Dans notre page d'introduction sur le French Cancan (voir le lien ci-dessus), nous avons fait entendre deux extraits musicaux tirés d'une suite (ballet) du chef d'orchestre et compositeur Manuel Rosenthal.
Pour ceux qui ne les aurait pas entendu, nous les rappellerons ici :
Un court extrait, d'abord - d'à peine une douzaine de secondes
Et voici cet extrait dans sa version intégrale (une minute, douze secondes)
C'est ce qu'on fait jouer le plus, de nos jours, lorsqu'on veut invoquer le French Cancan.
Cette musique - tirée d'une œuvre intitulée Gaité Parisienne - date pourtant de 1938 !
Bon d'accord, comme nous le disions dans la page ci-dessus, elle est basée sur des airs d'Offenbach [*], cet autre compositeur dont le nom revient souvent en rapport avec le French Cancan. - Ce qu'on oublie de rappeler à ce moment-là, c'est qu'Offenbach, ce grand compositeur d'opérettes, est mort neuf ans avant l'ouverture du Moulin Rouge ! Qu'il avait à peine neuf ans quand, déjà, on dansait le cancan, en 1830 !
(À remarquer que, pour le titre, Rosenthal ne semble pas s'être fendu en quatre - passez-nous l'expression - puisque paraissait, en 1905, un enregistrement intitulé, déjà, Gaité Parisienne, sur disque Eden interprété par l'Orchestre de la Garde Républicaine et qui n'était qu'une variante de la cinquième figure d'une série de cinq variantes enregistrées l'année précédente par le même orchestre sous le titre d'Orphée aux Enfers [1858]... mais dont une partie reprenait des airs de La vie parisienne [1866] toujours d'Offenbach...)
Mais alors la vraie musique du vrai cancan ?
Si l'on parle des quadrilles de 1830, il faut remonter à une époque où n'importe quelle marche, jouée au piano ou à l'orchestre (des cuivres, surtout), pouvait se danser à la cancan.
Pour ce qui est de la musique pré Moulin Rouge, il faut se référer aux compositions de Philippe Musard et à ses partitions datant de 1850 à 1860 dont les enregistrements pertinents sont impossibles à retrouver de nos jours... - Et, en plus, ils sont très inégaux. - Et jamais son nom fut-il associé au French Cancan, ni à l'Élysée-Montmartre, ni au Moulin Rouge.
Sur quelle musique alors dansait-on à cet Élysée et à ce fameux Moulin Rouge, celui de 1889 à 1895, date du départ de Valentin le désossé et de la Goulue ? Et ben... sur celle d'Offenbach.
Or Offenbach, le véritable Offenbach, non celui de Rosenthal, l'Offenbach d'Orphée aux enfers (1858 et 1874), l'Offenbach de La Belle Hélène (1864) et l'Offenbach de La Vie parisienne (1866) (vous avez remarqué les dates ?) n'a composé, hors quelques suites, que des opérettes.
Vous vous souvenez de l'air entendu au début de cette page ?
Le revoici, tel qu'il figurait, en 1858, dans Orphée aux enfers :