses éventuels lecteurs qui sauront ainsi reconstituer les pensées du narrateur qui, lui, n'arrive pas à trouver une continuité dans sa propre vie. - Le manuscrit, bien que terminé à l'automne de 1943 ne sera publié qu'après la guerre car en décembre de la même année, Albert von Völlig Übergeschnappt, alias Rudolph Kreiss, alias Gunther Slash (c'est ainsi qu'il se fait appeler chez son coiffeur, son tailleur et dans les divers cafés qu'il fréquente) se fait arrêter pour avoir négligé d'enregistrer sa personne auprès du Ministre de la Guerre qui vient de porter l'âge des réservistes de 40 à 60 ans.

Seule sa carte du parti (en règle) lui évite la prison et peut-être même les camps de concentration. Conscient des dangers qu'il court, Übergeschnappt se rend à Paris où un lointain cousin fait partie des troupes d'occupation et où il dépose son manuscrit chez un éditeur de troisième ordre avec ordre de ne l'ouvrir que sur réception d'une lettre de sa part ou à sa mort. - De retour à Berlin, il écrit  à cet éditeur une lettre dans laquelle il dévoile sa véritable identité le sommant encore une fois de ne pas ouvrir le colis qu'il lui a remis sous peine d'être arrêté pour activités anti-nazies.

La veille du débarquement, tout à fait par hasard, Übergeschnappt, c'est-à-dire Rudolph Kreiss, est convoqué au bureau de l'armée le plus près de chez lui. - Après un examen physique sommaire, il est jugé inapte à combattre mais on l'enrôle néanmoins à titre de réserviste Gehilfe (c'est-à-dire à titre de soldat-greffier) où, ironie du sort, il se retrouve dans le même réduit où, vingt-six ans auparavant, il avait passé quatre ans de sa vie à réviser des documents inutiles. - Cette fois-ci, son occupation consistera à compiler des statistiques sur la consommation de denrées alimentaires sur les fronts est et ouest.

Son appartement et tous ces biens ayant été détruits lors d'un bombardement allié, il vit avec d'autres Gehilfei, comme lui, dans des baraques militaires de plus en plus insalubres.

Inconnu, démuni, désespéré de pouvoir reprendre une vie normale une fois les hostilités terminées, il prend de plus en plus de risques en circulant dans la banlieue où il s'est terré et le 30 avril 1945, en pleine rue, il est atteint d'une balle tirée par un soldat de l'armée russe qui s'apprête à entrer à Berlin.

Ce n'est que beaucoup plus tard, en 1947, qu'un journaliste américain enquêtant sur sa disparition, fut à même de découvrir que le pseudo-soldat mort cette journée-là et dont le corps a été brûlé avec des centaines d'autres n'était nul autre que Albert von Völlig Übergeschnappt.


Traduit en anglais dès 1927, Albert von Völlig Übergeschnappt ne le fut qu'en 1946 en cuarini. Peu connu en France avant la fin des années cinquante, il trouva en François Le Lionnais, Raymond Queneau,  I. Calvino, Georges Perec et J. Roubaud, tous membres de l'Oulipo, d'ardents défenseurs. - Son influence, surtout à partir du milieu des années soixante, fut considérable.


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